lundi 4 décembre 2017

Hamlet au paradis
(Roman) Uchronie
AUTEUR : Jo WALTON (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 582, 8/2016 — 406 p., 16.90 €
SERIE : Le subtil changement 2
TO : Ha’penny, 2007
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes d’Encre, 9/2015 — 352 p., 21.50 € — Couverture de Sylvain Deleu
→ La collection Folio continue avec bonheur de plonger dans le catalogue Lunes d’Encre pour ses rééditions en poche et, en attendant la reprise du 3ème titre du cycle du Subtil changement intitulé Une demi-couronne, nous propose de plonger dans le second opus de cette remarquable uchronie où l’Angleterre de 1949 n’a pas perdu la guerre, mais a signé en 1941 une paix dans l’honneur (le déshonneur pour certains) avec les nazis qui dominent désormais la totalité de l’Europe, tandis que l’Amérique, où Lindbergh est devenu président d’un pays profondément hostile aux juifs, entretien un farouche isolationnisme, et que seul demeure face au Troisième Reich le bloc communiste symbolisé par l’URSS et Staline. C’est dans cette Angleterre où les juifs font désormais l’objet d’un traitement à part, qu’évolue Viola Lark, jeune comédienne qui a rompu avec sa famille pour brûler les planches des théâtres Londoniens. Une artiste qui vient de se voir proposer le rôle de sa vie en incarnant Hamlet devenu non pas héritier, mais héritière de la couronne du Danemark dans une pièce shakespearienne s’intégrant désormais dans la mode de l’inversion de sexes qui se réapproprie les classiques du répertoire théâtral. Mais voilà qu’en même temps sa sœur Siddy, convertie aux sirènes du communisme, lui demande d’endosser une personnalité bien plus dangereuse, celle d’une poseuse de bombe. Car le terrorisme continue de travailler la perfide Albion, permettant ainsi à l’inspecteur Anthony Carmichael de Scotland Yard de revenir sur le devant de la scène en enquêtant sur une explosion qui a causé la mort de l’artiste Lauria Gilmore et d’un mystérieux inconnu. Sur fond de complot destiné à déstabiliser la statu quo ambiant dans lequel s’englue la nation britannique, de fuite de domestiques juifs et d’attentat contre Hitler, Jo Walton déroule deux intrigues en parallèle, celle de l’inconstante Viola, tombé amoureuse d’un ténébreux aventurier irlandais et confrontée au retour au pays de sa sœur Pip devenue l’épouse du puissant Himmler, et d’un inspecteur Carmichael conduisant avec minutie une enquête qui risque de mettre en cause d’éminentes personnalités de cette Angleterre passée sous la botte du fascisme, et craignant de plus en plus que son homosexualité soit révélée au grand jour. La suite d’une série qui démontre, une fois de plus, tout le talent de créatrice d’univers d’un auteur dont les amoureux de dragons ont pu récemment découvrir dans la collection Lunes d’Encre de Denoël le surprenant Les griffes et les crocs.
Autre couverture :

