lundi 23 avril 2018


Dans la toile du temps
(Roman) Hard Science
AUTEUR : Adrian TCHAIKOVSKY (Angleterre)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 3/2018 — 578 p., 24 €
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Henri-Luc Planchat
COUVERTURE : Gaelle Marco
→ Arachnophobes attention, le roman que vous avez entre les mains fait la part belle à ces gentilles petites bestioles qui partagent avec nous notre bonne vieille Terre. Et surtout ne croyez pas vous en débarrasser avec un simple insecticide ou un bon coup de balais, car celles dont va nous parler Adrian Tchaikovsky ont atteint un niveau de civilisation qui, même si nous le comprenons pas, nous dépasse largement et nous dépassera sûrement dans ce lointain futur qui sert de décor à cette passionnante histoire. Tout commence lorsque l’Humanité, consciente de l’avenir étriqué que lui réserve notre planète bleue, et après avoir colonisé la proche banlieue que constitue notre système solaire, se lance dans la colonisation des vastes espaces interstellaires avec pour crédo le maître mot terraformation. C’est d’ailleurs cette tache essentielle que vient de terminer le Brin 2 (hommage à l’auteur de SF David Brin), vaisseau scientifique humain, sur un monde extrasolaire situé à des années-lumière de la Terre. Le docteur Avrana Kern, à la tête du projet, s’apprête à passer à l’étape suivante du processus, soit le largage sur la planète d’un millier de singes et d’un nanovirus destiné à leur faire subir une évolution accélérée jusqu’à ce qu’ils soient en capacité de comprendre les messages mathématiques envoyés par un satellite laissé en orbite autour de la planète et qu’ils puissent y répondre. Ce stade ultime atteint ils seraient en mesure d’accueillir comme des dieux les colons terriens venus récolter le fruit de leur fabuleuse expérience. Mais, alors que le Brin s’apprête à repartir pour ensemencer d’autres mondes l’imprévisible se produit sous la forme d’un révolutionnaire du NUN, entendez les Non Ultra Natura, qui prône par la violence un retour radical à la nature. Ce dernier réussit à détruire le Brin 2 et  à faire griller les singes cobayes. Seule Avrana Kern parvient à s’échapper en se réfugiant dans le module orbital autonome placé autour de l’astre terraformé où, faisant désormais corps avec les composantes électroniques de l’engin, ne sachant pas que ses précieux primates ont subi un sort funeste, elle entre dans une longue période de cryogénisation. Or, sur le monde en question, baptisé désormais la planète de Kern, si l’ensemble des vertébrés ont été immunisés contre les effets du nanovirus, ce n’est pas le cas des invertébrées, passagers clandestins involontaires du Brin 2. Dés lors, profitant de l’effet élévation contrôlée que diffuse ce dernier, va se développer une civilisation d’où émerge, au fond de l’océan, des crustacés représentés par des stomatopodes marins, sortes de crevettes endémiques, et sur terre des insectoïdes, fourmis et surtout araignées en tête. Ces dernières, et notamment l’espèce Portia Labatia, particulièrement réceptive à la diffusion du nanovirus, vont transformer leur individualisme inné en conscience sociale, puis en redoutable intelligence, et ensuite véritable technologie approprié à leur propre espèce qui va leur permettre de régner sur la plus grande partie de la planète. Et pendant ce temps les humains, me direz-vous… Et bien, comme prévue, à travers le conflit entre les progressistes et les membres du NUN, ils ont fini par s’autodétruire après avoir rendu la Terre inhabitable. Seul vestige de l’Humanité agonisante, le Gilgamesh, une gigantesque arche stellaire peuplée de près de 500 000 individus en animation suspendue, qui s’approche désormais du monde Kern dans le but de recommencer à zéro sur cette nouvelle terre promise. A sin bord, Holsten Mason, l’historien linguiste, Isa Lain, la chef-ingénieur, et  Vries Guyen, le commandant du Gilgamesh, ont été réveillé pour préparer les bases de cette arrivée en fanfare. Mais voilà l’entité Avra Kern n’entends pas que des éléments extérieurs viennent troubler l’expérience menée sur ses précieux primates et à placé la planète en quarantaine. C’est ainsi que les humains du Gilgamesh sont repoussés manu militari et priés d’aller polluer des astres bien plus lointains. A partir de cet instant, Adrian Tchaikovsky va nous inviter à suivre par l’intermédiaire de chapitres alternant les points de vue, les trajectoires destinées à se rejoindre des araignées en perpétuelle mutation et des humains en perpétuels conflits. En effet, sur le monde de Kern, après avoir vaincu les fourmis qu’elles ont transformé en sortes de robots dévolus à leur service, les arthropodes violemment matriarcales (les mâles sont souvent dévorés après l’accouplement) évoluent à vitesse grand V grâce à la transmission de transferts d’expériences, les Savoirs,  à travers des lignées qui se renouvellent avec des noms distinctifs, Portia, Fabian, Viola, qui permettent aux lecteurs d’entrer plus facilement en empathie avec des êtres dont pourtant tout nous sépare. Tout au contraire, chez les humains, nous avons droit à toute la panoplie de dissension et luttes intestines qui minent une société fermée dont les membres se confrontent au fil des réanimations successives qui émaillent leur aller-retour dans l’espace, car le Gilgamesh n’envisage en fait qu’une option : retourner envahir le monde de Kern. Nul doute alors que les araignées ne seront pas du même avis et gare à la confrontation finale. Faisant parti des ultimes choix de Gilles Dumay avant qu’il ne quitte la direction de la collection Lunes d’Encre, ce