lundi 17 juillet 2017

Pornarina
(Roman) Thriller Fantastique
AUTEUR : Raphaël EMERY (France)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 6/2017 — 197 p., 19 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Inculte, 1/2010 — 224 p., 28 €
Ce premier roman de Raphaël Emery nous plonge en plein thriller néo-gothique, sur fond de monstrueuse parade à la Freaks ou d’une Famille Adams revisitée à la mode sanglante et bien moins souriante. On y découvre une galerie de personnages dignes des meilleurs films d’épouvante ou de L’île du docteur Moreau  de Wells, sans oublier une thématique d’enquête policière sur fond de tueuse en série. Justement celle que pistent les pornarinologues, sorte de société secrète partagée entre divers courant qui a pour but de traquer Pornarina, la mystérieuse prostituée à tête de cheval qui tue ses victimes, des hommes uniquement, en les émasculant. L’intrigue du roman ce focalise sur l’un d’entre eux, le docteur Franz Blazek, teratologue (spécialiste de la science des monstres) de 84 ans vivant dans un immense et sinistre château médiéval. Fils de sœurs siamoises, il a passé sa vie à rechercher toutes sortes de monstres et se complait indéniablement en leur compagnie. Pourtant, Antonie, la jeune femme devenue sa fille adoptive qu’il a sauvé des ghettos de Kiev, n’est est pas une à priori, bien qu’il ait réussi au prix d’un patient apprentissage à la transformer en une sorte de ninja féministe, redoutable tueuse rompue à toutes sortes d’assassinats. La première partie du roman se déroule dans la demeure forteresse de ce vieillard opiniâtre qui évolue au sein d’une sorte de cabinet de curiosité macabre dont le lecteur est peu à peu invité à partager toutes les déviances de fantasmes inavouables, partages de souffrance, de jouissance, de soumission exaltée et d’automutilation. La seconde nous conduit à Florence où Blazek a envoyé sa tueuse d’élite doté également d’un réel talent pour l’espionnage grâce à ses facultés de contorsionnistes. Son but, en savoir un peu plus sur un certain Fell, pornarinologue qui prétend avoir capturé l’énigmatique castratrice dont une partie de la gente masculine que compte la secte de chasseurs ne rêve que de tuer pour redorer le blason de leur sexe mis à mal par les émasculations répétées. Malheureusement, Antonie n’est pas particulièrement doué pour l’investigation et inaugure avec Fell sa technique personnelle d’expédition ad-patres : la décapitation. La suite du récit, cisaillé par des personnages riche d’étrangeté, comme un Sherlock Holmes émasculé, prolonge l’ambiance malsaine qui plane sur l’ensemble d’un livre qui, sur fond de guerre des sexes et d’apologie des tueurs en série, restitue le Grand-Guignol du siècle dernier tout en peignant un univers rongé par les crimes sexuels  où la vengeance est érigé en dogme de religion libératrice. Dès lors, on trouvera ici l’occasion rêvée d’embarquer dans une sorte de train fantôme aux mille et une perversions où la frontière séparant les véritables monstres des humains normaux aux pratiques déviantes a tendance à se confondre dans la porosité d’une dépravation devenue le leitmotiv de l’existence. Pour son chant du cygne en tant que directeur littéraire de la collection Lunes d’Encre, Gilles Dumay nous démontre une fois de plus sa capacité indéniable à repérer des ouvrages hors normes sur lequel il peut ainsi jeter un nouvel et vivifiant éclairage.

Aucun commentaire: