mercredi 21 décembre 2016

Ceux qui marchent dans les ombres
(Roman) Thriller Fantastique
AUTEUR : Roxanne d’AMBRE (France)
EDITEUR : CALMANN-LEVY, 10/2016 — 377 p., 16.90 €
SERIE : Scorpi 1
COUVERTURE : David Clapp
→ La jeune Charlotte n’a qu’un seul souci, échapper aux avances de Thomas, son supérieur hiérarchique aussi lourd qu’entreprenant, jusqu’au jour où elle découvre le petit Elias Lesath accroupi devant son immeuble. Prise de pitié face à ses cheveux sombres dégoulinants sous la pluie, elle décide de l’abriter chez elle en attendant de retrouver ses parents. Quand elle découvre les cicatrices sur son dos, qu’il lui parle du château où il habite, et qu’il assure appartenir à une famille de tueurs à gages, elle pense tout d’abord qu’il s’agit des élucubrations d’un gamin quelque peu déboussolé. Cependant, sa manière de mettre en fuite deux gredins qui ont semble-t-il la mission de s’intéresser d’un peu trop près à elle, commence à la convaincre qu’il pourrait dire vrai. Il serait donc un vrai tueur né, membre de la société ultra secrète Upsilon Scorpi, une organisation criminelle dominée par une famille de tueurs à gages, la famille Lesath. Des soupçons confirmés par l’apparition d’Adam Lesath, le frère d’Elias, un séduisant jeune homme installé à la place indéboulonnable d’ennemi public numéro un et sur les traces duquel s’est collé Daniel Balard, un inspecteur travaillant sur l’hyper criminalité avec qui il entretient un étrange lien tissé de respect mutuel. Embarquée dans une histoire qui la dépasse, Charlotte découvre l’existence de ces créatures de l’ombre que sont les Scorpi, des assassins dotés de pouvoirs surnaturels leur permettant de se déplacer sans être vus par les humains,  rompus aux missions les plus dangereuses et obéissant à un strict code de conduite : 1.Ne jamais tueur sans rétribution – 2.Ne tuer ni femmes ni enfants – 3.Ne pas tueur leurs commanditaires tant que la mission en cours n’est pas achevée -4.Ne pas tenir compte des articles précédents si une menace pèse sur leur famille. C’est justement pour protéger Charlotte désormais imbriquée dans les tortueuses ramifications des ténébreux Scorpi, qu’Adam, conseillé par son jeune frère, décide de l’épouser. Dés lors, elle va faire la connaissance avec Firmin, le majordome lutin du château des Lesath, Julia, sa future belle-mère, épouse de Lazare le père d’Adam, mais aussi membre de la famille des Draconis, autre clan des Scorpi en guerre larvée contre les Lesath, une horde de gobelins et Paul Fritz, le meilleur tueur à gages des Draconis, jusqu’à sa rencontre avec Adam… Le premier tome d’une série écrite par la créatrice du cycle d’Animae, dont les 4 tomes ont été traduits aux Etats-Unis. Très vite le lecteur est conquis par l’écriture stimulante de Roxanne d’Ambre servi par la narration à la première personne de son héroïne, la pétillante Charlotte à laquelle bien des adolescentes rêveront de s’identifier. Peu à peu le back ground fantastique de l’univers des Scorpi nous est dévoilé en même temps que nous nous glissons dans les pas du meilleur tueur de la famille Lesath, Adam, le séduisant Prince Scorpion dont Charlotte n’hésite pas à nous faire partager leurs premiers ébats amoureux. Tandis que l’intrigue s’écoule limpide, entrecoupée par les apparitions de l’équivoque inspecteur Balard, nous nous dirigeons vers l’envoûtante atmosphère du manoir Scorpi peuplé de créatures sorties tout droit du domaine de la féerie. Assurément une réussite qui incitera à se plonger dans les suites, Ceux qui vivent cachés et Ceux qui tombent les masques déjà parus chez le même éditeur. Et pour ceux qui veulent en savoir  plus sur la série, vous pourrez toujours télécharger Scorpi, les origines, un recueil de trois nouvelles publié par les éditions de l’épée, qui vous en apprendre plus sur les nymphes Clémentine et myosotis, le lutin Firmin et l’enfance d’Adam.