samedi 4 novembre 2017

Un éclat de givre
(Roman) Postcataclysme
AUTEUR : Estelle FAYE (France)
EDITEUR : GALLIMARD FOLIO 585, 9/2017 — 336 p., 8,50 €
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Les Moutons Electriques-La Bibliothèque Voltaïque, 6/2014 — 256 p., 21 € — Couverture de Aurélien Police
Critiques : Bifrost 76 (Manuel Beer) - www.elbakin.net (Gillossen)
Estelle Faye nous avait déjà entraîné dans une fresque uchronique passionnante avec sa trilogie de La voie des oracles également reprise chez Folio et narrant les aventures d’une jeune femme doté de dons de divination dans un monde soumis à la férule de l’Empire romain, mais dans lequel surnage encore les divinités du passé. Cette fois elle revient avec un récit de postcataclysme porté par Chet, un héros quelque peu déjanté, à  la fois chanteur de jazz et facilitateur, c'est-à-dire doué pour mettre les gens en contact, véritable animal de survie qui enchaînent les jobs plus ou moins illégaux afin de boucler ses fins de mois au sein d’un Paris d’après la Fin du Monde devenue une cité tentaculaire et démembrée où les masses interlopes qui la composent ne subsistent que grâce à la nourriture fournie par les Frelots de la Bordure. Voilà notre Chet qui, après avoir succombé au charme de l’envoûtant Galaad, se trouve  embrigadé dans un sombre histoire de recherche de dealer, Echo en l’occurrence, l’un des vecteur de prolifération de la Substance, drogue redoutable provoquant de singuliers troubles de la personnalité et véritable bombe a retardement venant de très haut et portant en son sein les germes d’extermination de la ville. Pour trouver Echo, Chet n’hésitera pas à retourner dans l’Au-delà, quartier de haute insécurité où des bandes de savants fous se livrent à toutes sortes d’expérimentations sur les corps et les âmes des misérables déchets qui tombent entre leurs griffes. Dans ce Paris à l’atmosphère de Moyen Age, mais où es drones incontrôlés continuent de se prendre au hasard à la population, Chet le bisexuel et son chevalier blanc rebondissent de situations critiques en expériences désespérées, visitant au passage des lieux intemporels que les amoureux de l’ancienne Lutèce découvrant sous un vernis de fantastique, tel ce parvis Notre Dame aux mains du roi gitan, le sinistre Janosh La Lavorna, ce Jardin du Luxembourg aux plantes dévorantes, cette piscine Molitor repaire de sirènes et ces catacombes encore plus mystérieux qu’ils l’étaient de nos jours. Retrouvant au passage Tess, son ancienne amante, Chet semble évoluer comme un poisson dans l’eau dans cet univers post-apo où, à force de maltraiter la planète l’homme a fini par la pourrir, pour l’achever à coups d’exploitation de gaz de schiste, et entraîner sa révolte climatique ne laissant que des déserts où surnageaient quelques cités tentaculaire provisoirement épargnée par le retour au néant. Parcouru d’une sensualité qui transpire entre les lignes, porté par des descriptions fines et fantasmées issues du formidable travail de recherche auquel s’est livré l’auteur, enveloppé dans une trame narratrice qui alimente sans cesse l’intérêt du lecteur, ce livre bouillonnant d’originalité flirte harmonieusement avec SF, polar et Fantasy urbaine et démontre une fois plus qu’il faudra compter avec la plume de Estelle Faye dans la nouvelle génération des arpenteurs d’imaginaires.
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mardi 31 octobre 2017