roman prouve une fois de plus son talent indéniable pour débusquer de véritables pépites littéraires. Car Dans la toile du temps est réellement un récit passionnant. Tant par le soin que son auteur a pris à décrire la densité émotionnelle qui anime ses personnages, autant humains qu’arachnides, que par l’extraordinaire description de la civilisation insectoïde qui nous est proposée. Bien que celle-ci soit basée sur des concepts totalement différents des nôtres, la vue et le toucher étant par exemple remplacé par le toucher et le chimie des phéromones, tandis que nos chères lois de la physique font place à celles de la chimie et de la biotechnologie, elle nous captive page après page au gré de mutations anatomiques, de luttes contre d’autres insectes, de conflits internes sur fond de querelles religieuses où l’entité Kern fait office de nouvelle déesse dont cependant les araignées ne tarderont pas à cerner les limites quand elles seront en mesure d’entrer en contact avec elle. Rarement un contact extraterrestre a été si habilement décrit nous le rendant parfaitement compréhensible et envisageable. Entomologiste de formation, qui a déjà utilisé le monde des insectes comme source d’inspiration, comme dans son cycle de fantasy de Shadows of the Apt,  Adrian Tchaikovsky aborde des thématiques hard-science (arches stellaires, contre-utopie, intelligence artificielle, post-apocalypse) où l’on retrouve les influences d’auteurs majeurs du genre, David Brin, Stephen Baxter, Peter Hamilton, etc…, en supportant toujours avec brio la comparaison et nous entraîne avec lui dans un univers inversé où l’humain, loin de jouir du beau rôle, fait désormais office d’agresseur. Une œuvre qui, sans nul doute, fera date dans l’histoire de la SF contemporaine.

dimanche 22 avril 2018


Dictionnaire Frankenstein
(Essai) Science-Fiction / Fantastique
AUTEUR : Claude AZIZA (France)
EDITEUR : PRESSES DE LA CITE-Omnibus, 2/2018 — 206 p., 16 €
COUVERTURE : Hélène Crochemore
Dans l’univers de la littérature de l’imaginaire le roman de Mary Shelley s’est bâti sur deux impostures. La première, que Claude Aziza rappelle dés le début de son livre, c’est que le nom de Frankenstein a été communément utilisé pour désigner la Créature objet de toutes les terreurs, alors qu’il s’agit du nom de son créateur, le savant génial Victor Frankenstein. La seconde, plus en rapport avec la thématique générale de l’ouvrage, se rapporte à sa classification spontanée au fil des siècles dans l’univers du Fantastique, alors qu’il s’agit, non d’un de l’un des premiers romans de Science-Fiction, comme l’affirment certains, mais plutôt d’un récit inclassable, véritable chez d’œuvre qui échappe aux étiquettes en se revendiquant cependant de toutes : gothique, romantisme, récit historique, roman populaire, etc…. Passée cette nécessaire mise au point, on pourra se plonger avec délice dans le remarquable travail de Claude Aziza, cet érudit de la culture populaire qui, depuis des années n’a de cesse de nous permettre d’appréhender et d’explorer les multiples facettes de ce genre mal connu et parfois discrédité, à travers des multiples publications que ce soit aux Presses de la Cité, mais aussi chez Pocket et d’autres éditeurs. L’essentiel du travail rassemblé ici s’articule autour d’un vaste dictionnaire qui, de « l’agitation » provoquée par la publication du roman, jusqu’à « James Whale » l’un des réalisateur qui a transposé le mythe à l’écran, brosse un large tour d’horizon de ce qui, de prés ou de loin, peut s’apparenter à cette fabuleuse Créature. De la genèse de l’ouvrage à ses avatars littéraires (livres, BD) et cinématographiques (nanars inclus), en passant par les auteurs qu’il a fasciné ou, tout au moins, interpelé (Balzac, Gautier, Dumas, Mérimée), les interprètes et accompagnateurs  qui on assuré son passage à la postérité (Boris Karloff, Peter Cushing, Terence Fisher, Christopher Lee, Béla Lugosi), les thématiques qu’il englobe (Satan, le Feu, Mythe de Prométhée, Savant fou) Claude Aziza nous dit tout sur ce Monstre intemporel germé un soir d’orage de mars 1818 sur les bords du lac Léman dans la tête de Mary Shelley, future épouse du poète Shelley, grande admiratrice de l’illustre Lord Byron dans le sillage duquel gravitait Polidori, auteur de Lord Ruthven, premier personnage de vampire mâle dans une œuvre de fiction. Il revient ainsi sur les aspects romantiques du récit, décortique l’éducation qu’a reçu la Créature, précise le destin familial tragique de sa conceptrice (présence du père et de la mère, nécrologie enfantine), analyse les rapprochements avec d’autres monuments comme L’homme invisible et l’île du docteur Moreau de Wells, Dracula de Stoker ou Jekyll & Hyde de Stevenson, décrit l’atmosphère particulier et le contexte général qui a abouti à son élaboration, s’attarde sur les emblématiques Warner et Universal avant de conclure sur de précieuses annexes (Mary Shelley en dix dates, Dix premières pour Frankenstein, une méticuleuse bibliographie et un non moins passionnant Index bibliographique). En résumé, un véritable travail de vulgarisation, qui, sans tomber dans le piège du volumineux essai ne touchant en vérité qu’un maigre public universitaire, nous enseigne l’essentiel de ce que nous devons savoir sur la Créature et le mythe qui l’entoure, tout en nous donnant l’irrésistible envie de poursuivre l’aventure en découvrant ou redécouvrant tout ce qui a engendré l’aura de fascination qu’il a exercé à travers le monde. Une nouvelle réussite de Claude Aziza qui continue ainsi à défricher les territoires mal connus où l’histoire, la littérature et le cinéma se confondent.



