dimanche 10 juin 2018



 Le veilleur du jour
(Roman) Livre-monde
AUTEUR : Jacques ABEILLE (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 606, 4/2018 — 607 p., 9.40 €
SERIE : Cycle des Contrées 2
COUVERTURE : Anne-Gaëlle Amiot
Précédentes publications :
● Flammarion, 9/1986 — 512 p., 21.50 €
● Flammarion-L'Age d'Or, 9/1992
● Ginkgo-Lettres d'ailleurs et d'ici, 10/2007 — 650 p., 25 € — Couverture de Michel Guérard
● Le Tripode, 2015  — 520 p., 24 €  Couverture et illustration de François Schuiten
→ Après avoir entamé l'exploration de son univers imaginaire par Les jardins statuaires (repris également chez Folio) Jacques Abeille poursuit son fabuleux voyage avec ce nouveau titre venu paver d'une précieuse œuvre maîtresse le chemin sans égal de son esprit aventureux. "Terrèbre" ce nom couvrait un empire et c'était celui d'une ville". Tel est le lieu incomparable où aboutit Barthélemy Lécriveur, un homme sans passé ayant quitté les Hautes Brandes pour un hypothétique embarquement vers les îles. Avec lui, et guidé par un auteur à la plume comme en fait plus, nous pénétrons au sein de cet espace engloutissant qui se referme sans mégarde sur le voyageur imprudent s'étant glissé sans vraiment s'en apercevoir dans ces levées de façades et ces entrelacs pervers de voies secondaires. Au fil des errances parmi les ruelles de cette cité cannibale Barthélémy finit par aboutir dans une auberge où il trouve, non seulement le gite et le couvert, mais aussi une amante en la personne de Zoé, la jeune et joli servante qui l'attends depuis toujours, tout en sachant qu'elle est destinée à le perdre. De ce fait son projet initial de départ vers les îles s'estompent peu à peu, d'autant plus qu'il est remplacé par l'offre d'emploi de gardien que lui a proposé le bienveillant aubergiste auprès duquel Zoé à plaidé sa cause. Le poste consiste à surveiller un entrepôt désaffecté. Très vite notre bûcheron amnésique va se laisser happer par ce lieu envoûtant, au point d'y passer ses jours et ses nuits et de s'éloigner progressivement de Zoé. En vérité, l'endroit sert d'antichambre à un cimetière à  l'abandon où serrait enterré les premiers habitants de Terrèbre et dont une mystérieuse société d'archéologie lui a demandé d'assurer l'entretien et d'assurer la protection, car personne ne doit y pénétrer à l'exception d'un inconnu qu'attendent ses énigmatiques employeurs. Tandis qu'un dangereux individu surnommé le Serpent s'attache à ses moindres pas, il a également motivé l'intérêt d'un certain Molavoine, policier de son état, qui soupçonne les nouveaux patrons de Barthélémy de préparer un complot contre la Chancelerie de Terrèbre. Le veilleur toutefois est bien loin de ces préoccupations. Guidé par un livre mystérieux il entreprend jour après jour et nuit après nuit l'exploration de son nouveau habitat qui se révèle être un mausolée à l'architecture extravagante truffé de couloirs secrets et de pièces cachées qui ne demandent qu'à se découvrir devant ses yeux ébahis. Une tache qui l'absorbe jusqu'à la frénésie et que vient bientôt partager  Coralie Délimène, jeune étudiante et fille du Chancelier en place, devenue très vite son amante et qui l'accompagne désormais dans ses pérégrinations enfiévrées. Conduit comme une enquête policière, mais aussi comme un récit ésotérique et comme un vrai roman d'aventure ce second tome du Cycle des Contrées continue de nous enliser au sein de l'univers oppressant porteur d'un incomparable richesse du créateur des Jardins statutaires récemment réédité chez Folio. Véritable livre-monde l'intrigue nous immerge, sans aucune possibilité de revenir vers le rivage, dans un microcosme intemporel qui emprunte à la fois aux strates médiévales et aux ombres de la Fantasy  à travers la menace Barbare qui se profile au fil des pages. Un univers qui, bien qu'éloigné de nos société contemporaines, s'en rapproche indubitablement à travers les émotions et les sentiments exacerbés qu'il véhicule à travers des personnages qui nous sont révélés dans leurs plus âpres complexités. Ouvrage borgien, récit charnière d'un cycle avant l'invasion barbare qui suivra dans les écrits postérieurs, Jacques Abeille excelle à dresser dans ce roman des portraits ciselés par le burin d'un sculpteur comme ceux du préfet Evariste Destrefonds ou du chancelier Fréderik Lanvois qui lui servent à décrire avec une méticuleuse dramaturgie les mécanismes liés à la passion du pouvoir. Chapitre après chapitre, égaré dans les méandres de cette cité dont le décor s'invente à nos yeux comme un pop up révélant page après page ses plus infimes détails, nous sommes invités à pénétrer dans les sortes de tableaux hypnotiques dont nos pensées ont tout le mal du monde à se détacher tellement la prose de Jacques Abeille riche de mots qu'on oubliera jamais s'écoule tel un fleuve aux multiples affluents sur lequel on rêve de se laisser emporter. Un grand, un très grand livre donc qui mérite tout les éloges dressés auparavant par la critique et dont il ne faut surtout pas passer à côté tout en s'ouvrant la perspective pour ceux qui n'ont pas encore eu ce bonheur, de se lancer dans la lecture des autres romans du fascinant Cycle des Contrées.
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