lundi 17 juillet 2017

Pornarina
(Roman) Thriller Fantastique
AUTEUR : Raphaël EMERY (France)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 6/2017 — 197 p., 19 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Inculte, 1/2010 — 224 p., 28 €
Ce premier roman de Raphaël Emery nous plonge en plein thriller néo-gothique, sur fond de monstrueuse parade à la Freaks ou d’une Famille Adams revisitée à la mode sanglante et bien moins souriante. On y découvre une galerie de personnages dignes des meilleurs films d’épouvante ou de L’île du docteur Moreau  de Wells, sans oublier une thématique d’enquête policière sur fond de tueuse en série. Justement celle que pistent les pornarinologues, sorte de société secrète partagée entre divers courant qui a pour but de traquer Pornarina, la mystérieuse prostituée à tête de cheval qui tue ses victimes, des hommes uniquement, en les émasculant. L’intrigue du roman ce focalise sur l’un d’entre eux, le docteur Franz Blazek, teratologue (spécialiste de la science des monstres) de 84 ans vivant dans un immense et sinistre château médiéval. Fils de sœurs siamoises, il a passé sa vie à rechercher toutes sortes de monstres et se complait indéniablement en leur compagnie. Pourtant, Antonie, la jeune femme devenue sa fille adoptive qu’il a sauvé des ghettos de Kiev, n’est est pas une à priori, bien qu’il ait réussi au prix d’un patient apprentissage à la transformer en une sorte de ninja féministe, redoutable tueuse rompue à toutes sortes d’assassinats. La première partie du roman se déroule dans la demeure forteresse de ce vieillard opiniâtre qui évolue au sein d’une sorte de cabinet de curiosité macabre dont le lecteur est peu à peu invité à partager toutes les déviances de fantasmes inavouables, partages de souffrance, de jouissance, de soumission exaltée et d’automutilation. La seconde nous conduit à Florence où Blazek a envoyé sa tueuse d’élite doté également d’un réel talent pour l’espionnage grâce à ses facultés de contorsionnistes. Son but, en savoir un peu plus sur un certain Fell, pornarinologue qui prétend avoir capturé l’énigmatique castratrice dont une partie de la gente masculine que compte la secte de chasseurs ne rêve que de tuer pour redorer le blason de leur sexe mis à mal par les émasculations répétées. Malheureusement, Antonie n’est pas particulièrement doué pour l’investigation et inaugure avec Fell sa technique personnelle d’expédition ad-patres : la décapitation. La suite du récit, cisaillé par des personnages riche d’étrangeté, comme un Sherlock Holmes émasculé, prolonge l’ambiance malsaine qui plane sur l’ensemble d’un livre qui, sur fond de guerre des sexes et d’apologie des tueurs en série, restitue le Grand-Guignol du siècle dernier tout en peignant un univers rongé par les crimes sexuels  où la vengeance est érigé en dogme de religion libératrice. Dès lors, on trouvera ici l’occasion rêvée d’embarquer dans une sorte de train fantôme aux mille et une perversions où la frontière séparant les véritables monstres des humains normaux aux pratiques déviantes a tendance à se confondre dans la porosité d’une dépravation devenue le leitmotiv de l’existence. Pour son chant du cygne en tant que directeur littéraire de la collection Lunes d’Encre, Gilles Dumay nous démontre une fois de plus sa capacité indéniable à repérer des ouvrages hors normes sur lequel il peut ainsi jeter un nouvel et vivifiant éclairage.

Crux 
(Roman) Techno-thriller
AUTEUR : Ramez NAAM (Usa)
EDITEUR : Pocket SF 7227, 3/2017 — 731 p., 11.40 €
TO : Crux, 2013
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE : Clément Chassagnard
Précédente publication : Presses de la Cité, 1/2016 — 7364 p., 24 € — Couverture de Clément Chassagnard
En 2040 , Kade, jeune et brillant scientifique, a créé Nexus 5, une nano-drogue permettant de connecter les cerveaux entre eux. Véritable révolution, grâce à ses vertus empathiques, elle débouche sur la naissance d’une conscience collective, une possibilité improbable de transformer pour les cerveaux les parties en un tout unique et démiurgique. Mais comme Oppenheimer avant lui, pour la bombe atomique, Kade s’est vite aperçu que son invention n’avait pas que des côtés positifs et que, dévoyée, elle devenait un redoutable outil de manipulation de masse. Aussi il a mis Nexus 5 à la disposition de tous, et il est devenu l’homme le plus recherché du monde. Alors que s’ouvre ce second volume de la trilogie Nexus, Kade a rompu l’accord qui le liait à l’ERD, l’agence  gouvernementale américaine tissant sa toile totalitariste sur le monde. Désormais seul des trois créateurs de Nexus encore en liberté, il a également résisté aux approches d’une post-humaine japonaise investie de formidables pouvoirs. Le voilà devenu un fugitif traqué par des chasseurs de primes sans état d’âme. Autour de lui, les post-humains, dorénavant capables de fusionner leurs esprits de façon durable, pouvaient être amené à se répandre sur le monde et à provoquer l’extinction de l’ancienne race humaine. De quoi susciter l’inquiétude des réseaux conservateurs de l’ERD prêchant pour l’immobilisme ambiant et la survie de leurs prérogatives. Un statu quo malmené par le Front de Libération posthumain qui entend bien utiliser le Nexus  en devenant une sorte de Daesh puissance mille qui transforme les individus en bombes à retardement avec, pour but ultime, l’assassinat du président des Etats-Unis. Tandis qu’il s’efforce de réparer le mal qu’il a engendré en débusquant toux ceux qui utilisent le Nexus à des fins malhonnêtes, Kade pourrait penser que Nexus 6, nouvelle version à l’accès strictement réglementée, serait susceptible d’endiguer la propagation malveillante de la nano-drogue. Mais celle-ci recèle déjà en son sein une menace encore plus terrible pour l’humanité. Thriller à l’intrigue endiablée surfant sur des thématiques parfois antinomiques comme la high-technologie, l’écologisme ou la méditation, ce roman dresse un tableau qui fait parfois froid dans le dos de ce que pourrait devenir notre proche futur sous l’impact d’un progrès pas pleinement maîtrisé ou plutôt, cyniquement exploité. Tandis que le premier volet, Nexus, va faire l’objet d’une adaptation cinématographique par la Paramount, le lectorat français pourra se précipiter sur le dernier, Apex (Presses de la Cité, avril 2017),  point d’orgue d’une trilogie qui a propulsé Ramez Naam, ingénieur informaticien né en Egypte ayant entre autres travaillé au développement d’Outlock et d’Internet Explorer, au sein du cercle très fermé des plus célèbres écrivains de SF américains contemporains.
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lundi 10 juillet 2017

Bif Fan
(Roman) Thriller musical
AUTEUR : Fabrice COLIN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 580, 6/2017 — 240 p., 7.20 €
COUVERTURE : Gérard Dubois
Précédente publication : Inculte, 1/2010 — 224 p., 28 €
S’ils est un écrivain français de SF et de Fantastique reconnu, Fabrice Colin nous a depuis longtemps habitué à un production qui s’éloigne des sentiers battus, comme pouvaient l’exprimer par exemple l’onirique Or not to be (L’Atalante, 2002) ou le nom moins surprenant Sunk (Moutons Electriques, 2006) écrit en collaboration avec David Calvo. La reprise de ce roman publié en janvier 2010 aux éditions Inculte (avec en prime un cahier dépliant de photographies en fin de volume) s’inscrit dans cette veine des livres à part, difficilement classifiables. Indubitablement, il s’agit de l’ouvrage d’un fan destinés aux autres admirateurs de Radiohead, le célèbre groupe de rock britannique aux mélopées planantes (lénifiantes diront les détracteurs) ancrées dans une noirceur envahissante qui depuis 1991, date de création du groupe sous ce nom (il s’appelait avant On a Friday) ne cesse de déployer ses tentacules mélodiques sur la partition du monde. Décalquant sa propre addiction sur le héros de son roman, Fabrice Colin va nous conter la trajectoire mouvementé de Bill Madlock, jeune adolescent en surpoids traînant une existence solitaire de mal aimé au rythme des sonorités des cinq d’Oxford qui finissent par l’habiter comme un démon entrant dans la peau d’un possédé. Du diabolique, il en faut dans cette trajectoire pour expliquer pourquoi Bill en arrive en 2008 à tirer sur un spectateur d’un concert de Radiohead. Mais la résolution de l’énigme réside essentiellement dans l’approche de ce fan absolu envers son groupe mythique et surtout dans sa certitude qu’il est le seul à avoir découvert le sens cachés que recèlent les chansons du groupe, bien plus apocalyptique qu’on pourrait le croire. Pour étayer son propos Fabrice Colin nous propose trois pistes autant sonores que littéraires. La première s’inscrit de façon épistolaire à travers les lettres qu’un Madlock vieilli écrit depuis l’hôpital/prison où il est interné en attente de jugement s’efforçant de prouver aux médecins qui se penchent sur son cas qu’il est loin d’être fou comme ils le prétendent. La seconde déroule une biographie des premiers pas musicaux de Radiohead (jusqu’à la commercialisation de Kid A en 2000). Un texte chirurgical pondu par un vulgaire tâcheron que découpent aux scalpels les remarques acerbes de Bill rompant la monotonie de ce récit journalistique. La troisième, la plus poignante, revient sur les origines, l’enfance boulimique et dominée par une mère castratrice du pas très tranquille Bill Madlock qui, alors que tout va s’écrouler dans le monde qui l’entoure (cf. le sous-titre chez Inculte, Radiohead, la fin du monde et moi), compte bien assurer la protection de Thomas E. Yorke (le leader du groupe) et de ses  comparses, quoiqu’il lui en coûte. A la fois biographie décapante de l’un des groupes phares britanniques de ces dernières années qui n’aura désormais plus de secrets (même pour les rares qui en avait jamais entendu parler), ce roman met également en exergue les étroites implications qui lient le rock, en tant que composante musicale, au développement anarchique de nos sociétés ainsi qu’à toute une dramaturgie apocalyptique et complotiste, toute en peignant un tableau au vitriol d’une fraction de cette jeunesse britannique qui, si elle ne fait pas toujours la une des tabloïds, reste partie prenante dans les mutations convulsives qui agitent depuis des années l’ex-Empire de Sa Gracieuse Majesté. 
