dimanche 24 juillet 2016

Magies secrètes
(Roman) Steampunk
AUTEUR : Hervé JUBERT (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 543, 3/2016 — 320 p.
SERIE : Les enquêtes de Georges Hercule Bélissaire Beauregard 1
COUVERTURE : Camille Alquier
Précédente publication : Le Pré-aux-Clercs-Pandore 3, 11/2012 — 335 p., 16 € — Couverture de Bejamin Carré
Critiques : actusf.com (Fred Combo)
→ « J’ai enlevé Udolphe et je défie Georges Beauregard de le retrouver » tel est le message délivré par un post-mortem sur les tables de la morgue. Des propos suffisamment éloquents pour décider Titania, l’épouse de l’Empereur Obéron III, femme dangereuse s’il en est, à confier au jeune ingénieur mage la lourde tache de retrouver son neveu. C’est que depuis quelques temps les ruelles de Sequana, une sorte d’équivalent féerique de Paris, ne semblent plus sûres, surtout pour les proches de l’Empereur qui sont victimes de sorts meurtriers. Les soupçons se portent sur le Visage, une entité maléfique à qui Oberon a déjà eu affaire, d’autant plus que les êtres de la féerie ne font pas bon ménage avec l’Empereur qui, aidé du préfet Hoffmann, a décidé d’en débarrasser sa cité de Séquana. Depuis Hoffmann massacre Séquana, taillant dans les enclaves mythologiques, nivelant les poches à mystères, ouvrant des avenues tracées à la règle et approchant d’un point de non-retour où la Féerie, menacée dans son essence, se retournera contre la Cour. Un dilemme pour Hercule Belissaire Beauregard, fruit des amours d’une fée et d’un mortel, car si, officiellement, il travaille pour le Pouvoir, il n’hésite pas à recueillir dans son hôtel particulier certaines créatures plutôt mal en point, comme Jeanne, jeune fille amnésique aux étranges facultés exhumée d’un puits, qui s’attachera bientôt à ses pas et qui, avec l’aide de Condé l’automate parlant et de la déesse Isis, le secondera dans cette périlleuse enquête que lui a confié le ministère des Affaires Etranges placé sous la direction du ténébreux Vallombreuse. Des investigations qui reposent sur les déclarations d’un écorché-noyé promettant que le prince Udolphe serait renvoyé morceau par morceau à la cour impériale à moins que Beauregard ne débusque son ravisseur. Profitant du désordre que cause cet enlèvement, les habitants féériques, lassés d’être traqués par le Pouvoir, sèment la panique dans Séquana à l’aide de miroirs maléfiques et de jouets magiques qui se transforment en machines de mort. Grâce aux révélations du sanguinaire Baron de l’Estrange, Beauregard, toujours suivie de Jeanne, sa nouvelle apprentie, apprend que c’est Hellequin, un démon incarné fondateur d’une troupe théâtrale qui a enlevé le Prince qu’il menace de démembrer avant de le décapiter. Une enquête qui entraîne Beauregard, l’enfant trouvé qui ne rêve jamais, sur les traces du Démon de Bergame et d’un certain Masque de Souffrance sautant de personnages en personnages et qui le pousse à revenir sur la question fondamentale qui l’anime : éclaircir le mystère de ses origines. Un embryon de ce roman avait vu le jour sur le titre La fête électrique dans la collection Abysses de la Librairie des Champs Elysées en 1998. La collection ayant guère vécu, l’auteur avait mis son principal héros Georges Beauregard dans un tiroir jusqu’à ce que Xavier Mauméjean accepte qu’il l’exhume pour la collection Pandore orientée vers la Fantasy urbaine et le Steampunk. qu’il dirige chez le Pré-aux-Clercs. Une nouvelle vie à travers un récit agrémenté de nombreuses notes en bas de pages dont l’auteur lui-même, dans une interview donné sur le site elbakin.net, conseille de se reporter uniquement après avoir fini le livre, pour ne pas ralentir la lecture. Ajoutons que ceux qui veulent en savoir plus sur l’univers de la série peuvent consulter avec profit le blog que l’auteur lui a consacré à l’adresse hervejubert.fr
Autre couverture : 

