vendredi 1 mai 2015

Rêves de Gloire ◊
(Roman) Science-Fiction / Uchronie
AUTEUR : Roland C. WAGNER (France)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 512, 3/2015 — 794 p., 10.90 €
COUVERTURE : Yayashin
Précédente publication : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 4/2011 — 704 p., 24.50 € — Couverture : Gilles Francescano
→ Roland C Wagner a toujours été un auteur atypique. Fan de contre-culture, musicien endiablé, traducteur de Norman Spinrad, mais aussi grand amateur de littérature populaire (il ne faut pas oublier que sous le pseudonyme de Richard Wolfram il poursuivit le cycle Blade et Baker de Jimmy Guieu, et qu’il pouvait lire et aimer des textes de fantasy) tirant sur un pétard quand l’occasion se présentait, c’était vraiment un gars fréquentable en tous points dans notre époque sombre où toutes sortes d’extrémismes tiennent le haut du pavé. C’est, paradoxalement, un regard sur notre propre actualité qu’il plonge dans son chef d’œuvre incontestable, Rêves de gloire, une uchronie où l’Algérie tient aux côtés de la France le rôle que beaucoup tentent de lui dénier. Dans cette tranche d’univers alternatif, tout aurait commencé par l’attentat réussit sur le général De Gaulle. Un assassinat qui aurait débouché sur une partition de l’Algérie qui laisse à la France trois enclaves, Bougie, Oran et Alger. Tandis que dans les Aurès un déserteur français se fait l’apôtre de la non violence, Timothy Leary ramène dans ses valises la Gloire, un dérivé du LSD, qui ne tarde pas à s’imposer auprès des vautriens, mouvement psycho-hippie installé dans l’algérois. Pendant ce temps, en France, les précurseurs de Jean-Marie Le Pen ont gagné partie, car la Métropole est tombé sous la coupe d’un régime fasciste. Dés lors Roland C. Wagner nous invite à suivre la trame de destinées marquées par des points de départs forgés au sein de bribes de réalités divergentes. Des trajectoires qui s’imbriquent au sein d’un roman protéiforme, plutôt composé de fragments que de chapitres, nous entraînant sur les traces bien singulières de l’un de nos contemporains, un collectionneur de vinyles centrés sur le rock algérien. Il recherche plus précisément un titre tiré à pas plus de 50 exemplaires : Rêves de gloire, par les Glorieux Fellaghas. Or, au fur et à mesure que se déroule son enquête, il s’aperçoit que tous les précédents propriétaires d’un tel objet sont morts de façon très peu naturelle. Servie par une écriture fluide, jamais ennuyeuse, l’intrigue nous permet de rencontrer une multitude de personnages, comme par exemple le fameux Albert Camus, peints à travers des époques différentes, mais évoluant tous à travers le tronc commun de l’Histoire franco-algérienne et sur fond de rock psychédélique favorisé par l’absorption de substances plus qu’illégitimes selon l’angle et le point de vue. Fruit de se naissance algérienne (et de son amour du rock) d’un père d’origine allemande ballotté sur l’échiquier des guerres du monde,  ce roman est le Seigneur des Anneaux de Roland C. Wagner, une sorte de chant du cygne sans le savoir (puisque l’auteur allait mourir en 2012, un an après sa parution, dans un accident de voiture) où il a mis toutes ses tripes afin, à travers le prisme de l’uchronie, de nous sensibiliser sur les errements de notre propre réalité. Saupoudré de références made année 60, le livre se battît sur deux utopies, celle d’une Algérie émancipée de sa tutelle colonisatrice, et celle d’un monde où aurait triomphé l’idéal pacifiste des manifestants contre la guerre du Vietnam et des confréries hippies de San Francisco. Un peu si comme les Daniel Cohn-Bendit ou Serge July de mai 1968 avaient vu la révolte étudiante enflammer le pays et ne pas s’éteindre sous les lances réactionnaires des manifestations pro-gaullistes quelques mois plus tard. Dans la trame d’univers qu’il nous décrit on sent que l’auteur à volontairement changé des événements charnières de notre propre temps considéré comme des défaites des libertés, par exemple en dynamitant le bloc de l’Est sous les coups de boutoirs de la révolte pragoise réussie de 1956 ou, en changeant la donne aux USA débarrassés le la mort de JFK à Dallas. On pourra dire que la France, elle, s’en tire plus mal avec la main mises des bottes noires sur son territoire où l’OAS n’aura jamais sévit. Mais le vent de liberté qui souffle de l’algérois compense cette emprise que ne saurait être rédhibitoire. Un Alger qui semble être l’un des personnages phares du récit (le livre ayant eu pour premier titre Chroniques algéroises), en même temps que la figure tutélaire d’Albert Camus, tout comme l’Histoire alternative du rock décliné sous les terminologies de « gymnase » ou « psychodélique » avant de rejoindre le punk. Mais ce roman, sort de puzzles à plusieurs, qui mérite plusieurs lectures, ne s’adresse pas qu’aux seuls nostalgiques des années soixante ou aux partisans de la devise Sexe, drogue et rock’n’roll, il brasse un public beaucoup plus large, celui des simples amateurs de littérature, celui des lecteurs qui pensent qu’ouvrir un livre s’est s’exposer aux chambardements de son propre imaginaire, comme les spectateurs des vieux épisodes de la 4ème dimension qu’une voix off avertissait de ne pas toucher aux boutons de son téléviseurs supposé victime d’un quelconque déréglage. Lisez donc Rêves de Gloire, vous comprendrez de quoi je parle et, somme toute ce sera une manière de prendre un dérivé du LSD (la drogue censé ici prouver que Dieu n’existe pas, ce qui aurait pu mettre un terme aux intégrismes de tous bords) sans les effets secondaires qui pourraient s’en suivre. A noter également que l’édition de poche Folio, plus compacte, évite de payer des suppléments de bagages en avion qu’entraînait le gros pavé de 700 pages de l’Atalante. Un roman qui a reçut de multiples prix (ActuSF de l’uchronie, Grand Prix de l’Imaginaire 2012, Rosny Ainé 2012, etc…) et qui a été l’objet de nombreuses critiques, la plupart élogieuse, comme l’atteste la revue des articles de presse consacrés au roman consultable sur le site de l’Atalante.
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