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vendredi 7 juillet 2017


Le paradoxe de Ferni
(Roman) Postcataclysme
AUTEUR : Jean-Pierre BOUDINE (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 579, 5/2017 — 224 p., 6.60 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication :
● Aléas, 10/2002 — 176 p., 12 € — Couverture de Jean-Pierre Petit
● Denoël-Lunes D’Encre, 1/2015 — 192 p., 18 € — Couverture de Aurélien Police
Pas de catastrophes naturelles, d’invasions extraterrestres, d’épidémies massives ou de virus incontrôlables sur toile de fond de zombies dans ce roman, qui aboutit pourtant au même résultat : la fin de l’Humanité que nous connaissons. Celle-ci nous est froidement restitué sous la forme d’un cahier à la Anne Franck par un ultime survivant réfugié dans une grotte contreforts alpins afin d’échapper à ses semblables. Le narrateur commence nous décrire son existence digne du meilleur scénario de « survival » entrecoupée de chasse au mulot et de réflexions autour d’un discret feu de camp. Puis, au fil des lignes, il revient sur les diverses étapes qui ont conduit au chaos. Pas d’événements majeurs au sens strict du terme pour débuter le drame, sinon  une vulgaire crise financière de février 2022. Sous la plume du mathématicien épris de philosophie et de tendance extrême-gauche Jean-Pierre Boudin, la suite découle d’elle-même et, Robert Poinsot, le malheureux héros de cette décomposition en marche, nous entraîne dans son sillage au fil d’une lente agonie sociale, urbaine et généralisée. Paralysée par ses inter implications parmi les rouages d’une société technocratiques  hyper informatisée et pêchant par un manque flagrant de dimension sociale, le monde médiatisé à l’extrême que nous connaissons ne résiste pas à la surchauffe de son système économique suranné incapable de s’adapter aux viscicitudes du moment. Et tandis que la pandémie se répand à travers les cinq contient, frappant Europe et Amérique sans discernement, l’homme se retrouve confronté à l’animalité viscérale qui a toujours grouillé en lui et qui l’a poussé aux pires horreurs, même au moment de sa gloire. Lancé dans une fuite en avant qui lui fait quitter un Paris livré aux bandes de prédateurs en tous genre, Robert trouve un temps dans la bonne ville de Beauvais, un havre de pais inespéré. Mais, tandis que le château de carte de la civilisation s’écroule un peu partout autour de lui, il doit prendre les devants et fuir encore plus loin pour éviter de tomber dans les mailles du filet de la déshumanisation en marche. Le voilà désormais sur les bords de la Baltique, devenu membre d’une communauté humaniste qui a acté la fin de l’Humanité puisqu’elle a interdit en soin sein toute naissance. Narrant à la première personne la suite des événements qui le conduise à nouveau sur les routes afin d’éviter à tous prix la funeste compagnie de ses semblables, Robert en termine avec son échouage au sein de l’arc alpin où il ne peut que se résoudre à attendre patiemment la fin en décrivant ses derniers jours sur un petit calepin laissé derrière lui comme une sorte de message dans une bouteille jetée à la mer. Paru une première fois aux éditions Aleas en 2002, le livre, sous l’impulsion de Gilles Dumay a été actualisé pour être republié dans la collection Lunes d’Encre des éditions Denoël en 2015. C’est cette deuxième version que nous proposent aujourd’hui en  poche les éditions Folio. Celle d’un court roman qui répond à sa manière au fameux paradoxe énoncé par le physicien Encrico Fermi en 1950 disant en résumé que, le Soleil étant plus jeune que bon nombre d’étoiles de la galaxie, des civilisations plus avancées que la notre aurait du apparaître depuis bien longtemps, et nous en aurions eu connaissance. Or, il en est rien. D’où la conclusion implicite à laquelle en arrive l’auteur que je peux vous livrer sans déflorer l’intérêt du livre : quelle que soit le point où elle a germé dans l’univers, la vie intelligente est autodestructrices et génère en son sein une technologie qui finit irrémédiablement par la conduire à sa perte. Voilà pourquoi nous sommes désespérément seuls face aux étendues étoilées et pourquoi nous le resterons, puisque, en définitive, nous serons responsables de notre propre disparition. Un livre qui peut se présenter comme tragiquement prophétique par rapport aux problèmes que soulèvent jour après jour notre sombre quotidien que vient éclairer l’édifiante postface de Jean-Marc Lévy Leblond.
