mercredi 29 avril 2015



Le train de la réalité et les morts du général ◊
(Recueil de nouvelles) Science-Fiction / Uchronie
AUTEUR : Roland C. WAGNER (France)
EDITEUR : Gallimard-Folio SF 513, 3/2015 — 272 p., 7.50 €
COUVERTURE : Yayashin
Précédente publication : L’Atalante-La Dentelle du Signe, 2/2012 — 192 p., 12.50 € — Couverture : Le Raff
→ Avec Rêves de gloire, publié chez  l’Atalante en avril 2011, Roland C. Wagner avait enfin son chef-d’œuvre, entendait cet ouvrage particulier que les artisans Compagnons réalisent à la fin de leur apprentissage. Pierre angulaire d’une œuvre protéiforme marquée par le sillon musical du Sexe, drogue & rock’n’roll, ce pavé exhumé des plages d’un imaginaire foisonnant et subversif, nous décrivait une France uchronique  où le Général de Gaulle était mort lors d’un attentat en 1960, tandis que la Guerre d’Algérie s’était soldée par la partition du dit pays, laissant à la France trois enclaves : Alger et ses environs, Oran et Bougie en Kabylie pendant que la métropole était tombée sous le joug d’un Etat fasciste. Le train de la réalité et les morts du Général, que nous découvrons aujourd’hui réédité dans la collection Folio SF de Gallimard, après une première parution chez l’Atalante, nous invite à une nouvelle plongée dans cet univers fragmentaire à travers des nouvelles packagées autour de témoignages en direct portant sur l’assassinat du Général. Véritable bonus centré sur des points de vues divergents, ce patchwork de récits quantiques où les réalités s’entremêlent en même temps que les personnages, nous offre un point de vue sans égal et sans compromis sur le monde tel qu’il est, pas si éloigné du monde tel qu’il aurait pu être, plus proche cependant de celui de Franco et de Pinochet, que des utopies soixante-huitardes véhiculées par une jeunesse qui espérait remodeler le monde à l’aune de la musique, du sexe et de la drogue symbolisé par un Festival de Biarritz, sort de Woodstock à la française que les plus de soixante ans n’ont malheureusement jamais connu. Le texte ouvrant le recueil confronte le narrateur à une première expérimentation de la Gloire, substance censée faire entrer l’individu en étroite interaction avec son environnement, mais dont le trip débouche sur un tout autre résultat que celui escomptait par le Philosophe mettre d’œuvre de ces travaux dirigés en matière de LSD. Le second texte, nous permet de faire la connaissance d’un agent dormant du KGB, libraire à Marseille et nounou d’un scientifique russe répondant au doux nom de Wul (clin d’œil à la SF française des années faste du Fleuve Noir Anticipation). On y apprend notamment que les agents de l’ex URSS vouent une passion immodérée aux Chroniques martiennes de Ray Bradbury, car celles-ci se déroulaient sur la planète… Rouge, of course. La suite nous ramène vers la fameuse Gloire, cette fois par le biais d’une jeune française de Métropole, une vautrienne, entendez une disciple d’un mouvement crypto-hippie, qui nous permet d’avoir une vue d’ensemble sur cette France où l’extrême droite a conquis le pouvoir (dans l’optique politique de l’auteur on pourrait y voir un avertissement dangereusement prémonitoire). Bien entendu, la résistance c’est organisée avec une rébellion artistique qui bat le pavé sous l’égide d’un réseau culturel souterrain. Retour vers l’enclave d’Alger pour le quatrième texte qui nous plonge au cœur du seul unique festival punk d’Alger aux côtés d’un algérois fan de rock à l’accent pied noir ici fidèlement retranscrit. Le cinquième fragment inscrit l’intrigue dans la trajectoire d’un schizophrène made in casbah dont le rendu de l’histoire est encore plus intense grâce à l’utilisation de la première personne qui est l’apanage de toutes ces nouvelles. L’avant dernier récit est avant tout musical, puisqu’il retrace l’aventure d’un batteur de rock pas exempt de tous reproches et qu’il nous rappelle l’amour inconditionnel de l’auteur pour un certain genre de musique proche du rock-psychédélique, mis en exergue par son appartenance au fameux groupe Brain Damage. Enfin, Le train de la réalité, qui conclut ce recueil, nous conduit sur des rails d’une réalité encore divergente vers une Amérique de cowboys où un étrange J.C. s’acharne sur un pauvre gamin malade. Bon, en fermant le livre, nous en aurons appris beaucoup sur les différents morts du Général à travers les protagonistes de tous bords qui y ont participé de prés ou de loin. Mais on aura surtout pu redécouvrir toutes les passions (Science-Fiction, contre-culture, rock et physique quantique) qui animait Roland C. Wagner, ce boulimique de vie trop tôt disparu à cause de l’invention de l’automobile et de l’un de ces fichus accidents qui, outre le fait de faire grimper les statistiques de la sécurité Routière, nous prive d’un romancier à la plume vraiment singulière et pour ma part… d’un véritable ami.
Autre couverture : 

