samedi 20 janvier 2018


Le voyage de Simon Morley
(Roman) Voyages temporels
AUTEUR : Jack FINNEY (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-SF 589, 10/2017 — 644 p., 9.80 €
SERIE : Simon Morley 1
TO : Time and again, 1988
TRADUCTION : Hélène Collon
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication :
● Denoël-Présences, 4/1993 — 480 p., 21 € — Couverture non illustrée
● Denoël-Lunes d’Encre, 5/2000 — 480 p., 149 Frs — Couverture de Benjamin Carré
● Denoël-Lunes d’Encre, 2/2015 — 544 p., 24 € — Couverture de Aurélien Police
Critiques : Bifrost  20 (Claude Ecken) – Galaxies 17 (Eric Vial) – www.noosfere.com (Pascal Patoz & Frédéric Beurg)
Autres titres de la série : 2.Le balancier du temps
→ Qui n’a pas un jour rêvé de voyager à travers le temps ? Les écrivains de SF s’y sont employés de toutes les façons possibles de-puis H.G.Wells. Comme le célèbre auteur britannique, la plupart utilisaient le vecteur de la machine. Or voici que Jack Finney propose celui de la transe hypnotique. Imaginez l’immersion progressive de l’un de nos contemporains dans l’univers du New York de 1882. Un lent dépouillement de la défroque du XX° siècle opérée par Simon Morley un dessinateur raté, qui veut élucider le mystère entourant un aïeul de son ami Kate vivant dans le Chicago du président Cleveland. Il va dés lors servir de cobaye à l’expérience du Pr. Danzinger, sponsorisée par les instances gouvernementales. Ce dernier pense que l’on doit se conditionner mentalement et physiquement pour retourner vers une époque depuis longtemps révolue. Dés lors nous allons assister à la reconstitution progressive de ce décor d’antan, reconstitution rendue encore plus réaliste par les nombreux dessins et photos accompagnant le texte. Puis grâce à la restitution de témoignages écrits et visuels nous suivrons l’enquête policière et la véritable histoire d’amour que vivra ce voyageur temporel pas comme les autres. Un livre qui obtint le Grand prix de l’Imaginaire du meilleur roman étranger 1994, pour sa 1er parution en France dans la collection Présence des éd. Denoël en 1993. Il fut suivit d’ailleurs par la publication du second volet, Les balanciers du temps, tout aussi passionnant, et constitue avec ce dernier titre l’un des classiques de la littérature anglo-saxonne maintes fois réédité aux USA comme en Angleterre.
Autres couvertures :

Le fil du destin
(Roman) Aventures Fantasy /Mythologie japonaise
AUTEUR : Lian HEARN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Pôle Fiction 114, 11/2017 — 689 p., 9.80 €
SERIE : Le clan des Otori 5
TO : Tales of the Otori 5.Heaven’s net is wide, Hachette Australia, Sydney 2007
TRADUCTION : Philippe Giraudon
COUVERTURE : Yuko Shimizu
Précédente publication :
● Gallimard-Hors Collection, 1/2008 — 600 p., 23 € — Couverture de Christian Broutin
● Gallimard-Folio 4932, 6/2009 — 704 p ., 9.49 €
Autres titres de la série : 1.Le silence du rossignol – 2.Les neiges de l’exil – 3.La clarté de la lune – 4.Le vol du héron
→ Venu clôturer magistralement une série dépaysante sur le Japon féodal, ce cinquième tome du Clan des Otori s’inscrit en fait en prélude au premier opus de la série, Le silence du rossignol. En quelques 600 pages il va nous raconter la vie du jeune Shigeru avant sa rencontre avec Tomasu. Ainsi le lecteur peut mieux appréhender la suite des événements qui constitueront la série proprement dite. Formé à l’art de la guerre et de la dissimulation, Shigeru dont normalement succéder à son père. Mais ce dernier meurt lors de la bataille de Yaegahara l’opposant au clan rival de Lida. Shegeru est mis à l’écart et ses oncles règnent à sa place. Feignant la soumission, le jeune homme prépare cependant sa vengeance dans l’ombre, comme son enseignement lui a appris. Vivant en reclus, et bien que surveillé en permanence, il parvient toutefois à nouer des liens avec les mystérieux Invisibles, et fait la connaissance de Dame Maruyama, dont il tombe amoureux. Mais c’est en apprenant qu’un jeune garçon vivant dans les montagnes parmi les Invisibles ressemble étrangement aux Otori, qu’il comprendra que le temps est venu d’obtenir réparation. Il partira donc à sa recherche et baptisera Takeo celui qu’il considère comme le sel capable de détruire la puissance de Lida. La fin d’un conte fantastique à la Shogun venant éclairer toute l’histoire du clan et fournir de précieuses informations sur cette splendide épopée qui devait être une trilogie au départ. A noter que les éditions Gallimard proposent également les titres de la série en CD audio.
