mardi 24 juin 2008

CHAUSSEE Sylvie & TURIN Philippe-Henri (Fr)
L’une est une ancienne enseignante diplomé de Lettres qui consacre désormais tout son temps à l’écriture. L’autre s’est tourné depuis longtemps vers l’illustration et, quand il n’illustre pas les histoires d’Alex Cousseau à L’Ecole des Loisirs, il travaille avec ardeur sur le projet qui lui a tant tenu à cœur : l’album Tendres dragons
Tendres dragons (Livre illustré) Dragons
Belin- Jeunesse-Hors collection, 9/2007 — 176 p., 30 € — Couv. & ill. : Philippe-Henri Turin
→ En gestation durant dix ans, faute d’éditeur intéressé par la gente dragonne pas encore en odeur de sainteté à cette époque là, l’album Tendres dragons s’efforce de démontrer que ces bêtes légendaires ne sont pas seulement des personnages d’héroic-fantasy ou du Moyen Age, mais aussi des animaux liés à toutes les civilisations du monde apparaissant dans de multiples légendes. Commençant par un évocateur Abracadabra se luxueux ouvrage développe sur prés de 176 pages une véritable encyclopédie de la race des dragons sous forme d’abécédaire. Sous la plume de Sylvie Chaussée on découvre donc les dragons les plus connus originaires des quatre coins du monde, Europe, Afrique, Extrême-Orient, étendues amérindiennes. Dragons chinois, dragons polynésiens, griffons, léviathans, Wyverne, etc… ils surgissent au détours des pages, bondissant de mythologies en mythologies pour devenir le sujet de fabuleuses histoires. Mais l’ouvrage n’est pas seulement flamboyant du côté de l’imaginaire, car il s’ancre aussi fermement dans le réel en décrivant chaque authentique dragon avec ses principales caractéristiques. Mœurs, habitat, compagnonnage et pires ennemis (les chevaliers, bien sûr), sont aussi partie prenante de ce fascinant album grand format. Et que dire des illustrations de Philippe-Henri Turin, sinon qu’elles jaillissent littéralement des pages dont elles occupent e général l’entière texture. Véritables feux d’artifices de couleur elles rendent à merveille toute la majesté et l’inquiétante étrangeté que dégagent ces redoutables cracheurs de feu que nous surprenons dans toutes sortes de postures. Assurément, s’il faut parler de livres consacré au dragon celui de Sylvie Chaussée et Philippe-Henri Thurin mérite de figurer au sommet de la hiérarchie de tout ce qui s’est publié dans le genre durant ces des dernières années.
ANDERSON Poul William (Usa)
Né en 1926 et mort en 2001, Poul Anderson restera dans l’esprit des amateurs de science-fiction comme l’un des grands écrivains américains de l’âge d’or de la SF. Outre ses séries telles que La patrouille du temps ou les Aventures de Dominique Flandry, il a également œuvré dans la Fantasy, un genre où l'a conduit sa passion pour la mythologie nordique
Le patrouilleur du temps (Recueil) Uchronie / Voyage dans le temps
Le Bélial, 7/2008 — 294 p., 20 € — Time patrol man, Tor 1983 — Tr. : Jean-Daniel Brèque — Couv. : Gil Formosa — Sommaire :
Préface : Jean-Daniel Brèque
D’ivoire, de singes et de paon (Ivory and apes, and peacocks in Time patrol man, Tor 1983)
Le chagrin d’Odin le Goth (The sorrow of Odin the Goth in Time patrol man, Tor 1983)
La mort du chevalier (Death and the knight in Tales of the knight Templar, anthologie de Katherine Kurtz, Warner-Aspect, 1995)

Critiques : Bifrost 48 (Xavier Mauméjean) ; www.cafardcosmique.com/ (Ubik) ; L’Ecran Fantastique 280 (Jean-Pierre Andrevon) ; Khimaira 12 (Christophe Sambre)
→ Après un premier recueil qui nous a permis de retrouver dans une traduction révisée les premières nouvelles de la série de La patrouille du temps naguère publiées dans la revue Fiction, puis reprises en volume chez Marabout Science-Fiction, les éditions du Bélial nous proposent un second tome qui se compose de deux courts romans et d’une nouvelle, tous trois inédits dans l’optique de la traduction de l’intégrale de la série qui compte 4 volumes aux USA. Nous voici donc de nouveau aux côtés de Manse Everard, une américain du XX° siècle recruté par les Danéliens, le successeurs des terriens dans un lointain futur, qui ont créé la fameuse Patrouille du temps afin de mettre un terme aux velléités de ceux qui veulent détourner le court du temps à leur avantage. Le premier récit, D’ivoire, de singes et de paon, nous entraîne à Tyr, 950 ans avant J.-C., sous le règne du roi Hiram. Déguisé sous l’identité d’emprunt du celte Eborix, Manse a pris contact avec Chaim Zorach l’agent local de la Patrouille afin de mettre un terme aux agissements de Merau Varagan et de ses acolytes qui veulent étouffer le judaïsme dans l’œuf au profit d’un culte phénicien. La second texte, Le chagrin d’Odin le Goth, nous propulse dans l’Europe du IV° siècle où Manse devra remettre sur le droit chemin Carl Farness, un patrouilleur chargé de récupérer la littérature de l’Age des Ténèbres, qui se prend désormais pour Wodan, le père de tous les dieux. Enfin la nouvelle qui clôt cet ouvrage, La mort et le chevalier, raconte l’histoire d’Hugh Marlow, un agent infiltré dans la hiérarchie des Templiers, qui voudrait empêcher la destruction programmé de l’Ordre guerrier n’ayant plus les faveurs du roi Philippe le Bel. C’est donc à un Manse Ewards en second plan que nous avons affaire tout le long de ces textes nous permettant de revisiter notre histoire par le biais de l’admirable plume de conteur de Poul Anderson.
