samedi 23 juillet 2016

Le testament de Jessie Lamb
(Roman) Science-Fiction / Dystopie)
AUTEUR : Jane ROGERS (Royaume Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 536, 1/2016 — 354 p., 8,20 €
TO : The good fairies of New York, 1992
TRADUCTION : Marianne Groves
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Editions Intervalles, 4/2009  — 304 p., 19 € — Couverture non illustrée
Jessie Lamb avait seize ans lorsque le monde s'est écroulé autour d'elle, Le virus du SMM (Syndrome de Mort Maternelle), probablement libéré par des bio terroristes, a déferlé sur le monde et les femmes enceintes meurent en couche, leur cerveau peu à peu réduit à l'état d'une éponge. Désormais la jeune génération qui n'a pas été contaminé sera la dernière que connaîtra une Humanité menacée d'extinction car incapable de se renouveler. Dés lors la société confrontée à cette pandémie affiche toutes les stigmates de la déliquescence : émeutes, vandalisme, suicides, dérives sectaires, violence exacerbée. C'est justement cette violence que semble exercer le geôlier de Jessie, qui la maintient entravée dans une chambre où seul un morceau de papier et un stylo lui permettent de rédiger ce testament constituant la trame essentielle de ce livre. Alternant systématiquement entre réalité et retour dans le passé, l'intrigue nous amène à partager l'intimité des pensées de cette jeune héroïne dont nous suivrons, en même temps que ses efforts pour échapper à son enfermement, le cheminement de la pensée. Hésitante, indécise, prenant les décisions que pourraient tout d'abord  lui dicter l'insouciance de son âge, mais qui deviennent vite motivées par un réel besoin d'apporter sa propre pierre au devenir du monde, Jessie va volontairement se confronter à sa propre responsabilité dans le cour de l'Histoire qu'elle peut désormais changer. Car les scientifiques ont travaillé dur afin de trouver une solution de substitution à la mort programmée de l'espèce orgueilleuse qui croyait éternellement dominer la planète. Le programme concocté a pour nom Sleeping Beauty (Belle au Bois Dormant) et il ne brille pas par son humanisme. En effet désormais des femmes volontaires seront utilisées comme réceptacles. Maintenues artificiellement en vie alors qu’elles se transformeront lentement en légume, elles finiront par donner naissance aux embryons non contaminés implantés dans leurs ventres, se sacrifiant ainsi pour assurer la survie de l'espèce. Bien que ses enfants soient à leur tour atteint par le SMM, Jessie a décidé d'offrir son corps à la science, au grand désespoir de son propre père, prêt à tout pour l'empêcher de réaliser ce qu'il considère comme une folie, et allant même jusqu'à la violence de la séquestration. Un livre paru pour la première fois en France chez les Presses de la Cité en 2014, premier roman de l'écrivaine britannique Jane Roberts, qui enseigne l'écriture romanesque à l'université de Sheffield, a être publié en France, Un récit dans lequel certains critiques ont pu opérer un rapprochement entre Jessie et l' »héroïne du roman de Karen Thompson Walker, L’âge des miracles, (paru également aux Presses de la Cité) car il s'intègre dans un background identique de fin du monde (le ralentissement de la rotation de la Terre sur son axe dans le livre de Thompson Walker), mais dont je rapprocherai plus volontiers la thématique du roman de P. D. James, Le fils de l'homme, adapté au cinéma par Alfonso Cuaron en 2006, qui nous plonge au sein d'une dystopie décrivant un Royaume-Uni en proie au chaos des pandémies, de la guerre et du terrorisme depuis que la totalité des femmes soient devenus stériles, et s'attachant au trajet  semé d'embûche d'une jeune femme portant la promesse d’un bébé dans on ventre. Travaillant la psychologie de ses personnages avec la finesse d'une aquarelliste, Jane Rogers nous dépeint les moindres implications, politiques, religieuses, ou déontologie que provoque l'apparition de la SMM appuyant sans hésitation là où sa fait mal, comme du côté de l'instrumentalisation des jeunes filles, et nous  laissant en définitive en plein questionnement sur le choix prit par Jessie Lamb en son âme et conscience. Et refermer un livre avec encore en nous un foisonnement d'incertitude bouillonnant dans l'esprit des lecteurs est déjà en soit une belle réussite de la part d’un écrivain dont c’est ici le premier roman publié en France.
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