vendredi 18 octobre 2013

Le vol des dragons
(Roman) Aventures Fantasy / Dragon
AUTEUR : Robin HOBB (Usa)
EDITEUR : PYGMALION-Fantasy, 4/2013 — 330 p., 21,90 €
SERIE : La cité des anciens 7
TO : The rain wild chronicles 4.Blood of Dragons, EOS, 2013
TRADUCTION : Arnaud Mousnier-Lompré
COUVERTURE : Steve Desbenoit
Les autres titres de la série :
1.Dragons et serpents
2.Les eaux acides
3.la fureur du fleuve
4.La décrue
5.Les gardiens du souvenir
6.Les pillards
8.Le puits d'Argent
Dans les précédents tomes de la série nous avons appris comment les marchands de Terrilville s'étaient sentis floués par le marché passé avec la Tintaglia, la grande dragonne bleue. En effet les dragons extirpés des cocons où s'étaient enfermés les Serpents Géants s'avèrent incapables de survivre sans l'aide des humains. Dés lors les Marchands du Désert des Pluies décident de s'en débarrasser en les envoyant avec un groupe de jeunes gardiens et pour les accompagner jusqu'à Kelsingra, la légendaire cité des Anciens, ses humains serviteurs des dragons. Alise, l'épouse d'Hest Finbok, riche marchand de Terreilville, est partie avec eux autant pour s'éloigner d'un mari qui la délaisse que pour assouvir sa passion de connaissance sur les dragons. Tous ont pris place sur le Mataf, la vivenef, ces navires fabriqués dans un bois sorcier leur donnant vie, commandé par l'intrépide et séduisant capitaine Mataf. Lorsque débute ce septième tome de la série (en vérité la 1er partie du 4ème et dernier tome de l'édition originale US) les dragons et leurs serviteurs sont parvenus après bien des péripéties à Kelsingra. Tout occupés à découvrir leur héritage à réapprendre à utiliser leurs ailes, ils délaissent quelque peu Alise et leurs serviteurs humains. Cependant, l'influence de la cité légendaire se fait également sentir sur les adolescents tels que Thyrmara, tatou, Kanaï et Sédric. Tandis que leurs liens avec les dragons s'approfondissent, ils commencent à se transformer en magnifique Anciens reflétant chacun les caractéristiques des dragons qu'ils servent. Et, peu à peu, ils en apprennent plus sur l'étroite dépendance qui liait les Dragons aux Anciens, une relation bâtie sur la prépondérance de l'Argent cette matière magique qui assurait leur longévité aux dragons, tout en leur permettant de conserver leurs souvenirs ancestraux lors de leur transformation de Serpents en Dragons, et que les Anciens avait appris à manipuler e, dépit du fait que son contact était mortel pour les humains. Toutefois, la rumeur des découvertes fait à Kelsingra a attiré toutes sortes de pirates et de chasseurs de trésors dont les plus redoutables sont les envoyés duc de Chalcède, puissante nation rivale des marchands du Désert des Pluies, qui pense que seul le sang et de chair d'hommes-dragons sont capables de guérir miraculeusement sa santé défaillante. Il dispose déjà de Selden, le bien-aimé de Tintaglia, capturé par ses sbires et qui entretien une étrange relation avec Chassim, sa propre fille, esclave elle aussi des pulsions du démoniaque personnage, mais il en veut plus encore. Aussi il a envoyé deux navires étanches, les seuls capables de naviguer sur les eaux acides du fleuve à la poursuite du Mataf de Leftrin, revenu se ravitailler à Terrilvile et qui emporte désormais vers Kelsingra Phron, l'enfant de Malta et Reyn, victime des changements que ses parents ont subi auprès de Tintaglia, mais que cet héritage est en train de tuer à petit feu et que seul le contact de Argent pourrait sauver. Une substance dont justement les explorateurs de Kelsingra viennent de découvrir la présence autour d'un puits fascinant autour duquel aurait été construit la fabuleuse cité. Mais les dragons n'ont pas le temps de pousser plus avant cette crucuaile découverte, car ils doivent répondre à l'appel à l'aide de Tintaglia, grièvement blessée et attaquée par l'équipage des deux navires chalcédens commandés par le seigneur Dragen. La poursuite et la fin d'une nouvelle et magistrale série dont l'intrigue a débuté après la conclusion de celle des Aventuriers de la Mer et du second cycle de L'Assassin Royal, prenant pour décor le fantastique Désert des pluies, lieu fictif déjà introduit au cœur des séries précédentes et qui méritait une exploration plus approfondie par une Robin Hobb toujours aussi habile à tirer les multiples fils de cette nouvelle histoire jailli de son imagination plus que prolifique.