JUBERT Hervé (Fr)
Un tango du diable (Roman) Steampunk / Fantasy détective
Seuil-Points Fantasy 1895, 3/2008 — 343 p., 7 € — Couv. : Benjamin Carré — Crit. :
Précédente publication : Albin Michel-Wiz, 4/2003 — 362p., 15.50 € — Ser. : La trilogie Morgenstein 2 — Cov. : Marc Moreno
Critiques :
www.actusf.com (Laure Ricote & Nathalie Ruas) ; Elegy 28 (Christophe Dessaigne) ; www.khimaira-magazine.com (Hanako); Le Monde 18193 du 25/7/03 (Jacques Baudou-Les enfants de Dumas et de Blade Runner) ; Science-Fiction Magazine 25 (Michael Espinosa)
→ Depuis son plus jeune âge Hervé Jubert a largement été influencé par son expérience cinématographique. Il apparaît donc tout à fait normal que dans ce second volume de la trilogie du Quadrille des assassins on retrouve une cité de Bâle imprégné de l’atmosphère brumeuse du Blade Runner de Ridley Scott, et une bureaucratie tatillonne et fiévreuse qui semble tout droit sortie du Brazil de Terry Gilliams. L’auteur ne cède cependant aux clichés faciles et continue de nous régaler de son style riche et original dont on peu avoir un autre écho dans la série steampunk de La bibliothèque noire publiée au Masque. C’est d’ailleurs cette ambiance steampunk, mélange de gadgets futuristes plantés dans un décor voisin de l’ère victorienne, qui sert de toile de fond à cette nouvelle enquête du Bureau des Affaires Criminelles de Bâle. Un Bureau qui se croyait désormais au chômage depuis la mise au point de traceurs de sécurité capable d’analyser les séquences génétiques des individus et ainsi de prévenir toute déviance criminelle latente, jusqu’à ce qu’une série de crimes horribles se produisent dans les rues de la cité suisse. Chargés de l’enquête Roberta Morgenstern, l’extravagante sorcière rousse, et son collège l’apprenti sorcier Clément Martineau se retrouveront bientôt sur les traces d’un serial killer doté de pouvoirs supranormaux qui semble évoluer au gré du vent, tandis que ressurgira la sombre présence d’un golem monstrueux hérité de l’inquiétante Prague, et d’un Méphistophélès au mieux de sa forme diabolique. Une aventure qui entraînera le lecteur dans des rues ensanglantée par le passage d’un tueur digne du sinistre Jack l’Eventreur, mais aussi dans l’intimité d’un collège de sorciers aux pouvoirs tempérés d’une bonne dose d’humour. Un roman pour adolescents qui fera frémir certaines âmes sensibles, en attendant le troisième et dernier opus de la série dont la trame directrice évoluera autour d’un pastiche de la série télévisée Urgence.
JUBERT Hervé (Fr)
Né en 1970, Hervé Jubert s‘est très vite imposé comme une valeur sûre de la littérature de l’imaginaire française avec ses récits de SF (Les aventures de Pierre Pèlerin chez J’Ai Lu), ses récits fantastiques (La Bibliothèque noire au Masque) et ses séries à connotation steampunk (La trilogie Morgenstein et La trilogie Blanche chez Albin Michel)
Le quadrille des assassins (Roman) Steampunk
Seuil-Points Fantasy 1894, 3/2008 — 369 p., 7,50 € — Ser.: La trilogie Morgenstein 1 — Couv. : Benjamin Carré
Précédente publication : Albin Michel-Wiz, 10/2002 — 408 p., 15,50 € — Couv. : Marc Moreno
Critiques : www.actusf.com/ (Jérôme Vincent-Interview d’Hervé Jubert) ; www.elbakin.net/ (Gillossen-Entretien avec Hervé Jubert) ; www.khimaira-magazine.com (Hanako) ; Le Monde 17950 du 11/10/02 (Baudou-Gigue endiablée).
