mercredi 17 février 2016

La chute de Londres
(Essai) Reportage
AUTEUR :  China MIEVILLE (Royaume-Uni)
EDITEUR : Pocket Agora 377, 10/2015 — 93 p., 7.70 €
TRADUCTION : Frabn9ois Laurent
COUVERTURE : Marion Tigréat
Critiques : www.yozpne.fr (Hilaire Alrune)
Le marketing étouffe Londres tout aussi vigoureusement que la flore martienne de la fin du monde chez Wells. Presque un quart des jeunes londoniens sont sans emploi. Sur la ligne grise Jubilee, plus on s'enfonce vers l'Est, station après station, de Westminster jusqu'à Cannin Town, à chaque arrêt l'espérance de vie locale raccourcit d'un an, tandis que comme Smaug, les statues des dragons veillent jalousement sur l'or de la City. Aux confins de Londres s'étendent des zones négligées et irrésistibles envahies par les commerces de proximité où les laveries automatiques bon marché ressemblent à des portails spatio-temporels tant leur nombre est exponentiel. Là où vivent les pauvres, de plus en plus nombreux, croissent les magasins suceurs de sang, ceux des prêteurs sur gages et les « money shop » qui délivrent des prêt à court terme. On peu analyser les différences sociales de Londres à parti des éclairages de Noël, avec une surcharge de couleur pour les habitations les plus modestes et des sapins éclairés en blanc très kitch pour les demeures les plus aisées. Depuis la défaite du gouvernement Travailliste, les Conservateurs au pouvoir alliés aux démocrates Libéraux ont instauré les toilettes de l'économie. Le prix augment pendant l'hécatombe des services publics (bibliothèques fermés, prestations sociales réduites) ouvriers et salariés placés sous la coupe d'un nouveau et redoutable contrat de travail. Outre les répression musclées des émeutes et manifestation, avec un nombre de morts alarmants inexpliqués et surtout impunis, depuis 1998 sévissent les OCAN (Ordonnance sur le Comportement Social) de Tony Blair des lois adaptés à une société qui, comme Chronos, dévorent ses enfants, en pénalisant un comportement individuel légal (juron proféré à voix haute, football sur la voie publique, musique un peu trop forte dans un bus) en un délit sur mesure susceptible de condamnation et donnant ainsi du grain à moudre à l'étiquette de « jeunesse sauvage » qui fait les beaux jours des médias et dés débats politiques et dont pourtant la formulation n'est pas un diagnostic, mais un symptôme. Partout les hauts mur sont hérissés comme les tignasses loupo-garous en tessons de bouteilles, fragments de poteries, éclats de miroir, comme si pour défendre la propriété la ville se défaisait de sa peau de brique pour révéler l'animal qui sommeille en dessous, le reste des façades dégoulinant sous les ravages du guano verts des perruches de la même teinte désormais maîtresses du ciel londonien. Un peu partout les squats se développent anarchiquement bien loin de la notion originale destiné à créer un espace où d'autre types de relations étaient possibles fondées sur la confiance le partage, la liberté. Gonflé par une population qui s'est grossie de l'addition de générations d'immigrés dont les diverses diasporas ont littéralement nourris la cité, Londres est en proie à un racisme en perpétuelle augmentation,  l'islamophobie ayant remplacé l'antisémitisme originel Un constat sans concession que dresse cet auteur qui a grandi avec sa sœur Jémina dans une maison du nord-ouest de la cite londonienne, dans le quartier de Willesden, élevé par sa mère, une ancienne hippie Marxiste convaincu, China Mieville s’est efforcé d’écrire des romans dans chaque genre littéraire (western, roman maritime, roman policier) mais surtout des récits basés sur l’imaginaire qui s’articulent principalement autour de la cité-état de la Nouvelle-Crobuzon qui lui fit en partie inspirée par le chaos urbain du Caire. Il est à noter que des extraits de ce roman, précédé ici d’une nouvelle introduction, ont été publiés en mars  dans le New York Times Magazine. De nombreuse photos en couleur prises par l'auteur accompagnent avec bonheur les pages de ce livre.