mardi 15 octobre 2013

Le vaisseau ardent
(Roman) Fantastique / Pirates
AUTEUR : Jean-Claude MARGUERITE (Fr)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 453, 4/2013 — 1562 p., 14,50 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël, 5/2010 — 1294 p., 30 € — Couv. : Valsecchi, Alinari, Roger-Viollet
Critiques : www.actusf.com (Chloé) - Bifrost 60, 23/1/13 (Olivier Legendre) – www.cafardcosmique.com (Ubik) - www.noosfere.com (Gaëtan Driessen & René-Marc Dolhen)
Né d’un conte destiné à être lu à son fils, puis comme une nouvelle à paraître dans une revue italienne sur la navigation de plaisance, l’histoire du Vaisseau ardent s’est imposé à Jean-Claude Marguerite, comme un récit interminable dans lequel il a fallu tailler et resserrer afin que le livre aboutisse, et que cette formidable aventure qui lui a pris de nombreuses années de sa vie soit enfin partagée. Tout commence par l’évocation des souvenirs du capitaine Petrack lorsque, au côté de son ami Jack, le jeune Anton, il rêve d’aventure et de piraterie sur les bords d’un petit port de la Yougoslavie de Tito. Un désir alimenté par l’histoire du Pirate sans Nom, un mystérieux flibustier dont personne n’a retenu les fabuleuses péripéties, que leur narre l’Ivrogne en échange de bouteilles de mauvais rhum. Disparu sans laisser de trace ce forban hors du commun aurait accumulé sur une île déserte le plus fabuleux trésor que la Terre ait jamais connu et laissé derrière lui l’énigmatique légende du Vaisseau Ardent, un navire qui ne cesse jamais de se consumer.. Mais l’Ivrogne meurt noyé avant de pouvoir leur en dire plus. Passé à l’âge adulte, Anton décide de donner corps à cette légende, et devient à son tour un pirate des temps modernes lancé dans une quête qui durera sa vie entière. Une quête qui le conduira à errer sur toutes les mers du mondes, à fouler le sol des cinq continents, à faire la connaissance de Nathalie Derenoy, une jeune fille dont la famille poursuit les mêmes recherches depuis des générations, pour finir par découvrir que l’énigme du Pirate Sans Nom en cachait une autre, bien plus vieille, celle du Vaisseau Ardent. Dés lors le lecteur est entraîné dans une intrigue composée de plusieurs récits étroitement imbriqués les uns dans les autres, comme les souvenirs de Petrack, les histoires de l’Ivrogne et la vie du fameux Pirate Sans Nom. Abordant le mythe de l’Arche de Noé et du Déluge, les légendes du Buisson Ardent qui jamais ne se consume et de la Fontaine de Jouvence que tant d’hommes ont recherché en vain, ce premier roman de Jean-Claude Marguerite nous propose également un détour par la mystérieuse Ile Eléphantine, cet oasis des temps premiers remontant à l’époque pharaonique, ainsi qu’une imitation du Neverland de Peter Pan et un voyage vers les utopies originelles à la Thomas More avec la légende de la colonie Libertalia, censément fondée par un pirate français nommé Mission au XVII° siècle. Véritable enquête à la Indiana Jones conduite par le « Sherlock Holmes des mers » qu’est devenu Anton Petrack, cette aventure parfumée par les embruns du large se perd dans les brouillards hantés par les étraves des vaisseaux fantômes et la légende du Hollandais Volant, tout en s’appuyant sur les épisodes bien plus concrets que, grâce à ses méticuleuses recherches, l’auteur a pu tirer des récits des flibustiers des caraïbes, de ceux des Frères de la Côte, des Pirates du Nord de l’Europe, de ceux de l’Adriatique ou du corsaire Jean Lafitte. L’ensemble s’article au rythme d’une technique de narration parfaitement élaborée qui emprunte à plusieurs styles littéraires : narration classique, récit de seconde main, journal intime, pièce de théâtre, correspondance, retranscription de légendes orales, comme si, à chaque pan de l’histoire le besoin s’était fait sentir de procéder à une transmission à travers des aventures vécues par procuration. Un texte volumineux porté par une soin particulier apportée au noms riches en symbole des protagonistes (Fureteuse, Pue-la-Mort, Mères des Anges, etc…) mais aussi par la complémentarité des oppositions (Feu-glace, jeunesse-vieillesse) donnant plus d’épaisseur à des personnages dont nous sommes invités à partager toutes le lourd passif émotionnel qui donne encore plus de sens à leurs destinés peu communes. Véritable jeu de piste où l’auteur s’amuse à déconstruire sa narration, à rebondir de digressions en digressions, pour mieux nous ramener vers le cœur de l’intrigue, ce roman imprégné d’influences littéraires puisées au cœur de l’histoire de la piraterie et des grands récits maritimes, tels que L’île au trésor de Stevenson ou le Monfleet de John Meade Falkner, nous invite également à une réflexion sur les rapports étroits que l’Histoire entretien avec les mythes et les légendes, proposant ainsi un inoubliable moment de lecture digne de figurer sur les rayonnages des bibliothèques des découvreurs de nulle part des arpenteurs d’imaginaire. Une autre perle à ajouter aux colliers des rééditions que nous offre la collection Folio SF des éditions Gallimard, comme le Déchronologue de Stéphane Beauverger ou, plus récemment, Le fleuve des dieux de Ian McDonald. Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite habite en Ile-de-France, il enseigne la PAO à Paris III et travaille dans l'édition comme graphiste et responsable technique. Le vaisseau ardent, écrit sur une période de dix-huit ans, est son premier roman, un projet unique dans la littérature française contemporaine.
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