mardi 26 août 2014

 La fille du mage
(Roman) Aventures fantasy
AUTEUR : Karen MILLER (Australie)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7124, 7/2014 — 690 p., 19.90 €
SERIE : Les enfanst du Pêcheur 2
TO : Fisherman Children's Book 2.The reluctant Mage, 2010
TRADUCTION : Cédric Perdereau
COUVERTURE : Miguel Coimbra
Précédente publication : Fleuve Noir, 5/2012 543 p., 23,50 € Couv. : Miguel Coimbra
Les autres titres de la série :
1.Le mage prodige
→ Dans le premier tome de ce diptyque, Le mage prodige, nous avions fait la connaissance du de Archer le mage qui concentrait tous ses efforts pour empêcher ses enfants de toucher à la magie, car il connaissait les risques que cela entraînait. Quand s’ouvre ce second tome, Archer est plongé dans un profond coma et le royaume de Lur, privé de sa protection, est désormais soumis aux aléas d’un climat qu’Archer régulait grâce à ses puissants pouvoirs. Son fils Rafel est parti avec la ferme intention de traverses les Terres Maudites pour trouver au-delà des montagnes un peuple qui pourrait les aider. Son ami Arlin le Doranen, obsédé par le désir de ramener son peuple vers la cité mythique qui les as vus naître, l’accompagne. Cependant, le chemin croise celui de Morg, l’être maléfique que l’on croyait mort. Pour se reconstruire, ce dernier s’est installé dans le corps de Rafel, le mage olken, tandis qu’Arlin, réduit au rang de serviteur esclave s’efforce de survivre tout en attendant le moment propice pour se débarrasser du maléfique sorcier. Pendant ce temps Deenie, la petite souris, sœur cadette de Rafel, perçoit dans ses cauchemars les appels désespérées de l’esprit de ce dernier relégué dans un coin de son propre corps désormais asservi par Morg. S’ébrouant de son personnage de jeune fille effacée, elle décide de partir avec Charis dans le Nord corrompu à la recherche de son frère disparu. Tandis que tempêtes, inondations et destructions ravagent le royaume de Lur, Deenie, qui recèle en elle des pouvoirs insoupçonnés hérités de son père Archer, va se trouver entraînée dans une tumultueuse aventures qui lui permettront, entre autres prépéties, de rencontrer le séduisant prince Ewen, dorénavant sur le trône de Vharne depuis que les monstrueuses Bêtes lancées par Morg ont massacré le roi et les meilleurs éléments de sa garde rapprochée. Plus envolée que la le tome précédent, l’intrigue de ce second opus se déroule comme un vrai roman d’aventures où les personnages se débattent dans la toile de passions exacerbées. Bien entendu, il a été difficile pour Karen Miller de retrouver dans cette suite toutes la densité émotionnelle des deux tomes du cycle précédent de La prophétie du royaume de Lur. Cependant la quête de Deenie n’est pas avare en rebondissements et sauit habilement captiver le lecteur qui retrouvera avec plaisir l’écriture rythmée et passionnante de cette romancière australienne née au Canada que amateurs français de Fantasy ont également pu apprécier dans la trilogie aux accents orientaux des Seigneurs de la guerre.
Autre couverture :

dimanche 24 août 2014

Les lois de l’été  
(Livre illustré)
AUTEUR : Shaun TAN (Australie)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Albums juniors, 5/2014 — 52 p., 19.90 €
TO : Rules of Summer, Lothian Children’s Book, Australie & Nouvelle-Zélande 2013
TRADUCTION : Anne Krief
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Shaun Tan
→ Les lois de l’été sont un ravissement. Non seulement car l’auteur, Shaun Tan est un maître reconnu de l’illustration récompensé mondialement par de nombreux prix (Angoulême, Astrid Lindgren, Cristal d’Annecy, etc…) mais aussi parce que la présentation à l’italienne de l’album proposé par les éditions Gallimard (format 300 x 280) met singulièrement en valeur les pages sorties de l’imagination débridé de ce dessinateur hors normes. Dés l’ouverture du livre, la première phrase, « Voilà ce que j’ai appris l’été dernier », résonne à nos yeux pareille au célèbre « Dans un trou vivait un hobbit » du Bilbo de Tolkien. L’amorce est une invitation au rêve que la lapin géant rouge des toutes premières planches nous invite à suivre à la manière d’une Alice au merveille version hard de Lewis Carroll. La suite n’est qu’une plongée dans l’absurde, le surréel et l’étrange où se croisent décors de fin de monde à la Thomas Disch, ménagerie kafkaienne, images brussoliennes (celui des Crache-béton ou des Mangeurs de muraille) tout en empruntant aux paysages de Bosch, et même aux impressionnistes avec des natures mortes saisissantes de vérité. Et puis il y a la couleur qui éclaire en contraste ce monde déshérité, une couleur qui explose en taches rouges, jaunes, bleues, vertes, dynamisant l’incongruité de certains personnages issus d’une ménagerie carnavalesque. Enfin, n’oublions pas le texte. Des phrases simples, souvent astucieusement décalées par rapport au support iconographique, qui ouvre l’esprit vers des chemins empruntant les thématiques de la liberté, de la quête des origines, de l’appréhension envers les dangers de notre quotidienneté le tout imbibé dans le cocon vorace de notre société urbaine et remuant dans nos entrailles cervicales des axiomes comme l’amitié, la fraternité, la solitude, la rivalité. En résumé, la description d’un univers basé sur la relation avec l’autre, qu’il soit caché derrière une porte énigmatique ou à ses côtés, l’ensemble fonctionnant sous forme d’énigmes à tiroirs que le lecteur est invité à déchiffrer. Confronté à la présence fascinante de chacune de ces pages, ce dernier, un peu comme face à un tableau invitant à une relation sensorielle envahissante, se trouve à la fois embarqué dans une approche de l’image toute personnelle, mais qui ne demande qu’à être réinventée au rythme des relectures et de la découverte de détails ou d’une atmosphère insoupçonnés qui se dégagent en perspective face à l’interprétation de notre propre imaginaire mise en relation avec la palette d’impressions tout, azimut que nous offre l’auteur. Un seul conseil pour en finir : ouvrez ce livre avant de vous endormir et, je vous le promets, rêves ou… cauchemars seront au rendez-vous lorsque vous fermerez les yeux.