mercredi 21 décembre 2016

Ceux qui marchent dans les ombres
(Roman) Thriller Fantastique
AUTEUR : Roxanne d’AMBRE (France)
EDITEUR : CALMANN-LEVY, 10/2016 — 377 p., 16.90 €
SERIE : Scorpi 1
COUVERTURE : David Clapp
→ La jeune Charlotte n’a qu’un seul souci, échapper aux avances de Thomas, son supérieur hiérarchique aussi lourd qu’entreprenant, jusqu’au jour où elle découvre le petit Elias Lesath accroupi devant son immeuble. Prise de pitié face à ses cheveux sombres dégoulinants sous la pluie, elle décide de l’abriter chez elle en attendant de retrouver ses parents. Quand elle découvre les cicatrices sur son dos, qu’il lui parle du château où il habite, et qu’il assure appartenir à une famille de tueurs à gages, elle pense tout d’abord qu’il s’agit des élucubrations d’un gamin quelque peu déboussolé. Cependant, sa manière de mettre en fuite deux gredins qui ont semble-t-il la mission de s’intéresser d’un peu trop près à elle, commence à la convaincre qu’il pourrait dire vrai. Il serait donc un vrai tueur né, membre de la société ultra secrète Upsilon Scorpi, une organisation criminelle dominée par une famille de tueurs à gages, la famille Lesath. Des soupçons confirmés par l’apparition d’Adam Lesath, le frère d’Elias, un séduisant jeune homme installé à la place indéboulonnable d’ennemi public numéro un et sur les traces duquel s’est collé Daniel Balard, un inspecteur travaillant sur l’hyper criminalité avec qui il entretient un étrange lien tissé de respect mutuel. Embarquée dans une histoire qui la dépasse, Charlotte découvre l’existence de ces créatures de l’ombre que sont les Scorpi, des assassins dotés de pouvoirs surnaturels leur permettant de se déplacer sans être vus par les humains,  rompus aux missions les plus dangereuses et obéissant à un strict code de conduite : 1.Ne jamais tueur sans rétribution – 2.Ne tuer ni femmes ni enfants – 3.Ne pas tueur leurs commanditaires tant que la mission en cours n’est pas achevée -4.Ne pas tenir compte des articles précédents si une menace pèse sur leur famille. C’est justement pour protéger Charlotte désormais imbriquée dans les tortueuses ramifications des ténébreux Scorpi, qu’Adam, conseillé par son jeune frère, décide de l’épouser. Dés lors, elle va faire la connaissance avec Firmin, le majordome lutin du château des Lesath, Julia, sa future belle-mère, épouse de Lazare le père d’Adam, mais aussi membre de la famille des Draconis, autre clan des Scorpi en guerre larvée contre les Lesath, une horde de gobelins et Paul Fritz, le meilleur tueur à gages des Draconis, jusqu’à sa rencontre avec Adam… Le premier tome d’une série écrite par la créatrice du cycle d’Animae, dont les 4 tomes ont été traduits aux Etats-Unis. Très vite le lecteur est conquis par l’écriture stimulante de Roxanne d’Ambre servi par la narration à la première personne de son héroïne, la pétillante Charlotte à laquelle bien des adolescentes rêveront de s’identifier. Peu à peu le back ground fantastique de l’univers des Scorpi nous est dévoilé en même temps que nous nous glissons dans les pas du meilleur tueur de la famille Lesath, Adam, le séduisant Prince Scorpion dont Charlotte n’hésite pas à nous faire partager leurs premiers ébats amoureux. Tandis que l’intrigue s’écoule limpide, entrecoupée par les apparitions de l’équivoque inspecteur Balard, nous nous dirigeons vers l’envoûtante atmosphère du manoir Scorpi peuplé de créatures sorties tout droit du domaine de la féerie. Assurément une réussite qui incitera à se plonger dans les suites, Ceux qui vivent cachés et Ceux qui tombent les masques déjà parus chez le même éditeur. Et pour ceux qui veulent en savoir  plus sur la série, vous pourrez toujours télécharger Scorpi, les origines, un recueil de trois nouvelles publié par les éditions de l’épée, qui vous en apprendre plus sur les nymphes Clémentine et myosotis, le lutin Firmin et l’enfance d’Adam.
L’inclinaison
(Roman) Science Fiction / Voyages dans le temps
AUTEUR : Christopher PRIEST (Angleterre)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 10/2016 — 398 p., 23 €
TO : The gradual, Gollancz, 2016
TRADUCTION  : Jacques Collin
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Avec ce roman publié aux éditions Lunes d’Encre l’auteur britannique Christopher Priest revient sur son univers de prédilection de l’Archipel du Rêve au sein duquel il nous avait déjà proposé de multiples voyages à travers ses précédents romans tels que Les Insulaires, L’Archipel du Rêve, L’Adjacent ou La fontaine pétrifiante. Brodant astucieusement son intrigue dans le canevas des paradoxes temporels, il propulse son héros, Alesandro Sussken, musicien célèbre évoluant au sein d’une dictature dont la junte au pouvoir l’incite à entamer une tournée organisée par son omniprésent promoteur Ders Axxon qui le conduirait dans le fameux Archipel composé d’îles où il avait toujours rêvé d’exprimer sa musique et, en particulier, sur Temmil, berceau de And Ante, guitariste de rock qu’Alesandro accusé d’avoir plagié son œuvre. Approchant la cinquantaine, le brillant musicien a trouvé son inspiration très jeune dans l’observation de ces îles, à une époque où les bombes pleuvaient autour de lui, tandis que s’opposaient l’Alliance de Faiandland et la république de Glaund où il était né. Puis le conflit s’est déplacé vers la partie méridionale de l’Archipel, vers le continent de Sudmaieure, un sud où a disparu son frère  Jacq, évaporé sur le front,  et qu’il ne désespère pas de retrouver même s’il est trop tard pour ses parents anéantis par la perte de ce fils aîné. Cependant son voyage, plus que sa quête d’un proche perdu et que le moyen d’exprimer tout son talent, va le confronter à l’intimité de son être par sa rencontre avec le graduel, cet étrange phénomène spatio-temporel qui baigne ses îles pas comme les autres. En effet, d’une île à l’autre, le temps ne s’écoule pas de la même manière. Tantôt en avance, tantôt en retard sur le temps absolu, ces tranches divergentes de temporalités provoquent pour Alesandro une altération du temps, positive ou négative, selon les directions qu’il a emprunté et les durées de ses séjours sur les îles qu’il a abordé. D’où le terme d’inclinaison, qui caractérise à la fois la position du voyageur par rapport à l’axe temporel commun, mais aussi celle de son esprit qui s’ouvre enfin à la réelle connaissance du monde qui l’entoure. Car, au retour de son périple musical, Alesandro prendra conscience de la tyrannie et la censure qui gangrène l’univers de Glaund où il a grandit. Véritablement transfiguré par son voyage, il doit faire face à la mort de ses parents et au départ de son épouse, mais, paradoxalement,  il se sent enfin véritablement vivant et décidé à agir sur le monde qui l’entoure en dépit des risques qui pèse sur sa propre liberté. Et pour s’extirper du carcan où voudrait l’enfermer la dictature qui l’opprime, il doit à nouveau fuir dans ces îles si tentatrices et dangereuses à la fois. A travers le personnage d’Alesandro, Christopher Priest nous convie à une sort de vagabondage mystique, sous forme d’introspection intérieure, d’un être en perte de repères et qui ne parvient pas à se raccrocher à l’ambivalente de chacune des îles visitées, dont le pendant technologique, culturel et sociologique clairement détaillé, est repoussé en toile de fond par la perpétuelle atmosphère d’étrangeté qui imprègne ses lieux soumis aux aléa du gradiant temporel provoqué par cette sorte de vortex qui enveloppe l’archipel, créant à chaque déplacement des distorsions par rapport au temps réel des principaux belligérants. Ainsi, Alesandro, tel Alan Corday, le spationaute de Retour à demain de Ron Hubbard (il a quand même fait quelques petits romans de SF avant de trouver une piteuse gloire à travers sa dianétique racoleuse) va, à son retour des îles, s’apercevoir que le temps a évolué différemment pour son entourage. Négligeant l’approche de l’explication scientifique, Christopher Priest joue sur ce paradoxe afin de proposer au lecteur une réflexion à la fois sur l’art, sur le temps, mais aussi sur le devenir des êtres et leur profonde implication dans l’univers qui les entoure. Auteur de ce que l’on a appelé le courant new wave de la SF britannique, que les anciens passionnés de littérature imaginaire ont pu notamment découvrir en France dans la collection Dimensions SF de l’éditeur Calmann-Lévy aux côtés de romanciers tels que Ian Watson, Samuel Delany, G J. Ballard ou Michael G. Coney, Christopher Priest exprime une fois de plus à travers cette histoire sa propre petite musique éloignée des chemins de la SF traditionnelle, plus réaliste que scientifique, plus poétique qu’aventureuse, et chargé d’un mystère qui ne se dévoile jamais réellement, tout en proposant une approche originale de la thématique des voyages temporels, comme a pus déjà le faire, par exemple, Jack Finney dans son célèbre Voyage de Simon Morley.