SS-GB
(Roman) Uchronie
AUTEUR : Len DEIGHTON (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 601  — 528 p., 8.90 €
TO : SS-GB, 1978
TRADUCTION : Jean Rosenthal
Précédentes publications :
● Fayard, 1979 — 398 p., 19.50 €
● Alire-Romans (Québec), 10/1997— 472 p., 9.99 € — Couverture de Jean Normand
● Denoël-Sueurs Froides, 1/2017 — 464 p., 21.90 €
Les cinéphiles avertis qui ont aimé En quatrième vitesse, le film de Robert Aldrich inspiré d’un roman de Mickey Spillane et narrant une enquête du célèbre détective Mike Hammer chargé d’élucider le meurtre d’un homme retrouvé dans sa chambre sans vie avec le corps portant d’étrange brûlures ne seront pas dépaysés en découvrant le personnage du Dr Spode, brillant physicien retrouvé assassiné avec les mêmes marques énigmatiques sur le bras. Douglas Archer, surnommé l’Archer du Yard en raison de son efficacité à résoudre les enquêtes les plus difficiles, est chargé de l’affaire. Bien entendu, le dossier est délicat, car le Dr Spode travaillait pour les nazis sur un projet mystérieux tendant à déboucher sur la maîtrise d’un tout nouveau facteur de destruction : l’arme nucléaire. Car nous sommes dans un monde revisité par les ombres de l’uchronie. Grâce à l’expéditive opération Sea Lion, les allemands sont parvenus à faire ce dont Napoléon avait toujours rêvé : conquérir l’Angleterre, et ce sans vraiment de combats. Désormais la croix gammée flotte sur Londres, tandis que Russes et Américains ne sont pas entrés en guerre. Tandis que Churchill, traduit en cour martiale, a été exécuté de façon sommaire, le roi Georges VI est assigné à résidence dans la Tour de Londres, tandis que le reste de la famille Royale a fui en Nouvelle Zélande. Il y a bien un certain Connolly, qui tente de rebâtir au sein du Commonwealth une Angleterre libre, mais il a besoin pour réussir de la reconnaissance des têtes couronnées de son pays dont le prestige n’a pas été atteint par la défaite. C’est pour cela que le Major MacCauley, éminence grise de la résistance britannique a échafaudé un plan visant à le libérer. Un plan que dérange les investigations d’Archer désormais flanqué du Standartenfürer  SS Oscar Huth, venu exprès de Berlin afin de superviser pour Himmler en personne les moindres faits et gestes du fin limier de Scotland Yard. Une arrivée qui ne fait pas le bonheur du Gruppenführer Fritz Kellerman bien décidé à ne pas partager ses prérogatives sur l’administration du pays occupé. Progressivement, nous assistons aux efforts d’Archer pour mener à leur terme ses investigations, louvoyant entre son obligation de travailler pour les allemands et les impératifs d’une Résistance qui se démène pour entraîner l’Amérique dans la guerre et qui entends bien châtier sans pitié les éventuels collaborateurs. Tout l’art du roman réside d’ailleurs dans la fine description de cette réalité britannique où une population vaincue doit transiger avec la pénurie provoquée par la guerre, les ruines engendrées par les combats et la difficulté de continuer à vaquer aux occupations du quotidien sans se compromettre avec l’omniprésente administration Nazie exerçant son féroce dictat à coup de rafles, d’exécutions et de loi martiale. Une description qui n’est pas sans rappeler l’occupation française et l’inévitable collaboration qu’elle a entrainé. Endeuillé par la mort sous la torture de l’un de ses agents surpris par la Résistance, Archer trouve quelques instants de réconfort dans les bras d’une séduisante journaliste américaine envoyée par la CIA pour superviser cette délicate enquête dont les enjeux risquent de peser sur l’avenir du monde. Bientôt toutefois,  alors que son enquête progresse, il sera confronté au projet fou de la Résistance focalisée sur l’évasion du roi qui, bizarrement, ne serait pas pour déplaire à certains membres de la SS, trop heureux de jeter le discrédit sur leur ennemi juré, la Wehrmacht, chargée d’assurer la garde du monarque. Un roman où se mêle fine extrapolations historiques et investigations dignes des meilleurs polars britanniques, le tout plongé dans une atmosphère aussi lourde et oppressante que le brouillard maître des rives de la Tamise. Une uchronie qui s’inscrit dans le sillage des Fatherland de Robert Harris ou du célèbre Maître du Haut-Château de Philip K. Dick narrant cette fois l’invasion des Etats-Unis par les japonais.