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jeudi 6 juillet 2017

La montagne de jade
(Roman) Jeunesse / Dragon Saga
AUTEUR : Tui T. SUTHERLAND (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collection, 2/2017 — 400 p., 16 €
SERIE : Les royaumes de feu 6
TO : Winfs of fire.Moon Risig, Scholastic, 2015
TRADUCTION : Vanessa Rubio-Barreau
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Joy Ang
Dans le premier cycle de la série des Royaumes de Feu nous avons suivi les aventures de cinq jeunes dragons, Argil, Tsunami, Gloria, Comète et Sunny, appartenant à cinq clans différents furent enlevés à leurs familles et élevés en secret par les Serres de Paix car, selon une mystérieuse prophétie, ils étaient les seuls à pouvoir arrêter la guerre qui ravageait le monde de Pyrrhia. Formant désormais le groupe des Dragonnets du Destin, ils décidèrent cependant de prendre leur propre sort en main et échappèrent à leurs instructeurs. Tout au long des cinq premiers tomes de la série le lecteur a été amené à suivre leurs aventures mouvementées au sein des différents royaumes jusqu’à ce qu’ils découvrent que la prophétie n’était qu’un leurre servant aux belliqueux Ailes de Nuit pour tenter d’établir leur hégémonie sur l’ensemble de Pyrrhia. Ayant finalement réussi à ramener une paix fragile entre les clans, pour apaiser les rancœurs encore vivaces, les Dragonnets du Destin créent l’école de la Montagne de Jade et deviennent des professeurs pour 35  Dragonnets de chaque espèce qui  apprendront à se connaitre et à s’apprécier en dépit de leurs différences. Le premier volet de ce nouveau cycle nous propose de suivre les aventures de Lune Claire, une jeune Aile de Nuit, que sa mère avait caché dans la forêt des Ailes de Pluie alors qu’elle était encore dans son œuf afin de la protéger. A présent c’est à son tour d’intégrer l’Ecole des de la Montagne de Jade et de rejoindre l’un des  5 groupes distinctifs composés d’un dragon de chaque clan. Là, elle ne tarde pas à se lier avec ses camarades de grotte, dont Kinkajou, la jeune Aile de Pluie déjà entrevue dans les tomes précédents de la série. Mais son pouvoir de lire dans les pensées et de prévoir l’avenir la rend très vulnérable. D’autant plus que des visions atroces lui montrent la destruction du tout nouveau lieu d’enseignement accompagnée de la mort des dragons qui y séjournent. Tentant de dissimuler ses pouvoirs aux autres élèves, elle est déstabilisée par une voix qui surgit dans sa tête l’aidant à canaliser les pensées des autres dragons autour d’elle, mais lui demandant aussi de le délivrer. Car il s’agit en fait de la voix de Spectral, un redoutable dragon animus censé avoir disparu depuis deux mille ans, mais qui est en réalité emprisonné dans un talisman et qui compte sur Lune Claire pour le libérer. Alors que, autour d’elle, des élèves se font attaquer, la vaillante petite dragonne se lance dans une périlleuse enquête qui l’entrainera à faire des découvertes de plus en plus bouleversantes sur le monde des dragons de Pyrrha et à se confronter avec  Frimaire, la redoutable Aile de Glace qui s’est alliée à la maléfique reine Scarlet, l’ennemie jurée des Dragons du destin,  afin de venger la mort de son frère Grésil. La suite d’une série qui proposera 5 autres volumes écrits par un auteur jeunesse œuvrant sous divers noms de plume et qui a notamment collaboré, sous le pseudonyme collectif de Erin Hunter, à l’élaboration de la série La guerre des clans. A noter, en début de roman, un guide illustré des Dragons de Pyrrhia accompagné d’une carte qui fournit aux jeunes lecteurs l’occasion de se familiariser avec le fabuleux bestiaire du monde de Pyrrhia.