Lian Hearn est le pseudo de Gillian Rubinstein, née en Angleterre en 1942, qui a passé son enfance entre le Royaume Uni et le Nigeria avant de s’installer en Australie en 1973. Diplômée de l’Université d’Oxford elle est passionnée de culture japonaise, ce qui l’a conduit à écrire le cycle du « Clan des Otori » publié sous le pseudonyme de Lian Hearn, Lian en rappel de la son prénom Gillian, et Hearn en hommage au grand Lafacadio Hearn auquel elle voue une grande admiration.
Autres couvertures :
Le vol du héron
(Roman) Aventures Fantasy /Mythologie japonaise
AUTEUR : Lian HEARN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Pôle Fiction 113, 11/2017 — 744 p., 10.40 €
SERIE : Le clan des Otori 4
TO : Tales of the Otori 4The hash cry of the heron, Hachette Australia, Sydney 2007
TRADUCTION : Philippe Giraudon
COUVERTURE : Yuko Shimizu
Précédente publication :
● Gallimard-Hors Collection, 2/2007 — 621 p., 24 € — Couverture de Christian Broutin
● Gallimard-Folio 4724, 6/2009 — 752 p ., 10.50 €
Autres titres de la série : 1.Le silence du rossignol – 2.Les neiges de l’exil – 3.La clarté de la lune – 5.Le fil du destin
→ On sait que ce cycle était d’abord construit sur la base d’une trilogie. Mais Lian Hearn confessa que les personnages s’étaient tellement imbriqués dans son imaginaire qu’elle se sentit obligée, longtemps après la parution du tome 3, d’écrire à nouveau sur eux. Seize ans se sont donc écoulés lorsque nous retrouvons Takeo et Kaede qui règnent en paix sur le clan des Otori. Mais cette période de calme et de sérénité n’est pas faite pour durer. Alors que le couple élève tendrement ses jumelles, Miki et Maya, aux dons particuliers qui ont besoin d’être perfectionnés, et leur fille aînée, la belle Shigeko, destinée à leur succéder, la conjoncture de sinistres événements va se refermer sur eux. Car des ombres sinistres planent sur les maîtres des Trois Pays. D’abord la Tribu qui, bien que réfugiée dans des villages isolés, n’a pas oublié les guerres du passé et entends bien exercer sa vengeance. Dans ce but elle abrite en son sein Hisao, le fils caché de Takeo, que son père adoptif Akio a élevé dans la haine de son véritable géniteur dont la prophétie annonce qu’il deviendra le meurtrier. Et ce sont justement deux jeunes membres de la Tribu qui briseront la quiétude ambiante en tentant d’assassiner Takeo. Ces événements ne font qu’attiser les dissensions internes du clan qui voit d’un mauvais œil les talents particuliers des jumelles et l’absence d’héritier mâle. Désormais Takeo doit également se méfier de sa propre famille, et en particulier de Hana, la sœur de Kaede et de son beau-frère Zenko. Sans oublier l’Empereur des Huit-Iles qui convoite toujours les Trois Royaumes et qui, par l’intermédiaire de son messager Kono, lui a demandé d’abdiquer en faveur de Sada, son nouveau général de guerre. Tandis que des étrangers faisant le commerce de redoutables armes à feu et prônant une nouvelle religion s’introduisent peu à peu dans le pays, Takeo décide alors d’aller lui-même  plaider sa cause devant le monarque. Au préalable il prend soin cependant de séparer les jumelles afin d’assurer leur sécurité. Durant son absence, Kaede perd un fils qui vient de naître. Folle de douleur et bouleversé en apprenant l’existence de Hisao, elle cède les Trois Pays à Zenko qui n’attendait que ce moment. Le temps des batailles est donc revenu pour Takeo blessé dans ses sentiments les plus profonds, qui devra asseoir l’avenir de Shigeko, son aînée, tandis que les jumelles suivront leur propre destin fertile en rebondissements. L’avant dernier tome d’une série qui pérennise le penchant de l’auteur pour la culture japonaise imprégnant profondément le récit, mettant l’accent sur les intrigues politiques et sur les rapports entre hommes et femmes dans un monde où le sexe dominant se taillait déjà la part du lion.