samedi 23 juillet 2016

Le testament de Jessie Lamb
(Roman) Science-Fiction / Dystopie)
AUTEUR : Jane ROGERS (Royaume Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 536, 1/2016 — 354 p., 8,20 €
TO : The good fairies of New York, 1992
TRADUCTION : Marianne Groves
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Editions Intervalles, 4/2009  — 304 p., 19 € — Couverture non illustrée
Jessie Lamb avait seize ans lorsque le monde s'est écroulé autour d'elle, Le virus du SMM (Syndrome de Mort Maternelle), probablement libéré par des bio terroristes, a déferlé sur le monde et les femmes enceintes meurent en couche, leur cerveau peu à peu réduit à l'état d'une éponge. Désormais la jeune génération qui n'a pas été contaminé sera la dernière que connaîtra une Humanité menacée d'extinction car incapable de se renouveler. Dés lors la société confrontée à cette pandémie affiche toutes les stigmates de la déliquescence : émeutes, vandalisme, suicides, dérives sectaires, violence exacerbée. C'est justement cette violence que semble exercer le geôlier de Jessie, qui la maintient entravée dans une chambre où seul un morceau de papier et un stylo lui permettent de rédiger ce testament constituant la trame essentielle de ce livre. Alternant systématiquement entre réalité et retour dans le passé, l'intrigue nous amène à partager l'intimité des pensées de cette jeune héroïne dont nous suivrons, en même temps que ses efforts pour échapper à son enfermement, le cheminement de la pensée. Hésitante, indécise, prenant les décisions que pourraient tout d'abord  lui dicter l'insouciance de son âge, mais qui deviennent vite motivées par un réel besoin d'apporter sa propre pierre au devenir du monde, Jessie va volontairement se confronter à sa propre responsabilité dans le cour de l'Histoire qu'elle peut désormais changer. Car les scientifiques ont travaillé dur afin de trouver une solution de substitution à la mort programmée de l'espèce orgueilleuse qui croyait éternellement dominer la planète. Le programme concocté a pour nom Sleeping Beauty (Belle au Bois Dormant) et il ne brille pas par son humanisme. En effet désormais des femmes volontaires seront utilisées comme réceptacles. Maintenues artificiellement en vie alors qu’elles se transformeront lentement en légume, elles finiront par donner naissance aux embryons non contaminés implantés dans leurs ventres, se sacrifiant ainsi pour assurer la survie de l'espèce. Bien que ses enfants soient à leur tour atteint par le SMM, Jessie a décidé d'offrir son corps à la science, au grand désespoir de son propre père, prêt à tout pour l'empêcher de réaliser ce qu'il considère comme une folie, et allant même jusqu'à la violence de la séquestration. Un livre paru pour la première fois en France chez les Presses de la Cité en 2014, premier roman de l'écrivaine britannique Jane Roberts, qui enseigne l'écriture romanesque à l'université de Sheffield, a être publié en France, Un récit dans lequel certains critiques ont pu opérer un rapprochement entre Jessie et l' »héroïne du roman de Karen Thompson Walker, L’âge des miracles, (paru également aux Presses de la Cité) car il s'intègre dans un background identique de fin du monde (le ralentissement de la rotation de la Terre sur son axe dans le livre de Thompson Walker), mais dont je rapprocherai plus volontiers la thématique du roman de P. D. James, Le fils de l'homme, adapté au cinéma par Alfonso Cuaron en 2006, qui nous plonge au sein d'une dystopie décrivant un Royaume-Uni en proie au chaos des pandémies, de la guerre et du terrorisme depuis que la totalité des femmes soient devenus stériles, et s'attachant au trajet  semé d'embûche d'une jeune femme portant la promesse d’un bébé dans on ventre. Travaillant la psychologie de ses personnages avec la finesse d'une aquarelliste, Jane Rogers nous dépeint les moindres implications, politiques, religieuses, ou déontologie que provoque l'apparition de la SMM appuyant sans hésitation là où sa fait mal, comme du côté de l'instrumentalisation des jeunes filles, et nous  laissant en définitive en plein questionnement sur le choix prit par Jessie Lamb en son âme et conscience. Et refermer un livre avec encore en nous un foisonnement d'incertitude bouillonnant dans l'esprit des lecteurs est déjà en soit une belle réussite de la part d’un écrivain dont c’est ici le premier roman publié en France.
Autre couverture :
Death Troopers
AUTEUR : Joe SCHREIBER (uSA)
EDITEUR : POCKET-Star Warss 134, 4/2016 — 286 p., 8,20 €
SERIE : Star Wars
TO : Death troopers, Del Rey, 10/2009
TRADUCTION : Sandy Julien
COUVERTURE : Indika
Le purge, barge pénitentiaire impériale, transportant dans ces flancs près de 500 détenus provenant des quatre coins de la galaxie, vogue inlassablement dans les espace intersidéraux sans espoir de salut pour les condamnés  qui composent l’essentiel de sa population carcérale. Mais un jour la mécanique bien huilée du vaisseau prison se dérègle. Le purge tombe en panne à des années lumières de tout espace habitée et tout proche de l’épave d’un destroyer stellaire naufragé. Placée sous le commandement de Jareth Sartoris, l’implacable capitaine des gardiens du navire, une équipe est envoyée sur le destroyer afin de récupérer les pièces nécessaires à la réparation de l’avarie. Mais, à bord de l’épave, rien ne se déroule comme prévu. Bientôt, la poignée de survivants qui revient de cette expédition ramène avec lui une terrible épidémie qui transforme les humains en zombies assoifées de sang. A bord du Purge seuls quelques éléments sont immunisés contre le virus. Parmi eux Trig et Kale Longo, deux adolescents épinglés lors qu’une rafle de routine dont le père avait été torturé et tué par Jareth Sartori, qui se sont attirés les foudres de Aur Myss, détenu delphanien mâle s’étant hissé à la tête du Gang du Faciès régnant en maître au sommet de la hiérarchie pénitentiaire du Purge. Les deux garçons vont devoir échapper aux hordes de cauchemars avides de chair fraîche qui hantent désormais les couloirs du navire. Heureusement, ils pourront bénéficier de Zahara Cody, le docteur du bord et de son droïde chirurgical Gâchis. Tandis que Jareth tentera une évasion avortée à bord d’une nacelle de sauvetage, la poignée de survivants se joindra bientôt à deux prisonniers pour le moins inattendu, le capitaine Yan Solo et Chewbacca le wookie, faits prisonniers peu avant la destruction de l’Etoile Noire. Dans ce premier roman mêlant volontaire la thématique de l’horreur à l’univers de Star Wars l’auteur décline avec talent tous les ingrédients du genre, nous faisant entrer dans les pensées intimes des personnages et nous invitant à partager leurs propres angoisses, tandis que celles-ci montent crescendo au fur et à mesure que la situation des survivants vire à l’intenable. Formés de chapitres courts qui s’enchaînent au rythme de points de vue alternatifs, le récit déroule sans faillir son serpent d’horreur qui s’argumente finalement sur des tests d’apprentis sorciers menée par l’Empire en mal d’arme révolutionnaire. Un peu déroutant pour les fans de Star Wars, mais de quoi faire endosser à ce vaste univers un costume « zombie » que l’on ne s’attendait guère à lui voir porter et qui, après tout, ne lui va pas si mal que ça.