vendredi 12 septembre 2014

Bird Box
(Roman) Horreur / Postapocalypse
AUTEUR : Josh MALERMAN (Usa)
EDITEUR : ORBIT, 9/2014 —374 p., 20.90 €
TO : Bird Box, Harper Voyager, Londres, 2014
TRADUCTION : Sébastien Guillot
COUVERTURE : Julio Calvo
Dans la sinistre hiérarchie des psychoses humaines celle lié au regard vient juste après les terreur face à l’enterrement vivant, aux attaques de reptiles ou aux hordes de rats avides de morsures se précipitant sur des individus sans défense (des femmes enceintes, de préférence). En vérité au sein du corps humain, l’œil représente le maillon faible, une fenêtre qui nous permet d’appréhender un environnement extérieur qui peut s’avérer d’une étourdissante beauté, mais également d’une implacable hostilité. D’ailleurs, les réalisateurs de film d’horreur ne s’y sont pas trompé et ont abondamment exploité le filon à coups de sanglantes énucléation d’orbites oculaires crevées par toutes sortes de projectiles. Moins impressionnante, ,mais plus proche de la réalité l’image des vieux films où le soldat blessé enlève ses bandages en s’écriant : « Mon Dieu, je suis aveugle ! » marque encore les cinéphiles et montre une fois de plus l’importance que nous accordons à ce sens bien particulier juste suivie de l’ouïe, qui vient somme toute en remplacement quand le premier s’avère déficient. Alors, quand on comprend l’importance que la vue représente pour notre humanité, comment envisager que cette dernière est entrepris de sciemment s’en priver ? Pour expliquer cette cécité volontaire, une seule raison imaginé avec brio par Josh Malerman, au demeurant chanteur et parolier du groupe de rock The High Strug, une mystérieuse épidémie qui s’est répandue à travers le monde où des individus, après avoir aperçu quelque chose de mystérieux, en viennent à agresser mortellement leur entourage ou à se suicider de n’importe quelle manière. Dés lors la Terre, s’enferme peu à peu dans un infernal black-out où, par média interposé, les gens sont invités à s’enfermer chez eux et et à occulter leurs fenêtres, tandis que les vestiges de toute civilisation s’éteignent les uns après les autres sur la surface de notre planète. Le lecteur est brutalement émergé dans cet « après » postapocalyptique à travers l’histoire de Malorie, une mère courage qui, après des années d’enfermement décide de quitter l’habitation où elle vivait en recluse avec ses deux enfants de 4 ans Tom et Olympia, afin de rejoindre un hypothétique refuge où se tererrait une poignée de survivants. Dés lors, nous voici embarqué avec ce trio pathétique sur une barque fragile se déplaçant le long du cours d’une rivière avec à son bord, à la tête et à la proue, deux enfants portant, comme leur mère un bandeau sur les yeux car ils n’ont jamais été confrontés à la vision de l’extérieur, cette dernière comptant sur leur ouïe super développé pour se protéger des multiples dangers peuplant les flots et les berges de ce cours d’eau qui n’a rien du Mississippi de Mark Twain. Pour nous extirper du carcan d’angoisse qui nous étreint lorsque la présence d’inquiétante créatures se signale autour de la frêle embarcation, l’auteur nous entraîne dans une série de flash back où Malorie revient sur sa propre trajectoire, de sa vie avec sa sœur Shanon, qui a fini par se planter une père de ciseau dans le poitrine parce qu'elle a eu l’imprudence de soulever l’un des rideaux de leur fenêtre pour regarder au dehors, à sa période de femme enceinte, lorsqu’elle a rejoint une petite communauté placée sous l’égide de Tom, dont elle est tombée secrètement amoureuse, et à son accouchement traumatisant marqué par la trahison de certains humains, mais surtout de la théroie délirante expliquant que cette épidémie aurait été déclenchée par quelque chose de vivant, des Créatures qu’il suffit de voir l'espace d'une seconde pour sombrer dans la folie, des êtres qui profitent de notre cécité pour se glisser derrière nous, pour envahir nos refuges les plus secrets et attendre, blottis derrière notre dos, le moindre clignement de paupière pour nous plonger dans les affres des meurtres les plus attreroces. Vous les comprendrez sans peine l’angoisse monte à son comble dans ce premier roman dont l’auteur maîtrise l’intrigue avec un brio incontestable, nous entraînant dans une sorte de barque movies oppressant en diable sans que la tension qu’il nous impose diminue un seul instant. Pour ma part, j’ai ouvert ce livre à minuit, lassé par les informations et documentaire remachés des chaînes de télé, et je l’ai refermé deux heures plus tard, quelque peu sonné. Heureusement, j’ai vite trouvé le sommeil, mais croyez-moi je n’ai pas vraiment bien dormi, hanté dans mes rêves (ou plutôt mes auchemards) par des images de femme aveugle, preuve s’il ‘en est de l’impact que ce livre, dont les droit ont déjà été adaptés pour le cinéma, peut avoir sur notre inconscient. Alors lisez-le, avant de suivre les aventures de Malorie sur grand écant, et vous ne le regretterez pas.

