dimanche 9 janvier 2011

DUNCAN Hal (Fr)
Pseudo de Alistaire Duncan
Hal Duncan est un écrivain écossais de fantastique et de science-fiction domicilé à Glasgow. Il a fait une entrée retentissante dans le domaine de la SF avec la publication de son diptyque « Le livre de toutes les heures (Vélum & Encre chez Denoël Lunes d'Encre) racontant une guerre des anges se déroulant sur plusieurs mondes à la fois dans un style qui bouleversait le genre. Il a récidivé quelques temps après avec « Les évadés de l'Enfer » (Gallimard Folio SF) qui, d'une autre manière, percute l'imagination des lecteurs et suscite tout, sauf l'indifférence
Evadés de l'Enfer !
(Roman) Dark Fantasy
GALLIMARD-Folio SF 382, 11/2010 — 215 p., 5 €
TO : Escape from Hel !, Monkeybreak, 2008
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Daylon & Lasth
Critiques : www.cafardcosmique.fr (Pat + Interview) ; www.noosfere.com (Gaëtan Driessen & Florence M.)
→ Un roman violent, bref et poétique... voilà ce qu'a voulu réussir l'écrivain écossais Hal Duncan au sortir du complexe Livre des heures perdues (Denoël-Lunes D'encre en 2 tomes, Vélum et Encre). Et l'idée a jailli au cours d'une conversation de bar avec un copain. Pourquoi de ne pas raconter l'histoire de quatre personnages condamnés à l'Enfer qui, arrivés là-bas, n'ont qu'une hâte : en repartir au plus vite ? Car ils ont l'audace de refuser le jugement de Dieu et de se foutre de ce que pensent les autres. Mais qui sont-ils au juste ? Il y a Eli, le clochard brisé, au bout du rouleau, Belle, la prostituéqui veut fuir son mac, Matthew, le jeune homosexuel, et Seven, un tueur à gages noir et sans pitié. Des gens vite condamnés par la morale de l'Ordre et de la Raison. Cependant, a bien y réfléchir, l'auteur nous pose la question : mérite-t-on d'être expédié en Enfer à cause de son orientation sexuelle taxée de transgression ? Parce qu'on a été mise sur le trottoir contre son gré après avoir été violé durant toute son enfance ? Ou bien quand on s'est suicidé après avoir tout perdu, même sa femme ? Hal Duncan n'est pas de cet avis et il nous le fait savoir dans ce court récit qui se veut un roman punk, un bouquin d'action pure et dure qui carbure à l'adrénaline, de l'écriture rentre-dedans destinée à mettre une bonne claque à la littérature intello qui ronronnait de satisfaction après la parution de Vellum. S'armant d'une forte logique iconoclaste, s'insurgeant contre « la tendance à la loi et l'ordre » et la morale absolutiste du type noir/blanc, Duncan met l'accent à travers ce livre contre le manque de jugement éthique qui fait que l'on considère tout ce qui dévie comme Mauvais par nature et en fait une sorte de pamphlet souvent hilarant contre nos société occidentales et les religions qu'elles abritent. Dés lors, dans à peine 200 pages, ils nous entraînent sur les traces de ces quatre âmes perdus qui rejettent leur perdition à coups de flingue au sein d'un Enfer qui a plus du New York 1997 de Carpenter que de celui de la Divine Comédie de Dante. Une sorte d'équipée sauvage au pays du Malin qui se présente comme un banal divertissement, mais qui, en fligrane, porte toutes les appréciations de l'auteur sur le monde qui l'entoure et la société dans laquelle il évolue. Car dans cet Enfer là, mon bon monsieur...totalitaire et gangrené par l'info spectacle, pas de trace de rédemption. Et nos quatre antihéros sont bons pour les supplices ad-vitae eternam : lobotomie organisée pour l'homo, limbes pour le suicidés, bordels avec viols quotidiens au menu pour la catin, et mille tortures pour l'assassin. Mais l'Enfer de Duncan n'est pas pavé que de mauvaises intentions, car on a versé du sucre dans le radiateur de cette machine à souffrances structurée par une administration zélée, et les quatre lascars finissent par s'échapper, puis par s'allier afin de tenter une évasion digne de Steve MacQueen ou de Papillon. Cependant, il n'y a que dans les films (et encore) que ces dernières réussissent... sans un petit coup de pouce divin. A moins que le Diable, non content de s'habiller en Prada, arbore sa propre lumière, à faire pâlir les anges et à faire la nique à des archanges passés de l'autre côté de la barricade. Ainsi nos fugitifs trouveront des alliés inattendus au sein de ce territoire qui inverse certaines valeurs comme dans le fameux pays d'Alice, et qui nous propose une série délirante dans le style « j'y vais, je cogne et je dégage » élevant le blasphème au niveau du grand art. Un livre qui, en fin de compte, engage à méditer sur une phrase du célèbre commissaire San Antonio : « Je me demande si la mort ne vaut pas la peine d'être vécue » et que l'on recommandera au grands furieux amateurs de sensations fortes.

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