mercredi 7 décembre 2016

Vent rouge
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Jean-Luc BIZIEN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 561, 10/2016 — 293 p., 16.90 €
SERIE : Katana 1
COUVERTURE : Camille Alquier
Précédente publication : Le Pré-aux-Clersc-Pandore, 5/2013 — 336 p., 16 € — Couverture de Xavier Ribeiro
Critiques : www.actusf.com (Bastien Roche)
→ Le seigneur Thoshiro avait vu juste en essayant de protéger sa femme, Dame Kachiko du regard concupiscant du daimyo, le roi dragon. Mais, il avait été obligé de répondre à l’invitation donnée par ce dernier et, dés qu’il l’avait vu, le daymo l’avait voulue. Dés lors le roi dragon avait capturé, puis décapité Tashiro, non sans le laisser assister à la destruction de son château par le terrible et maléfique vent rouge déchaîné par le daymo. Cependant l’oppresseur n’avait pas obtenu ce qu’il désirait, car Dame Kachiko avait réussi à échapper aux ninjas venus pour la capturer. En fuite avec le vieux guerrier Hatanaka, elle mourut d’épuisement après avoir donné la vie à un garçon, Ichirô. Celui-ci est élevé dans la tradition des moines guerriers par Hatanaka, qui finit par lui apprendre à son adolescence qui il est réellement. Dés lors Ichirô ne pense plus qu’à se venger du démon à l’origine de son statut d’orphelin. Pour cela, alors qu’il a recueilli Buta, jeune paysan doté d’une force de colosse, mais banni de son village à cause de sa couardise, il décide de s’inscrire au concours de recrutement de samouraïs organisé par le daymo afin de s’approcher du démoniaque personnage. Mais, alors que les épreuves doivent se dérouler à l’aide du Bokken, un sabre à en bois destiné à épargner les combattants, Ôno, le jeune samouraï recruteur, le remplace par le Katana, dont les coups sont synonymes de mort. Et il défie Ichirô. Pas assez expérimenté pour ce genre de combat, ce dernier subit de nombreuses blessures avant de perdre conscience. Il se réveille pourtant encore en vie, car, bizarrement, Ôno l’a épargné et il a été déposé sur un charnier d’où Hatanaka s’empresse de l’extirper. Fou de rage le daymo est désormais sur les traces de Ôno, qui s’est raillé au groupe de fuyards, et il a envoyé un ninja redoutable pour s’occuper du jeune recruteur.  Rejoint bientôt par Jotarô, le voleur, et Aiko, le  ninja, le petit groupe va rebondir de péripéties en péripéties dans la plus pure tradition des récits de combats japonais alternant affrontement d’arts martiaux et cascades spectaculaires. Maîtrisant parfaitement son sujet grâce à une parfaite connaissance de la civilisation nippone de la période des samouraïs, Jean-Luc Bizien, auteur reconnu dans le domaine de la jeunesse, mais aussi dans celui des romans de fantasy, des thrillers et des romans historiques, nous offre un diptyque plutôt destiné à un public avide de récits d’aventures où les héros ne s’embarrassent guère de réflexions philosophiques, tout en n’excluant pas une introspection minutieuses des caractères des différents personnages. Empruntant divers éléments fantastiques, il les distille dans une sorte de japon médiéval (geisha, samouraïs, etc…) cependant nullement marqué par la localisation géographique et étend habilement un voile de mystère sur le lien qui unit le jeune orphelin aux quatre compagnons de route qui désormais partagent sa tumultueuse destinée. Une réédition chez Pocket accompagné du deuxième volume du cycle, Dragon noir, les deux sous d’accrocheuse couverture de Camille Alquier.
Autre couverture :

lundi 24 octobre 2016

La petite déesse
(Recueil de nouvelles) Science-Fiction
AUTEUR : Ian Macdonald (GB)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 559, 9/2016 — 467 p., 8.20 €
TO : Cyberabad days, 2009
TRADUCTION : Gilles Goulet
COUVERTURE : Manchu
SOMMAIRE :
Sanjîv et le robot (Sanjeev and Robotwallah)
Kyle fait la connaissance du fleuve (Kyle meets the river)
L’assassin-poussière (The dust assassin)
Un Beau parti (An eligible boy)
La petite déesse (The little goddess)
L’épouse du djinn (The djinn’s wife)
Vishnu au cirqu des chats (Vishnu at the Cat Circus)
Précédentes publications : Denoël-Lunes d’Encre, 10/2013 — 384 p., 22.50 € — Couverture de Manchu
 Ceux qui ont eu la patience de se laisser peu à peu submerger par les ressacs convulsifs du Fleuve des dieux, se laisseront à présent glisser avec volupté dans les eaux tout aussi envoûtantes de ce nouveau recueil de l’écrivain britannique Ian McDonald, un auteur qui s’inscrit à merveille dans le courant d’une SF britannique les yeux rivés sur le futur avec une clairvoyance et un déterministe que ce peuple épris de grand large sait mieux que quiconque donner au lent cheminement de notre Humanité. Comme Kipling avant lui et d’autres concitoyens de sa Gracieuse Majesté, Ian McDonald s’est investi à cœur perdu dans les multiples méandres du sous-continent indien, nous invitant, à travers 7 récits, à revenir dans cette Inde de 2047, un monde rêvé qui découle étroitement des dérives de notre propre quotidien. Comme pour l’essentiel de la planète aujourd’hui, l’épine dorsale sur laquelle s’articule sa vision de se proche avenir a pour nom revendications territoriales. Un retour aux sources et un repli ethnique qui a fractionné l’ancien royaume des Maharadjahs en une douzaine d’états farouchement attachés à leur toute nouvelle indépendance. Chacun d’entre eux s’est inscrit dans la trajectoire que nous laisse augurer aujourd’hui la croissance exponentielle de ce pays émergent où les traditions ancestrales doivent à présent composer avec une technologie conquérante, tandis que l’éternel dilemme du déficit démographique (quatre fois plus d’hommes que de femmes) n’en finit pas de ronger le fragile tissu social de ce pays en perpétuelle recomposition. Ian McDonald braque dés lors le téléobjectif de sa caméra virtuelle sur des personnages plongés dans le tourbillon d’une existence qui les dépasse et dont nous sommes invités à partager les moindres pensées et les plus intimes sentiments. Servi par une écriture hyperréaliste, les nouvelles regroupées dans ce livre conduisent le lecteur à littéralement vampiriser les différents protagonistes qui en sont les vecteurs jusqu’à se demander souvent comment il aurait réagi à leur place. Une intimité du point de vue que l’on retrouve dans le premier texte, Sanjîv et Robot-Wallah, basé sur la thématique des enfants-soldats avec, en figure de proue Sanjîv, jeune garçon dont la passion pour la robotique l’amène presque logiquement à pilote par la pensée de terribles robots de combats engagés dans un conflit opposant le Bâhrat et l’Adwadh, deux jeunes états de cette Inde recomposée. Dans Kyle fait la connaissance du fleuve, on retrouve la localisation géographique du Bâhrat à travers la peinture du choc des cultures entre Kyle, l’expatrié venu aider à la reconstruction du pays. Parqué pour raison de sécurité au sein du Confinement, le quartier réservé au non-autochtones, Kyle va laisser tomber tous es apriori au contact de Salim, jeune bhârati, qui lui fera découvrir son pays à la toujours âpre pauvreté à travers les méandres majestueux du Gange, ce grand fleuve dont l’Inde tire une part essentielle de son âme. L’assassin-poussière revient sur le conflit majeur qui hantera notre avenir, la guerre pour l’eau, par le biais de Padmîni, unique survivante de la famille Jodhra qui détenait le monopole de l’eau et qui a été éliminé par la famille Azad, sa principale concurrente. Un plaidoyer pour l’apaisement des tensions relayé par des créations originales, comme cette caste des neutres (ni homme ni femme) chez qui l’héroïne de ce récit trouvera un moment refuge. Un beau parti insiste sur une préoccupation dominante de l’Inde de l’avenir aussi bien que de l’Inde contemporaine, la difficulté pour un homme de trouver une épouse étant donné la portion congrue de bébés femelles qui sont autorisés à naître. Ce véritable parcours du combattant nous dépeint tous les moyens qui sont proposés aux époux en quête d’âmes sœurs (marieuses, agences spécialisées) jusqu’à faire intervenir un IA, qui devra tout d’abord initier ses propres circuits à la compréhension de ce sentiment viscéralement humain qu’est l’amour avant de pouvoir venir en aide à celui pour qui elle a été créée, le séduisant Jâspir. La petite déesse, réédition d’une nouvelle déjà paru dans le Bifrost 68 spécial Ian McDonald, puise son intrigue dans le devenir d’un enfant dieu (comme ceux du Népal ou de Little Boudah), et nous montre combien son existence peut atteindre une apogée, celle de sa divinisation, jusqu’à la propulser dans sa chute au moment de l’impureté de son premier sang versé qui la jette hors de sa prison dorée au sein d’un univers qui lui est totalement étranger et hostile. Un récit où se mêlent harmonieusement religion, mythes et technologie et qui a reçu le grand prix de l’Imaginaire lors de sa première parution en France. L’épouse du djinn reprend deux thématiques déjà abordées dans ce recueil, celle de l’eau, avec la construction d’un barrage sur le Gange, et celle des Intelligences Artificielles campée ici par IA surdouée qui va se heurter aux dictats des lois Hamilton régulant le destin des IA trop humaine, et à l’amour transgressant qui l’attire vers une jeune danseuse Kathak de l’état d’Awadh. Imaginez alors dans un pays où déjà les mariages entre castes sont prohibés, quelle explosion de tabous risque d’engendrer la passion entre une IA et une jeune indienne… Enfin, Vishnu au cirque des chats, le dernier texte du recueil fait une sorte de parallèle avec la vie de Vishu, jeune brahmane génétiquement modifié pour vivre beaucoup plus longtemps qu’un humain normal, mais dont l’esprit grandit plus vite que la coquille humaine que le contient, et de cette Inde de toujours progressant à grandes enjambées au dessus des rives d’un temps qui s’accélèrent, mais qui n’avance pas au même rythme pour toutes les parties en présence, laissant ainsi de nombreux laissés pour compte sur le bord du chemin. Une ultime immersion profondément ancrée dans le panthéon hindouiste qui met une nouvelle fois en exergue l’extraordinaire métissage entre croyances et modernités qui sont l’apanage de cette Inde fascinantes dont Ian McDonald à travers son patchwork de récits terriblement humains s’est fait l’un des plus talentueux découvreurs et  ambassadeurs.
Autre couverture :