mardi 9 septembre 2014

Elric Intégrale 2
(Recueil) Dark Fantasy
AUTEUR : Michael MOORCOCK (GB)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7139, 2/2014 — 554 p., 11,20 €
SERIE : Elric
COUVERTURE : Jean Bastide
SOMMAIRE :
Elric le nécromancien (Traduit par Michel Demuth et Franck Straschitz)
La sorcière dormante (Traduit par Michel Demuth)
La revanche de la Rose (Traduit par E.C.L. Meistermann)
→ Dans ce second tome de l'intégrale des aventures d'Elric qu'ont entrepris de rééditer les éditions Pocket en respectant l'ordre chronologique des récits (ce qui n'avait pas été le cas dans la première parution française au Club du Livre d'Anticipation des éditions Opta) nous retrouvons l'anti-héros charismatique par excellence, le prince Elric de Melniboné, dont nous sommes invités à partager les multiples pérégrinations. Le recueil débute par Elric le nécromancien, un modèle du genre, qui avait eu jadis les honneurs des illustrations de Philippe Druillet. Le récit ce structure en plusieurs parties. Dans la première, Le songe du Comte Aubec, le prince albinos n'est pas partie prenante, mais laisse la vedette à un héros de sa trempe, le valeureux Aubec de Malador, le champion de la Reine qui, dans ses songes épiques, partit conquérir de nouveaux territoires sur les domaines du Chaos, entraînant ainsi la création des Jeunes Royaumes où, plus tard, Elric banni de son Empire aima promener sa silhouette maladive en quête de cette fabuleuse impression de vie qu'avait perdue Melniboné à l'agonie. Puis, La cité qui rêve, magistralement illustrée par Druillet dans une précédente édition, nous dévoile tous les secrets d'une trahison qui allait poursuivre l'ancien Empereur de Melniboné et provoquer la perte de la flotte vorace qui lui avait imprudemment fait confiance. Tandis que rient les dieux nous permet de retrouver Elric engagé dans une nouvelle quête, celle d'un objet mythique, un livre perdu en l'occurrence, qui devrait assouvir sa soif intarissable de connaissance sur la destinée humaine et la véritable nature des dieux auxquels il a lié son sort et qu'il méprise, tout en faisant sans cesse appel à leur puissance. C'est au cours de ce récit qu'Elric rencontre Tristelune, son compagnon d'aventures et aussi d'infortune, car, comme tous ceux inscrits dans sa trajectoire, cet amitié ne pourra le conduire que vers une fin inéluctable. La longue nouvelle qui suit, La citadelle qui chante, introduit l'une personnages de méchant récurrent du cycle, le sorcier Theleb K'aarna, porté par le désir d'établir le Royaume de Paradoxe et que le prince albinos poursuivra tout au long des pages de sa haine inflexible, n'hésitant pas à braver toutes sortes de périls pour avoir enfin raison de lui. Durant toutes ces histoires, Elric croisera la route d'une multitude de personnages féminins qui voudront chaque fois se lier à lui, comme ici la reine Yishana, mais dont il s'écartera dans le but de ne pas provoquer leur perte. Le texte suivant, La sorcière dormante, est scindé en trois parties : Le tourment du dernier Seigneur, Piège pour un prince Pâle et Trois héros pour un seul dessein. Dans la première, Moorcock nous relate les aventures d'un Elric toujours à la recherche du sorcier Theleb K'aarna, liant pour temps son destin à celui de Myshella, l'Impératrice de l'Aube, aussi nommée la Dame Sombre de Kaneloon, dont les terres sont la proie de la convoitise du prince Umbda qui a unit ses forces à celles de l'ensorceleur que pourchasse Elric. Afin de les vaincre, le prince albinos lancera sur eux le terrible sortilège du Noeud Coulant de Chair dont nulle âme humaine n'est capable de réchapper. Dans la seconde, Theleb K'aarna, qui a réussi à sauver sa vie, trouve en Urish les Seot-Doigts, roi sanguinaire de Nadsokor, la Cité des Mendiants, un autre allié de poids pour tendre un piège au prince de Melniboné qui a jadis dérobé dans son trésor un parchemin contenant une incantation qui était censé tirer sa cousine et amante Cymoril sur sommeil magique où elle avait été plongée. Enfin, la troisième partie, intègre la trajectoire de cet anti-héros de base dans les mailles du multivers, plus précisément à Tanelorn, la cité qui, durant son existence sans fin, revêt maintes et maintes formes, puis au sein du Désert des Soupirs où il retrouve Mysehella, la troublante sorcière, avant de vivre des aventures qui lui permettront, sous l'invocation de Corum, de liguer pour un temps son destin à celui d'Erekosë, autre émanation de la ménagerie héroïque morcockienne, afin de délivrer Jhary-a-Conel, autre incarnation du Champion Eternel dans l'île-monde de Melniboné. La revanche de la rose, le long récit qui conclut ce recueil, se présente en définitive comme une histoire annexe où Elric n'endosse pas vraiment son costume de serviteur du Chaos poursuivi par un fatum tragique. Tout commence par sa communion avec Mufle-Balafré, la dragonne qui vient lui rappeler le lien original entretenu par l'Empire de Melniboné et les terribles monstres ailés. Puis, toujours hanté par les fantômes de son passé, Elric part à la recherche d'un globe où l'on pourrait voir la Terre du futur, et continue sa quête lancinante afin de tenter d'échapper aux cortèges de malheurs qu'il traîne avec lui avec, pour but essentiel, de retrouver l'âme de son père. Un récit qui lui fera découvrir un nouvel allié en la personne de la Rose, seule survivante d'un peuple disparu uniquement animée par la soif de vengeance, et où se déploiera l'interminable procession d'une société tzigane qui parcours inlassablement le monde sur une route unique jalonnée sur ses bas côtés par les déchets et les détritus que leurs caravanes ont laissé lors de leurs précédents passages. Une sorte d'éternel recommencement qui flirte avec le conte philosophique et qui fournira l'occasion à Elric de faire la connaissance de personnages hauts en couleur, tels que le Prince Gaynor le Damné, ou Ernest Wheldrake, tout droit sortis de l'univers de Gloriana, sans oublier ses habituels démêlés avec les Seigneurs du Chaos toujours avides de conquêtes et particulièrement agressifs. Un recueil qui nous invite, une fois de plus, à emprunter les chemins du rêve afin de visiter des territoires magiques emportés dans un tourbillon de sang et de guerres, avec, disséminés aux coins des pages de spièges diaboliques qui se déclenchent au passage d'un Elric de melniboné toujours fidèle à lui-même dans son rôle de héros maudit promis à une fin tragique qu'il sait inévitable. Un épais volume qui se termine par quelques planches en noir et blanc extraites de l'album en couleur Le trône de rubis, premier tome de l'adaptation en bande dessinée de la saga d'Elric par Julien Blondel, Didier Poli et Roobin Recht.

mardi 26 août 2014

 La fille du mage
(Roman) Aventures fantasy
AUTEUR : Karen MILLER (Australie)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7124, 7/2014 — 690 p., 19.90 €
SERIE : Les enfanst du Pêcheur 2
TO : Fisherman Children's Book 2.The reluctant Mage, 2010
TRADUCTION : Cédric Perdereau
COUVERTURE : Miguel Coimbra
Précédente publication : Fleuve Noir, 5/2012 543 p., 23,50 € Couv. : Miguel Coimbra
Les autres titres de la série :
1.Le mage prodige
→ Dans le premier tome de ce diptyque, Le mage prodige, nous avions fait la connaissance du de Archer le mage qui concentrait tous ses efforts pour empêcher ses enfants de toucher à la magie, car il connaissait les risques que cela entraînait. Quand s’ouvre ce second tome, Archer est plongé dans un profond coma et le royaume de Lur, privé de sa protection, est désormais soumis aux aléas d’un climat qu’Archer régulait grâce à ses puissants pouvoirs. Son fils Rafel est parti avec la ferme intention de traverses les Terres Maudites pour trouver au-delà des montagnes un peuple qui pourrait les aider. Son ami Arlin le Doranen, obsédé par le désir de ramener son peuple vers la cité mythique qui les as vus naître, l’accompagne. Cependant, le chemin croise celui de Morg, l’être maléfique que l’on croyait mort. Pour se reconstruire, ce dernier s’est installé dans le corps de Rafel, le mage olken, tandis qu’Arlin, réduit au rang de serviteur esclave s’efforce de survivre tout en attendant le moment propice pour se débarrasser du maléfique sorcier. Pendant ce temps Deenie, la petite souris, sœur cadette de Rafel, perçoit dans ses cauchemars les appels désespérées de l’esprit de ce dernier relégué dans un coin de son propre corps désormais asservi par Morg. S’ébrouant de son personnage de jeune fille effacée, elle décide de partir avec Charis dans le Nord corrompu à la recherche de son frère disparu. Tandis que tempêtes, inondations et destructions ravagent le royaume de Lur, Deenie, qui recèle en elle des pouvoirs insoupçonnés hérités de son père Archer, va se trouver entraînée dans une tumultueuse aventures qui lui permettront, entre autres prépéties, de rencontrer le séduisant prince Ewen, dorénavant sur le trône de Vharne depuis que les monstrueuses Bêtes lancées par Morg ont massacré le roi et les meilleurs éléments de sa garde rapprochée. Plus envolée que la le tome précédent, l’intrigue de ce second opus se déroule comme un vrai roman d’aventures où les personnages se débattent dans la toile de passions exacerbées. Bien entendu, il a été difficile pour Karen Miller de retrouver dans cette suite toutes la densité émotionnelle des deux tomes du cycle précédent de La prophétie du royaume de Lur. Cependant la quête de Deenie n’est pas avare en rebondissements et sauit habilement captiver le lecteur qui retrouvera avec plaisir l’écriture rythmée et passionnante de cette romancière australienne née au Canada que amateurs français de Fantasy ont également pu apprécier dans la trilogie aux accents orientaux des Seigneurs de la guerre.
Autre couverture :