mardi 15 octobre 2013

Stalker - Pique-nique au bord du chemin
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Arcadi & Boris STROUGATSKY (Russie)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 462, 9/2013 — 320 p., 14,50 €
TO : Piknik na obotchine, 1972
TRADUCTION : Svétlana Delmotte, révisée par Viktoria Lajoye
COUVERTURE : Bastien Lecouffre-Deharme
Précédente publication :
Denoël-Présence du Futur 314, 1981 — 324 p., 7,50 € — Tr. : Svétlana Delmotte — Couv. : Stéphane Dumont
Denoël-Présence du Futur 314, 11/1994 — 324 p., 7,50 € — Tr. : Svétlana Delmotte — Couv. : Philippe Gauckler
Denoël-Lunes d'Encre, 3/2010 — 240 p., 18 € — Tr. : Svétlana Delmotte — Couv. : Lasth
Critiques : www.actusf.com (Stéphane Gourjault) - Bifrost 59, 11/2012 (Bertrand Bonnet Bonnet) – Fiction 318, 10/2007 (Richard D. Nolane) - www.noosfere.com (Florent M)
Outre le plaisir de retrouver l’un des principaux romans des frères Strougatski, les Asimov de la SF russe, ce livre nous propose la passionnante préface de Ursula K. le Guin, tirée de sa propre critique du roman. Le postulat de l’histoire par du point de départ d’une visite extraterrestre. Des ET qui sont repartis aussi vite qu’ils sont venus sans nouer aucun contact avec l’espèce humaine, laissant derrière eux les « Zones », leurs lieux d’atterrisages où ils ont abandonnés toutes sortes de détritus au fonctionnement et à l’utilité mystérieuse sur lesquels, même les plus éminents scientifiques se perdent en conjonctures. Il y en a cependant qui ne se posent pas toutes ses questions. Bravant les multiples dangers que recèlent les territoires de ces piqueniqueurs venus d’un autre monde, les Stalkers, des sortes de contrebandiers et trafiquants sans scrupules, n’hésitent pas à braver les pièges défiant les lois de la physique, tels que les « calvities de moustiques », les « gelées de sorcières », les « hachoirs » ou les « gais fantômes » pour ramener des ustensiles qu’ils écoulent à travers un fructueux marché noir où qu’ils revendent à la Fondation internationales finançant les recherches sur le mystères des zones. Dans la première partie du roman nous sommes invités à suivre les déplacement du rouquin, Redrick Shouhart, un explorateur de la Zone de Harmont, dont la trajectoire va s’accompagner de la corruption et du crime innérant à ces lieux hors du commun qui traquent les enfants des Stalkers même dans leur chair par l’entremise d’horribles mutations génétiques. Ramenant l’Humanité au rôle d’une meute de rats curieux ou à celle d’une horde de fourmis se précipitant sur les miettes d’un repas, ce livre pose la fameuses question, déjà abordée par Stanislas Lem dans Solaris, ou par Thomas Disch dans Génocides, de l’hypothétique faculté des hommes à pouvoir décrypter les renseignements en provenance de l’univers. Cette sorte de test auquel les êtres humains seraient confrontés est rendu encore plus palpitant par la perspective de découvertes fascinantes, comme cette mythique Boule d’or censée en mesure d'exaucer tous les souhaits qui lui seraient demandés. De quoi enflammer toutes les imaginations et aussi provoquer de longs débats, comme celui entamé dans le chapitre 3 par Richard H. Nouane, le meilleur ami de Redrick et le prix Nobel Valentin Pilman. Sorte de fable désenchanté sur la promesse du « Bonheur pour tout le monde gratuitement » que promettait l’Etat Soviétique avant son démembrement et sinistre prélude aux événements de Tchernobyl, cet ouvrage est également un fascinant roman d’aventure qui démontre toute l’intelligence et la sensibilité humaniste dont les frères Strougatski on su faire preuve dans l’ensemble de leur œuvre. Un livre qui s'inscrit dans la trilogie des Pélerins (Noon univers en anglais), visions plutôt grisâtre du futur comprenant L’île habitée (L’Age d’Homme), Le scarabée dans la fourmilière (Fleuve Noir) et Les vagues éteignent les vent (Denoël) décrivant un Humanité surveillée par des êtres venus d’ailleurs qui s’attachent à guider sa destinée, à laquelle ont peu également ajouter le titre Il est difficile d'être un Dieu (Denoël). Enfin, on n’oubliera pas que le succès de ce livre à l’international est grandement du à son adaptation au cinéma par le réalisatieur Andreï Tarkovski sous le titre, un film assez obscur au demeurant, mais qui n’épouse pas réellement l'intrigue du roman.