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jeudi 4 janvier 2018

Le piège de glace
(Roman) Jeunesse / Dragon Saga
AUTEUR : Tui T. SUTHERLAND (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collections, 8/2017 — 375 p., 16 €
SERIE : Les Royaumes de feu 7
TO : Wings of fire, winter turning,  Scholastic, 2015
TRADUCTION : Vanessa Rubio-Barreau
COUVERTURE : Joy Ang
→ Grésil, frère de Winter, est enlevé lors d’une ballade par des Ailes du Ciel. Il est détenu par la cruelle reine Scarlet. Winter, son frère, accompagné de sa sœur Frimaire, décide de partir au secours de son frère. Le voyage de ne sera pas de tout repos et il devra compter sur l’aide de ses amis, Kinkajou, Qibli et Lune Claire, dont il est secrètement amoureux, pour triompher des multiples épreuves semées sur son chemin. Mais, en définitive celle qu’il redoute le plus c’est l’affrontement avec sa famille qu’il a toujours déçu. Pour leur montrer qu’il est bien de l’étoffe des héros il devra, non seulement délivrer Grésil, mais aussi stopper les projets meurtriers de sa sœur Cristal. Une suite d’aventures qui le conduiront à affronter avec son frère le terrible défi du diamant qui ne peut accoucher que d’un seul vainqueur. L’occasion pour les dragonnets de découvrir leur plus ancienne ennemi et de raviver la mémoire des lecteur sur cette fantastique saga mettant en scène les Dragonnets du Destin œuvrant ensemble sans discrimination de clans afin de faire aboutir la fabuleuse prophétie portée par les Serres de la Paix. Un nouveau petit bijou emmailloté dans l’habillage des couleurs chatoyantes de l’illustratrice Jay Ang qui nous permet de retrouver une Tui T. Sutherland au sommet de son art nous entraînant dans une fascinante saga qui a fait le bonheur de tous les lecteurs jeunes amoureux des dragons propulsés ici dans un univers captivant où de jeunes héros soudés par des liens d’amitié indéfectibles doivent se surpasser et vivre des moments héroïques afin de triompher des redoutables dangers que recèle leur existence riche en émotions et vibrantes péripéties.