Le cercle de Farthing
(Roman) Unchronie
AUTEUR : Jo WALTON (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 572, 2/2017 — 411 p., 8,80 €
SERIE : Le subtil changement 1
TO : Farthing, 2006
TRADUCTION : Luc Carissimo
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes D’Encre, 1/2015 — 352 p., 21.50 € 
Récemment, les éditions Denoël nous avaient permis de redécouvrir le fameux SS-GB de Len Deighton, uchronie où l’on voyait l’Angleterre envahie par le Reich et ployant l’échine sous la dictature des officines à la Croix Gammée. Dans ce roman du même catalogue Denoël, que les éditions Folio reprennent aujourd’hui en poche, l’Angleterre n’a pas perdu la guerre, mais a signé une « paix dans l’honneur » fin 1941, après l’éviction du pouvoir de Winston Churchill (fusillé dans SS-GB). Cependant, la trajectoire dans laquelle s’inscrit désormais l’Empire Britannique, n’a rien de reluisante, car, dans le sillage du traité signé sous les auspices du très pro-germanique Sir James Thirkie, la défiance envers le peuple hébreux est devenue monnaie courant au sein de la  pas très vertueuse Albion. Comme dans le roman de Deighton, ce récit nous propose,  à travers la trajectoire protagonistes bien définis, de découvrir comment l’Angleterre a su, ou non, résister à l’influence envahissante du fascisme ambiant, alors qu’En Amérique, Lindbergh élu président à fait interdire l’entrée du territoire aux juifs. L’intrigue, telle celle d’un roman policier d’Agatha Christie, nous entraîne dans un huis clos oppressant au sein d’un Royaume Uni de l’année 1949 où trouvent refuge les Juifs persécutés en Europe, car les anglais n’ont pas encore promulgué le port de l’étoile jaune, bien que les relents antisémites, anti-communistes et homophobes soient désormais monnaie courante dans le pays depuis que le Cercle de Farthing, groupe de jeunes politiciens aux dents longues, a facilité le rapprochement avec Adolf Hitler et son victorieux Troisième Reich. Le Cercle, justement a choisi de se réunir dans la luxueuse demeure de la famille Eversley, propriétaire  du fameux manoir de Farthing qui a donné son nom à leur congrégation. Bien entendu, Lucy, la fille des châtelains, est de la partie, bien que son mariage avec David Khan, juif de son état, l’ai mise depuis peu au banc de la famille. Bientôt cependant les choses vont se compliquer pour elle avec l’assassinat Sir James Thirkie qui briguait le poste de Premier Ministre avant de se retrouver mort avec une dague planté dans la poitrine au milieu d’une étoile jaune ensanglantée. Comme de juste, les soupçons convergent vers David Kahn, le bouc-émissaire idéal.  Cependant outre, Lucy, qui est convaincue de l’innocence de son époux, l’inspecteur Anthony Carmichael envoyé par Scotland Yard pour mener l’enquête n’est pas loin de partager son avis et n’entends pas se laisser abuser par des preuves bien trop flagrantes pour être plausibles. Dès lors nous allons suivre le fil de l’enquête au rythme de chapitres qui alternent les points de vue à la première personne de Lucy, engluée dans les méandres d’une aristocratie britanniques de plus en plus réactionnaires, malgré les tendances homosexuelles de la plupart des acteurs de ce livre, et celui à la troisième de l’inspecteur Carmichael adepte de la vérité, comme son émule le commissaire principale Archer, surnommé l’Archer du Yard, dans le déjà nommé SS-GB. Peinture sans concession d’’une aristocratie anglaise ultra-conservatrice prête à toutes les bassesses pour conserver ses prérogatives où va bientôt sévir Mark Norman-by, meilleur ami de Sir Thirkie, désigné Premier Ministre et adeptes de la manière fort pour faire régner l’ordre, ce roman joue sur la tension provoquée par l’avancée de l’enquête policière au fur et à mesure des révélations qui alternent au fil des chapitres centrés sur Lucy et l’inspecteur Charmichael. Ménageant ainsi brillamment le suspens,  il vient s’inscrire avec brio dans cette thématique uchronique d’un Angleterre subversive et guère enthousiasmante mise en valeur par des romans tels que La séparation de Christopher Priest (Fleuve Noir) ou Fatherland de Rober Harris (Fayard, puis Pocket).
Autre couverture :
La cité du futur
(Roman) Voyages dans le Temps
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 5/2017 — 367 p, 22 €
TO : Last year, Tor Books, 2016
TRADUCTION : Henry-Luc Planchat
COUVERTURE : Aurélien Police
Du mariage entre western et science-fiction on peut garder le navrant souvenir du film Cow-boys et Extraterrestres,  ou bien conserver le souvenir de la lecture de ce passionnant roman. Voilà un livre bâti sur le principe de la cohabitation temporelle ici formalisée par la construction d’une véritable Cité du futur bâtie par les hommes du XXIème siècle en plein Far West de 1876 grâce à la maîtrise de la technologie du Miroir qui permet désormais les déplacement temporels. De cette rencontre plutôt inattendu les deux camps tirent abondamment partie : les visiteurs du futur en jouissant à prix d’or d’un gigantesque parc d’attraction directement branché sur le passé avec pour point d’orgue des excursions hors des limites de la cité ; les locaux, triés sur le volet, en s’octroyant un aperçu d’un futur étourdissant où les femmes ont le droit de vote et peuvent s’exprimer sur tous les sujets, où les mariages homosexuels sont autorisées et où un noir peut devenir président des USA, le tout éventuellement ponctué d’une balade en hélicoptère. Les premiers sont parfois surpris par la rudesse du Gilded Age qui a suivi les dégâts de la guerre de céssecion  en découvrant une société, raciste, sexiste injuste et violente  menacée par toutes sortes de maladie et bien loin des brochures touristiques fournit par Auguste Kemp, le promoteur du XXIème à l’origine