Autres couvertures :
Le vaisseau ardent
(Roman) Fantastique / Pirates
AUTEUR : Jean-Claude MARGUERITE (Fr)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 453, 4/2013 — 1562 p., 14,50 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Denoël, 5/2010 — 1294 p., 30 € — Couv. : Valsecchi, Alinari, Roger-Viollet
Critiques : www.actusf.com (Chloé) - Bifrost 60, 23/1/13 (Olivier Legendre) – www.cafardcosmique.com (Ubik) - www.noosfere.com (Gaëtan Driessen & René-Marc Dolhen)
Né d’un conte destiné à être lu à son fils, puis comme une nouvelle à paraître dans une revue italienne sur la navigation de plaisance, l’histoire du Vaisseau ardent s’est imposé à Jean-Claude Marguerite, comme un récit interminable dans lequel il a fallu tailler et resserrer afin que le livre aboutisse, et que cette formidable aventure qui lui a pris de nombreuses années de sa vie soit enfin partagée. Tout commence par l’évocation des souvenirs du capitaine Petrack lorsque, au côté de son ami Jack, le jeune Anton, il rêve d’aventure et de piraterie sur les bords d’un petit port de la Yougoslavie de Tito. Un désir alimenté par l’histoire du Pirate sans Nom, un mystérieux flibustier dont personne n’a retenu les fabuleuses péripéties, que leur narre l’Ivrogne en échange de bouteilles de mauvais rhum. Disparu sans laisser de trace ce forban hors du commun aurait accumulé sur une île déserte le plus fabuleux trésor que la Terre ait jamais connu et laissé derrière lui l’énigmatique légende du Vaisseau Ardent, un navire qui ne cesse jamais de se consumer.. Mais l’Ivrogne meurt noyé avant de pouvoir leur en dire plus. Passé à l’âge adulte, Anton décide de donner corps à cette légende, et devient à son tour un pirate des temps modernes lancé dans une quête qui durera sa vie entière. Une quête qui le conduira à errer sur toutes les mers du mondes, à fouler le sol des cinq continents, à faire la connaissance de Nathalie Derenoy, une jeune fille dont la famille poursuit les mêmes recherches depuis des générations, pour finir par découvrir que l’énigme du Pirate Sans Nom en cachait une autre, bien plus vieille, celle du Vaisseau Ardent. Dés lors le lecteur est entraîné dans une intrigue composée de plusieurs récits étroitement imbriqués les uns dans les autres, comme les souvenirs de Petrack, les histoires de l’Ivrogne et la vie du fameux Pirate Sans Nom. Abordant le mythe de l’Arche de Noé et du Déluge, les légendes du Buisson Ardent qui jamais ne se consume et de la Fontaine de Jouvence que tant d’hommes ont recherché en vain, ce premier roman de Jean-Claude Marguerite nous propose également un détour par la mystérieuse Ile Eléphantine, cet oasis des temps premiers remontant à l’époque pharaonique, ainsi qu’une imitation du Neverland de Peter Pan et un voyage vers les utopies originelles à la Thomas More avec la légende de la colonie Libertalia, censément fondée par un pirate français nommé Mission au XVII° siècle. Véritable enquête à la Indiana Jones conduite par le « Sherlock Holmes des mers » qu’est devenu Anton Petrack, cette aventure parfumée par les embruns du large se perd dans les brouillards hantés par les étraves des vaisseaux fantômes et la légende du Hollandais Volant, tout en s’appuyant sur les épisodes bien plus concrets que, grâce à ses méticuleuses recherches, l’auteur a pu tirer des récits des flibustiers des caraïbes, de ceux des Frères de la Côte, des Pirates du Nord de l’Europe, de ceux de l’Adriatique ou du corsaire Jean Lafitte. L’ensemble s’article au rythme d’une technique de narration parfaitement élaborée qui emprunte à plusieurs styles littéraires : narration classique, récit de seconde main, journal intime, pièce de théâtre, correspondance, retranscription de légendes orales, comme si, à chaque pan de l’histoire le besoin s’était fait sentir de procéder à une transmission à travers des aventures vécues par procuration. Un texte volumineux porté par une soin particulier apportée au noms riches en symbole des protagonistes (Fureteuse, Pue-la-Mort, Mères des Anges, etc…) mais aussi par la complémentarité des oppositions (Feu-glace, jeunesse-vieillesse) donnant plus d’épaisseur à des personnages dont nous sommes invités à partager toutes le lourd passif émotionnel qui donne encore plus de sens à leurs destinés peu communes. Véritable jeu de piste où l’auteur s’amuse à déconstruire sa narration, à rebondir de digressions en digressions, pour mieux nous ramener vers le cœur de l’intrigue, ce roman imprégné d’influences littéraires puisées au cœur de l’histoire de la piraterie et des grands récits maritimes, tels que L’île au trésor de Stevenson ou le Monfleet de John Meade Falkner, nous invite également à une réflexion sur les rapports étroits que l’Histoire entretien avec les mythes et les légendes, proposant ainsi un inoubliable moment de lecture digne de figurer sur les rayonnages des bibliothèques des découvreurs de nulle part des arpenteurs d’imaginaire. Une autre perle à ajouter aux colliers des rééditions que nous offre la collection Folio SF des éditions Gallimard, comme le Déchronologue de Stéphane Beauverger ou, plus récemment, Le fleuve des dieux de Ian McDonald. Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite habite en Ile-de-France, il enseigne la PAO à Paris III et travaille dans l'édition comme graphiste et responsable technique. Le vaisseau ardent, écrit sur une période de dix-huit ans, est son premier roman, un projet unique dans la littérature française contemporaine.
Autre couverture :
Le dragon Griaule
(Recueil) Dark Fantasy / Dragon
AUTEUR : Lucius SHEPARD (Usa)
EDITEUR : J'Ai Lu-Fantasy 10761, 9/2013 —670 p., 9,90 €
SERIE : Le dragon Griaule 1
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Nicolas Fructus
SOMMAIRE :
L'homme qui peignit le dragon Griaule (The man who painted the Dragon Griaule)
La fille du chasseur d'écailles (The scalehunter's beautiful daughter)
Le père des pierres (The father of stones)
La maison du menteur (Liar's house)
L'écaille de Taborin (The Taborin scale)
Le crâne (The skull)
Postface de Jean-Daniel brèque
Bibliographie de Lucius Shepard, par Alain Sprauel
Précédente publication : Editions du Bélial-Kvasar, 9/2011 480 p., 25 €
Critiques : www.actusf.com (Jérôme Vincent) – Bifrost 65, 3/2013 (Sam Lermite) - www.chronicart.com (Pierre Jouan) – www.noosfere.com (Bruno Para) - www.scifi-universe.com (Manu B)
" En 1853, dans un lointain pays du Sud, en un monde séparé du nôtre par la plus infime marge de possibilité, la vallée de Carbonales, une région fertile entourant la cité de Teocinte et réputée pour sa production d'argent, d'acajou et d'indigo, était placée sous la domination d'un dragon nommé Griaule. Il y avait d'autres dragons en ce temps-là, vivant pour la plupart sur des îlots rocheux à l'ouest de la Patagonie - de minuscules créatures irascibles, dont la plus grande avait à peine la taille d'une alouette. Mais Griaule était l'une des Bêtes géantes qui avaient régné sur un âge antique. Au fil des siècles, il avait grandi jusqu'à mesurer sept cent cinquante pieds au garrot et plus de six mille pieds de la queue au museau". Lucius Shepard publie "L'Homme qui peignit le dragon Griaule" en 1984, récit qui introduit l'univers de Griaule, un monde préindustriel dans lequel un dragon titanesque a été pétrifié par un puissant sorcier voilà plusieurs millénaires. Depuis ces temps reculés, la créature s'est "intégrée" au paysage, devenant à elle seule une chaîne de montagnes chargée de végétation à l'ombre de laquelle s'est développée la ville de Teocinte. Mais si le monstre ne bouge plus, il n'en est pas mort pour autant. Ainsi Griaule continue-t-il d'instiller sa néfaste influence, une insidieuse corruption qui s'attaque aussi bien aux hommes qu'à la nature... Car Griaule poursuit un but inavoué et inavouable... Ce texte initial remporte un tel succès que Lucius Shepard va développer au fil des ans l'univers de Griaule dans cinq autres très longs récits, tous inédits en français, l'ensemble constituant le grand oeuvre de son auteur, une manière de méta roman sidérant de maturité et sans équivalent dans le champ littéraire de la fantasy, réuni ici pour la première fois en exclusivité mondiale.