vendredi 14 octobre 2016

Tarkin
(Roman) SF / Star Wars
AUTEUR : James LUCENO (Usa)
EDITEUR : POCKET-WStar Wars 136, 8/2016 — 384 p., 8.50 €
TO : Tarkin, 2014
TRADUCTION : Lucile Gaillot & Marie Antilogus
COUVERTURE : David Smit
→ Au sein de la vaste panoplie des armes et artefact qui peuplent l’univers multiforme de la série Star Wars, l’Etoile Noire représente un élément de choix qui joue d’ailleurs un rôle prépondérant dans le premier volet de cet événement cinématographique qui bouleversa irrémédiablement le monde des films de SF lors de sa sortie en 1982. Au cours de ce récit le spectateur allait assister à la destruction de L’Etoile Noire, cette planète artificielle destinée à éradiquer la Résistance et à promouvoir la suprématie impériale aux quatre coins de l’espace. Avec ce roman, nous retournons loin en arrière en l’An – 14 plus exactement afin d’assister à la construction de ce fabuleux destructeur de planète. Pour se faire, l’auteur, James Luceno, en fin connaisseur de la matière filmée nous propose d’abord un plan large sur le contexte historique de l’époque marquée par les proches soubresauts de la guerre des clones, avant de zoomer sur le fil conducteur de l’histoire, Wilhuff Tarkin, Grand Moff de l’Empire et bras droit de l’Empereur Palpatine chargé par ce dernier de superviser les gigantesques travaux qui aboutiront à la construction de l’Etoile Noire. Nous le découvrons sur la Base Sentinelle forcé de composer avec les exigences de son tailleur et les ruses d’un mystérieux ennemi lançant des fausses attaques contre Rempart le dépôt militaire chargé d’approvisionner les vaisseaux en partance pour Génosis où l’arme spatiale est en construction après avoir réussi à s’emparer d’un station relais de HoloNet qui lui permettait de transmettre des messages fallacieux. Puis, nous partons avec lui sur la planète Coruscant où il retrouve Dark Vador avec qui il compte bien venir à bout des ennemis de l’Empereur Palpatine auquel sont sort est étroitement lié. Une entrevu durant laquelle le seigneur Noir démontre une fois de plus la redoutable efficacité de ses pouvoirs sith incomparable pour se débarrasser des officiels compromis. Bientôt cependant Dark Sidious, le maître Sith de Dark Vador, l’envoie avec ce dernier sur la planète Murkhana, ancien bastion séparatiste, afin d’enquêter sur un prétendu dépôt secret de communication. Là ils tombent dans le piège qui leur était tendu, se faisant dérober le Pic de la Charogne, le vaisseau de Tarquin, une corvette capable de surpasser un destroyer stellaire. Mais, après avoir réquisitionné de force l’appareil d’un baron du crime sugi, Dark Vador et Tarkin s élancent sur les traces des voleurs. Un récit mené tambours battant qui nous entraînent au cœur même des plus hautes instances impériales tout en nous conviant à démêler l’écheveau compliqué de la personnalité de Tarkin marqué par son enfance sur la dure planète Eriadu ou il finira par revenir pour retrouver son oncle Jova et triompher une fois de plus de ses adversaires. Une escapade vers le Côté Obscur qui s’attarde sur l’humanité des êtres qui le composent tiraillés par des passions et des sentiments pas si éloignés de ceux du commun des mortels et rendus par ce prisme bien plus accessibles aux lecteurs attentifs aux moindres réminiscences de cette gigantesque saga interstellaire.
Un autre
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Christophe NICOLAS (France)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction Fantasy 7193, 4/2016 — 416 p., 8 €
COUVERTURE : Jamel Ben Mahammed
Précédente publication : Riez-Sentiers obscurs, 9/2010 — 420 p., 21.90 € — Couverture de B.
→ Basé sur le dédoublement de personnalité, thème cinématographique s’il en est, le premier roman de Christophe Nicolas publié aux éditions du Riez est aujourd’hui repris en édition de poche chez Pocket, et nous ne bouderons pas notre plaisir. En effet la trajectoire mouvementée de Samuel Marx, Sam pour les lecteurs plus intimes, qui le deviendront en suivant les péripéties émaillant ses trois jours de course effrénée où il tentera de s’accrocher à un quotidien qui le dépasse et d’en décortiquer les nébuleux contours. Tout commence par une séquestration plutôt musclé, quand Sam, enlevé est jeté sur la banquette arrière d’une voiture, puis enfermé dans un placard,  avant d’être convié avec un douloureux empressement à rembourser l’une des multiples dettes qu’il a contracté et qui a été racheté par Joseph Bosso, dit le Pendu, un redoutable mafieux. Sam parvient à s’échapper, se payant même le luxe d’emprunter la voiture du boss en personne, et le voilà qui débarque dans une petite bourgade paumée où il n’a jamais mis les pieds et où, pourtant, tout le monde semble le connaître. C’est d’abord le pompiste du coin, puis Franck, un policier municipal. Le hic c’est qu’ils l’appellent tous Vince. Normal puisque dans cet endroit il est Vincent Favale, un individu pas tout à fait recommandable, en qui il serait en quelque sorte incarné comme semble l’attester Ana qui le considère sans ambiguïté comme son époux. Episode de la quatrième dimension, trip après consommation exagéré de substances interdites, cauchemar ou simple accès de folie, Sam ne sait vraiment pas quelle option privilégier tandis qu’il s’enfonce à chaque instant un peu plus dans la fange d’une réalité autre qui le dépasse. Parti en quête de vérité il ne va pas tarder à croiser la piste du mystérieux inspecteur Kolowsky  chargé d’enquêter sur des meurtres de femmes après d’abominables tortures. Traqué par Mario et Paul, les sbires de Joseph Bosso qui ont tout intérêt à le retrouver s’ils veulent conserver leur intégrité physique, Sam n’aura aucune aide à espérer de Frank, le flic local, qui ne rêve que de le remplacer dans le lit et le cœur de sa femme. Servie par une narration à la troisième personne qui joue astucieusement sur l’alternance des points du vue, l’intrigue met peu à peu en place les éléments d’un puzzle qui chaque fois que l’on pense arriver à le terminer, se dissocient soudain pour nous inviter à le recommencer du début. Jamais, jusqu’à la fin du livre, le lecteur est en mesure de cerner les véritables relations liant le duo Sam/Vince, pouvant tour à tour être associés aux appellations de frères, jumeaux, sosies, sans qu’aucune ne lui colle radicalement à la peau. Thriller efficace flirtant avec le fantastique et la virée schizophrénique ce livre, savoureuse mise en bouche avant le scincefictif Le Camp à paraître bientôt chez Pocket, provoque une dérangeante sensation de malaise associé à l’impression de s’engluer avec son héros dans l’horreur d’une situation dont ils ne saisit aucun des tenants et aboutissements et pourtant à la quelle il est étroitement mêlée. Et c’est avec un sentiment pervers de voyeur que nous assistons à ses mouvements désespérées pour tenter d’échapper à la noyade de son esprit à travers le tourbillon d’une existence lancée sur les rails d’une folle aventure dont le concepteur a pris soin de supprimer toutes les options d’arrêt.
Autre couverture : 