L’inclinaison
(Roman) Science Fiction / Voyages dans le temps
AUTEUR : Christopher PRIEST (Angleterre)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 10/2016 — 398 p., 23 €
TO : The gradual, Gollancz, 2016
TRADUCTION  : Jacques Collin
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Avec ce roman publié aux éditions Lunes d’Encre l’auteur britannique Christopher Priest revient sur son univers de prédilection de l’Archipel du Rêve au sein duquel il nous avait déjà proposé de multiples voyages à travers ses précédents romans tels que Les Insulaires, L’Archipel du Rêve, L’Adjacent ou La fontaine pétrifiante. Brodant astucieusement son intrigue dans le canevas des paradoxes temporels, il propulse son héros, Alesandro Sussken, musicien célèbre évoluant au sein d’une dictature dont la junte au pouvoir l’incite à entamer une tournée organisée par son omniprésent promoteur Ders Axxon qui le conduirait dans le fameux Archipel composé d’îles où il avait toujours rêvé d’exprimer sa musique et, en particulier, sur Temmil, berceau de And Ante, guitariste de rock qu’Alesandro accusé d’avoir plagié son œuvre. Approchant la cinquantaine, le brillant musicien a trouvé son inspiration très jeune dans l’observation de ces îles, à une époque où les bombes pleuvaient autour de lui, tandis que s’opposaient l’Alliance de Faiandland et la république de Glaund où il était né. Puis le conflit s’est déplacé vers la partie méridionale de l’Archipel, vers le continent de Sudmaieure, un sud où a disparu son frère  Jacq, évaporé sur le front,  et qu’il ne désespère pas de retrouver même s’il est trop tard pour ses parents anéantis par la perte de ce fils aîné. Cependant son voyage, plus que sa quête d’un proche perdu et que le moyen d’exprimer tout son talent, va le confronter à l’intimité de son être par sa rencontre avec le graduel, cet étrange phénomène spatio-temporel qui baigne ses îles pas comme les autres. En effet, d’une île à l’autre, le temps ne s’écoule pas de la même manière. Tantôt en avance, tantôt en retard sur le temps absolu, ces tranches divergentes de temporalités provoquent pour Alesandro une altération du temps, positive ou négative, selon les directions qu’il a emprunté et les durées de ses séjours sur les îles qu’il a abordé. D’où le terme d’inclinaison, qui caractérise à la fois la position du voyageur par rapport à l’axe temporel commun, mais aussi celle de son esprit qui s’ouvre enfin à la réelle connaissance du monde qui l’entoure. Car, au retour de son périple musical, Alesandro prendra conscience de la tyrannie et la censure qui gangrène l’univers de Glaund où il a grandit. Véritablement transfiguré par son voyage, il doit faire face à la mort de ses parents et au départ de son épouse, mais, paradoxalement,  il se sent enfin véritablement vivant et décidé à agir sur le monde qui l’entoure en dépit des risques qui pèse sur sa propre liberté. Et pour s’extirper du carcan où voudrait l’enfermer la dictature qui l’opprime, il doit à nouveau fuir dans ces îles si tentatrices et dangereuses à la fois. A travers le personnage d’Alesandro, Christopher Priest nous convie à une sort de vagabondage mystique, sous forme d’introspection intérieure, d’un être en perte de repères et qui ne parvient pas à se raccrocher à l’ambivalente de chacune des îles visitées, dont le pendant technologique, culturel et sociologique clairement détaillé, est repoussé en toile de fond par la perpétuelle atmosphère d’étrangeté qui imprègne ses lieux soumis aux aléa du gradiant temporel provoqué par cette sorte de vortex qui enveloppe l’archipel, créant à chaque déplacement des distorsions par rapport au temps réel des principaux belligérants. Ainsi, Alesandro, tel Alan Corday, le spationaute de Retour à demain de Ron Hubbard (il a quand même fait quelques petits romans de SF avant de trouver une piteuse gloire à travers sa dianétique racoleuse) va, à son retour des îles, s’apercevoir que le temps a évolué différemment pour son entourage. Négligeant l’approche de l’explication scientifique, Christopher Priest joue sur ce paradoxe afin de proposer au lecteur une réflexion à la fois sur l’art, sur le temps, mais aussi sur le devenir des êtres et leur profonde implication dans l’univers qui les entoure. Auteur de ce que l’on a appelé le courant new wave de la SF britannique, que les anciens passionnés de littérature imaginaire ont pu notamment découvrir en France dans la collection Dimensions SF de l’éditeur Calmann-Lévy aux côtés de romanciers tels que Ian Watson, Samuel Delany, G J. Ballard ou Michael G. Coney, Christopher Priest exprime une fois de plus à travers cette histoire sa propre petite musique éloignée des chemins de la SF traditionnelle, plus réaliste que scientifique, plus poétique qu’aventureuse, et chargé d’un mystère qui ne se dévoile jamais réellement, tout en proposant une approche originale de la thématique des voyages temporels, comme a pus déjà le faire, par exemple, Jack Finney dans son célèbre Voyage de Simon Morley.

