samedi 13 août 2016

Dark Eden
(Roman) SF
AUTEUR : Chris BECKETT (Royaume Uni)
EDITEUR : POCKET SF 7212,  — 512 p., 8.50 €
SERIE : Dark Eden 1
TO : Dark Eden, 2012
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Si Scott
Précédentes publications : Presses de la Cité, 3/2015 — 416 p., 22 €  — Couverture de Clément Chassagnard
Les autres titres de la série : 2.Les enfants d’Eden
Critiques : actusf.com (Sylvie Bonnet) - Bifrost 79 (Olivier Girard)
→ L’homme s’est répandu dans l’espace, avec plus ou moins de réussite. Du côté du passif, on notera les déboires d’un équipage mixte forcé de se poser sur une planète inexplorée, et qui a préféré y rester plutôt que de tenter avec les autres un hypothétique retour. Heureusement, étant donné leur sexe différent, Tommy et Angela ont pu refaire le coup d’Adam et Eve, et bientôt leurs descendants viendront peupler ce bout du ciel perdu au sein des immensités stellaires. Mais, même s’il n’y a pas de serpents inventoriés, l’endroit n’a rien du paradis biblique et porte bien son nom de Black Eden. Deux siècles plus tard nous atteignons la cinquième génération après les géniteurs et l’auteur nous immerge au sein de la nouvelle société créée à partir de leurs seuls gènes. Son nom : la Famille (du côté littérature on pense à des réminiscences vampiriques, mais rien à voir avec celles-ci). Strictement hiérarchisée, divisée en plusieurs clans (Picarbre, Lampionrouge…) ce groupe de colons malgré eux a  développé un univers en vase clos qui tend à revenir vers le mode primitif enfermé dans le cocon d’une vallée toute imprégnée d’une étrange faune et flore bioluminescente qui a banni la notion même de nuit, car cette planète sans soleil ne tire ses sources de lumière et de chaleur que des êtres vivants qui l’habitent. Sous la clarté tutélaire des arbres-lampions et la voûte constellée de Tourbillon-Etoilé, les hommes égarés en ces lieux suivent un lent cheminement vers la dégénérescence, frappé par la consanguinité et une démographie galopante, oublieux de toute technologie, victime d’un appauvrissement de la langue  et revivant l’époque des chasseurs-cueilleurs avec pour seul mythe celui d’une Terre rêvée et d’un espoir de sauvetage s’instaurant en sorte de religion avec un but de plus en plus lointain et inaccessible au fil du temps. Pourtant, cet univers de sous culture composé de cinq cent membres flirtant avec tous les poncifs de l’obscurantisme recèle néanmoins de bons côtés. En effet, chez eux, l’utopie des hippies soixante-huitards de San Francisco bannissant tabous sexuels et violence est devenue réalité. On pourrait donc penser que ce microcosme harmonieux a de l’espoir devant lui ou, comme John Lampionrouge, croire dur comme fer que tout cela ne mène qu’à une lente extinction de tout ce qui fait leur humanité. Lui se veut le grain de sable du rouage, celui qui ne se contente pas de l’univers clos de sa vallée étroite, celui qui veut aller de l’autre-côté franchir la limite improbable de Noirneige et s’enfoncer dans l’univers ténébreux qui terrorise ses semblables avec ancré au fond de lui-même la certitude d’y découvrir des terres vierges riches d’espace à conquérir. Or, les nouvelles idées ne font pas bon ménage avec une société qui se sclérose, pire, elles risquent de faire ressurgir des vieux démons que l’on croyait pourtant rangés au rayon des croquemitaines. John va donc se générer des ennemis et refaire découvrir à la Famille les tristes passions humaines qui ont pour nom le meurtre et la guerre. Narrant son histoire à la première personne du singulier, ce qui favorise l’empathie du lecteur, alternant les points de vue, tout en laissant au récit de John une prédominance naturelle, Chris Beckett, écrivain britannique né à Oxford en 1955,  nous concocte un roman qui se lit aussi facilement que l’eau coulant dans le lit d’une rivière et dont la suite, Les enfants d’Eden, paru chez les Presses de la Cité en 2016, ne devrait pas tarder à arriver en format de poche.
Autre couverture :

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