dimanche 24 août 2014

Les lois de l’été  
(Livre illustré)
AUTEUR : Shaun TAN (Australie)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Albums juniors, 5/2014 — 52 p., 19.90 €
TO : Rules of Summer, Lothian Children’s Book, Australie & Nouvelle-Zélande 2013
TRADUCTION : Anne Krief
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Shaun Tan
→ Les lois de l’été sont un ravissement. Non seulement car l’auteur, Shaun Tan est un maître reconnu de l’illustration récompensé mondialement par de nombreux prix (Angoulême, Astrid Lindgren, Cristal d’Annecy, etc…) mais aussi parce que la présentation à l’italienne de l’album proposé par les éditions Gallimard (format 300 x 280) met singulièrement en valeur les pages sorties de l’imagination débridé de ce dessinateur hors normes. Dés l’ouverture du livre, la première phrase, « Voilà ce que j’ai appris l’été dernier », résonne à nos yeux pareille au célèbre « Dans un trou vivait un hobbit » du Bilbo de Tolkien. L’amorce est une invitation au rêve que la lapin géant rouge des toutes premières planches nous invite à suivre à la manière d’une Alice au merveille version hard de Lewis Carroll. La suite n’est qu’une plongée dans l’absurde, le surréel et l’étrange où se croisent décors de fin de monde à la Thomas Disch, ménagerie kafkaienne, images brussoliennes (celui des Crache-béton ou des Mangeurs de muraille) tout en empruntant aux paysages de Bosch, et même aux impressionnistes avec des natures mortes saisissantes de vérité. Et puis il y a la couleur qui éclaire en contraste ce monde déshérité, une couleur qui explose en taches rouges, jaunes, bleues, vertes, dynamisant l’incongruité de certains personnages issus d’une ménagerie carnavalesque. Enfin, n’oublions pas le texte. Des phrases simples, souvent astucieusement décalées par rapport au support iconographique, qui ouvre l’esprit vers des chemins empruntant les thématiques de la liberté, de la quête des origines, de l’appréhension envers les dangers de notre quotidienneté le tout imbibé dans le cocon vorace de notre société urbaine et remuant dans nos entrailles cervicales des axiomes comme l’amitié, la fraternité, la solitude, la rivalité. En résumé, la description d’un univers basé sur la relation avec l’autre, qu’il soit caché derrière une porte énigmatique ou à ses côtés, l’ensemble fonctionnant sous forme d’énigmes à tiroirs que le lecteur est invité à déchiffrer. Confronté à la présence fascinante de chacune de ces pages, ce dernier, un peu comme face à un tableau invitant à une relation sensorielle envahissante, se trouve à la fois embarqué dans une approche de l’image toute personnelle, mais qui ne demande qu’à être réinventée au rythme des relectures et de la découverte de détails ou d’une atmosphère insoupçonnés qui se dégagent en perspective face à l’interprétation de notre propre imaginaire mise en relation avec la palette d’impressions tout, azimut que nous offre l’auteur. Un seul conseil pour en finir : ouvrez ce livre avant de vous endormir et, je vous le promets, rêves ou… cauchemars seront au rendez-vous lorsque vous fermerez les yeux.

dimanche 1 juin 2014

AUTEUR : Gail GARRIGER (Usa)
Pseudo de Tofa Borregaard
Gail Carriger, nom de plume de Tofa Borregaard, est née en californie à Bolinas. Après de brillantes études, tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis, elle est devenue archéologue, mais, influencée par son éducation prodiguée par une Britannique expatriée, et ses divers voyages dans les grands centres historiques européens, elle s'est lancée dans l'écriture avec la période vicorienne en toile de fond. Cela a donné « Sans âme », premier roman de la série des aventures d'Alexia Tarabotti, publié en 2009 chez Orbit Books et nominé pour les prestigieux prix Locus et Compton
Etiquette& Espionnage
(Roman) Jeunesse / Steampunk / Uchronie
EDITEUR : CALMANN-LEVY-Orbit, 3/2014 — 353 p., 16,90 €
SERIE : Le pensionnat de Mlle Géraldine
SERIE : Etiquette & Espionnage, Little, Brown and Company, 2013
TRADUCTION : Sylvie Denis
COUVERTURE : Carrie Schechter
Les lecteurs français friands de fantasy urbaine ont connu l’américaine Gail Garriger grâce à la série du Protectorat de l’Ombrelle (Sans âme, Sans forme, Sans honte, Sans cœur et sans âge ) mettant en scène la pétillante Alexia Tarabotti qui, au fil des 5 tomes de la série, leur permettra de découvrir un Empire Britannique uchronique dont la grandeur était avant tout tributaire de l’aide surnaturelle qu’il avait reçu par vampires et loup-garous interposés. C’est dans ce même univers peuplés de valets, de servantes mécaniques et de mécanimaux, et quelques années avant les aventures de l’héroïne sans âme du cycle du Protectorat que prend naissance ce premier roman du nouveau cycle, Le Pensionnat de Mlle Géraldine. Très vite, à travers le choix de la principale protagoniste de l’histoire, la jeune Sophronia Angelina Temminnick, Dés les premières pages on comprend que ce livre s’adresse à un public « Young adult ». Toutefois, on y retrouve incontestablement le sens de l’intrigue et l’humour décapant qui ont fait le succès de Gail Garriger. Très vite on se faméliarise avec une héroïne dont les turbulentes manies lui attirent les foudres de sa mère, la stricte Mrs Temminnick qui, face à la curiosité insatiable de sa fille envers toutes sortes de machines, lui intime à longueur de temps de ne pas « fraterniser avec la technologie» avant de se résoudre, pour lui apprendre les bonnes manières, à l’envoyer au Pensionnat de Mlle Géraldine pour le Perfectionnement des Jeunes Dames de Qualité. Sincèrement, Synphonia aurait préféré être confié à une ruche de vampires plutôt que de se morfondre dans cet endroit où entre deux cours sur la manière de faire une révérence, on apprend l’art de la danse, celui de se vêtir et de manger le petit doigt en l’air. Mais, rien ne se passe comme prévue. C’est d’abord l’attaque de la calèche qui devait l’emmener à l’école par des Bandits de haut vol, puis un loup-garou qui lui sert de monture et son arrivée à bord d’un dirigeable en vol perpétuel qui s’avère être le Pensionnat en question. Là, Syphonia ne tarde pas à faire connaissance avec ses camarades de classe et aussi à découvrir que l’enseignement qui y est dispensé, notamment par un professeur vampire, comporte des matières plutôt inattendues comme Collecte de renseignements, principes de tromperies, base fondamentale de l’espionnage et de séduction rudimentaire, sans oublier la médecine de l’empoisonnement. De troublantes révélations, aussi bien sur son statut de Recrue secrète que sur la mention d’un mystérieux prototype convoité par les Bandfits de haut vol, qui ne vont pas manquer de combler l’appétit d’aventure de Synphonia et de la plonger dans toutes sortes de péripéties aussi dangereuses que palpitantes. Une entrée en matière réussie dans cette univers à la Poudlard mâtiné de steampunk qui combine l’atmosphère surannée des romans de Jane Austen aux soubresauts rythmés des vibrants récits fantastiques. Nul doute qu'il saura trouver son lectorat, impatient de dévorer la suite, prévue chez Calmann-Lévy Orbit avec Corsets et complots en septembre 2014, puis Waistcoats & Weaponry et Manners & Mutiny. A noter que cette parution s'inscrit dans une campagne conjointe avec les éditions Pika et le Livre de Poche, les premières publiant Sans âme en roman graphique et les secondes reprenant Sans honte.