mercredi 7 décembre 2016

Vent rouge
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Jean-Luc BIZIEN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 561, 10/2016 — 293 p., 16.90 €
SERIE : Katana 1
COUVERTURE : Camille Alquier
Précédente publication : Le Pré-aux-Clersc-Pandore, 5/2013 — 336 p., 16 € — Couverture de Xavier Ribeiro
Critiques : www.actusf.com (Bastien Roche)
→ Le seigneur Thoshiro avait vu juste en essayant de protéger sa femme, Dame Kachiko du regard concupiscant du daimyo, le roi dragon. Mais, il avait été obligé de répondre à l’invitation donnée par ce dernier et, dés qu’il l’avait vu, le daymo l’avait voulue. Dés lors le roi dragon avait capturé, puis décapité Tashiro, non sans le laisser assister à la destruction de son château par le terrible et maléfique vent rouge déchaîné par le daymo. Cependant l’oppresseur n’avait pas obtenu ce qu’il désirait, car Dame Kachiko avait réussi à échapper aux ninjas venus pour la capturer. En fuite avec le vieux guerrier Hatanaka, elle mourut d’épuisement après avoir donné la vie à un garçon, Ichirô. Celui-ci est élevé dans la tradition des moines guerriers par Hatanaka, qui finit par lui apprendre à son adolescence qui il est réellement. Dés lors Ichirô ne pense plus qu’à se venger du démon à l’origine de son statut d’orphelin. Pour cela, alors qu’il a recueilli Buta, jeune paysan doté d’une force de colosse, mais banni de son village à cause de sa couardise, il décide de s’inscrire au concours de recrutement de samouraïs organisé par le daymo afin de s’approcher du démoniaque personnage. Mais, alors que les épreuves doivent se dérouler à l’aide du Bokken, un sabre à en bois destiné à épargner les combattants, Ôno, le jeune samouraï recruteur, le remplace par le Katana, dont les coups sont synonymes de mort. Et il défie Ichirô. Pas assez expérimenté pour ce genre de combat, ce dernier subit de nombreuses blessures avant de perdre conscience. Il se réveille pourtant encore en vie, car, bizarrement, Ôno l’a épargné et il a été déposé sur un charnier d’où Hatanaka s’empresse de l’extirper. Fou de rage le daymo est désormais sur les traces de Ôno, qui s’est raillé au groupe de fuyards, et il a envoyé un ninja redoutable pour s’occuper du jeune recruteur.  Rejoint bientôt par Jotarô, le voleur, et Aiko, le  ninja, le petit groupe va rebondir de péripéties en péripéties dans la plus pure tradition des récits de combats japonais alternant affrontement d’arts martiaux et cascades spectaculaires. Maîtrisant parfaitement son sujet grâce à une parfaite connaissance de la civilisation nippone de la période des samouraïs, Jean-Luc Bizien, auteur reconnu dans le domaine de la jeunesse, mais aussi dans celui des romans de fantasy, des thrillers et des romans historiques, nous offre un diptyque plutôt destiné à un public avide de récits d’aventures où les héros ne s’embarrassent guère de réflexions philosophiques, tout en n’excluant pas une introspection minutieuses des caractères des différents personnages. Empruntant divers éléments fantastiques, il les distille dans une sorte de japon médiéval (geisha, samouraïs, etc…) cependant nullement marqué par la localisation géographique et étend habilement un voile de mystère sur le lien qui unit le jeune orphelin aux quatre compagnons de route qui désormais partagent sa tumultueuse destinée. Une réédition chez Pocket accompagné du deuxième volume du cycle, Dragon noir, les deux sous d’accrocheuse couverture de Camille Alquier.
Autre couverture :