lundi 10 octobre 2016

Argentine
(Roman) Science-Fiction
AUTEUR : Joël HOUSSIN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 535, 9/2015 — 336 p., 8.50 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications : Présence du Futur 486, 3/1989 — 278 p., 8.50 € — Couverture de Philippe Gauckler
→ Joël Houssin aime le socialement incorrect et l’univers urbain, et il prend un malin plaisir à décliner à travers ses livres toutes les dérives vers lesquelles conduisent la rencontre entre ses deux thématiques. Dés ses premières nouvelles dans la revue fiction il a montré que sa trajectoire littéraire empruntait une pente engagée et plus tard enragée avec la saga du Dobermann adaptée à l’écran par Jean Kouenen. Avec Argentine réédité aujourd’hui chez Folio après une première parution dans la célèbre collection Présence du Futur de Denoël en 1989, il nous dépeint un univers carcéral à ciel ouvert symbolisé par Argentine, gigantesque ville prison se dressant en plein désert où sont enfermés les descendants des opposants politiques d’Amérique du Sud. Une cité en déliquescence rongée par la drogue, le sexe, la corruption, véritable égout à ciel ouvert où la nourriture se confond avec les immondices et où la violence trône à tous les coins de rues, territoires privilégiés de bandes disparates qui règnent en surface, sur les toits ou dans les sous-sols. Ajoutez à ce melting pot détonant des flics télépathes et l’omniprésence du MET, le mur d’enceinte temporel invisible qui entoure la ville, surnommé Matrix par la population carcéral, et vous aurez une petite idée d’un enfer à la manière de Bosch revisité à la sauce futuriste. Dérivation cauchemardesque d’un avenir clairement inspiré par les résurgences de notre présent, le monde d’Argentine se met à disjoncter encore plus que nécessaire lorsque le MET commence à se dérégler. Car voilà que Matrix accouche de véritables cyclones temporels dont les tourbillons transforment les malheureuses victimes en tas de squelettes dépossédés en quelques minutes de leurs maigres contingents d’années à vivre. Au sein de cloaque soumis aux imprévisibles agressions temporelles va émerger la personnalité d’un anti-héros charismatique, Diego, ancien caïd sous le nom de Golden Boy, qui voit dans ces phénomènes destructeurs l’occasion de se racheter une conduite. En effet, il a su mieux que d’autres déceler au sein de ces ouragans voleurs de temps d’étranges plages de répit, des sortes d’œil du cyclone où il est encore possible à un être humain déterminé de prendre son destin en main. Alors que la folie de Matrix est parvenue à venir à bout du Contrôleur-Dictateur et fragilise de plus en plus les autorités, Diego va retrouver la trace de Jorge et Gabriella, son frère et sa sœur qu’il a longtemps cherchés, faisant désormais parti des trois bébés, anciens adultes qui ont régressés, devenus les autorités suprêmes de ce monde en perdition. Roman choc traversé d’images brussoliennes, ce récit flirte avec l’action violente et la marginalité comme ce fut le cas pour Blue, titre du Fleuve Noir que le dessinateur Gauckler (celui qui a œuvré pour la couverture de la première édition Denoël) adapta en BD et nous offre une vision plus que réaliste d’un proche futur pas si loin de notre présent où le bien et le mal, l’horrible et la beauté, tendent à se confondre, comme dans le personnage emblématique d’Aurora, la femme-double, dont la moitié droite du visage appartenait à la plus belle femme du monde et la gauche à une vieillarde quasi centenaire. Un livre qui a reçu le prix Apollo à sa sortie en 1990 et qui marquait l’entrée dans la respectable collection Présence du Futur d’un auteur d’ordinaire cantonné au catalogue plus populaire de la collection Anticipation du Fleuve noir.
Autre couverture :
Le tournoi des ombres
(Roman) Steampunk
AUTEUR : Hervé JUBERT (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 544, 3/2016 — 317 p., 8 €
SERIE : Georges Beauregard 2
COUVERTURE : Camille Alquier
Précédentes publications : Le Pré-aux-Clers-Pandore, 10/2016 — 336 p., 16 € — Couverture de dpcom.fr
→ Déposé enfant à l’Hôtel Dieu, à cheval depuis entre le monde des fées et celui des hommes, l’ingénieur mage Georges Beauregard revient émoustiller nos papilles de lecteurs avec une nouvelle aventure qui l’entraîne sur les rivages nébuleux de la Tamise, au cour même de l’envoutante New London. Après avoir sauvé l’empereur Obéron III, celui-là même qui entend éradiquer la féerie de Sequana, menacé par Asmodée, une entité maléfique ayant pris, le contrôle du train des morts, notre agent des Affaires Etranges croyait bien pouvoir jouir d’un repos mérité. Mais voila que ce ministère imprévisible l’envoie à New London afin de préparer auprès de la reine Victoria la visite d’Oberon et de son épouse Titania. Accompagné de Jane, la jeune femme douée de vision qu’il a sorti d’un puits, il part donc pour la capitale d’une perfide Albion qu’il ne porte pourtant pas dans son cœur. Là-bas, il sera secondé par John Dee, le célèbre psychomancien quais immortel, pour qui la capitale albionnaise n’a aucun secret. Mais, tandis qu’un garçon en colère parvient à faire évader de trois femmes de la prison de Mont-Tombe, notre héros qui ne rêvait jamais jusqu’à ce que un succube l’empoisonne et lui fasse partager les derniers instants de Gérard Labrunie, le poète de la féerie, se trouve vite englué dans les replis voraces du smaug tandis qu’un véritable flot de cadavres commence à émerger des volutes du brouillard. Heureusement ce New London dsychronique bâti sur les ruines du Londres de 1666, est un endroit qui recèle bien des surprises pour un ardent défenseur des créatures de la magie. Car ici, loin d’être persécutée par les avancées de la pensée Hausmanienne dévoreuse de Séquana, l’avatar fantasmé de Paris, elles représentent prés de 50% de la population et il n’est pas rare de croiser au sein des ruelles encombrées un centaure, trottinant auprès d’un cab à vapeur. De plus cette virée outre-Manche au moment de l’ouverture des cérémonies destinées à fêter l’ouverture du fameux pont sous le Detroit lui permettra de côtoyer toute une brochette de personnages hauts en couleur tirés tout droit de notre propre réalité et quelque peu améliorée, allant du perspicace Sherlock Holmes à l’énigmatique Polidori, en passant par Gustave Doré, Charles Dickens, Victor Hugo, l’ombre de Gérard de Nerval, l’explorateur Richard Francis Burton et un certain capitaine… Nemo. Autant dire que l’auteur convoque avec une jubilation communicative tous ces dévoreurs d’aventures servent d’architecture à un décor sublimé d’inventions magiques, tandis que l’intrigue se développe comme une véritable enquête policière basée sur la traque d’un hypothétique cerveau cherchant à  nuire à la rein Victoria en s’en prenant au couple de visiteurs illustres que représenté par Oberon III et Titania. Et pour corser l’arôme de son cocktail aux saveurs steampunk, Hervé Jubert nous plonge dans les pensées intimes d’un Beauregard lancé, comme sa complice Jane, dans une ardente quête de ses origines et dans une ardente recherche du père dont la figure tutélaire demeure enfouie dans les brumes d’un lointain et équivoque passé. Assurément un second tome qui confortera la puissance évocatrice de l’univers esquissé dans le premier volet, Magies secrètes, sans recourir cette fois aux longues notes au abs des pages et à l’index de fin de volume, mais en nous conduisant par la main au sein d’un récit où le merveilleux obéit bien à sa définition première : nous éloigner du cours naturel des choses pour nous plonger dans un surnaturel empreint d’une fascinante magie.
Autre couverture :