→ Dans ce monde du proche futur le dernier gadget à la mode est d’aller se promener dans une sorte d’holodeck de Star Trek, un univers virtuel constitué de villes historiques reconstituées où les touristes peuvent déambuler tout à loisir, mais pas sans danger. Quand un crime atroce est commis dans le Londres virtuel du XIX° siècle, la sorcière Roberta Morgenstern est aussitôt mise sur l’affaire. Assistée du jeune Clément Martineau elle se lancera sur les traces du Quadrille des Assassins, n’hésitant pas pour cela à voyager à travers l’espace-temps, franchissant allègrement les époques qui mènent du Paris médiéval à l’empire Aztèque du Mexique. Et cette traque intemporelle la conduit invariablement au sinistre comte Palladio, qui a reconstitué le quadrille infernal des plus grands criminels de ce monde afin de renégocier son pacte d’immortalité avec le diable en personne. Né de la création du personnage de Roberta lors d’une discussion avec son épouse, ce roman mêle la SF, la Bd et le jeu vidéo dans une ambiance uchronique voisine du steampunk où apparaissent des personnages historiques tels que La Voisin, Montezuma, Jack l’Eventreur revisité par la plume de l’auteur. Cette réédition en poche est l’occasion pour ce livre de toucher un lectorat adulte pour lequel il était plutôt destiné, venant s’ajouter aux adolescents qui ont déjà dévoré ce livre et ses suites dans la collection pour la jeunesse Wiz des éditions Albin michel. A noter que ce livre est sorti au Royaume Uni au printemps 2004 sous le titre Dance of the assassins et que HarperCollins a acquis les droits de l’ensemble de la trilogie aux USA.
Sur Hervé Jubert
► « Dragon’s Librarian » publié par Kiss me Deadly and Fly With Me d’après Le quadrille des assassins sur le site http://shadows-of-avalon.blogspot.com/, 12/2007.
► « Entretien avec Hervé Jubert sur La trilogie de Morgenstein » par Anonyme sur le site www.lefantastique.net/ , 2004.
► « Entretien avec Hervé Jubert sur La trilogie de Morgenstein » par Gillossen sur le site www.elbakin.net/ , 01/05/2008
► « Gigue endiablée » critique du Quadrille des assassins par Jacques Baudou in Le Monde des Livres 17950 du 11/10/2002.
► « Interview Hervé Jubert sur La trilogie de Morgenstein » par Jérôme Vincent sur le site www.actusf.com , 2008.

lundi 23 juin 2008

PETERSEN David (Usa)
Né en 1997 dans le Michigan, David Petersen a subi les influences conjuguées de la bande dessinée, des dessins animés et de la fantasy. Des influences qui l’on conduit vers l’univers de Mouse Guard, roman graphique plébiscité aux Etats-Unis où il a pu donner la preuve de la maîtrise de ses dessins et de son art de la narration
Légendes de la Garde. Automne 1152 (Roman grahique) Fantasy animalière
Gallimard-Hors Série, 1/2008 — 168 p., 18,50 € — Mouse Guards fall 1152, Archaia Studio Press, Usa 2007 — Tr. : Marion Roman — Couv. & ill. : David Petersen — Crit. : http://www.actusf.com/ (Laurent Lavadou) ; http://www.bdgest.com/ (T. Pinet) ; http://www.phenixweb.net/ (Véronique de Laet & Gérard Wissang)
→ Tout commença pour David Petersen par quelques mots griffonnés sur un bout de papier : « les souris ont une civilisation bien à elles/trop petites pour aller avec d’autres animaux ». Et, peu à peu, un univers s’organisa autour de cette esquisse. En 2005 l’histoire naquit sur le papier avec Saxon, Kenzie et Rand, les souris éclaireurs en principaux protagonistes. Ainsi était née La légende de la garde, un corps d’élite chargé de protéger le peuple de souris des intempéries et des divers prédateurs qui les menacent. Lorsque débute le récit la Garde a déjà emporté les Guerres d’Hiver et renversé le tyran Furet. Revenus à un quotidien moins guerriers ses membres continuent cependant de former des escortes, de servir d’éclaireurs, de guetteurs d’orages et de guides pour la communauté, protégeant les frontières, ouvrant de nouveaux passages et veillant au bon acheminement des marchandises. Pour nos trois compères, Saxon, Kenzie et Lieam l’aventure débute par la disparition d’un marchand de grain et le combat avec un redoutable serpent. Puis nous suivons l’intrépide Sadie envoyé par Gwendolyne, le chef de la Garde, à Calogero, sur la côte Nord afin de retrouver le dénommé Conrad, un membre de la Garde qui ne donne plus signe de vie. Mais la traîtrise semble miner les rangs de