Nouvelle Sparte
(Roman) Jeunesse / Science-Fiction
AUTEUR : Erik L’HOMME (France)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collections, 10/2017 — 314 p., 13.50 €
COUVERTURE : Antonin Faure
→ Lors de mes jeunes années, outre la rivalité Johnny Antoine, en féru helléniste, j’entretenais également celle opposant Athènes à Spartes. Et je l’avoue, j’ébréchais quelque peu ma carapace de pacifiste version hippie à la San Francisco de Scott McKenzie pour adopter le camp de l’éducation spartiate glorifiée quelques temps après par les films consacrés à la bataille des Thermopyles. C’est donc avec un plaisir certain que je retrouve aujourd’hui sous la plume d’Erik L’Homme, l’un des plus talentueux auteurs jeunesses français, le souvenir de la glorieuse cité lacédémonienne. Cependant la Nouvelle Sparte qu’il nous fait découvrir entre ces pages n’est plus la ville belliqueuse du passé. Dans cette ère ayant succédé au Grand Bouleversement les spartiates dont le courage était redouté d’Athènes à Thèbes en passant par la Perse, n’ont pas perdu leur ancienne vaillance, mais ils l’ont détourné des visées expansionnistes, la cité vivant une longue période de paix, pour la consacrer à l’épanouissement personnel à travers la carrière de pilotes. Valère et Alexia ne dérogent pas à cette règle. Comme la plupart des enfants ayant atteints 16 ans, ils se préparent à l’épreuve de la kryptie, rite de passage hérité des traditions antiques, que les transformera en véritables citoyens. Pour se détendre avant d’entamer leur semaine initiatique, ils se joignent à Drys et Skelios, deux autres adolescents, pour prendre un verre dans une taverne où ils échappent de peu à l’un des attentats qui, depuis quelques temps, sèment le chaos au cœur de la fière cité des rives du lac Baïkal. Qui en veut à la Fédération ? Les fanatiques du Darislam où Maxence, le père de Valère a péri lors d’une mission diplomatique ? Les patriciens corrompus de Paradise ? Le Directoire, qui dirige la destinée de la Nouvelle Sparte, entends bien trouver les coupables. La vie continue cependant et Valère qui a réussi son épreuve est choisi dans l’ordre du Harfang des neiges, bien qu’il ait du subir les attaques d’un mystérieux tueur. Un nouveau statut qui incite le Commandeur à le charger des passer trois mois en Occidie pour tenter de découvrir qui se cache derrière ces terroristes de l’ombre. Devenu espion ce dernier s’engage dans une enquête périlleuse où l’aide des ses amis lui sera primordiale, tandis que la révélation de terribles secrets risque de bouleverser l’intégrité de l’univers où il évolue depuis son enfance. Avec une précision de chirurgien, Erik L’Homme transpose sur la palette d’une terre bouleversée, les principales caractéristiques de la civilisation spartiate, reconstituant la ville dans toute la fidélité de ses plus intimes détails et convoquant les anciens dieux du panthéon grec, Athéna, Apollon, Héra et d’autres au banquet d’une intrigue nous replongeant avec délice dans l’ambiance si chère aux amoureux de lettres classiques, acclimatant harmonieusement les plus récentes avancées technologique à l’aune des rites et coutumes antiques fidèlement reproduits. Servi par une écriture futuriste qui peut par exemple passer allègrement du passé au présent dans une même phrase, le récit  s'efforce d'exprimer à travers une histoire d'amour mêlée à la confrontation entre deux mondes (l'occidien et le néo-spartiate) une certaine polyphonie du monde où les différences se complètent et se réconfortent devenant la meilleur antidote au totalitarisme. Un moyen pour l'auteur, en changeant l'angle du regard, de provoquer la surprise ainsi que des réactions inattendues qui ne peuvent conduire qu'à une saine et enrichissante réflexion.