de la construction de la Cité. Les seconds, par contre, passé leur premier mouvement de recul face aux mœurs dissolues qu’ils découvrent au fil de leur visite, ne manquent pas d’être impressionnés par les prouesses technologiques dévoilées par ces visiteurs du futur. Des visiteurs qui ont promis de leur en abandonner quelques-unes lorsqu’ils quitteront les lieux après 5 années d’exploitation du site. Mais la coexistence entre les quatre populations qui occupent cet univers clos, les employés locaux, les employés du futur, les visiteurs locaux et les le voyageurs venus du futur, n’est pas aussi rose qu’elle le paraît. C’est ce que va découvrir Jesse Cullum, ancien videur de Los Angelès, devenu l’un des plus anciens employés de Futurity. Affecté à la sécurité de la Tour 2 qui reçoit les touristiques locaux, il sauve la vie du président Ulysse Grant victime d’une tentative d’assassinat. Promu grâce à cet exploit, Jesse doit désormais enquêter sur le trafic d’arme révélé par la découverte de l’arme utilisée par le meurtrier, un Glock, qui n’a rien à voir avec ses ancêtres les colts de l’année 1876. Epaulé dans ses investigations par Elisabeth DePaul, une ex-militaire issue du futur, Jesse va peu à peu mettre à jour l’impact négatif de cette construction de l’avenir sur le présent des locaux, ainsi que les dégâts occasionnés par les activistes opposés au projet qui, pour le combattre, n’hésitent pas à provoquer des mutations sociales inappropriées au sein d’une population autochtone pas encore prête à les emmagasiner. Tout au fil de l’ouvrage le lecteur aura la désagréable impression, à travers la condesendances affichés par les visiteurs du futur envers le monde du Far West, de se revoir en tant que visiteur de zoo à notre propre époque ou dans la peau d’un quelconque touriste embrigadé dans un tour operator qui n’hésite pas à les confronter, avec l’indispensable recul et le luxe de sécurité adéquat, à la misère accumulée de certains pays du tiers-monde. En évitant l’écueil des paradoxes temporels, car la technologie du Miroir, application dévoyée de la mécanique quantique, ouvre sur un univers parallèle qui n’est pas situé sur la même trame temporelle que ce Far West de 1876, l’auteur nous offre une rencontre entre deux monde, finement décrits dans la première partie du livre en prenant soin de laisser à chaque époque le langage de son temps, ce qui conforte la crédibilité du récit. Pointant habilement le doigt sur les imperfections  des civilisations en présence, l’intrigue se prolonge dans la seconde partie du roman  en approfondissant l’enquête policière de Jesse et de DePaul, développant sans trop de longueur les relations entre les divers personnages dans un univers où les apprentis sorciers venus du futur semblent ne pas se soucier des dommages collatéraux que créent leur simple présence. De quoi nous ramener de façon détourné à des contingences de notre propre réalité où certains membres éclairés de nos sociétés pratiquent le même cynisme envers des individus classés hâtivement dans le cadre mal défini des « défavorisés ». Un élément qui, ajouté au style fluide et captivant de l’auteur, ne peut qu’inciter à la lecture de ce nouveau livre de cet auteur naturalisé canadien déjà bien connu du lectorat français à travers des romans tels que Spin, Mystérieum ou Les chronolithes, pour ne citer qu’eux, tous parus, comme la plupart des titres de cet écrivain chez l’éditeur Denoël et dans la collection Lunes d’Encre jusque là dirigée par le perspicace Gilles Dumay.

vendredi 16 juin 2017

L’ombre du pouvoir
(Roman) Médéiéval Fantasy
AUTEUR : Fabien CERUTTI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio 576 — 507 p., 8.20 €
SERIE : Le bâtard de Costigan 1
COUVERTURE : Alzain Brion
Précédente publication : Mnémos Icares, 2/2014 — 360 p., 20 € — Couverture de Emile Denis
→ Pierre Cordwain de Kostigan n’est pas un chevalier ordinaire. Bâtard d’une puissante lignée bourguignonne qui, à la mort de son père, l’a forcé à l’exil, il est devenu un assassin chevronné rompu à certaines pratiques magiques et chef d’une compagnie de mercenaires triés sur le volet. Poursuivi par la haine du Duc Eudes de Bourgogne en ce mois de novembre 1339 ses affaires l’amènent dans l’opulente cité de Troyes, capitale de la Champagne, le Comté le plus riche d’occident convoité à la fois par le Royaume de France et le Duché de Bourgogne. Sous l’influence de la comtesse Catherine, dernière princesse elfique de la lignée d’Aëlenwil, ce territoire étendant son influence bien plus loin que ses frontières ancestrales est devenu le refuge des races anciennes pourchassées un peu partout par l’expansion du christianisme. Car dans cette France féodale, nains, gobelins, orcs et elfes, bien que sur le déclin se mêlent encore aux contingences humaines.  Or, celles-ci présentement, se résument en un célèbre tournoi où les plus grands chevaliers du royaume vont pouvoir croiser leurs lances, tandis qu’une intense diplomatie nocturne se jouera dans le secret des ruelles sombres et des alcôves des palais. Un tournoi qui ouvrira les débats en attendant le point d’orgue des festivités : un banquet durant lequel la Comtesse Catherine choisira le futur époux de sa fille, la princesse Solenne, décidant par là même de l’avenir du Comté de Champagne. Deux prétendants sont sur les rangs, Robert de Navarre pour le roi de France et le baron Marc de Saulieu, pour le duché de Bourgogne. Celui-ci a les faveurs de la jeune princesse, mais il disparaît mystérieusement. La comtesse elfique charge alors Kosigan de la retrouver. Ce dernier en dépit de ses capacités surnaturelles dont il en connaît pas l’origine, son art de la manipulation, sa pratique de la joute ainsi que des ruses qui l’accompagnent, et