Autre couverture :

mardi 1 octobre 2013

Multiversum
(Roman) Jeunesse / Univers parallèles
AUTEUR : Leonardo PATRIGNANI (Italie)
EDITEUR : Gallimard Jeunesse-Hors Collection, 5/2013 — 333 p., 15 €
TO : Multiversum, Arnoldo Mondadori, Milan, 2012
TRADUCTION : Diane Ménard
COUVERTURE : Roberto Oleotto
Critiques : www.actusf.com (Anne-Sophie Riveloux)
Les traductions d'auteurs italiens en France dans le domaine de la jeunesse ne sont bien sûr pas aussi nombreuses que celles des romanciers anglo-saxons, mais cependant assez notables (cf. le cycle de Geronimo Stilton chez Albin Michel) pour qu'on en parle. Pour preuve ce roman de Leonardo Patrignani, auteur italien né à Moncalieri en 1980 qui publie avec Multiversum le premier tome d'une trilogie, ainsi que son premier roman. Chanteur et compositeur au sein d'un groupe de Heavy Metal, doubleur professionnel, ce jeune écrivain nous plonge au sein d'un monde basé sur le postulat des univers multiples, canevas pétris de rebondissements sur lequel il épingle la romance de deux adolescents charismatiques, Alex, qui vit à Milan, en Italie, et Jenny, résidant à Melbourne, en Australie. Ces deux jeunes gens sont unis par un lien télépathique qui devient de plus en plus puissant au fur et à mesure de leurs contacts. Mais tout bascule le jour où ils décident de se rencontrer, car ils s'aperçoivent qu'ils vivent en réalité dans des dimensions parallèles. Dés lors l'essentiel d el'intrigue va reposer sur les efforts d'Alex pour rejoindre son amie interdimensionnelle. En cela il est grandement aidé par Marco, petit génie de l'informatique cloué sur un fauteuil roulant depuis un terrible accident, qui l'empêche de sombrer dans la folie tout au long des fabuleuses découvertes qu'entraîneront ses premiers au cœur du Multiversum. Cet ensemble de dimensions (qui pourrait s'apparenter au Multivers de Michael Moorcock dans sa version adulte) serait le fruit des divers choix que l'on prend au cours de sa vie, créant ainsi des trames d'univers chaque fois différentes. Voyageant sans cesse à travers ces réalités parallèles, Alex découvre des mondes de plus en plus sombres et de plus en plus dangereux sur lesquels plane l'ombre d'une formidable menace visant à confirmer les plus sinistres hypothèses de Marco le geek. Petit à petit, au fil des révélations, un étau angoissant se referme sur les principaux protagonistes et leur entourage, projetant le lecteur dans un bain de mystères d'où rejaillissent des interrogations sur Thomas Becker, l'étrange auteur du livre Multiversum, sur les pouvoirs d'Alex et Jenny, capables de figer les gens quand ils s'embrassent et les rapports qu'ils entretiennent avec le domaine des souvenirs, et sur tout un lot d'autres implications qui prouvent la grande richesse de l'imaginaire de cet auteur qui pourra encore mieux s'exprimer dans les deux prochains tomes du cycle, Memoria et Utopia, inscrit au catalogue des éditions Gallimard jeunesse pour les prochains mois.