lundi 4 décembre 2017

Hamlet au paradis
(Roman) Uchronie
AUTEUR : Jo WALTON (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 582, 8/2016 — 406 p., 16.90 €
SERIE : Le subtil changement 2
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 9/2015 — 352 p., 21.50 € — Couverture de Sylvain Deleu
→ La collection Folio continue avec bonheur de plonger dans le catalogue Lunes d’Encre pour ses rééditions en poche et, en attendant la reprise du 3ème titre du cycle du Subtil changement intitulé Une demi-couronne, nous propose de plonger dans le second opus de cette remarquable uchronie où l’Angleterre de 1949 n’a pas perdu la guerre, mais a signé en 1941 une paix dans l’honneur (le déshonneur pour certains) avec les nazis qui dominent désormais la totalité de l’Europe, tandis que l’Amérique, où Lindbergh est devenu président d’un pays profondément hostile aux juifs, entretien un farouche isolationnisme, et que seul demeure face au Troisième Reich le bloc communiste symbolisé par l’URSS et Staline. C’est dans cette Angleterre où les juifs font désormais l’objet d’un traitement à part, qu’évolue Viola Lark, jeune comédienne qui a rompu avec sa famille pour brûler les planches des théâtres Londoniens. Une artiste qui vient de se voir proposer le rôle de sa vie en incarnant Hamlet devenu non pas héritier, mais héritière de la couronne du Danemark dans une pièce shakespearienne s’intégrant désormais dans la mode de l’inversion de sexes qui se réapproprie les classiques du répertoire théâtral. Mais voilà qu’en même temps sa sœur Siddy, convertie aux sirènes du communisme, lui demande d’endosser une personnalité bien plus dangereuse, celle d’une poseuse de bombe. Car le terrorisme continue de travailler la perfide Albion, permettant ainsi à l’inspecteur Anthony Carmichael de Scotland Yard de revenir sur le devant de la scène en enquêtant sur une explosion qui a causé la mort de l’artiste Lauria Gilmore et d’un mystérieux inconnu. Sur fond de complot destiné à déstabiliser la statu quo ambiant dans lequel s’englue la nation britannique, de fuite de domestiques juifs et d’attentat contre Hitler, Jo Walton déroule deux intrigues en parallèle, celle de l’inconstante Viola, tombé amoureuse d’un ténébreux aventurier irlandais et confrontée au retour au pays de sa sœur Pip devenue l’épouse du puissant Himmler, et d’un inspecteur Carmichael conduisant avec minutie une enquête qui risque de mettre en cause d’éminentes personnalités de cette Angleterre passée sous la botte du fascisme, et craignant de plus en plus que son homosexualité soit révélée au grand jour. La suite d’une série qui démontre, une fois de plus, tout le talent de créatrice d’univers d’un auteur dont les amoureux de dragons ont pu récemment découvrir dans la collection Lunes d’Encre de Denoël le surprenant Les griffes et les crocs.
Autre couverture :

samedi 4 novembre 2017

Un éclat de givre
(Roman) Postcataclysme
AUTEUR : Estelle FAYE (France)
EDITEUR : GALLIMARD FOLIO 585, 9/2017 — 336 p., 8,50 €
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Les Moutons Electriques-La Bibliothèque Voltaïque, 6/2014 — 256 p., 21 € — Couverture de Aurélien Police
Critiques : Bifrost 76 (Manuel Beer) - www.elbakin.net (Gillossen)
Estelle Faye nous avait déjà entraîné dans une fresque uchronique passionnante avec sa trilogie de La voie des oracles également reprise chez Folio et narrant les aventures d’une jeune femme doté de dons de divination dans un monde soumis à la férule de l’Empire romain, mais dans lequel surnage encore les divinités du passé. Cette fois elle revient avec un récit de postcataclysme porté par Chet, un héros quelque peu déjanté, à  la fois chanteur de jazz et facilitateur, c'est-à-dire doué pour mettre les gens en contact, véritable animal de survie qui enchaînent les jobs plus ou moins illégaux afin de boucler ses fins de mois au sein d’un Paris d’après la Fin du Monde devenue une cité tentaculaire et démembrée où les masses interlopes qui la composent ne subsistent que grâce à la nourriture fournie par les Frelots de la Bordure. Voilà notre Chet qui, après avoir succombé au charme de l’envoûtant Galaad, se trouve  embrigadé dans un sombre histoire de recherche de dealer, Echo en l’occurrence, l’un des vecteur de prolifération de la Substance, drogue redoutable provoquant de singuliers troubles de la personnalité et véritable bombe a retardement venant de très haut et portant en son sein les germes d’extermination de la ville. Pour trouver Echo, Chet n’hésitera pas à retourner dans l’Au-delà, quartier de haute insécurité où des bandes de savants fous se livrent à toutes sortes d’expérimentations sur les corps et les âmes des misérables déchets qui tombent entre leurs griffes. Dans ce Paris à l’atmosphère de Moyen Age, mais où es drones incontrôlés continuent de se prendre au hasard à la population, Chet le bisexuel et son chevalier blanc rebondissent de situations critiques en expériences désespérées, visitant au passage des lieux intemporels que les amoureux de l’ancienne Lutèce découvrant sous un vernis de fantastique, tel ce parvis Notre Dame aux mains du roi gitan, le sinistre Janosh La Lavorna, ce Jardin du Luxembourg aux plantes dévorantes, cette piscine Molitor repaire de sirènes et ces catacombes encore plus mystérieux qu’ils l’étaient de nos jours. Retrouvant au passage Tess, son ancienne amante, Chet semble évoluer comme un poisson dans l’eau dans cet univers post-apo où, à force de maltraiter la planète l’homme a fini par la pourrir, pour l’achever à coups d’exploitation de gaz de schiste, et entraîner sa révolte climatique ne laissant que des déserts où surnageaient quelques cités tentaculaire provisoirement épargnée par le retour au néant. Parcouru d’une sensualité qui transpire entre les lignes, porté par des descriptions fines et fantasmées issues du formidable travail de recherche auquel s’est livré l’auteur, enveloppé dans une trame narratrice qui alimente sans cesse l’intérêt du lecteur, ce livre bouillonnant d’originalité flirte harmonieusement avec SF, polar et Fantasy urbaine et démontre une fois plus qu’il faudra compter avec la plume de Estelle Faye dans la nouvelle génération des arpenteurs d’imaginaires.
