samedi 2 janvier 2016

La forêt de cristal
(Roman) Science-Fiction / Apocalypse
AUTEUR :  James Graham BALLARD (Royaume Uni)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 530, 10/2015 — 272 p., 8.40 €
TO : The crystal world, 1966
TRADUCTION : Michel Pagel
COUVERTURE : Johann Bodin
Précédentes publications :
● Denoël-Présence du Futur 98, 2/1967 — Traduction de Claude Saunier (plusieurs fois réédité avec des couvertures légèrement différentes)
● J’Ai Lu-Science-Fiction 2652, 8/1989 — Traduction de Claude Saunier
● Denoël-Lunes d’Encre, 10/2008 — Traduction de Michel Pagel
→ Développé à partir d'un texte publié dans le Magazine of Fantasy and Science Fiction (The illumainted Man) ce roman appartient àla veine catastrophique de J.-G. Ballard mise en lumière par des textes comme Le monde englouti, La vent de nulle part et Sécheresse, qui s'inscrivaient dans le cadre apocalyptique des écrivains britanniques tels que John Wyndham et John Christopher. Toutefois, il s'en démarque totalement par la puissance évocatrice des images qu'il véhicule. L'intrigue, assez banale, nous entraîne sur la piste du Dr Edward Sanders, directeur adjoint d'une léproserie, qui part à la recherche de son confrère Max Clair, et de son épouse, Suzanne, accessoirement son ancienne maîtresse, disparu au sein de la mystérieuse forêt qui borde la ville camerounaise de Port Matarre. Entouré d'une faune humaine digne des romans d'Hemingway, avec le singulier Père Balthus, la séduisante journaliste française Louise Péret, Ventress, l'image parfaite du dandy décadent, ou Thorensen, le directeur de la mine de diamant, le Dr Sanders va faire une découverte fascinante en se trouvant confronté à un forêt en train de lentement se cristalliser. Une envoûtante apocalypse qui se propage aussi bien à travers la faune et la flore, donnant naissance à d'étranges bibelots de cristal vendus sur les marchés des villages environnants, mais qui peut aussi affecter les humains. Cependant, ces derniers, tels des brebis expiatrices en transit au purgatoire, ne semblent pas profondément affectés par l'imminence de la menace qui se répand dans d'autres parties du monde, Russie, Californie, présageant un engloutissement global. Mieux, comme le Dr Sanders, parcouru par des pulsions de repos éternel et de repli foecal (le livre a été écrit alm)ors que l'auteur venait de perdre sa femme atteinte d'une pneumonie) ils pariassent se désintéresser du sort qui les attends, cherchant même à atteindre cette cristallisation qui ne tue pas, mais qui fige, et qu'ils admirent d'un regard extatique. Face aux pitoyables agissements de groupes d'individus guère préoccupés par le destin d'un Humanité sans avenir, mais obéissant à leurs aspirations égoïstes, le roman nous laisse progressivement oublier l'intrigue pour nous  rediriger vers le véritable sujet du livre : le paysage de la forêt cristallisée qui nbrille de mille feux à travers une atmosphère crépusculaire au temps délicieusement fuyant qui assoupi les âmes autant que les douleurs. Dés lors, les simples explications, science-fictives (ce mal étrange serait causé par une sorte de fuite temporelle issue du fin fond de l'espace) ou calquées sur les délires du père Balthus, qui considère cette cristallisation comme la forme finale de l'eucharistie, liassent la place au désir fou du Dr Sanders cherchant à rejoindre dans ce paysange hors du temps façonné par le cristal l'icône immortelle de Suzanne dans une ultime transfiguration. C'est ainsi qu'au fil des pages et des deux principaux chapitres, Equinoxe et L'homme illuminé, ce livre nous offre un voyage loin du bruit et de la fureur du monde du dehors, le notre, pour une plongée au sein d'un univers de miroirs qui emprunte aux paysages de L'île des morts de Böcklin, aussi bien qu'aux débordements visuels de Max Ernst, concrétisant la première vraie oeuvre picturale de J.-G. Ballard à travers la description d'un monde devenant peu à peu un chatoyant joyau, ou plutôt "un véritable domaine de pierres précieuses", comme l'exprime si bien Suzanne dans la lettre qui a décidé Sanders à  partir à sa recherche. Un réédition que les éditions Folio nous proposent dans la nouvelle et plus fidèle traduction de Michel pagel lors de la reprise du titre dans la collection Lunes d'Encre des éditions Denoël.

Aucun commentaire: