lundi 10 octobre 2016

Argentine
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Joël HOUSSIN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 535, 9/2015 — 336 p., 8.50 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications : Présence du Futur 486, 3/1989 — 278 p., 8.50 € — Couverture de Philippe Gauckler
→ Joël Houssin aime le socialement incorrect et l’univers urbain, et il prend un malin plaisir à décliner à travers ses livres toutes les dérives vers lesquelles conduisent la rencontre entre ses deux thématiques. Dés ses premières nouvelles dans la revue fiction il a montré que sa trajectoire littéraire empruntait une pente engagée et plus tard enragée avec la saga du Dobermann adaptée à l’écran par Jean Kouenen. Avec Argentine réédité aujourd’hui chez Folio après une première parution dans la célèbre collection Présence du Futur de Denoël en 1989, il nous dépeint un univers carcéral à ciel ouvert symbolisé par Argentine, gigantesque ville prison se dressant en plein désert où sont enfermés les descendants des opposants politiques d’Amérique du Sud. Une cité en déliquescence rongée par la drogue, le sexe, la corruption, véritable égout à ciel ouvert où la nourriture se confond avec les immondices et où la violence trône à tous les coins de rues, territoires privilégiés de bandes disparates qui règnent en surface, sur les toits ou dans les sous-sols. Ajoutez à ce melting pot détonant des flics télépathes et l’omniprésence du MET, le mur d’enceinte temporel invisible qui entoure la ville, surnommé Matrix par la population carcéral, et vous aurez une petite idée d’un enfer à la manière de Bosch revisité à la sauce futuriste. Dérivation cauchemardesque d’un avenir clairement inspiré par les résurgences de notre présent, le monde d’Argentine se met à disjoncter encore plus que nécessaire lorsque le MET commence à se dérégler. Car voilà que Matrix accouche de véritables cyclones temporels dont les tourbillons transforment les malheureuses victimes en tas de squelettes dépossédés en quelques minutes de leurs maigres contingents d’années à vivre. Au sein de cloaque soumis aux imprévisibles agressions temporelles va émerger la personnalité d’un anti-héros charismatique, Diego, ancien caïd sous le nom de Golden Boy, qui voit dans ces phénomènes destructeurs l’occasion de se racheter une conduite. En effet, il a su mieux que d’autres déceler au sein de ces ouragans voleurs de temps d’étranges plages de répit, des sortes d’œil du cyclone où il est encore possible à un être humain déterminé de prendre son destin en main. Alors que la folie de Matrix est parvenue à venir à bout du Contrôleur-Dictateur et fragilise de plus en plus les autorités, Diego va retrouver la trace de Jorge et Gabriella, son frère et sa sœur qu’il a longtemps cherchés, faisant désormais parti des trois bébés, anciens adultes qui ont régressés, devenus les autorités suprêmes de ce monde en perdition. Roman choc traversé d’images brussoliennes, ce récit flirte avec l’action violente et la marginalité comme ce fut le cas pour Blue, titre du Fleuve Noir que le dessinateur Gauckler (celui qui a œuvré pour la couverture de la première édition Denoël) adapta en BD et nous offre une vision plus que réaliste d’un proche futur pas si loin de notre présent où le bien et le mal, l’horrible et la beauté, tendent à se confondre, comme dans le personnage emblématique d’Aurora, la femme-double, dont la moitié droite du visage appartenait à la plus belle femme du monde et la gauche à une vieillarde quasi centenaire. Un livre qui a reçu le prix Apollo à sa sortie en 1990 et qui marquait l’entrée dans la respectable collection Présence du Futur d’un auteur d’ordinaire cantonné au catalogue plus populaire de la collection Anticipation du Fleuve noir.
Autre couverture :

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