Autre couverture

mardi 31 octobre 2017


AUTEUR : Jo WALTON (Gb)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 8/2017 — 412 p., 21.90 €
TO : Tooth and claw, Tor Books, 2003
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Aurélien Police
Critiques : www.elbakin.net (Siriane)
→ Ce nouveau roman de l’auteur galloise du cycle de Morwenna débute par l’agonie de Bon Agornin, un énorme dragon, assisté dans son trépas par Penn, un prêtre dragon, qui s’empresse de lui dévorer les yeux dés qu’il a recueilli ses dernières paroles. Un entrée en matière plutôt déroutante pour un lecteur lambda qui ne sait pas encore qu’il va vivre dans prés de 400 pages au sein d’une société de dragons très anthropomorphe. Celle-ci se caractérise par deux points principaux. D’abord, son obédience victorienne car, pour écrire se lire, Jo Walton aurait pris pour modèle le récit du célèbre auteur britannique Anthony Trollope, Framley Parsonnage. Dés lors on ne s’étonnera guère de voir nos chers dragons évoluer selon un strict code de convenance débouchant sur des catégories sociales bien définies où les nobles occupent le haut du pavé. Gros et imposants, ils peuvent voler, sont à la tête d’un fief et de richesses considérables en rapport avec leur statut social (Illustre, Respecté, Digne Eminent) et dominent tout un peuple de serfs aux ailes attachées. Bien entendu l’ensemble de ce monde est avant tout patriarcal et les femmes, qui ne peuvent tomber amoureuses qu’une fois, émoi trahi par le subit rosissement de leurs écailles, ne pensent qu’à trouver l’élu de leur cœur qui leur assurera protection et longue descendance. Cette dernière d’ailleurs nous permet de rebondir sur l’autre originalité de ce roman : nos dragons sont des cannibales. En effet, à la mort de Bon Agornin, sa famille s’est empressée de se partager sa carcasse, car les dragons ne peuvent grossir, et dés lors acquérir plus de puissance, qu’en mangeant de la viande d’autres dragons. Un repas de fête qui, comme de juste, est réservé aux nobles, ne dédaignant pas, à l’occasion, à ingurgiter leurs propres enfants si ceux-ci présentent des faiblesses qui pourraient nuire à l’épanouissement de leur lignée. Ces agapes ne sont pas toutefois sans conséquences, car, frustrés par la part de roi que l’Illustre Daverak, l’époux de Beren, l’une des filles de Bon Agornin a prélevé dans la dépouille du défunt, ses autres enfants, l’ambitieux Avan en tête, lui intentent un procès pour spoliation de bien. La suite du roman va se construire à cheval sur le déroulement de cette procédure judiciaire et sur les péripéties amoureuses de Haner et Selendra, sœurs de couvées et autres filles de Bon Agornin. Au fil de demandes en mariages successives, de séquestrations et de manigances en tous genres, nous allons être invités à partager les préoccupations, souvent bien terre à terre, d’une société refermée sur elle-même qui permet à Jo Walton de parfaire sa critique de moeurs victoriennes empreintes de sauvagerie et de cruauté sous des atours poudrés et des apparences de bonnes manières. Le lecteur français friand de romantisme anglais y retrouvera des accents à la Jane Austen, plus connue que Trollope de ce côté-ci de la Manche, et ne pourra que se plonger avec une surprise mêlée d’une certaine admiration dans cette façon souvent drôle et originale d’aborder ce qui fut une période clé de la vie de nos chers voisins britanniques sans omettre les rapports avec le religieux et l’importance du joug de la servitude, certains fidèles valets allant jusqu’à finir dans l’estomac de leurs maîtres. Un roman surfant avec brio sur le mélange des genres, sans oublier une nette connotation féministe nous présentant des dragonnelles qui compensent leur absence de griffes, avec le déficit physique que cela représente pour affronter les mâles, par la présence de mains qui leurs permettent d’écrire et ainsi de se prévaloir d’une indéniable supériorité intellectuelle sur leurs pères, leurs frères et leurs époux. Un livre donc à découvrir pour tous ceux qui ont déjà apprécié le talent de cet écrivain, auteur notamment de la trilogie uchronique du Subtil changement, également parue chez Lunes d’Encre.

dimanche 10 septembre 2017

Les fiancés de l’hiver
(Roman) Jeunesse / Monde parallèle
AUTEUR : Christelle DABOS (France)
EDITEUR : GALLIMARD FOLIO 6132, 4/2016 — 593 p., 8,50 €
SERIE : La Passe-Miroir 1
COUVERTURE : Laurent Gaillard
Précédente publication : Gallimard jeunesse-Hors Collection, 5/2013 — 528 p., 18 € — Couverture de Laurent Gaillard
Les autres titres de la série : 2.Les disparus du Clairdelune – 3.La mémoire de Babel
Les concours d’écriture, les blasés, vous diront : cela ne sert à rien, sinon qu’à allumer l’espoir dans des yeux forcément déçus à la fin et à imposer de fastidieuses lectures à des membres de jury lassés de voir se répéter des histoires et des intrigues lues ailleurs et en beaucoup mieux. Mais… il y a parfois de bonnes surprises et ce roman en est une. Lauréat d’un concours Gallimard jeunesse il vient inscrire dans le paysage des publications destinées à l’imaginaire son indéfinissable grain d’originalité. D’abord par l’univers qu’il dépeint, les Arches, ces bouts de terres disséminés en plein ciel où vivent les Esprits de Famille et leurs descendants rescapés d’un lointain cataclysme qui a fragmenté de manière chaotique leur monde originel. Pratiquant complots, intrigues, menées d’alcôves et autres mondanités plus ou moins respectables ces familles, chacune dépositaire d’un pouvoir différent, ne pense qu’a affermir leur position face à leur Esprit de Famille respectif. Dans cet univers ouvert à bien des compromissions (preuve que dans le futur tout ne change pas véritablement) les mariages arrangées sont monnaie courante. Ophélie, jeune héroïne à l’écharpe magique, qui entre sur la pointe des pieds dans notre imaginaire de lecteur, est parvenu à se soustraire à pas mal d’entre eux, jusqu’à ce que l’inévitable se produise : elle est promise à Thorn du clan des Dragons, jeune héritier d’une puissante famille du Nord. Là voilà donc forcée de quitter la douceur d’Anima, son Arche de naissance, pour  partir avec sa tante comme chaperonne vers la lointaine Citacielle , capitale flottante du Pôle, enveloppée d’un froid mordant et d’un parfum de mystère qui ne fait que s’épaissir à son arrivée. Car, outre le peu d’intérêt que lui manifeste son fiancé, bougon et taciturne, il lui est fortement conseillé de ne pas révéler les réels motifs de sa présence en ce lieu. Heureusement sous aspect de jeune fille banale et ses lunettes de myope, Ophélie cache un talent particulier pour lire le passé des objets et surtout, pour traverse les miroirs.  Imbibée dans une ambiance, à la fois steampunk, fantastique et fantasy, l’intrigue développe ses ramifications à la cadence d’un doux paresseux, nous permettant aux détours de chaque page d’en apprendre chaque fois un peu plus sur un univers qui prend un malin plaisir à se soustraire à nos regard globalisants. Portées par une héroïne malgré elle plus proche de Cendrillon que de la Belle au Bois  Dormant et d’un héros rendu craquant par son caractère à la fois inaccessible et imprévisible le récit déroule son implacable dynamique au fil de scènes gorgées d’émotions qui contribuent à la peinture d’une univers à la fois riche et complexe dans lequel le lecteur se laissera voluptueusement glisser en attendant une nouvelle plongée dans les prochains tomes de cette série marquée par le sceau de l’originalité.