mercredi 15 avril 2015



La machine à explorer l’espace
(Roman) Science-Fiction / Invasion Martienne
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 69, 2/2015 — 448 p., 9 €
TO : The space machine, a scientific romance, 1976
TRADUCTION : France-Marie Watkins
COUVERTURE : Bastien Lecouffe Deharme
Précédentes publications :
● J’Ai Lu-Science-Fiction 688, 4/1976 — 387 p., 7.50 € — Couverture de Philippe Caza
● Gallimard-Folio SF 69, 9/2001 — 450 p., 8.50 €
Critiques : actusf.com () – Fiction 276 (Jean-Pierre Andrevon) – Clepsydre 1 (Philippe Heurtel) - Galaxie Nouvelle série 23 (Marie-Laure Vauge)
Deux raisons fondamentales m’ont poussé à me plonger dans La machine à explorer l’espace de Christopher Priest réédité chez Gallimard Folio SF (précédente parution en septembre 2001 sous une couverture différente). D’abord le souvenir ému de l’édition française originale chez J’Ai Lu avec la couverture kitsch de Caza et puis mon amour inconditionnel pour la planète Mars. Dans ma période adolescente qui entendait ne mettre aucune frontière aux limites de l’imaginaire, la planète rouge et ses mystérieux canaux fascinait mes nuits d’insomnie. Plus tard, ma découverte de la SF, m’introduisait au bonheur d’une rencontrer avec les petits hommes verts de Fredric Brown et, bien sût, avec les bolides venus nous envahir sous la plume de ce cher H.G. Wells. Et puis ce fut la Fantasy avec le John Carter de Burroughs, le Norwest Smith de C.L. Moore et La porte vers l’infini de Leigh Brackett. Avec son jeune héros Edward Turnbull, Christopher Priest explore pour sa part la veine SF de H.G. Wells, nous proposant une sorte de mélange de Machine à explorer le temps et de Guerre des mondes. Voici donc notre héros, simple voyageur de commerce réservé et pudibond, qui, après avoir fait la connaissance de la pétillante Amelia Fitzgibbon, une suffragette avant l’heure, se trouve embarqué dans une aventure qui le forcera à faire preuve d’un courage insoupçonné. En effet Amélia travaille comme assistante du génial inventeur Sir Williams Reynolds qui, non content de vouloir créer le premier appareil volant plus lourd que l’air, a construit une ébauche de machine à voyager dans le temps. Or, un soir d’ébriété un peu trop poussée, Amélia propose à Edward d’essayer le prototype qui les conduit… sur la planète Mars. Un astre rouge où les humains sont sous la coupe de créatures monstrueuses ressemblant fort aux occupants des machines de morts de Wells terrorisant la Terre dans la guerre des monde  qui utilisent leurs prisonniers pour drainer leurs vies afin de rassasier leur insatiable appétit. Se découvrant des vertus guerrières le couple Edward-Amélia finit par devenir l’égérie de la révolution martienne contre les oppresseurs et leurs puissantes machines de morts. Toutefois, ils finissent par se retrouver au cœur du projectile de tête chargé de diriger l’invasion martienne en route pour la Terre. De retour sur la planète bleue ils conjugueront leurs efforts avec Mr H.G. Wells en personne pour éradiquer la menace martienne, se découvrant, comme de juste, une alliée inattendue en la personne de notre chère Mère Nature. De l’aventure donc, au second degré, bien sûr, saupoudrée d’un délicieux parfum victorien tant soit à travers la narration que les dialogues, véritable clin d’œil à un âge d’or de la SF où celle-ci régnait en maître de l’autre côté de l’Atlantique, sans savoir que c’était essentiellement en France, avec des précurseurs tels que Verne, Moselli ou Rosny Ainé, qu’elle avait véritablement pris son essor.
Autres couvertures : 

