mardi 11 mars 2014

Guinevere. La Dame Blanche
(Roman) Légendaire arthurien
AUTEUR : Jean-Louis FETJAINE (Fr)
EDITEUR : Fleuve Noir, 2/2014 — 348 p., 19.90 €
SERIE : Les chroniques des elfes
COUVERTURE : Frank Cadogan Cowper
Critiques : www.actusf.com (Jérôme Vincent-Interview) - www.elbakin.net (Gillossen)
→ Depuis quelques années Jean-Louis Fetjaine s’est imposé au public français comme l’un des meilleurs adaptateurs de la mythologie arthurienne parvenu à se hisser au même rang que ses nombreux homologues anglo-saxons toujours tentés de s’enfoncer dans les substrat légendaire riche en implications qui accompagne les trajectoires tourmentées de personnages aussi emblématiques que le roi Arthur ou l’enchanteur Merlin. Grand voyageur des territoires de la féerie, Jean-Louis Fetjaine a su y ajouter toute la saveur de la magie des elfes accompagnés, comme il va de soit, par toute une horde de créatures sombres sans lesquelles les défenseurs du Bien auraient eut une vie bien terne et bien morose n’ayant aucun adversaires à leur taille pour prouver leur valeur. Reportant notre attention sur les deux protagonistes cités précédemment, l’auteur choisit ici de focaliser notre lecture sur la reine Guinevere (la Guenièvre que nous connaissons), souvent exploitée en tant que faire valoir dans la tradition arthurienne et utilisée uniquement pour mettre en valeur les dissensions internes minant le cercle de la Table Ronde en plaçant sa figure adultérine entre l’opposition magnifiée Lancelot/Arthur empreinte d’un intense pathos et de tous éléments de la tragédie shakespearienne. Continuant sa fine description d’un univers païen sur son déclin aux rivages battus par les vagues d’un christianisme conquérant, Jean-Louis Fetjaine persiste à nous entraîner au cœur de ces profondes forêts aux feuillages encore bruissant sous le passage de créatures que l’imaginaire christique a décidé de rayer de la carte des hommes. Merlin le demi-elfe, bien entendu, et l’ambivalence de son appartenance au monde du merveilleux sans cesse contrebalancée par des relents de sentiments refoulés qui l’ancre dans le carcan de perpétuelle indécision de la condition humaine, laisse errer sa silhouette contrastée au fil des pages de ce roman. Un enchanteur qui s’efforce de valoriser la place de Rhiannon (la Morgane de nos récits), fille d’Uther Pendragon et de Llane, la reine des elfes, et demi-sœur d’Arthur, auprès duquel il aurait aimé qu’elle demeure pour palier aux éventuelles défaillance d’un roi engagé par des proches conseillers dans la dangereuse voie de la quête du Graal ici matérialisé sous la forme du chaudron de la connaissance propriété des elfes. Une entreprise guère du goût de Merlin oeuvrant, pour sa part à raviver l’ordre ancien en restituant les talismans dérobés aux peuples vaincus. Mais le mage de Camelot a-t-il encore l’oreille de son souverain ? Rien n’est moins sur, surtout que depuis quelques temps gravite dans son entourage sa toute jeune épouse, la belle Guinevere, reine de Logres, mais surtout, comme va le, découvrir l’enchanteur, un démon des Terres Noires, dont le véritable nom, Gwenwyfar, signifie Blanc Fantôme. Une Dame Blanche annonciatrice de grands désastres…Tandis que les manigance de Morgause, l’autre demi-sœur d’Arthur exilée aux confins du royaume et de Meleagant, le démoniaque prince de Gorre bien connu par les monstres de Terres Noires, tissent leurs réseaux d’intrigues, de complots et de trahisons, la survie du Royaume et de son roi va désormais reposer sur le fantastique combat que le mage d’Arthur entamera contre la diabolique Dame Blanche. Servi par une prose sans effets de manche, mais empreinte d’un indéniable talent de conteur, le récit développe tout au fil des chapitres l’entrelacs de ses personnages issus de la riche matière arthurienne revisitée ici sous un angle novateur qui parvient à ponctuer d’un point d’orgue magistral ces envoûtantes « Chroniques des elfes ».