dimanche 2 février 2014


Le retour des morts
(Roman) Fantastique / Morts-Vivants
AUTEUR : John Ajvide LINDQVIST (Suède)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction, 7158, 1/2014 – 410 p., 8,10 €
TO : Hanteringen av ododa,
TRADUCTION : Carine Bruy
COUVERTURE : Axel Mahé
Précédente publication : Editions Télémaque, 6/2012 – 368 p., 22 €
Critiques : www.actusf.com (Stéphanie Giard) - Bifrost 68, 10/2012 (Olivier Girard)
Véritable Ovni de la littérature suédoise, John Ajvide Lindqvist né à Stockholm en 1968, exerça le métier de prestidigitateur et de comédien de stand up pendant 12 ans avant de faire paraître son premier roman, Laissez-moi entrer, best-seller international adapté deux fois au cinéma, dont l'une sous le ,titre de Morse. Il nous revient ici avec un second livre qui fera le bonheur des habitués de Canal plus qui ont pu découvrir l'année dernière la série franco-suisse Les Revenants. Car le thème de ce livre part d'un postulat identique ; le retour à la vie de trépassés qui, normalement, n'avaient plus rien à faire sur Terre. L'histoire débute en août 2012, alors qu'une chaleur accablante s'abat sur la capitale suédoise dont les habitants souffrent d'une migraine généralisée aussi tenace qu'inexpliquée. Survient alors un terrible orage électrique et les céphalées disparaissent, laissant la grande cité nordique a sa morosité quotidienne, sauf qu'elle compte deux mille habitants environ en plus, des morts des deux derniers mois cicronscris dans le périmètre de Stockolme, et mystérieusement revenus à la vie. Pas d'ambiance à la Romero ou à la Walking Dead dans les pages qui suivent. On est bien loin de l'image stéréotypée du zombie mangeur de chair qui a fait la fortune des films de série B. Non, par l'intermédaire de ces personnages pas du tout agressifs, c'est à une véritable enquête socio-culturelle menée sous un angle journalistique que le lecteur est convié. Très vite en prises avec le réel par le prisme d'observateurs ordinaire, comme un ivrogne cuvant son vin qui assiste aux premières manifestations du phénomène, nous allons être invités à pénétrer tout autant dans l'intimité de ces « revivants » que dans celle de leur famille surprises en plein deuil. Quatre jours durant nous suivrons l'évolution de cette épidémie hors normes traitée avec la rigueur d'une véritable enquête journalistique riche en pièces jointes numérotées (témoignages, articles, communiqués de presse, etc..) tandis que l'auteur nous guide, heure après heure, lieu après lieu, famille après famille, par narration alternée sur la trace de ces étranges « épargnés de mort ». C'est une étude approfondie sur la mort qui nous est proposée tout au long de ces pages par le biais de cet élément fantastique. Une étude où, à travers les réactions des personnages en première ligne, tout autant les« revivants » que ceux qui les ont perdus, puis subitement retrouvés, nous allons être poussés à nous poser la question : Qu'aurions-nous fait à leur place ? A la fois rendu terriblement réaliste par l''aspect reportage incluant la réaction des autorités dépassées par l'événement, le récit nous oblige à une réflexion sur la thématique de la mort proprement dite ici abordée sans concession par le prisme d'une 'horreur qui ne porte pas de masque, mais avec une indéniable poésie et des moments d'intenses émotions qui ne peuvent pas laisser insensibles. Si avec son premier roman Lindqvist avait voulu revisiter les poncifs de la littérature vampirique, il démontre avec ce second livre tout son talent pour remettre au goût du jour un autre archétype de la veine fantastique que l'on aurait pu croire exploité jusqu'à l'épuisement et que son style narratif bien particulier dépoussière avec un brio et une ardiesse qui nous laisse attendre avec impatience quel sera le nouvel angle d'approche de son prochain roman.
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