son indéniable pouvoir de séduction sur la gente féminine, aura cependant du mal à échapper à ses nombreux ennemis, parmi lesquels ont peut compter le roi Edouard III d’Angleterre à qui il a jadis joué un fort vilain tour, représenté à Troyes par le vieux sénéchal Guillaume le Maréchal, mais aussi avec le non moins redoutable Gérard d’Auxois, noble bourguignon qui a juré de l’éradiquer de la surface de la terre, ainsi qu’avec l’autre prétendant, Robert de Navarre, prêt à toutes les félonies pour conquérir la main de la jeune Solenne et le Comté de Champagne par la même occasion. Parallèlement à cette intrigue, l’auteur nous fait partager les échanges épistolaires d’un certain Kergaël de Kosigan qui, dans les années 1899, se voit remettre par un notaire un étrange coffret ayant appartenu à l’illustre Bâtard, son lointain aïeul, et dont les pouvoirs magiques se laissent deviner au fur et à mesure que se tournent les pages de ce passionnant roman. Un livre qui, comme l’ont fait avec brio avant Jean-Philippe Jaworski avec ses Récits du Vieux Royaume, Mary Gentle avec Le livre des Cendres, ainsi que Henri Loevenbruck avec la série Gallica, ou encore plus récemment dans les rééditions Folio, celle de La voie des oracles de Estelle Faye, mêle avec brio l’Histoire et la Fantasy. Ici, c’est la période médiévale qui sert de background au récit. Une foisonnante époque de notre passé que Fabien Cerutti nous décrit avec la passion et l’expertise d’un médiéviste averti, accordant un soin particulier dans la description des diverses joutes qui rythment ce récit, sans cependant alourdir la lecture du livre dont la narration à la première personne accentue l’authenticité et permet au lecteur de s’identifier sans mal à la troublante personnalité du héros charismatique de la série, l’efficace mais pas toujours honorable Batârd de Kostigan.
Autre couverture :

samedi 10 juin 2017

Endgame Mission. L’intégrale
(Roman) Jeunesse / Postapocalypse
AUTEUR : James FREY (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Hors Collection, 4/2017 — 480 p., 19 €
TO : Engame The complete training diaries, HarperCollins Children’s Books, 2015
TRADUCTION : Jean Esch
COUVERTURE : Anonyme
→ Endgame, c’est d’abord une trilogie pour adolescents qui a essaimé comme une traînée de poudre dès la parution du premier tome en 2014. Bénéficiant d’une stratégie économique finement ciselée avec, pour point d’orgue, la possibilité pour le lecteur de gagner une trésor de 500.00 dollars grâce à la résolution des énigmes proposées dans les livres à l’aide de codes et de cryptographes, cette série remporta un immense succès littéraire développé par la suite en 2015 sur internet qui deviendra la plateforme des contenus de l’histoire avec vidéos et nouvelles envahissant les réseaux sociaux, le tout alimenté par la création de comptes twitter pour chaque protagoniste. A l’origine de leur histoire et du fameux Engame, la chute de météorites sur notre planète. Seuls des héros soigneusement sélectionnés seront capables de permettre à la civilisation humaine d’avoir encore sa place sur Terre. Répondant à l’Appel, le 1er tome de la trilogie, ces représentants des douze civilisations terriennes (Minoenne, Olmèque, Sumérienne , Nabatéenne, peuple de Mu, etc…) ces adolescents triés sur le volet devront se battre pour sauver leur lignée tout au long de multiples péripéties retracées avec minutie par le talent d(‘écrivain de l’auteur qui en profite pour revisiter l’histoire de la planète et de l’univers à travers un style percutant qui distille à savante dose émotion et suspens. Dans l’intégrale que nous propose aujourd’hui les éditions Gallimard dans un gros pavés de 475 pages regroupant les 3 volumes de la série nous avons l’occasion de revenir sur les événements qui ont prévalu au choix de ces êtres atypiques sur lesquels va reposer le sort de l’Humanité. Intégrés dans des camps d’entrainements spécifiques à leur ethnie situés à l’abri des regards, ils devront d’abord s’extraire de la masse des candidats recrutés pour ce rôle. Là ils apprendront à survivre en toutes circonstance, mais aussi à donner la mort en infligeant le plus de souffrances possibles. Rompus à tous les arts du combat, capables de manier n’importe quelle arme, et de réaliser des prouesses physiques hors de commune mesure, ils devront également faire preuve d’une solidité mentale inflexible qui sera mise à rude épreuves lors des dilemmes qui leur seront proposés incluant des choix drastiques où ils devront faire abstraction de tout attachement familial, de tout lien d’amitié et de toutes relations de couples. C’est ainsi les secrets les plus intimes de l’apprentissage de Marcus, Kala, Chiyoko, Alice, Aisling, Shari, Maccabée, Jago, An, Hilal et Sarah, qui nous seront dévoilés entre ces pages. Un livre qui permet ainsi aux fans de la série de retrouver des personnages auxquels ils se sont entachés, de percer plus avant le voile de mystère qui entourent certains d’entre eux et, pour les néophites, de s’immerger rapidement au sein d’un univers, que certains ont comparé à celui de la série Hungergames, elle aussi basée sur la thématique des adolescents d’excellence, qu’ils découvriront au fil des pages de ces onze textes  retranscrits dans un style fluide et percutant qui tient sans cesse le lecteur en haleine et l’encourage à ne refermer le livre qu’après la lecture de la dernière page. Une véritable réussite sortie de l’imaginaire d’une auteur originaire de Cleveland, déjà auteur de la série Numéro Quatre, sous le pseudonyme de Pittacus Lore, qui n’a manqué aucune occasion d’avouer son amour pour la France et sa tradition littéraire, et qui s’est adjoint l’apport de Nils-Johnson-Shelton pour l’écriture des romans de cette série.

