dimanche 24 août 2014

Les lois de l’été  
(Livre illustré)
AUTEUR : Shaun TAN (Australie)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Albums juniors, 5/2014 — 52 p., 19.90 €
TO : Rules of Summer, Lothian Children’s Book, Australie & Nouvelle-Zélande 2013
TRADUCTION : Anne Krief
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Shaun Tan
→ Les lois de l’été sont un ravissement. Non seulement car l’auteur, Shaun Tan est un maître reconnu de l’illustration récompensé mondialement par de nombreux prix (Angoulême, Astrid Lindgren, Cristal d’Annecy, etc…) mais aussi parce que la présentation à l’italienne de l’album proposé par les éditions Gallimard (format 300 x 280) met singulièrement en valeur les pages sorties de l’imagination débridé de ce dessinateur hors normes. Dés l’ouverture du livre, la première phrase, « Voilà ce que j’ai appris l’été dernier », résonne à nos yeux pareille au célèbre « Dans un trou vivait un hobbit » du Bilbo de Tolkien. L’amorce est une invitation au rêve que la lapin géant rouge des toutes premières planches nous invite à suivre à la manière d’une Alice au merveille version hard de Lewis Carroll. La suite n’est qu’une plongée dans l’absurde, le surréel et l’étrange où se croisent décors de fin de monde à la Thomas Disch, ménagerie kafkaienne, images brussoliennes (celui des Crache-béton ou des Mangeurs de muraille) tout en empruntant aux paysages de Bosch, et même aux impressionnistes avec des natures mortes saisissantes de vérité. Et puis il y a la couleur qui éclaire en contraste ce monde déshérité, une couleur qui explose en taches rouges, jaunes, bleues, vertes, dynamisant l’incongruité de certains personnages issus d’une ménagerie carnavalesque. Enfin, n’oublions pas le texte. Des phrases simples, souvent astucieusement décalées par rapport au support iconographique, qui ouvre l’esprit vers des chemins empruntant les thématiques de la liberté, de la quête des origines, de l’appréhension envers les dangers de notre quotidienneté le tout imbibé dans le cocon vorace de notre société urbaine et remuant dans nos entrailles cervicales des axiomes comme l’amitié, la fraternité, la solitude, la rivalité. En résumé, la description d’un univers basé sur la relation avec l’autre, qu’il soit caché derrière une porte énigmatique ou à ses côtés, l’ensemble fonctionnant sous forme d’énigmes à tiroirs que le lecteur est invité à déchiffrer. Confronté à la présence fascinante de chacune de ces pages, ce dernier, un peu comme face à un tableau invitant à une relation sensorielle envahissante, se trouve à la fois embarqué dans une approche de l’image toute personnelle, mais qui ne demande qu’à être réinventée au rythme des relectures et de la découverte de détails ou d’une atmosphère insoupçonnés qui se dégagent en perspective face à l’interprétation de notre propre imaginaire mise en relation avec la palette d’impressions tout, azimut que nous offre l’auteur. Un seul conseil pour en finir : ouvrez ce livre avant de vous endormir et, je vous le promets, rêves ou… cauchemars seront au rendez-vous lorsque vous fermerez les yeux.

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