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L’ouvreur des chemins
(Roman) Planet Opera
AUTEUR : Laurence SUHNER (Suisse)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 594, 12/2017 — 558 p., 8.30 €
SERIE : Quantika 2
COUVERTURE : Manchu
Précédentes publications : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 10/2013 — 464 p., 23.90 € — Couverture de Manchu
Tandis que les miliciens du colonel Taurok ont investi le Bunker où les scientifiques de Gemma s’efforce de comprendre les vestiges laissés par les Bâtisseurs, l’ancienne civilisation extraterrestre qui a occupé ce monde, Ambre Pasquier et le xénologue Seth Tranktak ont pénétré dans le Temple Noir et ont ainsi libéré la dangereuse Entité qui y était enfermée. Or, si Tranktak est totalement tombée en son pouvoir, Ambre a réussi à s’y soustraire grâce à l’intervention de Tokalinan le Timhkan, le dernier Veilleur échoué sur ce monde glacé. Cette libération a été accompagnée d’une formidable explosion résultant de la destruction d’une cuve et semant la mort aussi bien parmi les scientifiques présents que parmi les militaires chargés de les surveiller afin de profiter des éventuelles découvertes technologiques qu’ils feraient. A la surface, l’anarchie gagne du terrain favorisée par les affrontements entre la Milice et les Enfants de Gemma, qui rêvent de se désolidariser de la lointaine Terre. Leur repaire, le Nid, ayant été découvert, ils doivent fuir à la hâte les troupes de la Milice parmi lesquelles le colonel Taurok est passé sous l’emprise de Seth Tranktak, lui-même émanation du Dévoreur désormais investi de pouvoirs surnaturels pour l’entendement humain. Tandis que Haziel Delaurier part à la recherche d’Ambre Pasquier qui compte désormais beaucoup pour lui, cette dernière tente d’établie le contact avec son sauveur, l’énigmatique Tokalinan. Complexes, difficiles, leurs rapport ne sont pas sans laisser transparaître une indéniable tension érotique entre ces êtres issus de civilisations différentes. Indubitablement leur sort est désormais lié ainsi que celui de Gemma sur laquelle l’explosion souterraine a déclenché une sorte de réaction en chaîne en libérant  un fluide destructeur, la Flamme de l’Annihilation, émanation d’un mythe cosmogonique de destruction, qui menace l’intégralité de la population de la planète incapable, dans son ensemble, de fuir le péril qui gronde sur leurs têtes. Désormais l’unique chance de survie des humains semble résider dans le Grand Arc qui seul pourrait s’opposer au pouvoir du Dévoreur. Mais la structure immobile depuis des millénaires est-elle de taille à repousser les assauts de la Flamme de l’Annihilation. La suite d’une trilogie magistrale dont les événements s’enchaînent avec l’aisance d’un thriller, tandis que nous découvrons peu à peu les facettes intimes des principaux protagonistes, comme l’enfance hindoue d’Ambre Pasquier, tout en glanant de précieuses informations sur la race des Bâtisseurs ayant atteint un haut développement technologique sans, paradoxalement, posséder de langage scientifique. Un roman où la fascination envers l’Autre s’exprime essentiellement à travers le regard des personnages féminins tels que Kya et surtout Ambre et dans lequel l’auteur semble avoir pris un plaisir jubilatoire à façonner les multiples aspects de la fascinante civilisation des Bâtisseurs qui prend date parmi les meilleures réalisations sur ce que l’on peut faire en matière d’intelligence extraterrestre.