vendredi 2 septembre 2016



  Zoo city
(Roman) SF
AUTEUR : Laurent BEUKES (Afrique du Sud)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy, 4/2016 — 400 p., 7.80 €
TO : Zoo city, 2010
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Joey Hi-Fi
Précédentes publications :
● Eclipse-Fantastique, 6/2011 — 352 p., 18 € — Couverture de Joey Hi-Fi
● Presses de la Cité, 5/2013 — 354 p., 17 € — Couverture de Joey Hi-Fi
Critiques : Bifrost 64 (Philippe Boulier) – www.noosfere.com (Bruno Para)
Les auteurs de science-fiction,  ou, plus largement, les écrivains épris d’imaginaire ont toujours aimé donner aux villes qui leurs sont chères une identité propre qui transparait à travers leurs récit. Ce fut le cas du Gomenghast de Mervyn Peake aussi bien que du Mother London de Moorcock, Abyme de Mathieu Gaborit,  pour ne citer qu’eux… Lauren Beukes, romancière née en 1976 d’Afrique du Sud, a choisi Johannesburg, ici transformée en une Zoo City fantasmée,  pour exprimer  toute sa rage de vivre qu’elle développe par le biais de la trajectoire mouvementée de Zinzin, son héroïne.  Ancienne journalise et ex-junkie, la jeune femme dispose d’un talent rare : celui de retrouver les choses perdues. Mais, comme tous les autres criminels parqués dans Zoo-City, elle transporte un animal symbiote, en l’occurrence un paresseux qui a élu domicile sur son dos. Animalée à la mort de son frère, dont elle se sent encore terriblement responsable, Zinzin mourra si un destin fatal frappe son symbiote. Survivant grâce à quelques arnaques sur Internet, elle ne rêve que d’échapper au carcan mortifère de Zoo City. Et l’occasion pourrait se présenter lorsque Odi Huron, un célèbre producteur, lui propose de l’engager afin de retrouver une pop star pour minettes qui s’est mystérieusement évaporée. Bien que ce travail la rebute au plus haut point, Zinzin se force à l’accepter pensant ainsi s’extraire de sa misérable condition. Mais l’enquête qu’elle va entamer, loin de l’éloigner de Zoo City, va la plonger au cœur même des bas fonds de cet univers envahi par la crasse, le meurtre, le sang et…la magie.  Dés lors sa descente aux enfers l’amène à côtoyer l’existence d’autres criminels dont le passé remonte à la surface en vagues de secrets inexpiables, comme les siens qu’elle nous invite à partager en pénétrant jusqu’au cœur de son âme.  Roman noir, mais aussi tranche vie, satire sociale, et également pamphlet sans concession sur la  modernité qui nous entoure (drogues, jeux vidéo violence et croissance exponentielle du Net sur les populations) ce livre, qui a reçu le prix Arthur C. Clarke en  2011, tout en revendiquant  un vrai lien de parenté avec l’œuvre de Philip Pullman, exprime une originalité indéniable et une vitalité contagieuse portée par la narration à la première personne et la fréquence des dialogues. Une occasion rêvée de découvrir cet auteur à travers cette réédition en poche, en attendant de se plonger dans d’autres titres repris chez Pocket, comme Les lumineuses, basé sur le concept du voyage dans le temps, Les monstres, thriller à l’atmosphère urbain baignée par le sanglant, ou Moxyland (à paraitre bientôt) campant une cité du Cap conquise par le virus de l’hypertechnologie.
Autres couvertures :

 

samedi 27 août 2016

Talulla
(Roman) Fantastique / Vampire
AUTEUR : Glen DUNCAN (Angleterre)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 544 — 368 p., 10.50 €
SERIE : Le dernier loup-garou 2
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications : Denoël-Lunes d’Encre, 1/2014 — 480 p., 23.50 € — Couverture de Clément Chassagnard
→ Avec ce second de la série Le dernier loup-garou Glen Duncan continue sa narration à la première personne mais varie astucieusement les points de vue en nous proposant de suivre la trajectoire de Talulla, l’ancienne compagne de Jake Marlow, le loup-garou héros du premier tome et désormais disparu. Leurs ennemis communs, les vampires, sont bien sûr de la partie et ils interviennent très tôt dan l’histoire en surgissant dans la cachette située en Alaska où s’est réfugiée Talulla afin d’accoucher en toute tranquillité. En dépit de la protection de son favori Cloquet et de ses efforts éperdus, nous assisterons impuissants à l’enlèvement par les diaboliques suceurs de sang de son enfant à peine né. De nouveau sur pied, elle ne tarde pas à se lancer sur la piste des ravisseurs, les disciples de Remshi, un secte vampirique attendant la venue d’une sorte de messie qui serait le plus vieux et le plus puissant vampire du monde. Dans sa traque éffreinée Talulla va, non seulement devoir affronter les diaboliques êtres de la nuit, mais aussi se trouver confronté aux troupes de l’OMPO, l’Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes. Cependant, elle trouvera aussi de nouveaux alliés, comme Madeline, une ancienne amante de Jake transformée en loup-garou sans jamais avoir été mordue, et bien sûr Walker, de qui elle allait tendrement se rapprocher. Tendrement, c’est beaucoup dire avec des loups-garous dont les besoins en chair humaine ne sont en rien dissimulés. Jalonnant son parcours de citations empruntées au journal intime de Jake, dont l’ombre pernicieuse continue de planer sur le roman, Talulla nous entraîne dans une aventure mouvementée fertile en rebondissements dont le rythme infernal se baigne langoureusement dans le sexe et l’hémoglobine sans que pour cela l’ensemble donne une impression de trash ou de vulgaire série B. Revisitant la mythologie du loup-garou comme il l’avait fait dans le précédent tome du cycle, Glen Duncan nous propose d’observer avec la méticulosité du chercheur rivé à son microscope, un membre à part entière de cette espèce d’exception qui n’a pas pour autant oublié son humanité, réagissant par moment comme une jeune femme contemporaine immergée dans la modernité envahissante qui nous entoure. Une femme portée par les pulsions de son instinct maternel dont la trajectoire chaotique débouchera sur des révélations fascinantes sur le vampire qu’elle pourchasse. Un second tome qui continue de nous ouvrir le regard sur d’autres aspects de la monstruosité, ne cachant rien de son côté horrible et des cruels besoins qu’elle véhicule, tout en nous la rendant néanmoins, si ce n’est attachante, tout au moins pathétique et indéniablement captatrice d’intérêt. Un roman que l’on pourrait rapprocher de celui de S .G. Browne (Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère…et, retrouvé l’amour !) qui renouvelait pour sa part le mythe du zombie, paru également chez Folio SF en 2014.
Autre couverture :