Le fleuve des dieux
(Roman) SF
AUTEUR : Ian McDONALD (Gb)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 463, 9/2013 — 850 p., 9.90 €
TO : River of Gods, 2004
TRADUCTION : Gilles Goullet
COUVERTURE : Manchu
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 6/2010 — 624p., 29 € — Couv. : Manchu
Critiques : www.actusf.com (Cloé) – Bifrost 60, 9/2010 -Claude ecken) - www.cafardcosmique.fr (Ubik) – www.chronicart.com (Pierre Jouan) - www.noosfere.com (Gaëtan Driessen) – www.scifi-universe.com (Manu B)
→ En 2047 l’Inde n’a plus rien à voir avec le pays libéré du joug britannique des Nehru et autres Gandhi. Conséquence des Guerres de Partition, l’Union Indienne est désormais balkanisée en plusieurs petits royaumes se livrant une lutte acharnée pour le contrôle de l’eau devenue une denrée extrêmement rare dans ces pays privés de Mousson depuis trois ans, avec pour résultat la transformation du Gange, un fleuve naguère distributeur de bienfaits dans lequel il fallait se baigner pour se débarrasser de ses pêchés, en une pomme de discorde dont les eaux déclinent dangereusement au fils des années. Pour preuve des rumeurs de guerre qui couve entre les états musulmans de l’ancien Bengale, alliés à l’état indien d’Awadh placé dans la sphère d’influence américaine, et le Bhârat, et sa capitale Vâranasi (l’ancienne Bénarès) où sévit le parti des fanatiques religieux hindouiste du mystérieux Jîvanjî, que personne n’a jamais rencontré, et qui menace la souveraineté du gouvernement de la Première Ministre, Sadjida Râna, le tout sur fond de barrage édifié sur le Gange par l’Awadh, privant désormais d’eau leurs voisins du Bhârat. Et comme si cela ne suffisait pas, aux anciennes dissensions ancestrales, à la fois religieuses, ethniques et sociales, sont venus s’ajouter les dérives d’une technologie passée maîtresse dans l’art de repousser les barrières du possible, les accélérations impulsées par les technosciences, la révolution de l’informatique et la mondialisation galopante se mêlant aux résurgences d’une mythologie hindoue réinvestissant le réel sous les formes les plus étonnantes. Ainsi on a assisté au développement fulgurant des Intelligences artificielles (IA) capables de devenir des machines-outils hypersophistiquées, d’incarner des personnages dans des séries télévisées à succès, mais aussi de se révolter avec la menace sous-jacente de l’apparition d’une Aeai de troisième génération capable de surpasser les hommes et, à terme, de les remplacer, thématique déjà abordée dans le désormais culte Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques de Philip K. Dick, devenu Blade Ruiner au cinéma. Mais on a vu également la naissance de nouvelles populations, comme les Neutres, au cerveau et au corps chirurgicalement modifiés et bourrés d’implants électroniques afin de gommer les caractéristiques principales d’appartenance à l’un ou l’autre sexe déterminant jusqu’ici le genre humain, ainsi que les Dorés, des Brahmanes chefs de gangs au métabolisme ralenti qui vivent deux fois plus longtemps que le commun des mortels a l’intérieur de corps d’enfants. Pour décrire cette Inde futuriste qui cultive bien des aspects du monde imaginé par l’auteur britannique John Brunner dans Tous à Zanzibar, Ian McDonald, déjà connu en France par des ouvrages phares tels que Désolation Road pour la SF et Roi du matin, Reine du jour, pour la Fantasy a choisi de nous présenter neuf personnages qui évoluent au sein de neuf intrigues différents, donnant leur titre à chaque chapitre du livre. Des êtres que rien, de prime abord, ne semble rapprocher, et qui pourtant mélangent leurs trajectoires intimes à la dense toile géopolitique structurant l’ensemble du récit afin de converger vers un final éblouissant centrée sur une sorte d’éternel recommencement bien ancrée dans la mythologie de la tradition hindouiste. Une histoire qui, tout en nous peignant les méandres d’une Inde aux mille visages,ne fait que proposer une réflexion sur la noirceur de l’Humanité et la nature même de l’univers. Parmi ces individus à la fois créateurs et acteurs des événements qu’ils vivent et subissent nous trouvons Shiv, petit malfrat sévissant sur les bords du Gange, qui fait commerce de la vente d'ovaires récoltés sur des donneuses tout sauf volontaires à destinations de cultures souches embryonnaires et qui a maille à partir