AUTEUR : Jo WALTON (Gb)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 8/2017 — 412 p., 21.90 €
TO : Tooth and claw, Tor Books, 2003
TRADUCTION : Florence Dolisi
COUVERTURE : Aurélien Police
Critiques : www.elbakin.net (Siriane)
→ Ce nouveau roman de l’auteur galloise du cycle de Morwenna débute par l’agonie de Bon Agornin, un énorme dragon, assisté dans son trépas par Penn, un prêtre dragon, qui s’empresse de lui dévorer les yeux dés qu’il a recueilli ses dernières paroles. Un entrée en matière plutôt déroutante pour un lecteur lambda qui ne sait pas encore qu’il va vivre dans prés de 400 pages au sein d’une société de dragons très anthropomorphe. Celle-ci se caractérise par deux points principaux. D’abord, son obédience victorienne car, pour écrire se lire, Jo Walton aurait pris pour modèle le récit du célèbre auteur britannique Anthony Trollope, Framley Parsonnage. Dés lors on ne s’étonnera guère de voir nos chers dragons évoluer selon un strict code de convenance débouchant sur des catégories sociales bien définies où les nobles occupent le haut du pavé. Gros et imposants, ils peuvent voler, sont à la tête d’un fief et de richesses considérables en rapport avec leur statut social (Illustre, Respecté, Digne Eminent) et dominent tout un peuple de serfs aux ailes attachées. Bien entendu l’ensemble de ce monde est avant tout patriarcal et les femmes, qui ne peuvent tomber amoureuses qu’une fois, émoi trahi par le subit rosissement de leurs écailles, ne pensent qu’à trouver l’élu de leur cœur qui leur assurera protection et longue descendance. Cette dernière d’ailleurs nous permet de rebondir sur l’autre originalité de ce roman : nos dragons sont des cannibales. En effet, à la mort de Bon Agornin, sa famille s’est empressée de se partager sa carcasse, car les dragons ne peuvent grossir, et dés lors acquérir plus de puissance, qu’en mangeant de la viande d’autres dragons. Un repas de fête qui, comme de juste, est réservé aux nobles, ne dédaignant pas, à l’occasion, à ingurgiter leurs propres enfants si ceux-ci présentent des faiblesses qui pourraient nuire à l’épanouissement de leur lignée. Ces agapes ne sont pas toutefois sans conséquences, car, frustrés par la part de roi que l’Illustre Daverak, l’époux de Beren, l’une des filles de Bon Agornin a prélevé dans la dépouille du défunt, ses autres enfants, l’ambitieux Avan en tête, lui intentent un procès pour spoliation de bien. La suite du roman va se construire à cheval sur le déroulement de cette procédure judiciaire et sur les péripéties amoureuses de Haner et Selendra, sœurs de couvées et autres filles de Bon Agornin. Au fil de demandes en mariages successives, de séquestrations et de manigances en tous genres, nous allons être invités à partager les préoccupations, souvent bien terre à terre, d’une société refermée sur elle-même qui permet à Jo Walton de parfaire sa critique de moeurs victoriennes empreintes de sauvagerie et de cruauté sous des atours poudrés et des apparences de bonnes manières. Le lecteur français friand de romantisme anglais y retrouvera des accents à la Jane Austen, plus connue que Trollope de ce côté-ci de la Manche, et ne pourra que se plonger avec une surprise mêlée d’une certaine admiration dans cette façon souvent drôle et originale d’aborder ce qui fut une période clé de la vie de nos chers voisins britanniques sans omettre les rapports avec le religieux et l’importance du joug de la servitude, certains fidèles valets allant jusqu’à finir dans l’estomac de leurs maîtres. Un roman surfant avec brio sur le mélange des genres, sans oublier une nette connotation féministe nous présentant des dragonnelles qui compensent leur absence de griffes, avec le déficit physique que cela représente pour affronter les mâles, par la présence de mains qui leurs permettent d’écrire et ainsi de se prévaloir d’une indéniable supériorité intellectuelle sur leurs pères, leurs frères et leurs époux. Un livre donc à découvrir pour tous ceux qui ont déjà apprécié le talent de cet écrivain, auteur notamment de la trilogie uchronique du Subtil changement, également parue chez Lunes d’Encre.