dimanche 26 mars 2017

2084
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Boualem SANSAL (Algérie)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio 6281 — 331 p., 7.70 €
COUVERTURE : Getty Images
Précédente publication : Gallimard-La Blanche, 8/2015 — 288 p., 19.50 €
→ 2084, voici l’année où tout avait commencé. En vérité il s’agissait de l’année de naissance d’Abi, le délégué de Yölah sur Terre.  Un Dieu qui s’était imposé à son peuple par sa victoire sur l’Ennemi, dont personne ne se rappelait qui il était véritablement. Depuis, l’Appareil régnait sur un monde voué à la soumission et à la pensée unique, un monde bannissant toute initiative personnelle et soumis à l’intraitable surveillance et à la toute aussi implacable justice expéditive de la Juste Fraternité. Plongé dans le bonheur imposé d’une Foi sans questionnement, le peuple n’était autorisé à circuler dans le pays, désormais appelé Abistan en l’honneur du nom du prophète, que lors du Jobé, le grand pèlerinage, les nécessités des déplacements administratifs et commerciaux étant réservés aux gens disposant de sauf-conduits qui devaient, à chaque mission, subir toutes sortes de contrôles mobilisant toute une horde de guichetiers. Ainsi se déroulait la vie, ou du moins ce qui y ressemblait le plus dans les soixante provinces de l’Abistan où la communion s’achevait au sein de la Juste Fraternité, sous le regard d’Abi et la surveillance prétendue bienveillante de l’Appareil. Cependant, réfugié dans le Sanatorium, ce refuge où les pèlerins venait trouver chaleur et pitance pour la route, Ati, presque vieillard de 32 à 35 ans, se posait des questions sur sa foi et s’inquiétait surtout de virer à la Mécréance. Taraudé de questions dont ils ne comprenaient pas vraiment le sens il sentait confusément que le croyant fidèle qu’il était se mourait et qu’une autre  naissait en lui car il venait d’apprendre que la religion pouvait se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel. Quittant donc l’asile du sanatorium il retourna chez lui après un périple d’un an. Retrouvant les siens, il tenta de se réinsérer dans un monde qui n’était plus vraiment le sien. Mais, il comprit que ce qu’il rejetait ce n’était pas la religion, mais l’écrasement de l’homme par la religion. Mettant en doute ces certitudes avec son collègue de bureau Koa, il se rapproche des renégats vivant dans le ghetto, les anciennes banlieues dévastées, sans l’appui de la religion et où survivait une ébauche des antiques libertés dont l’homme jouissait avant l’avènement de Yôlah. Cependant, leurs investigations vont les amener à mettre à jour de dangereux secrets concernant le gkabul, le Livre Sacré, et l’abilang, la langue sacrée née avec le Saint Livre et d’épreuves en épreuves Ati finit par apprendre qu’une conspiration peut en cacher une autre. Un livre salué lors de sa parution par le prix du roman de l’Académie Française, véritable fable orwélienne sur fond de dictature islamiste imaginant un Islam au pouvoir dans une Europe devenue le cauchemar éveillé de tous les lanceurs d’alerte en mal de souveraineté nationale et de racines identitaires. Une analyse sans concession s’appuyant sur le postulat que le totalitarisme islamique va l'emporter parce qu'il s'appuie sur une divinité et une jeunesse qui n'a pas peur de la mort, alors que la mondialisation s'appuie sur l'argent, le confort, des choses futiles et périssables, pronée par le créateur de "Abi" (père), le "Big Brother" islamique, délégué de "Yölah" sur terre. 
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