dimanche 25 mai 2014

Armageddon Rag
(Roman) SF
AUTEUR : George R. R. MARTIN (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 483 — 592 p.
EDITEUR : The Armageddon rag, 1983
TRADUCTION : Jean-Pierre Pugi
EDITEUR : Sam Van Olffen
Précédentes publications :
La Découverte-Fictions 1, 8/1985 — 420 p., 98 Frs — Tr. : Jean Bonnefoy — Couv. : Eric Provoost
Pocket-Terrreur 9233, 3/2000 — 510 p., 7,50 € — Tr. : Jean Bonnefoy — Couv. : Pierre-Olivier Templier
Denoël, 3/2012 — 528 p., 22,50 € — Tr. : Jean-Pierre Pugi — Couv. : Clément Chassagnard
Mon anniversaire est passé depuis le février, mais les éditions Gallimard ne l’ont pas oublié en publiant dans leur collection Folio toute une volée d’ouvrages mélangeant Rock &SF et parmi eux, le fascinant Armageddon Rag de George R. R. Martin. En ouvrant ce livre, j’ai senti de vieux souvenirs affluer en moi, ceux de ma première lecture, lorsqu’il était paru dans la collection Fictions des éditions La Découverte, en 1985. Eh oui, cela ne nous rajeunit pas. Et pourtant j’ai ensuite dévoré ses pages comme je l’avais fait quelque presque trente ans auparavant. Car ce livre n’a pas pris une ride. Sur fond de post guerre du Viêt-Nam il expose au fil des chapitres des problématiques qui nous concernent tous aujourd’hui et qui se résume dans une phrase prononcé par Sandy Blair, le fil conducteur de l’histoire, alors qu’il vient de retrouver son amie Maggy sur fond de coït post-soixantehuitard : « On voulait transformer ce putain de monde, non ? Et c’est ce putain de monde qui nous a transformés. ». Mais, vous voulez peut-être en savoir plus sur l’histoire… Alors, commençons par le début : James Lynch est mort et quelqu’un lui a véritablement arraché le cœur. Une nouvelle assez troublante pour pousser Sandy Blair, un écrivain à l’aise mais quelque peu en mal d’inspiration, aussi bien dans son activité littéraire que dans sa vie amoureuse, à reprendre du service pour Jared Patterson, le directeur du Hog, un quotidien dont Sandy fut autrefois l’une des vedettes et dont Jared l’avait viré par souci de rentabilité. Son travail : enquêter sur la mort de Lynch, imprésario plutôt décrié des plus grands groupes de rock des années soixante et, en particulier, des Nazgûl, groupe mythique dont le leader charismatique, Pat Hobbins, avait été assassiné d’une balle dans la tête lors d’un concert mémorable de décembre 1971 prélude à leur dissolution. Sandy, qui a déjà mené l’enquête sur Charles Manson et la mort de Sharon Tate, et qui est fasciné par la musique des Nazgûl, se lance dans l’aventure avec la détermination de ce genre de fouinards acharnés que l’on retrouve dans les archétypes du genre, soit détective à la Marlow, soit journalistes d’investigations, voire écrivains à la recherche de sources improbables, qui ont fait le bonheur des polars et des films en noir et blanc made in Usa. Sa piste le guide, tel un Petit Poucet suivant des graines de hippies déjantés, vers les protagonistes du groupe mythique à présent éclaté, qui semblent être l’objet d’un acharnement du destin sur lequel plane l’ombre d’un certain Edan Morse, étrange personnage fiché par le FBI et féru d’occultisme, qui rêve de reconstituer les Nazgûl et qui pourrait bien être prêt à tout pour y parvenir. Dés lors le roman nous entraîne dans une sorte de road movies fantastique hanté par des visions d’apocalypse sur lequel plane le fantôme de l’Amérique de l’après-guerre du Viêt-Nam et des mouvements contestataires qui s’étaient opposés aux matraques des sbires de Nixon. Le tout, bien entendu, saupoudré, que dis-je, imbibé de références musicales inhérentes à cette période que certains nostalgiques considèrent comme l’Age d’or du rock où l’on retrouve entremêlés les noms de Hendrix, Dylan, Joplin… pour ne citer qu’eux. Pour quelqu’un qui, comme moi, demeure un spectateur assidu de la série Game of Thrones, après avoir dévoré tous les romans, c’est avec un réel plaisir que je découvre en gestation l’incroyable sens narratif de George R. R. Martin, doublé d’une efficacité sans égale pour nous faire partager les émotions des acteurs de papier déployés à travers ses pages n’ayant dés lors aucun mal à se catapulter sur le petit écran pour peu qu’un réalisateur efficace soit aux manettes et que des acteurs doués leur donnent la réplique. Aussi, pour ceux qui auraient trop tendance à assimiler Martin à la vague de Fantasy déferlant sur les domaines de l’imaginaire, lisez Armageddon Rag et vous vous apercevrez que vous tenez entre les mains l’ouvrage d’une personnalité marquante du monde de la SF contemporaine.
Autres couvertures :
  

mardi 11 mars 2014

Guinevere. La Dame Blanche
(Roman) Légendaire arthurien
AUTEUR : Jean-Louis FETJAINE (Fr)
EDITEUR : Fleuve Noir, 2/2014 — 348 p., 19.90 €
SERIE : Les chroniques des elfes
COUVERTURE : Frank Cadogan Cowper
Critiques : www.actusf.com (Jérôme Vincent-Interview) - www.elbakin.net (Gillossen)
→ Depuis quelques années Jean-Louis Fetjaine s’est imposé au public français comme l’un des meilleurs adaptateurs de la mythologie arthurienne parvenu à se hisser au même rang que ses nombreux homologues anglo-saxons toujours tentés de s’enfoncer dans les substrat légendaire riche en implications qui accompagne les trajectoires tourmentées de personnages aussi emblématiques que le roi Arthur ou l’enchanteur Merlin. Grand voyageur des territoires de la féerie, Jean-Louis Fetjaine a su y ajouter toute la saveur de la magie des elfes accompagnés, comme il va de soit, par toute une horde de créatures sombres sans lesquelles les défenseurs du Bien auraient eut une vie bien terne et bien morose n’ayant aucun adversaires à leur taille pour prouver leur valeur. Reportant notre attention sur les deux protagonistes cités précédemment, l’auteur choisit ici de focaliser notre lecture sur la reine Guinevere (la Guenièvre que nous connaissons), souvent exploitée en tant que faire valoir dans la tradition arthurienne et utilisée uniquement pour mettre en valeur les dissensions internes minant le cercle de la Table Ronde en plaçant sa figure adultérine entre l’opposition magnifiée Lancelot/Arthur empreinte d’un intense pathos et de tous éléments de la tragédie shakespearienne. Continuant sa fine description d’un univers païen sur son déclin aux rivages battus par les vagues d’un christianisme conquérant, Jean-Louis Fetjaine persiste à nous entraîner au cœur de ces profondes forêts aux feuillages encore bruissant sous le passage de créatures que l’imaginaire christique a décidé de rayer de la carte des hommes. Merlin le demi-elfe, bien entendu, et l’ambivalence de son appartenance au monde du merveilleux sans cesse contrebalancée par des relents de sentiments refoulés qui l’ancre dans le carcan de perpétuelle indécision de la condition humaine, laisse errer sa silhouette contrastée au fil des pages de ce roman. Un enchanteur qui s’efforce de valoriser la place de Rhiannon (la Morgane de nos récits), fille d’Uther Pendragon et de Llane, la reine des elfes, et demi-sœur d’Arthur, auprès duquel il aurait aimé qu’elle demeure pour palier aux éventuelles défaillance d’un roi engagé par des proches conseillers dans la dangereuse voie de la quête du Graal ici matérialisé sous la forme du chaudron de la connaissance propriété des elfes. Une entreprise guère du goût de Merlin oeuvrant, pour sa part à raviver l’ordre ancien en restituant les talismans dérobés aux peuples vaincus. Mais le mage de Camelot a-t-il encore l’oreille de son souverain ? Rien n’est moins sur, surtout que depuis quelques temps gravite dans son entourage sa toute jeune épouse, la belle Guinevere, reine de Logres, mais surtout, comme va le, découvrir l’enchanteur, un démon des Terres Noires, dont le véritable nom, Gwenwyfar, signifie Blanc Fantôme. Une Dame Blanche annonciatrice de grands désastres…Tandis que les manigance de Morgause, l’autre demi-sœur d’Arthur exilée aux confins du royaume et de Meleagant, le démoniaque prince de Gorre bien connu par les monstres de Terres Noires, tissent leurs réseaux d’intrigues, de complots et de trahisons, la survie du Royaume et de son roi va désormais reposer sur le fantastique combat que le mage d’Arthur entamera contre la diabolique Dame Blanche. Servi par une prose sans effets de manche, mais empreinte d’un indéniable talent de conteur, le récit développe tout au fil des chapitres l’entrelacs de ses personnages issus de la riche matière arthurienne revisitée ici sous un angle novateur qui parvient à ponctuer d’un point d’orgue magistral ces envoûtantes « Chroniques des elfes ».

