lundi 12 janvier 2015

Les créatures de l’ombre
(Recueil) Fantastique
AUTEUR : Sheridan LE FANU (Irlande)
EDITEUR : PRESSES DE LA CITE-Omnibus, 2014 — 928 p., 29 €
TRADUCTION : Patrick Reumaux, Michel Arnaud & Elisabeth Gille
SOMMAIRE :
Préface : Le prince invisible de Dublin, de Alain Puzzuoli
Introduction :
L’oncle Silas (Tr. : Patrick Reumaux)
Dans un miroir piqué :
Thé vert (Tr. : Elisabeth Gille)
Le guetteur (Tr. : Patrick Reumaux)
M. le juge Harbottle (Tr. : Elisabeth Gille)
La chambre de l’auberge du Dragon Volant (Tr.: Michel Arnaud)
Carmilla
D’une fenêtre, à mi-voix (poême) (Tr. : Patrick Reumaux)
Paru en 1864, L’oncle Silas demeure un modèle de la littérature gothique avec ses grandes maisons sombres et mystérieuses, ses crimes inexpliqués, ses jeunes demoiselles en détresse. Toutefois, le surnaturel n’y apparaît que sur la pointe des pieds puisque la jeune héroïne, à la suite du décès de son père, riche gentilhomme campagnard anglais, se trouve confrontée à la menace d’un mariage forcé et doit lutter contre l’emprise de son tuteur légal, le maléfique oncle Silas, ainsi qu’à celle de la non moins inquiétant Madame, gouvernante française dont il préférable de ne jamais croiser la route. C’est donc plus un thriller qu’un véritable récit fantastique, celui-ci n’étant qu’épisodiquement suggéré au fil des pages, que nous sommes invités à lire dans la nouvelle traduction de Patrick Reumaux pour ce récit que la grande romancière britannique Elisabeth Bowen a qualifié de roman de terreur. Dans les textes qui suivent nous avons l’occasion de nous plonger dans les méandres de l’esprit tourmenté de ce romancier irlandais dont le nom de Le Fanu provient de l’ancien terme désignant les huguenots français fuyant les persécutions des guerres de religions. Le guetteur est la première mouture de The Watcher, parue en 1847 dans le Dublin University Magazine, qui fera l'objet d'une nouvelle traduction pour devenir deviendra The Familiar (Le Familier) en rejoignant, dans une version légèrement remaniée, le recueil A Glass Darkly (Les créatures du miroir), publié en1872. Thé vert nous dépeint les angoisses du révèrent Jennings hanté par un mauvais esprit ayant adopté la forme d’un singe noir qu’il est le seul à voir au point que son ami, le docteur Hesselius, à qui il confie sa hantise pensera qu’il a abusé du thé noir, seule explication rationnelle pour lui des manifestations qui perturbent le révèrent. La chambre de l’auberge du dragon volant est un parfait exemple du récit d’épouvante narrant les aventures d’un jeune anglais témoin de meurtres sauvages dans une auberge de campagne. Un récit adapté au cinéma par le réalisateur Calvin Floyd en 1981 sous le titre The sleep of death et dont le sujet aura été également traité, mais de manière plus humoristique, dans la célèbre Auberge rouge de Claude Autan-Lara. Mr le juge Harbottle avec son inquiétant plaignant qui assigne Monsieur Justice devant la haute Cour, est pour sa part un récit que l’on peut classer dans la thématique du double. Mais c’est surtout Carmilla, repris en fin de volume, qui a marqué son temps. En effet, l’histoire de Laura, petite fille d’un gentilhomme anglais installée en Styrie, qui va peu à peu succomber à l’envoûtante emprise de Carmilla , une jeune inconnue ayant croisé sa route, exprime à merveille tout le talent de le Fanu pour décrire les émotions troubles pouvant s’emparer de ses personnages mystérieux et fragiles, sans cesse en équilibre entre le réel et le fantastique. Tandis que dans la campagne environnante les indices dénotant une présence vampirique s’accumulent, le lecteur assiste à l’inexorable fuite en avant de Laura, captivé par l’amour que lui prodigue cet être mi-femme mi-vampire chez qui Bram Stoker a pu puiser son inspiration pour son immortel Dracula, tandis que Roger Vadim sut en tirer son mémorable film Et mourir de plaisir qui faisait la part belle à la dimension saphique de l’histoire. Conclu par le poème D’une fenêtre, à mi-voix, ce recueil s’inscrit une nouvelle fois comme une réussite dans le catalogue des Omnibus des Presses de la Cité qui a déjà su nous offrir dans la même thématique de véritables petites merveilles avec ses collectif Vampires. Dracula et les siens et Les chefs d’œuvre du fantastique ou le Dracula et autres chefs d’œuvre de Bram Stoker.

