jeudi 10 février 2011

DABAT Sophie (Fr)
Rennaise d'adoption après une adolescence marseillaise, Sophie Dabat a utilisé son expérience sur ces deux villes pour camper le décor de son roman « Changelins 1.Evolution ». Architecte de formation, n'ayant pas trouver sa voix dans ce domaine, elle s'est tournée vers le monde de l'édition en tant que traductrice (grâce à sa parfaite maîtrise de l'anglais) lectrice et correctrice, tout en publiant des nouvelles dans divers supports
Evolution
(Roman) Bit-Lit
BLACK BOOK-A Dé Couvert, 9/2010 — 458 p., 19 €
SERIE : Changelins 1
COUVERTURE : Eric Collet
Critiques : www.phenixweb.net (Miss Mopi)
→ Catapultée de sa cité marseillaise à un collège de Renne, Syrine, d’origine maghrébine a du mal à s’entendre avec ses nouveaux camarades de classe moins habitués que ceux de la cité phocéenne à ses origines ethniques. Soumise à la tyrannie de la fille du proviseur, elle doit également se battre contre ses démons intérieurs. Ceux-ci se matérialisent à travers d’horribles cauchemars qui la réveillent en hurlant, lui laissant le souvenir de visions effrayantes où surnagent une femme-djinn avec des crocs pleins de sang et de grandes ailes. Mais ses peurs nocturnes se transposent vite dans le présent avec l’apparition d’étranges excroissance sur ses omoplates ainsi, que d'un irrésistible dé sir de viande sanglante. Un mal être qui vient se juxtaposer aux légitimes inquiétudes soulevées par la présence de deux « men in black » qui l’attendent tous les soirs à la sortie du lycée et qu’elle à déjà aperçu à Marseille. Dés lors le lecteur est lentement immergé dans l’esprit en train de sombrer dans une oppressante folie d’un jeune fille de plus en plus mal dans sa peau et qui, déjà rejetée par son entourage, dissimule les transformations de son corps pour ne pas être encore plus sujette à l'ostracisme de ses semblables. A travers un récit à la troisième personne, des extraits de journal intime et de blog, nous sommes invités à partager l’existence de cette adolescence confrontée à la xénophobie, à l’intolérance, aux violences physiques et verbales venus de l’extérieur, mais également gangrené par un profond dégout d'elle-même. Souffre-t-elle d’une maladie osseuse incurable ou est-elle hantée par l’esprit de la djenneya, la femme djinn des légendes racontées par sa grand-mère ? Syrine s’interroge sans cesse, devenant de plus en plus solitaire et se renfermant sur elle-même Bien que les références aux mutants pourchassés comme les X-Men, et aux thématiques de Dracula ou de Twilight soient présentent dans ce livre, l’intrigue s’écarte résolument du clichés des superhéros au fatum tragique ou rédempteur. Le récit nous laisse seulement découvrir les difficultés d'intégration d’une jeune fille victime de la religion de son père, et de son éducation, tout autant que de l’étrange maladie qui la ronge. Nous partageons ainsi ses désirs et ses craintes d’adulte en devenir, la complexité de ses relations avec son père, qui fait pourtant de louables efforts pour ne pas écraser sa fille sous le poids de la tradition, mais surtout les douloureuses interrogations que lui posent son irréversible transformation. Plongé dans un réalisme communicatif à travers un décor englobant Marseille, Rennes ou Brocéliande, de situation, par le biais du réseau internet et des références culturelles à la culture bit-lit actuelle (comics, films ,blog), le récit oscille cependant vers le fantastique avec la résurgence d’un mythe vieux de plusieurs siècles. Forcée d’affronter toutes ses épreuves avec un courage qu’elle ne se soupçonnait pas de posséder, Syrine pourra cependant s’appuyer sur l’amitié de Gautier pour triompher de ses doutes et de ses angoisses et pour accepter de voir évoluer son corps en même temps que ses pensées. Avec ce roman, Sophie Dabat nous montre tout son talent d’écrivain, capable de sortir des sentiers battus, comme le choix pas si fréquent que ça d’une jeune « Beur » en tant qu’héroïne, et le traitement tout en délicatesse, en tendresse et en compréhension du difficile sujet de la mutation et de l'Autre déjà maintes fois abordé à travers la littérature, les films et les comics. Un façon d’écrire dont l’auteure s'explique dans la passionnante interview qu’elle a cordé à Vladkergan sur le blog http://vampirisme.com, nous permettant de mieux saisir toute la profondeur de ce premier opus d'une série qui transcende pas mal de poncifs du genre.

Aucun commentaire: