jeudi 11 août 2016

Roi du matin, reine du jour
(Roman) Merveilleux
AUTEUR : Ian McDONALD (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 432 — 608 p., 10.50 €
TO : King of morning, queen of day, 1991
TRADUCTION : Jean-Pierre Pugi
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications :
● Denoël-Lunes d’Encre, 1/2009 — 504 p., 25 € — King of morning, Queen of day, Bantam-Spectra, 5/1991 — Tr. : Jean-Pierre Pugi —  Couv. : Michel Koch
● Gallimard-Folio SF 432, 9/2012 — 608 p., 10.50 € — Couv. : Michl Koch (avec bandeau haut de couverture)
Sommaire :
Craigdarragh préalablement sous le titre Roi du matin, reine du jour (version plus courte) in Etat de rêve (Empire of dreams, Bantam Spectra, 2/1988) Robert Laffont-Ailleurs et Demain, 11/1990 & Livre de Poche Science-Fiction 7123, 11/1997 — Tr. : Bernard Sigaud
Le front des mythes
Shekinan
Critiques : www.actusf.com (Arkady Knight) : www.actusf.com (Tony Sanchez) ; www.cafardcosmique.com (Ubik & Soleil Vert) ; L’Ecran Fantastique 295 (Claude Ecken) ; www.noosfere.com (Bruno Para) ; www.yozone.fr (Hervé Thiellement)
→ Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d'autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu'i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d'on ne sait où.  Premier récit mettant en scène l’un des trois protagonistes du livre, Craigdarragh est en fait la version longue d’une nouvelle, Roi du matin, reine du jour, publié dans le recueil Etat de rêve (Robert Laffont-Ailleurs et Demain 11/1990, puis Livre de Poche SF 7203, 11/1997). Utilisant le schéma fragmentaire du roman épistolaire, avec enchâssement d’extraits de journal intime, d’entretiens, de correspondances… ce récit narre les trajectoires divergentes et convergentes à la fois dans leur aspect hors normes de la jeune adolescente irlandaise Emily Desmond et de son père, le Dr Edward Garrett Desmond. La première passe la plupart de son temps à errer dans les bois où elle rencontre des créatures féeriques qui l’invitent à quitter le monde réel pour pénétrer dans celui des mythes. Le second s’est mis au banc de la communauté scientifique et s’est coupé de son proche entourage pour construire un gigantesque dispositif lumineux qui lui permettra d’entrer en contact avec les Altaïriens, qu’il est persuadé d’avoir identifié à bord d’un astronef en approche de la Terre que ses confrères prennent pour une simple comète. S’inspirant tout autant des thématiques de la SF, que de celle du roman Fantastique, avec l’allusion aux extraterrestres, le cadre victorien de l’histoire et les explications rationnelles (frustration sexuelle et religiosité exacerbée) portée sur les rencontres d’Emily, Ian McDonal s’amuse ainsi à construire et à déconstruire ces genres majeurs de la littérature de l’imaginaire. Dans le second récit du recueil, Le front des mythes,  il s’attaque à un second destin de femme, celui de Jessica Caldwell, la fille d’Emily Desmond. Nous la découvrons au seuil de la seconde guerre mondiale alors que, pour échapper à la monotonie du quotidien, elle tombe amoureuse d’un combattant de l’IRA, avant d’en apprendre plus sur ses véritables origines et d’amorcer une véritable analyse conflictuelle à l’égard du substrat mythique qui baigne la nature irlandaise. Si la première histoire faisait penser aux célèbres photographies de fées de Cotingley chères à Conan Doyle, avec certaines parentés avec Le parlement des fées de John Crowley, ce second texte appréhendée à travers plusieurs narrateurs, est une véritable plongée dans le Dublin des années trente décrit avec une minutie d’entomologiste et dont le destin contrasté est le parfait reflet de l’âme irlandaise prise entre l’âpreté d’une réalité morose et parfois sanguinaire et la présence invisible des mythes, faisant ainsi dériver le récit vers un réalisme merveilleux proche de la littérature sud-américaine. Enfin Shekinan, le troisième texte de ce livre, introduit le personnage d’Enye McColl, une publicitaire de la fin du XXème siècle, dont la paisible existence est brutalement bouleversé par la résurgence des pouvoirs hérités de sa lointaine ancêtre, Emily Desmond. Ceux-ci se concrétisent sous la forme de démons venus hanter ses nuits et contre lesquels elle devra apprendre à se battre, katana en main. Découpée par de nombreux flashback cette histoire à l’ambiance manga tient à la fois du Ghosbusters et du Fight Club, et accentue la confrontation entre le réel et l’imaginaire, tout en privilégiant dans la trajectoire initiatique de l’héroïne la primauté donnée au présent et au pouvoir de créativité qui doit l’aider à s’extraire du carcan des mythes. Un triptyque qui enveloppe les croyances irlandaises dans toute leur évolution et qui nous permet d’entrer plus en profondeur dans l’œuvre d’un écrivain, né en Angleterre mais ayant presque toujours vécu en Irlande, trop peu traduit en France (Desolation road et Necroville), qui sait remarquablement transcender les genres, au même titre qu’un Robert Holdstock de La forêt des Mythagos, mais avec un ancrage plus accentué dans un réalité datable et omniprésente. A noter, en refermant ce livre, de consulter la passionnante critique publiée par Arkady Night sur le site www.actusf.com.
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