avec les redoutables Brahmanes. Mais il y a également Nanda, le pendant du Harrison Ford de Blade Runner, un flic Krishna, membre d'une police spéciale chargée de traquer les Aeis, ces intelligences artificielles qui s'infiltrent au cœur des systèmes informatiques, et qu'il « excommunie » à l'aide d'un pistolet à double canons, l'un pour les IA et l'autre pour les corps humains, le tout avec l'aide d'autres IA répondant aux noms évocateurs de Ganesh, Indara ou Shiva. Vient ensuite sa femme, Pârvati, qui, si elle est parvenue à épouser un membre éminent de sa caste, souffre du confinement où son époux la tient, car elle n'arrive pas à s'intégrer dans la société où il évolue. Le prochain de la liste est Shahîn Badûr Khan, le conseiller musulman de Sajida Râna, premier ministre du gouvernement hindou du Bhârat. Puis nous avons Nadja Askaezadah, jeune journaliste prête à se damner pour un scoop, qui traîne derrière elle un lourd passé afghan. Lisa Durnau et Thomas Lull, sont les américains de service, deux scientifiques à l'origine du projet Alterre, basé sur la programmation d'un monde alternatif informatique qui se développe au sein de sa propre réalité. Tal est le suivant. Un Neutre, concepteur de décors pour Town and Country, la série télévisuelle qui cartonne à la distribution entièrement assurée par des IA. Enfin, nous découvrons Vishram. Plus jeune fils de la grande famille Ray, qui n'aspire qu'à une carrière de comique en Angleterre, et qui se retrouve propulsé à la tête de la Ray Power, puissant Empire énergétique dont son père lui a soudainement confié les rennes sur fond d'accélérateur de particules ouvrant sur d'autres dimensions. Ces anti-héros par excellence naviguent sur les vagues de leurs propres quotidiens en essayant de ne pas se noyer dans le courant de la vie qui les entraîne au coeur de méandres compliqués pouvant prendre divers apparences. Pour Mr Nanda, il s'agit de la poursuite d'Aeais illégales. Pour Lise Durnau d'une enquête sur la possible découverte d'un artefact extraterrestre. Pour Thomas Lull, de la rencontre avec Aj, mystérieuse jeune fille qu'il a recueilli sur sa péniche et dont les extraordinaires pouvoirs lui permettent, non seulement de contrôler par la pensée de formidables robots de combats, mais aussi de cartographier l'existence des gens par simple contact. Pour Shanîr, de la supervision du transport dans le Gange asséché d'énormes icebergs dont la fonte sur place est censée réactiver la mousson disparue. Entourés d'un foisonnement d'autres personnages, ces individus s'inscrivent dans un processus d'immersion au sein d'une Inde immortel dont la captivante empreinte est rehaussée par le parti pris de l'auteur de conserver un grand nombre de termes indiens, non traduits, ni anglicisés, dont la compréhension est facilitée par le glossaire placé à la fin du roman. L'ensemble forme un magnifique livre-univers, remarquablement traduit par Gilles Goullet qui, passé la première impression d'opacité provoquée par l'amoncellement des 848 pages de lecture (600 dans la version grand format Denoël) mérite de se déguster page après page comme une verre de vieux cognac que l'on boit le soir au coin du feu quand la neige tombe dehors. Une reprise bienvenue dans un format plus abordable à toutes les bourses de ce roman abordant les grands thèmes de la SF, intelligence artificielle, darwinisme et théorie de l'évolution, techno sciences, cybertechnologie, mondes parallèles, réseaux informatiques, réalités virtuelles, manipulations génétiques, visite extraterrestre, écologie, sans oublier une approche sociale du devenir humain sous ses multiples facettes, un large pan de futurologie et, bien entendu, la présence de la Singularité, cette nouvelle star de la SF contemporaine. On apprendra donc sans surprise qu'un projet d'adaptation cinématographique est en cours avec un tournage en Inde, évidemment pour ce livre qui a reçu le British Science Fiction Howard et qui a été finaliste du prestigieux Hugo. Et pour en finir avec ce long plaidoyer, à noter, pour ceux qui en redemanderait, que les éditions Denoel publient dans leur collection lunes D'Encre en octobre, La petite déesse et autres nouvelles d'une Inde future, un recueil où Ian McDonal rassemble sept nouvelles et courts romans ayant pour cadre l'univers inoubliable du Fleuve des dieux.
Autre couverture :