la glorieuse troupe, tandis que se profile l’ombre de la Hache, une mystérieuse Milice conduite par le ténébreux Minuit. Alors que Kenzie et Saxon, laissés pour morts après leur périlleuse expédition dans la cité de Barkstone, ont été recueilli par l’ermite Celanawe, un allié de poids, car il est en vérité la Hache Noire, le célèbre héros de la Garde, les troupes de Minuit ont mis le siège devant Lockhaven, la cité de la Garde. Désormais de farouches combats vont opposer les valeureuses souris entre elles à travers une véritable sarabande de dessins puissamment évocateur servis par un art consommé de la narration et du suspens. Initialement publiés en version broché, chapitre après chapitre, le six tomes de la série (dont les couvertures originales sont reprises en fin de volume) ont été réunis dans la version cartonnée présentée par les éditions Gallimard qui a rencontré une formidable succès aux USA où chaque brochure était accompagnée de détails et croquis sur les personnages et la géographie des Territoires, l’habitat naturel du peuple des souris. Aventure palpitante mêlant stratégie et combats, suspense et héroïse, Légendes de la garde se décline en 6 passionnants chapitres (Le ventre de la bête, Au cœur des ténèbres, La Hache se lève, Le spectre de l’Ombre, L’aube de Minuit et L’honneur retrouvé) terminés par un Epilogue et quelques pages d’Annexes, le tout dans une luxueuse présentation qui concourt à rendre cet ouvrage incontournable pour les amateurs de fantasy animalière dans la pure tradition anglo-saxonne du genre.

jeudi 19 juin 2008

DAU Nathalie (Fr)
Née en 1966 et déjà reconnue dans l’univers de la Fantasy avec des textes comme « Le violon de la fée » (prix Merlin 2006) et son recueil « Contes Myalgiques » paru aux éditions Griffe d’Encre en 2007, Nathalie Dau exprime tout son talent de conteuse à travers des textes emprunt d’une profonde poésie qui puisent l’essentiel de leur inspiration dans sa passion pour les mythes celtiques
Les débris du chaudron (Roman) Légendes celtiques
Argemmios éditions, 5/2008 — 207 p., 13,50 € — Couv. & ill. : Magali Villeneuve — Crit. : www.khimaira-magazine.com (Sophie Dabat)
→ Préfacé par Lucie Chenu, ce roman est la version entièrement réécrite de la novella paru dans l’anthologie Rroyaumes publiée par les éditions Nestiveqnen. Le récit prend sa source au plus profond de la mythologie celtique, galloise plus précisément. Tressant d’habiles passerelles au-dessus de l’abîme des siècles, Nathalie Dau nous entraîne tout d’abord dans les brouillard d’un temps situé hors du temps afin de suivre l’arrivée de Kerridwen, la reine-sorcière aux trois couronnes, et de son époux, le dieu-cerf Kernunnos, dans le pays de Gwynned, l’ancien nom du Pays de Galles. Au fil d’une écriture de conteuse nous découvrons comment Kerridwen dut imposer sa présence dans le village des Addans, affrontant l’hostilité de la vieille matrone Zwerca du Lac Etrange. La haine de cette dernière poursuit la reine-sorcière à travers les siècles et finit par s’incarner dans Affang, le fils que Kerridwen a engendré avec un roi venu du nord avide de conquête afin d’éviter à son peuple de tomber sous l’emprise des redoutables envahisseurs nordiques. Initié par le sorcier Addans Marc’h Dû, Affang ne rêve que de se venger de ses parents qui l’ont délaissé au profit de leurs premiers nés, Morvran le grand guerrier et Creirwy à la voix céleste. Pour l’empêcher d’hériter de la couronne noire, Kerridwen brise son chaudron magique, éparpillant ses fragments à travers le monde. Puis, trahie par son peuple, elle disparaît de la surface de la terre. Cependant, la malédiction d’Affang, le terrible démon des eaux, s’acharne sur sa descendance. Catapulté à notre époque grâce au talent de Nathalie Dau, nous allons suivre les trajectoires mouvementées d’Augusa Quinn et d’Alwyn Archtaft destinés à réparer le chaudron de Kerridwen afin de permettre le retour de la déesse. Aidés par la matérialisation, sous divers avatars, du dieu-cerf Kernunnos, ils auront cependant bien du mal à échapper aux puissances démoniaques acharnées à leur perte. Une remarquable roman revisitant les arcanes du légendaire avec, au fil des pages, les saisissantes illustrations en noir et blanc de Magali Villeneuve, que l’on peut découvrir sur le site de l’éditeur, http://www.argemios.com/.