mercredi 5 février 2014

Moi, Lucifer
(Roman) Fantastique / Diable / Religion
AUTEUR : Glen DUNCAN (Gb)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 468, 12/2013 – 350 p., 7,90 €
TO : I, Lucifer, Scribdner, 2002
TRADUCTION : Michelle Charrier
COUVERTURE : Bastien Lecouffe Deharme
Précédente publication : Denoël-Lunes d'Encre, 9/2011 – 304 p., 21 € - Couv. : Tom Ridley
Critiques : www.actusf.com (Jérôme Vincent) – Brifrost 65, 1/2012 (Olivier Girard) – www.noosfere.com (Bruno Para) – www.phenixweb.net (Georges Bormand) – www.scifi-universe.com (Manu B.)
→ Comme d'autres lecteur avant moi, avant de me plonger dans ce livre j'ai pensé au Hal Duncan dont les éditions Denoël nous avaient déjà fait connaître le passionnant dyptique Encre/Vélum, avant de réaliser que bien, que la thématique Enfer/Paradis soit proche du fameux Livres des heures de l'auteur écossais, Glen l'Anglais oeuvre lui dans le cadre, non de la fresque apocalyptique, mais plutôt dans ce lui de la confession intime digne du divan des psychanalystes. Et pour cela il nous propose comme sujet d'étude un patient dont ce cher Freud aurait sûrement rêvé : le Diable en personne. Un Lucifer à qui Dieu, toujours magnanime, propose en guise de Rédemption, d'aller occuper pendant 30 jours (n'y-a-t-il pas des relents de Sodome dans tout ça?) le corps de Declan Gunn, un écrivain dépressif récemment suicidé. Une occasion que le Prince des ténèbres, inventeur entre autres choses du rock'n'roll, de la fumette, de l'astrologie et du fric, ne peut pas refuser. Non qu'il soit particulièrement travaillé par les remords et par l'envie d'aller écouter les joueurs de harpes du Paradis, mais plutôt parce que sa petite queue de Mâlin (entendez l'appendice caudal qu'on lui attribue dans certaines représentations fourchues) frétille à l'avance à l'idée expérimenter dans un corps humain tous les plaisirs (entendez les perversions dans son optique) qu'il a depuis des millénaire susurré à l'oreille des hommes. Le problème dans tout ça c'est que le Declan en question a tout du looser. Paumé professionnellement, affublé d'un physique que l'on ne remarque pas, il est en plus possesseur d'une petite bite, un comble pour un Prince des Ténèbres qui raffole des plaisirs de la chair. Alors, le Père du Mensonge, engluée dans cette existence minable, finit par s'ennuyer, ce qui le pousse, lui, le bouillant par essence, à nous raconter sa vie, ou plutôt à revisiter les grandes lignes de l'Histoire Biblique en n'omettant aucun détail, ni sur la prétendue tranquillité du Jardin d'Eden, ni sur sa brouille avec le Père Tout Puissant. Et, emporté par son élan, l'Ange Déchu le plus célèbre du monde, s'envole dans une suite de confessions où il prend à son compte et assume sans faux fuyant toutes les horreurs de l'Humanité. Pédophilie, des prêtres en particuliers, nazisme, meurtres d'enfants, tout y passe à travers un ensemble de digressions où l'on se rend vite compte que, même s'il commence à mieux comprendre la nature de la condition humaine à travers ce séjour dans le corps de Declan, le Diable sera toujours le Diable. Ecrit sans ménagement et à la première personne ce livre dont l'humour noir se hisse au niveau du Blasphémateur Suprême, se lit comme si on était emporté par les flots d'un fleuve de paroles les unes les plus dérangeantes que les autres qui viendraient se jeter dans une Mer d'immondices, de sadisme et autres cruautés délicates plus imprégnée d'autosatisfaction que de besoin de justification. De quoi envoyer les adversaire du mariage pour tous et de la loi de la Famille non pas seulement dans la rue, mais prendre la Bastille des préjugés cette fois pas seulement bafoués mais écrasés sous le talon d'un dandy décadent qui site Heinrich avec complaisance et qui flatte l'égo de certains membres du show business en leur faisant miroiter le projet d'un film sur la Création. Donc, attention, de roman qui a réellement attiré l'attention du cinéma, avant que le projet d'adaptation avec Ewan Mcgregor, Daniel Craig et Jude Law, n'échoue, est une véritable petit boulet rouge envers la religion qui, si l'on parcourt l'abondant matériel critique qu'il a suscité lors de sa première publication chez Lunes d'Encre, ne laisse pas indifférent, et après tout... n'est-ce pas le but ultime d'un livre.
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