dimanche 9 février 2014

Cœur d’Acier
(Roman) SF / Dystopie / Superhéros / Fantasy urbaine
AUTEUR : Brandon SANDERSON (Usa)
EDITEUR : CALMANN-LEVY-Orbit, 12/2013 — 326 p., 14.90 €
TO : Steelheart, Delacarte Press, 2013
TRADUCTION : Mélanie Fazi
COUVERTURE : Mike Bryan
→ Brandon Sanderson aime bien la peinture d’univers sombres dans lesquels ses héros surnagent et fond le maximum pour mettre fin à la désespérance ambiante. Si dans sa précédente série « Fils-des-Brumes » il nous peignait un univers de cendres sous la coupe d’un univers impitoyable, pour le premier tome du cycle de « Cœur d’Acier » il intègre la thématique des super-héros au sein d’un environnement urbain et métallique qui n’a rien à envier au premier en ce qui concerne la domination despotique. Le postulat de base prend ses racines au cœur de l’espace, entendez la proche banlieue de la Terre où l’apparition de la Calamité, un astre rouge qui brille dans le firmament et dont les éclats sont venus frapper sur Terre un groupe d’élus. Mais rien à voir avec la kryptonite de notre bon superman, ici ce sont les méchants qui se sont trouvés valorisés. Transformées en Epiques, ils sont devenus quasiment invincibles, c'est-à-dire qu’aucune balle ne peut les blesser, qu’aucune épée ne peut trancher leur peau, qu’aucune explosion ne peut les détruire. Bien entendu, ils se sont empressés de mettre le monde en coupe réglée, anéantissant sans pitié ceux qui tentaient de s’opposer à leur hégémonie dévorante. Telle a été le cas de Newcago, une cité qui a subit un traitement de choix, puisqu’elle est passée sous la férule d’un Epique puissance dix, le dénommé Cœur d’Acier. Quelques temps après son arrivée et la soumission des quelques Grands Epiques tels que Brasier, Confluence et Maître-Nuit, assurant désormais sa garde rapproché, Cœur d’Acier à procédé à la Grande Transfersion, transformant en acier grâce à ses formidables pouvoirs la majeure partie de la Vieille Ville, créant grâce a ses Tunneliers plusieurs niveaux de rues basses entièrement métalliques. Puis, il avait commencé à imposer son règne de terreur s’appuyant sur une oligarchie d’Epique, mais aussi d’humains assurant le fonctionnement administratif de la cité en contrepartie d’une relative aisance par rapport au reste de la population. Seul avantage dans l’histoire, à Newcago il y avait de l’électricité, de la nourriture et de l’eau, alors que le reste de la planète était soumis au chaos propagé par les divers Epiques qui se battaient pour des Territoires et des groupes militaires ou paramilitaires qui visaient le même but. Cependant Newcago possédait aussi son mouvement de résistance en la personne des Redresseurs. Ce groupe d’hommes et de femmes réunis dans la clandestinité avait consacré leur vie à étudier le point faible des Epiques afin de les détruire. Et c’est lors de l’exécution de Fortuité, l’un des plus vicieux d’entre eux, que le jeune David Charleston avait décidé de les rejoindre. Bien qu’il leur ait sauvé la mise dans ce cas précis, les Redresseurs étaient trop méfiant pour accueillir à bras ouvert cet inconnu que l’efficace Megan avait ramené dans leur cache. Pourtant, même le perspicace Prof, chef incontesté du réseau, finit par se laisser convaincre par le dernier argument avancé par David : il avait vu saigner Cœur d’Acier. Cela s’était passé dix ans auparavant, lors de l’arrivée de ce dernier à Newcago et durant son intervention dans une banque où il était venu mettre un terme aux agissements meurtriers de l’Exécuteur, un Epique qui marchait dangereusement sur ses plates-bandes. Et Cœur d’Acier avait tué le père de David, et David avait juré de se venger. L’intrigue ainsi posée ont peut compter sur le talent d’écrivain de Brandon Sanderson pour la développer et l’enrichir au fil des pages, laissant planer un voile de mystère sur tout ce qui entoure les Epiques, jouant avec habileté des « cliffhangers » en fin de chapitre, distillant les informations avec parcimonie pour captiver l’attention du lecteur et lui en dévoiler assez pour la compréhension globale du récit. De quoi donc cautionner cette nouvelle apparition de l’auteur de la série « Elantris » qui, en prenant à rebours la thématique des superhéros, un peu comme cela avait été fait dans la série des « Gardiens » (The Watchmen) d’Alan Moore et Dave Gibbons, adaptée au cinéma par Zach Snyder, nous dépeint un univers alternatif où les surhommes emploieraient leurs super-pouvoirs, non pour faire le bien, mais pour satisfaire leurs plus noirs penchants. Un point de départ original qui ne devrait pas tarder à intéresser les producteurs de films à gros budgets et à effets spéciaux sophistiqués.