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Origines
(Roman) Planet Opera
AUTEUR : Laurence SUHNER (Suisse)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 600, 2/2018 — 731 p., 9.90 €
SERIE : Quantika 3
COUVERTURE : Manchu
Précédentes publications : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 4/2015 — 576 p., 23.90 € — Couverture de Manchu
Ayant réussi à échapper à leurs poursuivants grâce à un astronef volé à la milice quelques uns des principaux protagonistes de la série ont réussi à pénétrer dans le Grand Arc, le vaisseau des Bâtisseurs en orbite autour de Gemma, la planète glacée, depuis 12 000 ans. Ambre Pasquier, la jeune Kya et son père le professeur Stanislas Stanford, Haziel Delaurier, Maya Temper et les autres sont ainsi à l’abri du cataclysme en train de se répandre à la surface de Gemma, mais ils ne sont pas sauvés pour autant. En effet le Grand Arc se révèle être un immense vaisseau-monde, gigantesque organisme vivant où les Timkans avaient recréé leur environnement dans le moindre détail. Dés lors seul Tokalinan, l’extraterrestre qui a sauvé Ambre, sera en mesure d’en appréhender les multiples implications. Aussi le petit groupe sera forcé de le suivre dans sa longue marche vers Timkâ, la planète de ses origines. Mais, miné par leurs dissensions intimes et fragilisés par la gravité supérieure qui les écrase, les humains finissent par s’éparpiller pour vivre toute une série d’aventures qui nous permettent de découvrir l’immense variété et la sauvagerie de l’écosphère du monde Tokalinan baigné par une atmosphère étouffante qui contraste avec les étendues gelées de Gemma. Tandis qu’Ambre est toujours obsédée par l’urgence de ne pas quitter ce dernier et que Haziel ne pense qu’à retrouver la même Ambre qui occupe toutes ses pensées, les visiteur comprennent  peu à peu les motivations des Bâtisseurs qui ont construit le Bunker et sa cuve dans les entrailles de Gemma afin d’y enfermer le Dévoreur. Une Entité dont il faudra cependant résoudre le problème, bien plus épineux que celui posé par les soldats de la Milice et le puissant magnat Boubakine dont les visées sur Gemma ne sont pas un secret. Toutefois, le ressort de l’intrigue ne se limite pas à un simple affrontement entre le démoniaque Ioun-Ké-Da et le Dieu Sombre qui a toujours guidé les pas d’Ambre Pasquier. L’auteur voit bien plus loin en nous entraînant au fil de passionnantes péripéties vers un final qui entremêle mythe et physique quantique tout en focalisant l’attention du lecteur sur les relations complexes entre le couple Ambre/Tokalinan, véritable exemple du désir de communication qui pousse ces êtres, pourtant si différents, irrésistiblement l’un vers l’autre. En cela, cette trilogie se démarque d’autres romans basés sur la présence d’artefact extraterrestre, comme L’anneau monde de Lary Niven ou Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clarke, confirmant ainsi le talent de l’auteur qui parvient à produire une œuvre originale dont les amateurs de SF doivent impérativement envisager la lecture favorisée ici par cette réédition en poche.
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Vestiges
(Roman) Planet Opera
AUTEUR : Laurence SUHNER (Suisse)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 595, 9/2017 — 714 p., 9.90 €
SERIE : Quantika 1
COUVERTURE : Manchu
Précédentes publications : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 4/2012 — 576 p.,23.90 € — Couverture de Manchu
Tokalinan, le Timhkhan, doit fuir la colère des siens car il porte sur sa poitrine la marque du Dévoreur… Voilà comment Laurence Suhner introduit le premier tome de sa trilogie Quantika, révélation du moment dans le domaine de la hard science et du planet opera. Puis elle téléporte le lecteur dans notre lointain futur où Gemma la terraformé a remplacé pour les humains les espoirs déçus d’une colonisation martienne. Nous arrivons sur ce monde entièrement gelé alors que de mystérieux accidents sème le trouve dans la colonie terrienne qui y est installé. Haziel Delaurier venu mener l’enquête sur le dernier lieu du drame s’interroge sur des anomalies découvertes parmi les débris des machines pulvérisées et ne veut pas croire à la théorie d’un attentat ourdie par les Enfants de Gemma, des indépendantistes désireux de s’affranchir de la planète mère et nés pour la plupart sur cette planète glacée. Alors que Kobalski, le directeur de la Cosmo Tek, entreprise chargée d’exploiter les ressources de cette colonie, compte sur l’amiral Thormundsen, le chef des miliciens, pour maintenir l’ordre, de son côté, la chercheuse Ambre Pasquier prend la tête de la mission Archea, une expédition conduisant son équipe dans les entrailles de la planète dans le but de mettre à jour de mystérieux artefacts en rapport avec Grand Arc, gigantesque vaisseau spatial impénétrable aux humains laissé sur place par les Bâtisseurs, les anciens occupants de Gemma, il y a plus de 12 000 ans. Tandis qu’à la surface Kay, la fille du professeur Stanford, scientifique lunaire, semble bien avoir parlé avecune mystérieuse créature des profondeurs tapie dans le gouffre de la Vallée des Ombres, l’expédition Pasquier parvient jusqu’à une sorte de Temple où repose une conque, mais aussi une Entité dont Ambre à travers ses rêves influencés par la mythologie hindoue, peuple de ses origines, a toujours appris à se méfier. Et ses craintes sont fondés car le Dévoreur, le Ioun-ké-da de ses rêves,  n’attend que d’être libéré pour se nourrir, grandir, jusqu’à atteindre des proportions cosmologiques, et devenir un univers à part entière qui engloutirait la réalité. Le début d’une trilogie qui a  propulsé son auteur, une romancière et dessinatrice suisse, au premier plan des écrivains de SF à travers le monde. Développant de solides connaissances scientifiques, notamment axées sur la physique quantique, elle aborde sur un plan original la thématique du premier contact entre humains et civilisation extraterrestre, appuyant son intrigue sur une parfaite maîtrise de la création des personnages rendus crédibles tant par leurs motivations réciproques  qu’à travers le faisceau de sentiments qui les animent et les trajectoires fusionnelles qu’ils dessinent tout au fil des pages. Un grand moment de SF apte à rivaliser avec les meilleurs créateurs anglo-saxons du genre.
