dimanche 5 janvier 2014

Berazachussetts
(Roman) SF Urbaine
AUTEUR : Leandro Avalos BLACHA (Argentine)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 458, 8/2013 — 224 p., 6.60 €
TO : Berazachussetts, 2007
TRADUCTION : Hélèné Serrano
COUVERTURE : Georges Clarenko
Précédente publication : Asphale, 10/2011 — 208 p., 16 €
Critiques : Bifrost 65 (Laurent Leleu)

En France on connaît l’Argentine de Maradona et celle du tango, à la rigueur quelques touristes chevronnés peuvent parler des chutes d’Iguazu de et de l’approche des Iceberg en navire de croisière, mais le Berazachussetts de l’écrivain argentin Léandro Avalos Blacha décrit dans ce roman nous propose une vision fantasmée d’un quartier Buenos Aires qui se rapproche plus des favelas de Rio, violence puissance 100, que de l’imagerie d’Epinal des façades néo coloniales d’une ville balkanisée par l’immigration italienne et des campagnes au fort accent allemand. En vérité son nom provient de la compression entre Berazateguie, un quartier de Buenos Aires bien réel, et l’état du Massachusetts américain. En quelque 185 pages l’auteur nous décrit toute la décomposition de notre société contemporaine où cohabitent le consumérisme outrancier made in USA avec l’anarchie débridée des agglomérations sud américaine surpeuplées. Corruption, Charity Busines, société du spectacle, individualisme forcené, perversions multiples, tout contribue à rendre à merveille l’atmosphère putride d’un monde en décomposition que nous livre cette histoire parfaitement déjantée. En particulier ses héroïnes principales, quatre retraitées de l’Education nationale, Dora, Mika, Beatriz et Susana, quatre veuves d’âge mur dont le quotidien va être bouleversé par l’arrivé de Trash. Normal me dirait vous, puisqu’il s’agit d’une zombie punk et obèse qui atterrit sans crier gare dans l’appartement dont Dora est la propriétaire et dont les quatre femmes commencent par découvrir le pêché mignon pour la bière avant de s’apercevoir qu’elle aime également la chair humaine. La coupable, Susana qui, sous son air de fausse gentille, est tellement hantée par le fantôme de son mari qu’elle a elle-même assassiné, qu’elle a fini par tuer un malheureux garçon dont elle a ramené le cadavre dans son appartement. Et bien vite la véritable nature des trois autres monstres avec qui elle cohabite apparaît au grand jour. Béatriz, que plus rien ne semble rattacher à la vie minable qu’elle mène. Mika, trop préoccupée par sa recherche de l’homme idéal pour s’apercevoir que celui qu’elle a déniché n’est pas la perle rare tant attendu. Dora, la plus folle de toute, diabolique et opportuniste qui sait parfaitement tisser son cocon autour des méprisables victimes qui deviennent des pantins entre ses doigts. Un quatuor à la fois félinien et digne du Affreux, sales et méchants d ‘Ettore Scola dans lequel ont aurait insufflé des doses d’adrénalines à la sauce virée sanglante des meilleurs séries trash US. Car à travers le prisme de ce quatuor de mégères pas apprivoisées, nous découvrons dans ce décor frisant l’apocalypse un zoo de monstres les uns plus terrifiques que les autres, avec des bandes de fils de riches violeurs qui se promènent la nuit en filmant leurs méfaits avant d’achever leur victimes, une groupuscule de zombies qui rêve de semer le carnage au sein de la cité , une armée d’éclopés conduite par une la terrible Periquita, gamine en fauteuil roulant qui terrorise toute la région, des vitrines réfrigérées occupées par des bandes de pingouins, un ancien maire despotiques qui voit dans le peuple qu’une bandes d’être méprisables sur qui exercer toute sa cruauté. Conte débridée ramenant au rang d’escapade sans prétention les virée d’Orange mécanique, où les incongruités monstrueuses donnent la réplique à des situations délirantes qui peuvent cependant s’apparenter à des scènes bien réelles de notre univers citadins, ce livre propose une image décalée de l’Argentine des cartes postales minée par la misère, la violence et la débandade économique où les gens se contentent d’agir selon leur instinct, ne s’encombrant pas d’une morale que l’auteur lui même n’a pas choisi d’ériger comme porte drapeau de son histoire. Roman d’action à la puissance trash, se livre se dévore comme un film de Joe Dante ou de Tarantino, révélant une surprise à chaque page et nous laissant à bout de délire lorsque vient se refermer le dernier volet de ce dépliant anti-touristique placé sous le signe du grotesque, du carnavalesque et du fantasmagorique.
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