mercredi 5 février 2014

Le peuple des rennes – L'Intégrale
(Recueil de romans) Préhistoire / Thriller
AUTEUR : Robin HOBB (Usa)
EDITEUR : POCKET-SF/Fantasy 7138, 10/2013 – 556 p.,
TRADUCTION : Maryvonne Fossé
COUVERTURE : Jean Bastide
SOMMAIRE :
Le peuple des rennes (The reindeer people)
Le frère du loup (The wolf's brother)
Précédente publication : Le Pré-aux-Clercs-Fantasy, 5/2012 – 694 p., 29,90 €
Carp, le chaman, veut faire de la guérisseuse Tillu sa compagne. Jusqu'ici son formidable pouvoir de suggestion a réussi à fasciner Kerleu, l'enfant étrange de cette dernière, en qui il voit déjà son successeur. Mais Tillu n'est pas d'accord. Une nuit, elle s'enfuit avec son fils. Prête à tout pour échapper à Carp, Tillu n'hésite pas à s'enfoncer au coeur des étendues gelées, plantant sa tente dans une lointaine forêt. Là, ils survivent isolés tant bien que mal, jusqu'à ce qu'un accident de chasse lui permette d'exercer ses talents médicaux et ainsi d'intégrer une nouvelle communauté, le Peuple des Rennes. Cependant ils sont loin de pouvoir vivre sans souci, car un assassin rôde dans les parages et Carp qui ne ne s'est pas résigné à la perdre, a rejoint le Peuple des Rennes. Tandis qu'au sein de la tribu Heckram, le jeune chasseur veuf, ne reste pas insensible aux charmes de Tillu. Carp a réussi a faire de Kerleu son apprenti. Toutefois pendant la migration qui conduit le Peuple des Rennes vers le Cataclysme, le pâturage d'été du bétail, Kerleu disparaît. Tillu, affolé, supplie les hommes du clan de partir à sa recherche. Mais une mystérieuses épidémie se met à semer la mort dans un groupe miné par l'inquiétude où les morts violentes se succèdent. Désormais Tillu doit se consacrer à deux taches primordiale : retrouver son fils le frère du loup, lié par magie à cet animal fascinant, et prouver son innocence face aux accusations qui la désigne comme l'instigatrice de tout le mal qui frappe le Peuple des Rennes. Mêlant avec bonheur Fantasy et roman préhistorique Megan Lindholm applique avec bonheur dans ce dyptique réunit ici en un seul volume les recettes d'écriture qui ont fait sa réussite dans ses séries phares signées Robin Hobb comme L'Assassin Royal ou Les aventuriers de la mer. Sans négliger l'action, véritable vecteur d'une intrigue, elle s'efforce cependant de pénétrer dans le vif des relations humaines faites de conflits de pouvoir, de jalousies, de perfides machinations, et de passions exacerbées, tout en focalisant l'attention du lecteur sur des problématiques facilement transposables dans le quotidien que sont les relations entre mère et fils. Magnifique peinture de la vie dans l'Arctique au temps préhistorique rendu incroyablement réelle grâce sûrement aux longues périodes de sa vie que l'auteur a passé en Alaska, cette courte série ajoute à la palette déjà multiples de Megan Lindholm la thématique de thriller préhistorique, élargissant ainsi encore plus l'éventail d'un public international déjà conquis pour qui sa signature sur la couverture d'un livre est déjà l'assurance d'un bon moment de lecture.
Autre couverture :
La rivière du temps
(Roman) SF / Voyages dans le temps/ Sociétés Secrètes / Romantic fantasy
AUTEUR : Bee RIDGWAY (Usa)
EDITEUR : Calmann lévy-Orbit, 9/2013 — 440 p., 19.50 €
TO : The river of no return, 2013
TRADUCTION : Pascal Loubet
COUVERTURE : Marta Orlowska (photo)
→ Nicholas Falcott, jeune noble du XIX° siècle au lieu de mourir sur un champ de bataille napoléonien en 1815, est projeté dans le temps. Nous le retrouvons en plein XXI° siècle, en 2003 pour plus de précision, sur un lit d’hôpital une clinique un peu spéciale gérée par la Guilde, une société secrète qui contrôle le temps. Celle-ci prend en effet en charge les personnes qui on franchit les âges après avoir découvert leur précieux don dans des circonstances souvent dramatiques et désespérés. De quoi les décontenancer et nécessiter un long apprentissage du nouveau et dérangeant quotidien où ils ont été brutalement propulsé. Dix ans plus tard, le jeune Lord a su tirer son épingle du jeu en devenant Nick Davenant un entrepreneur installé aux Etats-Unis et parfaitement intégré dans son époque et ayant bien pris en compte le seul interdit de la Guilde : ne jamais retourner d’où l’on vient. Une règle qui ne demande qu’a être transgressé et que à laquelle la Guilde le soustrait b volontairement quand elle lui demande de revenir à son époque afin de lutter contre l’Ofan, une société secrète rivale qui poursuit, elle aussi, des visées mystérieuses. Nick, qui n’est parvenu à oublier Julia Percy, jeune orpheline aux prises avec son cousin tyrannique dans le château familial. Dés lors, sur fond de quête d’un énigmatique talisman, nous allons être les témoins de l’histoire d’amour unissant les deux personnages romantiques à souhait. Accompagné d’Arkady, l’époux de la dirigeante de la Guilde en 2013, Nick retrouve son amour de jeunesse qui vient de perdre son oncle particulièrement doué pour jouer avec le temps. Avec lui le lecteur sera immergé dans cet univers aristocratique du XIX° siècle où Julia fait preuve d’un réel esprit avant-gardiste pour une jeune femme de son époque et tentera de comprendre les arcanes compliqués de la Guilde, richissime organisation un peu trop dévouée à ses membres pour ne pas dissimuler quelques sombres secrets. Une nouvelle incursion des éditions Orbit dans la thématique des voyages temporels avec le très magique Livre des sortilèges de Deborah Harkness. Le premier roman d’un auteur né dans le Massachusetts, titulaire d’un doctorat en Littérature et installé à Philadelphie qui mêle avec bonheur romantisme et thématique des amours intertemporels déjà abordé dans des films comme Hors du temps de Robert Schwentke (2009) ou Quelque part dans le temps¸ de Jeannot Szwarc avec Christopher Reeve (1980) inspiré de la nouvelle de Richard Matheson, Le jeune homme, la mort et le temps (Denoël-Présence du Futur)
Moi, Lucifer
(Roman) Fantastique / Diable / Religion
AUTEUR : Glen DUNCAN (Gb)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 468, 12/2013 – 350 p., 7,90 €
TO : I, Lucifer, Scribdner, 2002
TRADUCTION : Michelle Charrier
COUVERTURE : Bastien Lecouffe Deharme
Précédente publication : Denoël-Lunes d'Encre, 9/2011 – 304 p., 21 € - Couv. : Tom Ridley
Critiques : www.actusf.com (Jérôme Vincent) – Brifrost 65, 1/2012 (Olivier Girard) – www.noosfere.com (Bruno Para) – www.phenixweb.net (Georges Bormand) – www.scifi-universe.com (Manu B.)
→ Comme d'autres lecteur avant moi, avant de me plonger dans ce livre j'ai pensé au Hal Duncan dont les éditions Denoël nous avaient déjà fait connaître le passionnant dyptique Encre/Vélum, avant de réaliser que bien, que la thématique Enfer/Paradis soit proche du fameux Livres des heures de l'auteur écossais, Glen l'Anglais oeuvre lui dans le cadre, non de la fresque apocalyptique, mais plutôt dans ce lui de la confession intime digne du divan des psychanalystes. Et pour cela il nous propose comme sujet d'étude un patient dont ce cher Freud aurait sûrement rêvé : le Diable en personne. Un Lucifer à qui Dieu, toujours magnanime, propose en guise de Rédemption, d'aller occuper pendant 30 jours (n'y-a-t-il pas des relents de Sodome dans tout ça?) le corps de Declan Gunn, un écrivain dépressif récemment suicidé. Une occasion que le Prince des ténèbres, inventeur entre autres choses du rock'n'roll, de la fumette, de l'astrologie et du fric, ne peut pas refuser. Non qu'il soit particulièrement travaillé par les remords et par l'envie d'aller écouter les joueurs de harpes du Paradis, mais plutôt parce que sa petite queue de Mâlin (entendez l'appendice caudal qu'on lui attribue dans certaines représentations fourchues) frétille à l'avance à l'idée expérimenter dans un corps humain tous les plaisirs (entendez les perversions dans son optique) qu'il a depuis des millénaire susurré à l'oreille des hommes. Le problème dans tout ça c'est que le Declan en question a tout du looser. Paumé professionnellement, affublé d'un physique que l'on ne remarque pas, il est en plus possesseur d'une petite bite, un comble pour un Prince des Ténèbres qui raffole des plaisirs de la chair. Alors, le Père du Mensonge, engluée dans cette existence minable, finit par s'ennuyer, ce qui le pousse, lui, le bouillant par essence, à nous raconter sa vie, ou plutôt à revisiter les grandes lignes de l'Histoire Biblique en n'omettant aucun détail, ni sur la prétendue tranquillité du Jardin d'Eden, ni sur sa brouille avec le Père Tout Puissant. Et, emporté par son élan, l'Ange Déchu le plus célèbre du monde, s'envole dans une suite de confessions où il prend à son compte et assume sans faux fuyant toutes les horreurs de l'Humanité. Pédophilie, des prêtres en particuliers, nazisme, meurtres d'enfants, tout y passe à travers un ensemble de digressions où l'on se rend vite compte que, même s'il commence à mieux comprendre la nature de la condition humaine à travers ce séjour dans le corps de Declan, le Diable sera toujours le Diable. Ecrit sans ménagement et à la première personne ce livre dont l'humour noir se hisse au niveau du Blasphémateur Suprême, se lit comme si on était emporté par les flots d'un fleuve de paroles les unes les plus dérangeantes que les autres qui viendraient se jeter dans une Mer d'immondices, de sadisme et autres cruautés délicates plus imprégnée d'autosatisfaction que de besoin de justification. De quoi envoyer les adversaire du mariage pour tous et de la loi de la Famille non pas seulement dans la rue, mais prendre la Bastille des préjugés cette fois pas seulement bafoués mais écrasés sous le talon d'un dandy décadent qui site Heinrich avec complaisance et qui flatte l'égo de certains membres du show business en leur faisant miroiter le projet d'un film sur la Création. Donc, attention, de roman qui a réellement attiré l'attention du cinéma, avant que le projet d'adaptation avec Ewan Mcgregor, Daniel Craig et Jude Law, n'échoue, est une véritable petit boulet rouge envers la religion qui, si l'on parcourt l'abondant matériel critique qu'il a suscité lors de sa première publication chez Lunes d'Encre, ne laisse pas indifférent, et après tout... n'est-ce pas le but ultime d'un livre.
Autre couverture :