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mercredi 28 février 2018


Le fou prend le roi
(Roman) Fantasy Historique
AUTEUR : Fabien CERUTTI (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio 581, 8/2017 — 591 p., 8.20 €
SERIE : Le bâtard de Costigan 2
COUVERTURE : Alain Brion
Précédente publication : Mnémos Icares, 3/2015 — 422 p., 22 € — Couverture de Emile Denis & Laurence Wilmot
→ C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé le personnage flamboyant du Bâtard de Kosigan à travers cette réédition poche des éditions Folio. Comme un Dexter au mieux de sa forme, ce dernier cultive le talent de se tirer au mieux des situations les plus compliquées où sa vie ne tient plus qu’à un fil, si tenu soit-il. Le début de ce deuxième opus ne déroge pas à l’ambiance générale du livre, focalisant l’œil caméra du récitant (le bâtard himself) sur une course poursuite endiablée le long de toits glissants de la paisible bourgade de Croisilles avec les archers anglais aux trousses et une délicieuse Adelys de Quiéret, fille du puissant connétable de France, l’un des proches conseillers du roi de France Philippe VI, à ses côtés. Protégé par des membres des Loups, son équipe de fidèles mercenaires, échappant à des striantes assoiffée de sang (créature ailée crachant des jets d’acides), notre héros parvient à s’enfuir tout en nous permettant, grâce à l’érudition de Fabien Cerutti, de comprendre les différences entre les arc anglais et les arbalètes françaises. Cette poursuite endiablée entre cependant dans le cadre de la nouvelle mission du Bâtard chargé par le roi d’Angleterre Edward III et son connétable d’enquêter chez les mangeurs de grenouilles sur un complot visant à attenter à la vie du roi de France dont sa Majesté britannique serait rendue prétendument responsable. Arrivé à la cité royale de Lens, dans le Comté de Flandre où se trouve le roi de France et son armée, Kosigan a cependant du mal à convaincre un monarque dont le fils, le Dauphin Jean, vient d’être assassiné, tandis que la flotte française a été détruite par son homologue britannique. Une défaite dont est rendu responsable le baron Lambert, seigneur de la ville de Lens, que le roi charge Kosigan d’interroger avec son efficacité légendaire. Dans ses prémices à la guerre de Cents Ans volontairement uchroniques qui servent de décor à l’intrigue, Kosigan évolue comme un poisson dans l’eau, alternant ruse, férocité, mais aussi souffrances et indécisions quand il passe entre les mains des terribles inquisiteurs de l’Eglise et qu’il croise la trajectoire du redoutable Nirdrym, un puissant du-wi-de apparenté à Merlin, qui semble tisser les moindres fils du canevas de cette histoire et qui en sait beaucoup sur le sang-noir coulant dans les veines de notre mercenaire préféré. Voilà de quoi relier cette trame temporelle moyenâgeuse avec les années 1899, plus proche de nous, où nous suivons toujours à travers un échange épistolaire l’enquête menée par Kergaël de Kosigan, lointain descendant du bâtard, sur l’existence de certaines races et de pouvoirs légendaires au Moyen Age, investigations qui débouchent sur des fouilles archéologiques et une tentative d’assassinat suivie d’un coma prolongé. Bondissant de chapitres en chapitres, le récit nous tient constamment en haleine, dévoilant son lot de surprises, telle qu’une Adelys de Quiéret bien plus téméraire qu’elle ne paraît, et soulevant peu à peu des pans du sombre mystère qui entoure les origines d’un héros de plus en plus impliqué dans les soubresauts d’un monde qui, outre l’affrontement entre la France et l’Angleterre, les deux puissances dominantes de l’époque, a vu passer la déferlante des Grandes Taillades, lancées par Charlemagne pour assainir les terres sauvages, tandis que le souffle des Croisades Noires conduites par Gui de Flandre finissait d’occire les derniers dragons d’Occident, le tout sanctifié par l’onction d’une Eglise bien décidée à éradiquer les moindres traces de la culture païenne d’antan. Mais celle-ci n’a pas dit son dernier mot et nous promet encore pas mal de pages où les dictats de l’Histoire connue devront se plier aux arcanes de la magie faisant revivre pour le plus grand bonheur du lecteur tout un lot de personnages surnaturels tels que fées, mages, changeformes, guivres, manticores et autres wivernes. Style dynamique, anti-héros luttant pour sa survie, alternance des points de vues, petit glossaire nominatif en fin de volume mettant l’accent sur l’érudition de l’auteur, tout concours donc à faire de ce livre une nouvelle réussite issue de l’imagination créatrice d’un nouveau talent de la Fantasy historique qui compte déjà dans ses rangs des plumes réputées comme le prolifique Jean-Philippe Jaworski et sa fascinante série des Récits du vieux royaume  et la Marry Gentle du Livre de Cendres, également repris au catalogue Folio.