Autre couverture : 

♦ Un monde meilleur ♦

(Roman) Thriller / SF
AUTEUR : Marcus SAKEY (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio Policier 821, 2/2017 — 495 p., 8.20 €
SERIE : Les Brillants 2
TO : A better world, 2014
TRADUCTION : Sébastien Raizer
COUVERTURE : Benjamin Harte (photo)
Précédente publication : Gallimard-Série Noir, 2/2016 — 432 p., 20 €
Autres titres de la série : 1.Les Brillants – 3.En lettres de feu
→ Depuis 1980, 1% de la population naît avec des dons particuliers et des capacités stupéfiantes : on les appelle les Brillants. Nick Cooper, une sorte d’agent secret traque John Smith, le leader charismatique du groupe de terroristes que sont devenus les Brillants, qui sont parvenus à paralyser trois grandes villes américaines quasi réduites à la famine. Mais, grâce à sa rencontre avec John Smith, Copper a découvert que son agence est corrompue et que celui qui la dirige, Drew Peters, est le véritable instigateur des troubles qui ensanglantent le pays dans le but de provoquer un chaos généralisé qui donnera les pleins pouvoirs au gouvernement. Depuis lors, Shannon, sa maîtresse, une Brillante qui l’a aidé à sauver son ex-femme et ses enfants kidnappés par les sbires de Peters, est devenue une combattante recherchée. Intronisé conseiller du président des Etats-Unis, Cooper est en vérité un ancien Brillant qui a passé toute sa carrière à les traquer. Car, pour les gens normaux les Brillants sont synonymes de dangereuse menace. Lorsqu’ils les détectent, ils emmènent les enfants dans des écoles spécialées où ils sont pratiquement décérébrés. Dans ce monde où les faux-semblants occupent le devant du pavé, apparaît la figure d’Ethan Parc, un scientifique qui a participé à la découverte d’un produit capable de transformer les gens normaux en Brillants. Cette découverte est évidemment convoitée. Ethan, sa femme et sa fille, traqués, sont obligés de s’enfuir sur les routes car les vivres font défaut en ville. Pendant ce temps, Cooper est victime d’une tentative d’assassinat. L’assassin est un Brillant qui l’attaque lors d’un repas au restaurant avec son ex-femme et ses enfants, Kate et Todd. Todd est blessé en tentant d’aider son père qui finit par être tué. Mais, transporté dans une clinique spéciale, ils se remettent très rapidement. Dés lors la suite du roman nous entraîne dans une course-poursuite haletante digne des meilleurs thrillers qui nous propose de s’immiscer dans les méandres du pouvoir d’une société américaine gangrenée de l’intérieur devenue une proie facile pour les pires idéologies brandissant comme vecteur d’agitation la thématique du bouc-émissaire dont les Brillants représentent la plus adéquate représentation. Le second volet d’une trilogie écrite par un passionné de science politique et de communication qui sait admirablement jouer des ressorts de l’écriture pour rentabiliser son intrigue afin d’en extirper la substantifique moelle et pour finir accoucher d’un roman palpitant à mi-chemin entre la corrosive critique sociale et le récit de SF qui se prêterait remarquablement à une adaptation cinématographique sous la forme d’une série dont les TV US ont depuis longtemps maîtrisé les secrets de fabrication.
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