samedi 13 août 2016

Dark Eden
(Roman) SF
AUTEUR : Chris BECKETT (Royaume Uni)
EDITEUR : POCKET SF 7212,  — 512 p., 8.50 €
SERIE : Dark Eden 1
TO : Dark Eden, 2012
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Si Scott
Précédentes publications : Presses de la Cité, 3/2015 — 416 p., 22 €  — Couverture de Clément Chassagnard
Les autres titres de la série : 2.Les enfants d’Eden
Critiques : actusf.com (Sylvie Bonnet) - Bifrost 79 (Olivier Girard)
→ L’homme s’est répandu dans l’espace, avec plus ou moins de réussite. Du côté du passif, on notera les déboires d’un équipage mixte forcé de se poser sur une planète inexplorée, et qui a préféré y rester plutôt que de tenter avec les autres un hypothétique retour. Heureusement, étant donné leur sexe différent, Tommy et Angela ont pu refaire le coup d’Adam et Eve, et bientôt leurs descendants viendront peupler ce bout du ciel perdu au sein des immensités stellaires. Mais, même s’il n’y a pas de serpents inventoriés, l’endroit n’a rien du paradis biblique et porte bien son nom de Black Eden. Deux siècles plus tard nous atteignons la cinquième génération après les géniteurs et l’auteur nous immerge au sein de la nouvelle société créée à partir de leurs seuls gènes. Son nom : la Famille (du côté littérature on pense à des réminiscences vampiriques, mais rien à voir avec celles-ci). Strictement hiérarchisée, divisée en plusieurs clans (Picarbre, Lampionrouge…) ce groupe de colons malgré eux a  développé un univers en vase clos qui tend à revenir vers le mode primitif enfermé dans le cocon d’une vallée toute imprégnée d’une étrange faune et flore bioluminescente qui a banni la notion même de nuit, car cette planète sans soleil ne tire ses sources de lumière et de chaleur que des êtres vivants qui l’habitent. Sous la clarté tutélaire des arbres-lampions et la voûte constellée de Tourbillon-Etoilé, les hommes égarés en ces lieux suivent un lent cheminement vers la dégénérescence, frappé par la consanguinité et une démographie galopante, oublieux de toute technologie, victime d’un appauvrissement de la langue  et revivant l’époque des chasseurs-cueilleurs avec pour seul mythe celui d’une Terre rêvée et d’un espoir de sauvetage s’instaurant en sorte de religion avec un but de plus en plus lointain et inaccessible au fil du temps. Pourtant, cet univers de sous culture composé de cinq cent membres flirtant avec tous les poncifs de l’obscurantisme recèle néanmoins de bons côtés. En effet, chez eux, l’utopie des hippies soixante-huitards de San Francisco bannissant tabous sexuels et violence est devenue réalité. On pourrait donc penser que ce microcosme harmonieux a de l’espoir devant lui ou, comme John Lampionrouge, croire dur comme fer que tout cela ne mène qu’à une lente extinction de tout ce qui fait leur humanité. Lui se veut le grain de sable du rouage, celui qui ne se contente pas de l’univers clos de sa vallée étroite, celui qui veut aller de l’autre-côté franchir la limite improbable de Noirneige et s’enfoncer dans l’univers ténébreux qui terrorise ses semblables avec ancré au fond de lui-même la certitude d’y découvrir des terres vierges riches d’espace à conquérir. Or, les nouvelles idées ne font pas bon ménage avec une société qui se sclérose, pire, elles risquent de faire ressurgir des vieux démons que l’on croyait pourtant rangés au rayon des croquemitaines. John va donc se générer des ennemis et refaire découvrir à la Famille les tristes passions humaines qui ont pour nom le meurtre et la guerre. Narrant son histoire à la première personne du singulier, ce qui favorise l’empathie du lecteur, alternant les points de vue, tout en laissant au récit de John une prédominance naturelle, Chris Beckett, écrivain britannique né à Oxford en 1955,  nous concocte un roman qui se lit aussi facilement que l’eau coulant dans le lit d’une rivière et dont la suite, Les enfants d’Eden, paru chez les Presses de la Cité en 2016, ne devrait pas tarder à arriver en format de poche.
Autre couverture :

jeudi 11 août 2016

La lune seul le sait
(Roman) Uchronie / Steampunk
AUTEUR : Johan HELIOT (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 149 — 368 p., 10.50 €
SERIE : Trilogie de la Lune 1
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédentes publications :
● Mnémos-Icares Fantasy, 10/2000 (1er version) — 288 p., 16.77 € — Couverture de Vincent Dutrait
● Gallimard-Folio SF 149, 10/2003 — 370 p., 8.50 € — Couverture de Eikasia
● Gallimard-Folio SF 149, 3/2007 — 370 p., 8.50 € — Couverture de Sam Van Olffen
● Mnémos-Icares Fantasy, 5/2007 — 312 p., 19 € — Couverture de Manchu
● in La trilogie de la lune, Mnémos-Icares, 4/2011 — 608 p., 25 € — Couverture de Ammo
Autres titres de la série : 2.La lune n’est pas pour vous – 3.La lune vous salue bien
Critiques : www.yozone.fr (Henri Bademoude-Ploum ! Ploum : Tralala ! Anarchie vaincra ! Délices & Daubes n°61)
→ Lorsque Victor Hugo complote avec un Jules Verne de 70 ans pour libérer Louise Michel internée dans le bagne lunaire de Cyrano, on peut aisément parler de steampunk, mais pour une fois celui-ci emprunte des références bien françaises (historico-politico-littéraires) au lieu d’évoluer dans les brumes de l’ambiance victorienne. L’atterrissage en pleine exposition universelle de 1889, à Paris, du vaisseau spatial des Ishkiss a permis ce tour de passe passe de l’Histoire, quand ceux-ci ont accepté de troquer quelques bribes de leur haut savoir technologique contre l’acier de notre bonne vieille planète. Napoléon le Petit en a profité pour triompher à Sedan, et pour étendre son Empire à travers l’Europe, tout en terrorisant le peuple français et en envoyant croupir les opposants et les survivants d’une Commune massacrée sur notre cher satellite. Bien sûr, il n’aura pas gain de cause, et il devra compter avec les partisans d’une utopie anarcho-socialiste s’évertuant à le bouter hors du trône, avec en particulier un voyage sur la Lune d’un Jules Verne mettant à mal sa réputation de grand sédentaire pour y rencontrer une Louise Michel plus vraie que nature. Un roman bourré d’invention, comme les fabuleux voyages à l’intérieur d’un insecte, où l’on croise une multitude de personnages, imaginaires ou connus (l’éditeur Hetzel, Verlaine et Rimbaud, Victor Hugo, etc..). Assurément l’une des meilleures réussite française de ce courant littéraire avec les oeuvres de Reouven. Un roman qui, à sa sorti, a obtenue le prix Rosny Ainé en 2001.
Autres couvertures :