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samedi 20 janvier 2018


Le voyage de Simon Morley
(Roman) Voyages temporels
AUTEUR : Jack FINNEY (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-SF 589, 10/2017 — 644 p., 9.80 €
SERIE : Simon Morley 1
TO : Time and again, 1988
TRADUCTION : Hélène Collon
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication :
● Denoël-Présences, 4/1993 — 480 p., 21 € — Couverture non illustrée
● Denoël-Lunes d’Encre, 5/2000 — 480 p., 149 Frs — Couverture de Benjamin Carré
● Denoël-Lunes d’Encre, 2/2015 — 544 p., 24 € — Couverture de Aurélien Police
Critiques : Bifrost  20 (Claude Ecken) – Galaxies 17 (Eric Vial) – www.noosfere.com (Pascal Patoz & Frédéric Beurg)
Autres titres de la série : 2.Le balancier du temps
→ Qui n’a pas un jour rêvé de voyager à travers le temps ? Les écrivains de SF s’y sont employés de toutes les façons possibles de-puis H.G.Wells. Comme le célèbre auteur britannique, la plupart utilisaient le vecteur de la machine. Or voici que Jack Finney propose celui de la transe hypnotique. Imaginez l’immersion progressive de l’un de nos contemporains dans l’univers du New York de 1882. Un lent dépouillement de la défroque du XX° siècle opérée par Simon Morley un dessinateur raté, qui veut élucider le mystère entourant un aïeul de son ami Kate vivant dans le Chicago du président Cleveland. Il va dés lors servir de cobaye à l’expérience du Pr. Danzinger, sponsorisée par les instances gouvernementales. Ce dernier pense que l’on doit se conditionner mentalement et physiquement pour retourner vers une époque depuis longtemps révolue. Dés lors nous allons assister à la reconstitution progressive de ce décor d’antan, reconstitution rendue encore plus réaliste par les nombreux dessins et photos accompagnant le texte. Puis grâce à la restitution de témoignages écrits et visuels nous suivrons l’enquête policière et la véritable histoire d’amour que vivra ce voyageur temporel pas comme les autres. Un livre qui obtint le Grand prix de l’Imaginaire du meilleur roman étranger 1994, pour sa 1er parution en France dans la collection Présence des éd. Denoël en 1993. Il fut suivit d’ailleurs par la publication du second volet, Les balanciers du temps, tout aussi passionnant, et constitue avec ce dernier titre l’un des classiques de la littérature anglo-saxonne maintes fois réédité aux USA comme en Angleterre.
Autres couvertures :

Le fil du destin
(Roman) Aventures Fantasy /Mythologie japonaise
AUTEUR : Lian HEARN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Pôle Fiction 114, 11/2017 — 689 p., 9.80 €
SERIE : Le clan des Otori 5
TO : Tales of the Otori 5.Heaven’s net is wide, Hachette Australia, Sydney 2007
TRADUCTION : Philippe Giraudon
COUVERTURE : Yuko Shimizu
Précédente publication :
● Gallimard-Hors Collection, 1/2008 — 600 p., 23 € — Couverture de Christian Broutin
● Gallimard-Folio 4932, 6/2009 — 704 p ., 9.49 €
Autres titres de la série : 1.Le silence du rossignol – 2.Les neiges de l’exil – 3.La clarté de la lune – 4.Le vol du héron
→ Venu clôturer magistralement une série dépaysante sur le Japon féodal, ce cinquième tome du Clan des Otori s’inscrit en fait en prélude au premier opus de la série, Le silence du rossignol. En quelques 600 pages il va nous raconter la vie du jeune Shigeru avant sa rencontre avec Tomasu. Ainsi le lecteur peut mieux appréhender la suite des événements qui constitueront la série proprement dite. Formé à l’art de la guerre et de la dissimulation, Shigeru dont normalement succéder à son père. Mais ce dernier meurt lors de la bataille de Yaegahara l’opposant au clan rival de Lida. Shegeru est mis à l’écart et ses oncles règnent à sa place. Feignant la soumission, le jeune homme prépare cependant sa vengeance dans l’ombre, comme son enseignement lui a appris. Vivant en reclus, et bien que surveillé en permanence, il parvient toutefois à nouer des liens avec les mystérieux Invisibles, et fait la connaissance de Dame Maruyama, dont il tombe amoureux. Mais c’est en apprenant qu’un jeune garçon vivant dans les montagnes parmi les Invisibles ressemble étrangement aux Otori, qu’il comprendra que le temps est venu d’obtenir réparation. Il partira donc à sa recherche et baptisera Takeo celui qu’il considère comme le sel capable de détruire la puissance de Lida. La fin d’un conte fantastique à la Shogun venant éclairer toute l’histoire du clan et fournir de précieuses informations sur cette splendide épopée qui devait être une trilogie au départ. A noter que les éditions Gallimard proposent également les titres de la série en CD audio.