mercredi 1 avril 2015

Avilion
(Roman) Mondes parallèles / Féerie
AUTEUR : Robert HOLDSTOCK (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 502, 3/2015 ─ 513 p., 8.50 €
SERIE : La forêt des Mythagos 5
TRADUCTION : Alain Brion
COUVERTURE : Florence Dolisi
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 4/2012 ─ 448 p., 24 € ─ Couverture de Guillaume Sorel
Critiques : Bifros 68 (Bertrand Bonnet) - elbakin.net (Gillossen)
Les autres titres de la série : 1.La forêt des Mythagos – 2 .Lavondyss – 3. Le Passe-Broussaille – 4.La porte d’ivoire
Robert Holdstock nous a quitté en novembre 2009, mais, avant de trôner au panthéon des romanciers trop tôt disparus, il a eu la bonne idée, la même année, de publier un nouveau roman de son célèbre cycle des Mythagos. Rappelez-vous, ce dernier avait été entamé par la publication de La forêt des Mythagos en 1984. Ce dernier introduisait le personnage central du récit, entendez la Forêt de Ryhope, cette immense et mystérieuse étendue boisée qui s'étend dans le Herefordshire, au Royaume Uni. On y suivait les efforts de Stephen Huxley, rentré chez lui juste après la Seconde Guerre Mondiale, et confronté aux Mythimages, ces êtres magiques issus de l'inconscient des mythes et des légendes habitant la forêt de Ryhope et incarnant de grands archétypes mythiques, qui s'efforce de sauver son frère Christian, de plus en en plus englués au sein de cette sylve omniprésente ainsi que Guiwenneth, la belle Mythimage. Trois autres romans directement liés au cycle suivront,  Lavondyss, Le passe-broussaille et La porte d'ivoire, tous publiés dans la collection Lune Noire de Denoël et repris chez Folio SF, précédant la publication de ce dernier opus, Avilion.L'intrigue de ce roman s'insère chronologiquement juste après les évènements narrés dans le premier tome, La Forêt des Mythagos. On y apprend que Steven Huxley a fini par rejoindre celle qu'il aime, Gwinneth la Mythimage, en Avilion, l'autre nom de Lavondyss. Ensemble ils ont eu deux enfants hybrides humains-mythagos, Ysobel et Jack. La première est fascinée par la partie verte de sa descendance, c'est à dire celle liée au bois de Rhyope. Partie à la recherche de sa mère qui s'est dirigée vers Avilion pour un raison bien précise, elle en en quête de grand père maternel, Peredur, un mystérieux roi du passé. Mais elle s'est perdue. Jack pour la retrouver, n'hésite pas à quitter la forêt des mythagos, d'autant plus qu'il rêve depuis longtemps de découvrir le monde d'origine de son père, Steven Huxley. Il se dirige vers Oak Loadge, la demeure des Huxley située dans la vallée qui ouvre vers Lavondyss, où il espère rencontrer son grand père  paternel, Georges Huxley, pour qui le bois de Rhyope n'a aucun secret, et qui devait donc être à même de le mettre sur la piste de Ysobel. C'est cependant son père qu'il y retrouve, avant de partir vers Avilion toujours en quête de sa sœur. Dés lors débute une quête épique où nous suivons les trajectoires de Jack et Ysobel partagé entre leurs duelle ascendance, celles du sang et de la sève. Véritable récit initiatique doublé d'une intense quête intérieure ce récit aux mots ciselé à chaque fil de page nous entraîne au cœur d'une histoire familiale hantée par le poids du fatum et des passions ou chaque choix, chaque décision, s'avère déterminante pour tracer les grandes lignes d'une existence fruit de bonheurs et de regrets selon les options adoptés au tournant de la vie. Calquant notre lecture sur le tracé de personnages à la fois si proche et si loin de nous, comme pouvaient l'être ceux du parlement des fées de Corley, le lecteur se laisse volontiers perdre dans cet monde à nul autre pareil qui a consacré Robert Holdstock comme l'un des meilleurs créateurs d'univers  de la fantasy contemporaine. Une promenade qui le laisse sans repère, complètement enveloppé dans la prose poétique d'un écrivain qui savait mieux que quiconque donner à ses écrits cette indispensable puissance évocatrice gage d'un merveilleux voyage sur des territoires de l'imaginaire ne demandant qu'a être exploré par une plume aussi talentueuse.

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