lundi 3 février 2014

Qui a peur des dragons ?
(Roman) Jeunesse / Chevalier / Dragon
AUTEUR : Philip REEVE (Gb)
EDITEUR : Gallimard Jeunesse-Folio Junior 1640, 11/2012 — 224 p., 6,90 €
TO : No such thing as dragon, Scholastic Children's Books, 2009
TRADUCTION : Anne Krief
COUVERTURE : Pierre-Marie Valat
ILLUSTRATIONS : Philip Reeve
Critiques : www.yozone.fr (Michael Espinosa)
Ceux qui ont Les frères Grimm, film réalisé par Terry Gilliams en 2005, ne seront pas dépaysés dans ce roman, puisque l’idée de base part d’une mystification. Pour Jacob et Wilhelm Grimm, il s’agissait de captiver l’attention de villageois terrorisés jamais à court d’histoires extraordinaires et de leur proposer des remèdes farfelus pour déjouer des sortilèges, habiles mise en scène qu’ils réalisaient avec l’aide de deux complices. Et Brock, le célèbre chasseur de dragons auquel Ancel, le fils muet de l’aubergiste, est vendu pour une durée non déterminée, s’inscrit également dans cette logique. Il en impose cependant avec son armure étincelante, ses airs d’aventurier aguerri, sa cicatrice soigneusement mise en valeur et sa proportion légendaire à abreuver son entourage d’histoires faramineuses où il est question de traques et de combats sans merci contre le roi des prédateurs. Et cependant… les dragons n’existent pas. En guise de trophées Brock exhibe en véité des crânes de crocodiles et ses homériques parties de chasse ne sont que de simples ballades en montagne. Ancel sait tout désormais, mais il ne peut rien dire, car il ne parle pas, d’où l’intérêt manifesté par Brock pour le prendre à son service. Dûr pour le jeune garçon d’apprendre qu’il doit dorénavant servir un homme arrogant et cupide qui méprise tout son entourage et semble prêt à tout pour remplir sa bourse. Or, les événements vont prendre une tournure inattendue qui forceront Brock à se montrer sous son vrai jour. Car la nouvelle fausse mission qu’il vient de s’inventer débouche cette fois sur la découverte d’une créature effrayant qui les a choisi, lui et Ancel, comme gibier. La fuite est désormais leur seule chance de survie, mais pas seulement, car à présent Brock a enfin l’occasion de donner vie à ses racontars et de trouver la gloire dont il rêve tant en tuant un… dragon. Bien entendu l’affaire ne sera pas de tout repos, et les diverses péripéties émaillant cette aventure permettent à l’auteur de nous plonger dans un univers médiéval-fantastique avec son contexte religieux culturel et ses multiples croyances qui de demandent qu’à être bousculées. Rapidement menée, l’intrigue tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page, prouvant, si besoin était, la parfait maîtrise de la narration dont sait faire preuve cet auteur britannique dont nous avons déjà pu découvrir chez Folio Junior la passionnante série steampunk « Mécaniques fatales » ou en hors collection l’uchronique et très vernien « Planète Larlight »