Roi du matin, reine du jour
(Roman) Merveilleux
AUTEUR : Ian McDONALD (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 432 — 608 p., 10.50 €
TO : King of morning, queen of day, 1991
TRADUCTION : Jean-Pierre Pugi
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédentes publications :
● Denoël-Lunes d’Encre, 1/2009 — 504 p., 25 € — King of morning, Queen of day, Bantam-Spectra, 5/1991 — Tr. : Jean-Pierre Pugi —  Couv. : Michel Koch
● Gallimard-Folio SF 432, 9/2012 — 608 p., 10.50 € — Couv. : Michl Koch (avec bandeau haut de couverture)
Sommaire :
Craigdarragh préalablement sous le titre Roi du matin, reine du jour (version plus courte) in Etat de rêve (Empire of dreams, Bantam Spectra, 2/1988) Robert Laffont-Ailleurs et Demain, 11/1990 & Livre de Poche Science-Fiction 7123, 11/1997 — Tr. : Bernard Sigaud
Le front des mythes
Shekinan
Critiques : www.actusf.com (Arkady Knight) : www.actusf.com (Tony Sanchez) ; www.cafardcosmique.com (Ubik & Soleil Vert) ; L’Ecran Fantastique 295 (Claude Ecken) ; www.noosfere.com (Bruno Para) ; www.yozone.fr (Hervé Thiellement)
→ Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d'autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu'i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d'on ne sait où.  Premier récit mettant en scène l’un des trois protagonistes du livre, Craigdarragh est en fait la version longue d’une nouvelle, Roi du matin, reine du jour, publié dans le recueil Etat de rêve (Robert Laffont-Ailleurs et Demain 11/1990, puis Livre de Poche SF 7203, 11/1997). Utilisant le schéma fragmentaire du roman épistolaire, avec enchâssement d’extraits de journal intime, d’entretiens, de correspondances… ce récit narre les trajectoires divergentes et convergentes à la fois dans leur aspect hors normes de la jeune adolescente irlandaise Emily Desmond et de son père, le Dr Edward Garrett Desmond. La première passe la plupart de son temps à errer dans les bois où elle rencontre des créatures féeriques qui l’invitent à quitter le monde réel pour pénétrer dans celui des mythes. Le second s’est mis au banc de la communauté scientifique et s’est coupé de son proche entourage pour construire un gigantesque dispositif lumineux qui lui permettra d’entrer en contact avec les Altaïriens, qu’il est persuadé d’avoir identifié à bord d’un astronef en approche de la Terre que ses confrères prennent pour une simple comète. S’inspirant tout autant des thématiques de la SF, que de celle du roman Fantastique, avec l’allusion aux extraterrestres, le cadre victorien de l’histoire et les explications rationnelles (frustration sexuelle et religiosité exacerbée) portée sur les rencontres d’Emily, Ian McDonal s’amuse ainsi à construire et à déconstruire ces genres majeurs de la littérature de l’imaginaire. Dans le second récit du recueil, Le front des mythes,  il s’attaque à un second destin de femme, celui de Jessica Caldwell, la fille d’Emily Desmond. Nous la découvrons au seuil de la seconde guerre mondiale alors que, pour échapper à la monotonie du quotidien, elle tombe amoureuse d’un combattant de l’IRA, avant d’en apprendre plus sur ses véritables origines et d’amorcer une véritable analyse conflictuelle à l’égard du substrat mythique qui baigne la nature irlandaise. Si la première histoire faisait penser aux célèbres photographies de fées de Cotingley chères à Conan Doyle, avec certaines parentés avec Le parlement des fées de John Crowley, ce second texte appréhendée à travers plusieurs narrateurs, est une véritable plongée dans le Dublin des années trente décrit avec une minutie d’entomologiste et dont le destin contrasté est le parfait reflet de l’âme irlandaise prise entre l’âpreté d’une réalité morose et parfois sanguinaire et la présence invisible des mythes, faisant ainsi dériver le récit vers un réalisme merveilleux proche de la littérature sud-américaine. Enfin Shekinan, le troisième texte de ce livre, introduit le personnage d’Enye McColl, une publicitaire de la fin du XXème siècle, dont la paisible existence est brutalement bouleversé par la résurgence des pouvoirs hérités de sa lointaine ancêtre, Emily Desmond. Ceux-ci se concrétisent sous la forme de démons venus hanter ses nuits et contre lesquels elle devra apprendre à se battre, katana en main. Découpée par de nombreux flashback cette histoire à l’ambiance manga tient à la fois du Ghosbusters et du Fight Club, et accentue la confrontation entre le réel et l’imaginaire, tout en privilégiant dans la trajectoire initiatique de l’héroïne la primauté donnée au présent et au pouvoir de créativité qui doit l’aider à s’extraire du carcan des mythes. Un triptyque qui enveloppe les croyances irlandaises dans toute leur évolution et qui nous permet d’entrer plus en profondeur dans l’œuvre d’un écrivain, né en Angleterre mais ayant presque toujours vécu en Irlande, trop peu traduit en France (Desolation road et Necroville), qui sait remarquablement transcender les genres, au même titre qu’un Robert Holdstock de La forêt des Mythagos, mais avec un ancrage plus accentué dans un réalité datable et omniprésente. A noter, en refermant ce livre, de consulter la passionnante critique publiée par Arkady Night sur le site www.actusf.com.
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dimanche 24 juillet 2016

Magies secrètes
(Roman) Steampunk
AUTEUR : Hervé JUBERT (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 543, 3/2016 — 320 p.
SERIE : Les enquêtes de Georges Hercule Bélissaire Beauregard 1
COUVERTURE : Camille Alquier
Précédente publication : Le Pré-aux-Clercs-Pandore 3, 11/2012 — 335 p., 16 € — Couverture de Bejamin Carré
Critiques : actusf.com (Fred Combo)
→ « J’ai enlevé Udolphe et je défie Georges Beauregard de le retrouver » tel est le message délivré par un post-mortem sur les tables de la morgue. Des propos suffisamment éloquents pour décider Titania, l’épouse de l’Empereur Obéron III, femme dangereuse s’il en est, à confier au jeune ingénieur mage la lourde tache de retrouver son neveu. C’est que depuis quelques temps les ruelles de Sequana, une sorte d’équivalent féerique de Paris, ne semblent plus sûres, surtout pour les proches de l’Empereur qui sont victimes de sorts meurtriers. Les soupçons se portent sur le Visage, une entité maléfique à qui Oberon a déjà eu affaire, d’autant plus que les êtres de la féerie ne font pas bon ménage avec l’Empereur qui, aidé du préfet Hoffmann, a décidé d’en débarrasser sa cité de Séquana. Depuis Hoffmann massacre Séquana, taillant dans les enclaves mythologiques, nivelant les poches à mystères, ouvrant des avenues tracées à la règle et approchant d’un point de non-retour où la Féerie, menacée dans son essence, se retournera contre la Cour. Un dilemme pour Hercule Belissaire Beauregard, fruit des amours d’une fée et d’un mortel, car si, officiellement, il travaille pour le Pouvoir, il n’hésite pas à recueillir dans son hôtel particulier certaines créatures plutôt mal en point, comme Jeanne, jeune fille amnésique aux étranges facultés exhumée d’un puits, qui s’attachera bientôt à ses pas et qui, avec l’aide de Condé l’automate parlant et de la déesse Isis, le secondera dans cette périlleuse enquête que lui a confié le ministère des Affaires Etranges placé sous la direction du ténébreux Vallombreuse. Des investigations qui reposent sur les déclarations d’un écorché-noyé promettant que le prince Udolphe serait renvoyé morceau par morceau à la cour impériale à moins que Beauregard ne débusque son ravisseur. Profitant du désordre que cause cet enlèvement, les habitants féériques, lassés d’être traqués par le Pouvoir, sèment la panique dans Séquana à l’aide de miroirs maléfiques et de jouets magiques qui se transforment en machines de mort. Grâce aux révélations du sanguinaire Baron de l’Estrange, Beauregard, toujours suivie de Jeanne, sa nouvelle apprentie, apprend que c’est Hellequin, un démon incarné fondateur d’une troupe théâtrale qui a enlevé le Prince qu’il menace de démembrer avant de le décapiter. Une enquête qui entraîne Beauregard, l’enfant trouvé qui ne rêve jamais, sur les traces du Démon de Bergame et d’un certain Masque de Souffrance sautant de personnages en personnages et qui le pousse à revenir sur la question fondamentale qui l’anime : éclaircir le mystère de ses origines. Un embryon de ce roman avait vu le jour sur le titre La fête électrique dans la collection Abysses de la Librairie des Champs Elysées en 1998. La collection ayant guère vécu, l’auteur avait mis son principal héros Georges Beauregard dans un tiroir jusqu’à ce que Xavier Mauméjean accepte qu’il l’exhume pour la collection Pandore orientée vers la Fantasy urbaine et le Steampunk. qu’il dirige chez le Pré-aux-Clercs. Une nouvelle vie à travers un récit agrémenté de nombreuses notes en bas de pages dont l’auteur lui-même, dans une interview donné sur le site elbakin.net, conseille de se reporter uniquement après avoir fini le livre, pour ne pas ralentir la lecture. Ajoutons que ceux qui veulent en savoir plus sur l’univers de la série peuvent consulter avec profit le blog que l’auteur lui a consacré à l’adresse hervejubert.fr
Autre couverture :