Lian Hearn est le pseudo de Gillian Rubinstein, née en Angleterre en 1942, qui a passé son enfance entre le Royaume Uni et le Nigeria avant de s’installer en Australie en 1973. Diplômée de l’Université d’Oxford elle est passionnée de culture japonaise, ce qui l’a conduit à écrire le cycle du « Clan des Otori » publié sous le pseudonyme de Lian Hearn, Lian en rappel de la son prénom Gillian, et Hearn en hommage au grand Lafacadio Hearn auquel elle voue une grande admiration.
Autres couvertures :
Le vol du héron
(Roman) Aventures Fantasy /Mythologie japonaise
AUTEUR : Lian HEARN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Pôle Fiction 113, 11/2017 — 744 p., 10.40 €
SERIE : Le clan des Otori 4
TO : Tales of the Otori 4The hash cry of the heron, Hachette Australia, Sydney 2007
TRADUCTION : Philippe Giraudon
COUVERTURE : Yuko Shimizu
Précédente publication :
● Gallimard-Hors Collection, 2/2007 — 621 p., 24 € — Couverture de Christian Broutin
● Gallimard-Folio 4724, 6/2009 — 752 p ., 10.50 €
Autres titres de la série : 1.Le silence du rossignol – 2.Les neiges de l’exil – 3.La clarté de la lune – 5.Le fil du destin
→ On sait que ce cycle était d’abord construit sur la base d’une trilogie. Mais Lian Hearn confessa que les personnages s’étaient tellement imbriqués dans son imaginaire qu’elle se sentit obligée, longtemps après la parution du tome 3, d’écrire à nouveau sur eux. Seize ans se sont donc écoulés lorsque nous retrouvons Takeo et Kaede qui règnent en paix sur le clan des Otori. Mais cette période de calme et de sérénité n’est pas faite pour durer. Alors que le couple élève tendrement ses jumelles, Miki et Maya, aux dons particuliers qui ont besoin d’être perfectionnés, et leur fille aînée, la belle Shigeko, destinée à leur succéder, la conjoncture de sinistres événements va se refermer sur eux. Car des ombres sinistres planent sur les maîtres des Trois Pays. D’abord la Tribu qui, bien que réfugiée dans des villages isolés, n’a pas oublié les guerres du passé et entends bien exercer sa vengeance. Dans ce but elle abrite en son sein Hisao, le fils caché de Takeo, que son père adoptif Akio a élevé dans la haine de son véritable géniteur dont la prophétie annonce qu’il deviendra le meurtrier. Et ce sont justement deux jeunes membres de la Tribu qui briseront la quiétude ambiante en tentant d’assassiner Takeo. Ces événements ne font qu’attiser les dissensions internes du clan qui voit d’un mauvais œil les talents particuliers des jumelles et l’absence d’héritier mâle. Désormais Takeo doit également se méfier de sa propre famille, et en particulier de Hana, la sœur de Kaede et de son beau-frère Zenko. Sans oublier l’Empereur des Huit-Iles qui convoite toujours les Trois Royaumes et qui, par l’intermédiaire de son messager Kono, lui a demandé d’abdiquer en faveur de Sada, son nouveau général de guerre. Tandis que des étrangers faisant le commerce de redoutables armes à feu et prônant une nouvelle religion s’introduisent peu à peu dans le pays, Takeo décide alors d’aller lui-même  plaider sa cause devant le monarque. Au préalable il prend soin cependant de séparer les jumelles afin d’assurer leur sécurité. Durant son absence, Kaede perd un fils qui vient de naître. Folle de douleur et bouleversé en apprenant l’existence de Hisao, elle cède les Trois Pays à Zenko qui n’attendait que ce moment. Le temps des batailles est donc revenu pour Takeo blessé dans ses sentiments les plus profonds, qui devra asseoir l’avenir de Shigeko, son aînée, tandis que les jumelles suivront leur propre destin fertile en rebondissements. L’avant dernier tome d’une série qui pérennise le penchant de l’auteur pour la culture japonaise imprégnant profondément le récit, mettant l’accent sur les intrigues politiques et sur les rapports entre hommes et femmes dans un monde où le sexe dominant se taillait déjà la part du lion.
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