Grimm. Contes Choisis
(Recueil de contes) Féerie
AUTEUR : Jacob et Wilhelm GIMM (Allemagne)
EDITEUR : TEXTUEL, 10/2014 – 207 p., 29 €
TO : Grimm's fairy tales, Rockpart Publishers 2014
TRADUCTION : Natacha Rimason Festin
COUVERTURE : Yann Legendre
ORNEMENTS : Lance Rotter
Les contes de Grimm font partie du patrimoine mondial de la littérature jeunesse, et les éditions qui se sont succédés au fil du temps, intégrales, tronquées ou adaptées rempliraient des nombreux rayonnages de bibliothèques. On aurait donc tendance à ne pas s'attendre à une véritable surprise en découvrant ce recueil de contes choisis par les éditions Textuel. Mais ce serait sans compter avec, Yann Legendre, illustrateur français né à New York en 1972, dont les travaux intègrent les collections permanentes de la BNF et du Museum of Modern Art de New York. Ce dernier a pris l'option d'associer des contes universels comme, Blanche Neige, Le Petit Chaperon Rouge, Cendrillon... a des textes bien plus confidentiels tels que Contes de la petite souris, du petit oiseau et de la saucisse, La rave, la jeune fille sans mains...etc. L'univers graphique de ce talentueux illustrateur, tout en traits épais et splendides couleurs, contribue à merveille à la mise en images de l'onirisme fantastique de ces auteurs germaniques passés maîtres dans l'art de nous faire frissonner de plaisir. Car les récits merveilleux des frères Grimm ne revêtent pas sans rechigner l'habillage simpliste du conte pour enfant. Tout en faux semblants et équivoques, ils nous entraînent sur des sentiers bien sombres où l'on aurait parfois souhaité ne jamais s'égarer. Et que dire de la présentation de l'éditeur, qui nous propose une saisissante couverture en relief et une présentation sous papier à la tranche grisée projetant le texte au cœur même des foisonnantes images pleine page qui agressent notre imaginaire d'un indéfinissable parfum d'inquiétude et de ravissement. Sans aucun doute, une enrichissante manière de redécouvrir ces petits perles venues du monde de la Féerie dont enfants et adultes, toutes générations confondues, n'ont pas fini de se délecter. A noter que les éditions Textuels publient également une monographie de Yann Legendre, A corps perdu, qui paraît à l'occasion de l'exposition Yann Legendre, un français à Chicago, qui se tiendra à Echirolles du 15 novembre 2014 au 30 janvier 2015.

 Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et, retrouvé l'amour
(Roman) Horreur
AUTEUR : S.G. BROWNE (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF495, 8/2014 – 392 p., 7.50 €
SERIE : Andy Warner 1
TO : Breathers : A zombie's lament, 2009
TRADUCTION : Laura Dejansiski
COUVERTURE : Johan Bodin
Réédition : EditionsMirobole-Horizons Pourpres, 5/2013 – 20.50 €
Critique : www.actusf.com (Jacquemine Coquio)
N'avez-vous jamais rêvé de devenir zombie ? Non … ? Eh bien, c'est ce qui est arrivé à Andy Warner, le héros du livre de S.G. Browne, qui s'est réveillé quarante-huit heures après sa mort, avant la décomposition et après avoir été embaumé. Depuis, il vit dans la cave de ses parents où il finit toutes les bonnes bouteilles, tout en étant obligé de consommer du formol en quantité suffisante afin d'éviter la putréfaction. Rien d'étonnant dans tout ça, puisqu'on apprend qu'aux Etats-Unis les zombies sont présent depuis la Grande Dépression, et même durant la Guerre de Sécession, et qu'ils ont été les premiers à débarquer sur les plages en Normandie, sans parler de leur discrète participation aux campus hippies des années 70. Pour l'heure cependant, il ne fait pas bon se promener dans les rues américaines lorsqu'on est un Réveillé. Sans parler des quolibets, des insultes, des jets de fruits pourris et de toutes sortes d'ustensiles, on peut se faire agresser par les fats boys, des bandes d étudiants en délire qui démembrent , tabassent, torturent et flambent tout ceux qui arborent les signes distinctifs d'une décomposition avancée. Au mieux, on peut se retrouver en fourrière, si on tente de leur résister où si l'on se montre un peu trop voyant parmi la foule des Respirant. C'est un peu ce que dénonce Andy parmi les séances de thérapie de groupe auxquelles il participe avec un groupe de compagnons zombies, dont la belle Rita, une suicidée affichant sans vergogne ses derniers points de sutures. Bon, 2tant donné qu'il ne peut pas parler, puisque un croque-mort méticuleux lui a cousu la bouche lors des préparatifs de son enterrement, notre héros mort-vivant y participe par pancartes interposées où il peut manifester ses différents états d'âme. Voilà cependant que la rencontre du groupe avec un certain Ray, habitant dans le cimetière et qui leur fait découvrir les délices des bocaux de viande de chevreuil séché, parvient à dérider la morosité ambiante. D'autant plus que ce régime particulier semble leur être bénéfique puisque, au bout de quelques temps, leurs chairs ont tendance à se reconstituer. Bientôt Andy retrouve l'usage de ses cordes vocales et redécouvre l'extase de l'amour charnel avec la sulfureuse Rita. A l'origine de cette renaissance le fameux chevreuil, qui est en fait de la chair de Respirants, dont bientôt tout le groupe d'Andy ressent une envie insatiable. C'est d'ailleurs ce qui pousse ce dernier à trucider père et mère, à les découper, puis à les mettre au congélateur, car la chair humaine est encore meilleur quand elle provient de son propre sang. On le voit, ce roman drôle et provoquant enfreint sans vergogne tous les tabous qui, raconté par le prisme d'un narrateur zombie, finissent par s'inscrire dans une certaine logique. Regard décalé et novateur sur une thématique tant de fois vendangée par les série B et des films pathétiques, truffé de référence et de citations pleines de bon sens, ce livre est un véritable petit bijou qui mériterait une adaptation cinématographique digne de son écriture et nous en pouvons que saluer l'initiative de éditions Folio de le rééditer après une parution plus confidentielle aux éditions Mirobole en 2013. Un nouveau roman de cet auteur américain qui a travaillé durant pas mal de temps à Hollywood et dont Heureux veinards est également paru aux éditions Gallimard, mais dans la Série Noire. A noter, pour les impatients qui ne pourront pas attendre sa sortie en poche, que le second opus des aventures d'Andy Warner, Le jour où les zombies ont dévoré le Père-Noël, est paru aux éditions Mirobole en septembre 2013. On y apprend comment l’ex-star contestataire des morts-vivants a passé une année entière soumis à des tests expérimentaux dans un laboratoire de recherches sur les zombies dans l’Oregon dont il a pu heureusement s'échapper en enfilant un costume de Santa Claus. On devine que cette suite sera hilarante et horrible à souhait...
Précédent couverture :