samedi 1 septembre 2012


Roi du matin, reine du jour
(Roman)
EDITEUR : Ian McDONALD (Gb)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 432, 9/2012 — 585 p., 9,10 €
TO : King of morning, Queen of Day,Bantam, 2/1991
TRAD  : Jean-Pierre Pugi
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël-Lunes d'Encre, 1/2009 — 504 p., 25 € — Couv. : Michel Koch
Critiques : www.actusf.com (Arkady Night) ; Bifrost 54 (David Legendre) ; www.cafardcosmique.com (Ubik) ; www.noosfere.com (Bruno Para & Alexandre Ferrando) ; www.scifi.universe.com (Manu B) ; www.yozone.fr (Antoine Chalet)
→ Peu connu en France, si ce n’est par ses deux romans Désolation road et Nécroville (Robert Laffont et J'Ai Lu) et son recueil Etat de rêve (Robert Laffont), Ian Mc Donal est cependant une valeur sûre de la littérature de SF anglo-saxonne. Le livre que rééditent aujourd’hui les éditions Folio SF permettra aux lecteurs français de mieux connaître cet écrivain qui mérite amplement le détour. L’ouvrage se décompose en trois novella, et un court intermède, centrés sur le destin de jeunes femmes irlandaises observées à différentes époques ; Dans cette sorte de Voyage de Simon Morley la Jack Finney (Denoël Lunes d’Encre) Ian Mc Donald s’efforce d’immerger totalement ses lecteurs au sein des époques où se déroule l’histoire en nous peignant des personnages aux mœurs criant de vérité. Le premier texte, Craigdarragh, s’exprime sous la forme d’un roman épistolaire fort utilisé dans le genre fantastique, en particulier dans le Dracula de Bram Stoker. On y suit les émois juvéniles d’Emily Desmond qui se complait dans la croyance à une vie fantasmée l’entraînant à batifoler dans les bois proches de sa demeure victorienne avec des créatures issues d’un monde de Féerie qu’elle a baptisé l’Outremonde et dont elle finira par découvrir la surprenant et véritable origine issue de ses propres frustrations sexuelles. Une originalité qui, somme toute, se comprend lorsque l’on apprend à connaître son père, le Dr Edward Garrett Desmond, éminent astronome qui a fini par se persuader que la comète qu’il observe est en fait un vaisseau extraterrestre en provenance d’Altaïr. Mis au banc de la communauté scientifique, il n’hésitera pas à dilapider la fortune familiale afin de construire un appareil destiné à permettre le contact avec ces êtres venus des étoiles. Un récit qui est en fait le prolongement de la novella Roi du matin, reine du jour, éditée dans le recueil Etat de rêve. La seconde partie du livre, Le front des mythes, introduit la figure de Jessica Caldwell, jeune dublinoise des années trente, fille cachée du précédent docteur Desmond. Bien loin du langage quelque peu suranné utilisé par Emily, qui approchait parfois les envolés lyriques du poète Yeats, Jessica s’exprime à travers un discours plein de gouaille et d’humour où transparaissent ses pulsions sexuelles récemment découvertes. Une frénésie qui l’entraîne sur les traces des origines de sa mère naturelle dont elle a hérité les fascinants pouvoirs de création au cœur de cee fabuleux Craigdarrah, émanation de l’Irlande profonde, le tout accompagnée de son psychanalyste, de son père adoptif et de deux clochards, Gonzague et Tirésias, qui semblent tout droit sortie du En attendant Godo de Samuel Beckett. Enfin la troisième et dernière partie du livre, Shekinah, s’attache au pas de Enye MacColl, jeune femme solitaire publiciste dans le Dublin de la fin des années 80, l’époque où l’auteur à écrit ce livre. Véritable volet de fantasy urbaine, le récit nous propose de suivre le combat que cette dernière va mener à coups de katana contre des ectoplasmes monstrueux hérités de ses lointains ancêtres qui viennent continuellement hanter ses nuits. On le voit, chaque partie du roman possède son propre style, mais, miracle du talent, mises bout à bout, elles finissent par constituer une fantastique peinture d’une Irlande intemporelle et mythique où la réalité se confronte perpétuellement au légendaire. On retrouve dans ses pages des accents à la China Mièville de Perdido Street Station, parenté symbolisé par la ville de Dublin en tant que lieu du récit devenant le héros de l’action. Des similitudes avec La forêt des Mytagos de Robert Holdstock se retrouvent pareillement à travers un surnaturel faisant irruption au sein d’un cadre réaliste datable, construisant ainsi un fantastique légitimé d’où émergent les figures des Archétypes générés par l’inconscient humain, le tout s’en éloignant cependant par un ancrage du récit moins primitif et plus ancré dans son époque que la prose Holdstochienne. Une ressemblance que l’on pourrait également retrouver dans Le parlement des fées de John Crowley où perdure cette omniprésence des forces mythiques si chères aux traditions et au folklore irlandais. Mais ce roman est avant tout une œuvre très personnelle d’un écrivain qui précise avoir voulu, avec ce livre, se réapproprier les mythes de son pays souvent accaparés par les écrivains du monde entier, et des Etats-Unis en particulier. Un roman qui sort en tous cas des sentiers battus de la Fantasy et qui, après avoir reçu le Prix de l’Imaginaire 2010 aux Utopiales de Nantes, semble avoir fait l’unanimité chez les critiques francophones comme l’on peut s’en rendre compte en parcourant les lignes qui lui sont dévolues sur des sites tels que actuSF, Le Cafard Cosmique, Noosfere, Yozone et autres SFuniverse.
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