vendredi 7 juillet 2017


Le paradoxe de Ferni
(Roman) Postcataclysme
AUTEUR : Jean-Pierre BOUDINE (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 579, 5/2017 — 224 p., 6.60 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication :
● Aléas, 10/2002 — 176 p., 12 € — Couverture de Jean-Pierre Petit
● Denoël-Lunes D’Encre, 1/2015 — 192 p., 18 € — Couverture de Aurélien Police
Pas de catastrophes naturelles, d’invasions extraterrestres, d’épidémies massives ou de virus incontrôlables sur toile de fond de zombies dans ce roman, qui aboutit pourtant au même résultat : la fin de l’Humanité que nous connaissons. Celle-ci nous est froidement restitué sous la forme d’un cahier à la Anne Franck par un ultime survivant réfugié dans une grotte contreforts alpins afin d’échapper à ses semblables. Le narrateur commence nous décrire son existence digne du meilleur scénario de « survival » entrecoupée de chasse au mulot et de réflexions autour d’un discret feu de camp. Puis, au fil des lignes, il revient sur les diverses étapes qui ont conduit au chaos. Pas d’événements majeurs au sens strict du terme pour débuter le drame, sinon  une vulgaire crise financière de février 2022. Sous la plume du mathématicien épris de philosophie et de tendance extrême-gauche Jean-Pierre Boudin, la suite découle d’elle-même et, Robert Poinsot, le malheureux héros de cette décomposition en marche, nous entraîne dans son sillage au fil d’une lente agonie sociale, urbaine et généralisée. Paralysée par ses inter implications parmi les rouages d’une société technocratiques  hyper informatisée et pêchant par un manque flagrant de dimension sociale, le monde médiatisé à l’extrême que nous connaissons ne résiste pas à la surchauffe de son système économique suranné incapable de s’adapter aux viscicitudes du moment. Et tandis que la pandémie se répand à travers les cinq contient, frappant Europe et Amérique sans discernement, l’homme se retrouve confronté à l’animalité viscérale qui a toujours grouillé en lui et qui l’a poussé aux pires horreurs, même au moment de sa gloire. Lancé dans une fuite en avant qui lui fait quitter un Paris livré aux bandes de prédateurs en tous genre, Robert trouve un temps dans la bonne ville de Beauvais, un havre de pais inespéré. Mais, tandis que le château de carte de la civilisation s’écroule un peu partout autour de lui, il doit prendre les devants et fuir encore plus loin pour éviter de tomber dans les mailles du filet de la déshumanisation en marche. Le voilà désormais sur les bords de la Baltique, devenu membre d’une communauté humaniste qui a acté la fin de l’Humanité puisqu’elle a interdit en soin sein toute naissance. Narrant à la première personne la suite des événements qui le conduise à nouveau sur les routes afin d’éviter à tous prix la funeste compagnie de ses semblables, Robert en termine avec son échouage au sein de l’arc alpin où il ne peut que se résoudre à attendre patiemment la fin en décrivant ses derniers jours sur un petit calepin laissé derrière lui comme une sorte de message dans une bouteille jetée à la mer. Paru une première fois aux éditions Aleas en 2002, le livre, sous l’impulsion de Gilles Dumay a été actualisé pour être republié dans la collection Lunes d’Encre des éditions Denoël en 2015. C’est cette deuxième version que nous proposent aujourd’hui en  poche les éditions Folio. Celle d’un court roman qui répond à sa manière au fameux paradoxe énoncé par le physicien Encrico Fermi en 1950 disant en résumé que, le Soleil étant plus jeune que bon nombre d’étoiles de la galaxie, des civilisations plus avancées que la notre aurait du apparaître depuis bien longtemps, et nous en aurions eu connaissance. Or, il en est rien. D’où la conclusion implicite à laquelle en arrive l’auteur que je peux vous livrer sans déflorer l’intérêt du livre : quelle que soit le point où elle a germé dans l’univers, la vie intelligente est autodestructrices et génère en son sein une technologie qui finit irrémédiablement par la conduire à sa perte. Voilà pourquoi nous sommes désespérément seuls face aux étendues étoilées et pourquoi nous le resterons, puisque, en définitive, nous serons responsables de notre propre disparition. Un livre qui peut se présenter comme tragiquement prophétique par rapport aux problèmes que soulèvent jour après jour notre sombre quotidien que vient éclairer l’édifiante postface de Jean-Marc Lévy Leblond.
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