dimanche 2 février 2014


Le retour des morts
(Roman) Fantastique / Morts-Vivants
AUTEUR : John Ajvide LINDQVIST (Suède)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction, 7158, 1/2014 – 410 p., 8,10 €
TO : Hanteringen av ododa,
TRADUCTION : Carine Bruy
COUVERTURE : Axel Mahé
Précédente publication : Editions Télémaque, 6/2012 – 368 p., 22 €
Critiques : www.actusf.com (Stéphanie Giard) - Bifrost 68, 10/2012 (Olivier Girard)
Véritable Ovni de la littérature suédoise, John Ajvide Lindqvist né à Stockholm en 1968, exerça le métier de prestidigitateur et de comédien de stand up pendant 12 ans avant de faire paraître son premier roman, Laissez-moi entrer, best-seller international adapté deux fois au cinéma, dont l'une sous le ,titre de Morse. Il nous revient ici avec un second livre qui fera le bonheur des habitués de Canal plus qui ont pu découvrir l'année dernière la série franco-suisse Les Revenants. Car le thème de ce livre part d'un postulat identique ; le retour à la vie de trépassés qui, normalement, n'avaient plus rien à faire sur Terre. L'histoire débute en août 2012, alors qu'une chaleur accablante s'abat sur la capitale suédoise dont les habitants souffrent d'une migraine généralisée aussi tenace qu'inexpliquée. Survient alors un terrible orage électrique et les céphalées disparaissent, laissant la grande cité nordique a sa morosité quotidienne, sauf qu'elle compte deux mille habitants environ en plus, des morts des deux derniers mois cicronscris dans le périmètre de Stockolme, et mystérieusement revenus à la vie. Pas d'ambiance à la Romero ou à la Walking Dead dans les pages qui suivent. On est bien loin de l'image stéréotypée du zombie mangeur de chair qui a fait la fortune des films de série B. Non, par l'intermédaire de ces personnages pas du tout agressifs, c'est à une véritable enquête socio-culturelle menée sous un angle journalistique que le lecteur est convié. Très vite en prises avec le réel par le prisme d'observateurs ordinaire, comme un ivrogne cuvant son vin qui assiste aux premières manifestations du phénomène, nous allons être invités à pénétrer tout autant dans l'intimité de ces « revivants » que dans celle de leur famille surprises en plein deuil. Quatre jours durant nous suivrons l'évolution de cette épidémie hors normes traitée avec la rigueur d'une véritable enquête journalistique riche en pièces jointes numérotées (témoignages, articles, communiqués de presse, etc..) tandis que l'auteur nous guide, heure après heure, lieu après lieu, famille après famille, par narration alternée sur la trace de ces étranges « épargnés de mort ». C'est une étude approfondie sur la mort qui nous est proposée tout au long de ces pages par le biais de cet élément fantastique. Une étude où, à travers les réactions des personnages en première ligne, tout autant les« revivants » que ceux qui les ont perdus, puis subitement retrouvés, nous allons être poussés à nous poser la question : Qu'aurions-nous fait à leur place ? A la fois rendu terriblement réaliste par l''aspect reportage incluant la réaction des autorités dépassées par l'événement, le récit nous oblige à une réflexion sur la thématique de la mort proprement dite ici abordée sans concession par le prisme d'une 'horreur qui ne porte pas de masque, mais avec une indéniable poésie et des moments d'intenses émotions qui ne peuvent pas laisser insensibles. Si avec son premier roman Lindqvist avait voulu revisiter les poncifs de la littérature vampirique, il démontre avec ce second livre tout son talent pour remettre au goût du jour un autre archétype de la veine fantastique que l'on aurait pu croire exploité jusqu'à l'épuisement et que son style narratif bien particulier dépoussière avec un brio et une ardiesse qui nous laisse attendre avec impatience quel sera le nouvel angle d'approche de son prochain roman.
Autre couverture :
Lily et le dragon d'argent
(Roman) Jeunesse / Magie / Héroïne / Dragon
AUTEUR : Holly WEBB
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collection, 10/2013 – 291 p., 13 €
TO : Lily and the shining dragon, Orchards Book, 2012
TRADUCTION : Faustine Fiore
COUVERTURE : Lisa Evans
Les autres titres de la série :
1.Lily et la magie défendue
Dans le premier tome de cette série nous avions fait connaissance de la petite Lily, qui vivait recluse sur une île au large de l'Angleterre depuis que la Reine avait interdit la pratique de la magie. Là-bas, à l'abri des regards, sa mère, Lady Nerissa, forme en secret sa sœur Georgie à la magie. Mais Lily ne tarde pas à découvrir que les projets de sa mère son peu recommandables et qu'elle faumenter un terrible complot. Dés lors les deux petites filles s'enfuient dans les rues de Londres où elles se retrouvent seules et i=forcées de ne pas recourir à la magie. Lorsque débute le second tome de cette série, elles pensent avoir échappé au pire lorsqu'elles sont recueillies par leur tante. Cependant, elles déchantent vite, car celle-ci les envoie directement dans l'Institut Fell où les enfants magiciens sont cachés et où les seul sorts permis sont enfermés dans des flacons. Serait-ce la fameuse prison où est enfermé leur père ? Et quelles sont ces sculptures de dragons qui semblent vibrer sous les doigts de Lily ? Les deux soeurs vont devoir redoubler d'astuce pour le découvrir tout en déjouant la surveillance de la maîtresse des lieux, la redoutable Miss Merganser. Cependant cette dernière ne pourra rien contre le grand dragon d'argent réveillé de son sommeil séculaire qui surgira des entrailles de Fell pour aider les petits pensionnaires a quitter cette maison de redressement et à suivre une nouvelle piste qui conduira à nouveau Lily et Georgie vers les brouillards de Londres. Le second tome d'une série imprégnée de magie d'une spécialiste de l'édition pour la jeunesse déjà créatrice du cycle de Rose nspiré de sa passion 'enfance pour les romans historiques et du souhait que les animaux puissent réellement parler. 


dimanche 5 janvier 2014

Berazachussetts
(Roman) SF Urbaine
AUTEUR : Leandro Avalos BLACHA (Argentine)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 458, 8/2013 — 224 p., 6.60 €
TO : Berazachussetts, 2007
TRADUCTION : Hélèné Serrano
COUVERTURE : Georges Clarenko
Précédente publication : Asphale, 10/2011 — 208 p., 16 €
Critiques : Bifrost 65 (Laurent Leleu)

En France on connaît l’Argentine de Maradona et celle du tango, à la rigueur quelques touristes chevronnés peuvent parler des chutes d’Iguazu de et de l’approche des Iceberg en navire de croisière, mais le Berazachussetts de l’écrivain argentin Léandro Avalos Blacha décrit dans ce roman nous propose une vision fantasmée d’un quartier Buenos Aires qui se rapproche plus des favelas de Rio, violence puissance 100, que de l’imagerie d’Epinal des façades néo coloniales d’une ville balkanisée par l’immigration italienne et des campagnes au fort accent allemand. En vérité son nom provient de la compression entre Berazateguie, un quartier de Buenos Aires bien réel, et l’état du Massachusetts américain. En quelque 185 pages l’auteur nous décrit toute la décomposition de notre société contemporaine où cohabitent le consumérisme outrancier made in USA avec l’anarchie débridée des agglomérations sud américaine surpeuplées. Corruption, Charity Busines, société du spectacle, individualisme forcené, perversions multiples, tout contribue à rendre à merveille l’atmosphère putride d’un monde en décomposition que nous livre cette histoire parfaitement déjantée. En particulier ses héroïnes principales, quatre retraitées de l’Education nationale, Dora, Mika, Beatriz et Susana, quatre veuves d’âge mur dont le quotidien va être bouleversé par l’arrivé de Trash. Normal me dirait vous, puisqu’il s’agit d’une zombie punk et obèse qui atterrit sans crier gare dans l’appartement dont Dora est la propriétaire et dont les quatre femmes commencent par découvrir le pêché mignon pour la bière avant de s’apercevoir qu’elle aime également la chair humaine. La coupable, Susana qui, sous son air de fausse gentille, est tellement hantée par le fantôme de son mari qu’elle a elle-même assassiné, qu’elle a fini par tuer un malheureux garçon dont elle a ramené le cadavre dans son appartement. Et bien vite la véritable nature des trois autres monstres avec qui elle cohabite apparaît au grand jour. Béatriz, que plus rien ne semble rattacher à la vie minable qu’elle mène. Mika, trop préoccupée par sa recherche de l’homme idéal pour s’apercevoir que celui qu’elle a déniché n’est pas la perle rare tant attendu. Dora, la plus folle de toute, diabolique et opportuniste qui sait parfaitement tisser son cocon autour des méprisables victimes qui deviennent des pantins entre ses doigts. Un quatuor à la fois félinien et digne du Affreux, sales et méchants d ‘Ettore Scola dans lequel ont aurait insufflé des doses d’adrénalines à la sauce virée sanglante des meilleurs séries trash US. Car à travers le prisme de ce quatuor de mégères pas apprivoisées, nous découvrons dans ce décor frisant l’apocalypse un zoo de monstres les uns plus terrifiques que les autres, avec des bandes de fils de riches violeurs qui se promènent la nuit en filmant leurs méfaits avant d’achever leur victimes, une groupuscule de zombies qui rêve de semer le carnage au sein de la cité , une armée d’éclopés conduite par une la terrible Periquita, gamine en fauteuil roulant qui terrorise toute la région, des vitrines réfrigérées occupées par des bandes de pingouins, un ancien maire despotiques qui voit dans le peuple qu’une bandes d’être méprisables sur qui exercer toute sa cruauté. Conte débridée ramenant au rang d’escapade sans prétention les virée d’Orange mécanique, où les incongruités monstrueuses donnent la réplique à des situations délirantes qui peuvent cependant s’apparenter à des scènes bien réelles de notre univers citadins, ce livre propose une image décalée de l’Argentine des cartes postales minée par la misère, la violence et la débandade économique où les gens se contentent d’agir selon leur instinct, ne s’encombrant pas d’une morale que l’auteur lui même n’a pas choisi d’ériger comme porte drapeau de son histoire. Roman d’action à la puissance trash, se livre se dévore comme un film de Joe Dante ou de Tarantino, révélant une surprise à chaque page et nous laissant à bout de délire lorsque vient se refermer le dernier volet de ce dépliant anti-touristique placé sous le signe du grotesque, du carnavalesque et du fantasmagorique.
Autre couverture :