dimanche 10 septembre 2017

Les fiancés de l’hiver
(Roman) Jeunesse / Monde parallèle
AUTEUR : Christelle DABOS (France)
EDITEUR : GALLIMARD FOLIO 6132, 4/2016 — 593 p., 8,50 €
SERIE : La Passe-Miroir 1
COUVERTURE : Laurent Gaillard
Précédente publication : Gallimard jeunesse-Hors Collection, 5/2013 — 528 p., 18 € — Couverture de Laurent Gaillard
Les autres titres de la série : 2.Les disparus du Clairdelune – 3.La mémoire de Babel
Les concours d’écriture, les blasés, vous diront : cela ne sert à rien, sinon qu’à allumer l’espoir dans des yeux forcément déçus à la fin et à imposer de fastidieuses lectures à des membres de jury lassés de voir se répéter des histoires et des intrigues lues ailleurs et en beaucoup mieux. Mais… il y a parfois de bonnes surprises et ce roman en est une. Lauréat d’un concours Gallimard jeunesse il vient inscrire dans le paysage des publications destinées à l’imaginaire son indéfinissable grain d’originalité. D’abord par l’univers qu’il dépeint, les Arches, ces bouts de terres disséminés en plein ciel où vivent les Esprits de Famille et leurs descendants rescapés d’un lointain cataclysme qui a fragmenté de manière chaotique leur monde originel. Pratiquant complots, intrigues, menées d’alcôves et autres mondanités plus ou moins respectables ces familles, chacune dépositaire d’un pouvoir différent, ne pense qu’a affermir leur position face à leur Esprit de Famille respectif. Dans cet univers ouvert à bien des compromissions (preuve que dans le futur tout ne change pas véritablement) les mariages arrangées sont monnaie courante. Ophélie, jeune héroïne à l’écharpe magique, qui entre sur la pointe des pieds dans notre imaginaire de lecteur, est parvenu à se soustraire à pas mal d’entre eux, jusqu’à ce que l’inévitable se produise : elle est promise à Thorn du clan des Dragons, jeune héritier d’une puissante famille du Nord. Là voilà donc forcée de quitter la douceur d’Anima, son Arche de naissance, pour  partir avec sa tante comme chaperonne vers la lointaine Citacielle , capitale flottante du Pôle, enveloppée d’un froid mordant et d’un parfum de mystère qui ne fait que s’épaissir à son arrivée. Car, outre le peu d’intérêt que lui manifeste son fiancé, bougon et taciturne, il lui est fortement conseillé de ne pas révéler les réels motifs de sa présence en ce lieu. Heureusement sous aspect de jeune fille banale et ses lunettes de myope, Ophélie cache un talent particulier pour lire le passé des objets et surtout, pour traverse les miroirs.  Imbibée dans une ambiance, à la fois steampunk, fantastique et fantasy, l’intrigue développe ses ramifications à la cadence d’un doux paresseux, nous permettant aux détours de chaque page d’en apprendre chaque fois un peu plus sur un univers qui prend un malin plaisir à se soustraire à nos regard globalisants. Portées par une héroïne malgré elle plus proche de Cendrillon que de la Belle au Bois  Dormant et d’un héros rendu craquant par son caractère à la fois inaccessible et imprévisible le récit déroule son implacable dynamique au fil de scènes gorgées d’émotions qui contribuent à la peinture d’une univers à la fois riche et complexe dans lequel le lecteur se laissera voluptueusement glisser en attendant une nouvelle plongée dans les prochains tomes de cette série marquée par le sceau de l’originalité.
Autre couverture : 

♦ Un monde meilleur ♦

(Roman) Thriller / SF
AUTEUR : Marcus SAKEY (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio Policier 821, 2/2017 — 495 p., 8.20 €
SERIE : Les Brillants 2
TO : A better world, 2014
TRADUCTION : Sébastien Raizer
COUVERTURE : Benjamin Harte (photo)
Précédente publication : Gallimard-Série Noir, 2/2016 — 432 p., 20 €
Autres titres de la série : 1.Les Brillants – 3.En lettres de feu
→ Depuis 1980, 1% de la population naît avec des dons particuliers et des capacités stupéfiantes : on les appelle les Brillants. Nick Cooper, une sorte d’agent secret traque John Smith, le leader charismatique du groupe de terroristes que sont devenus les Brillants, qui sont parvenus à paralyser trois grandes villes américaines quasi réduites à la famine. Mais, grâce à sa rencontre avec John Smith, Copper a découvert que son agence est corrompue et que celui qui la dirige, Drew Peters, est le véritable instigateur des troubles qui ensanglantent le pays dans le but de provoquer un chaos généralisé qui donnera les pleins pouvoirs au gouvernement. Depuis lors, Shannon, sa maîtresse, une Brillante qui l’a aidé à sauver son ex-femme et ses enfants kidnappés par les sbires de Peters, est devenue une combattante recherchée. Intronisé conseiller du président des Etats-Unis, Cooper est en vérité un ancien Brillant qui a passé toute sa carrière à les traquer. Car, pour les gens normaux les Brillants sont synonymes de dangereuse menace. Lorsqu’ils les détectent, ils emmènent les enfants dans des écoles spécialées où ils sont pratiquement décérébrés. Dans ce monde où les faux-semblants occupent le devant du pavé, apparaît la figure d’Ethan Parc, un scientifique qui a participé à la découverte d’un produit capable de transformer les gens normaux en Brillants. Cette découverte est évidemment convoitée. Ethan, sa femme et sa fille, traqués, sont obligés de s’enfuir sur les routes car les vivres font défaut en ville. Pendant ce temps, Cooper est victime d’une tentative d’assassinat. L’assassin est un Brillant qui l’attaque lors d’un repas au restaurant avec son ex-femme et ses enfants, Kate et Todd. Todd est blessé en tentant d’aider son père qui finit par être tué. Mais, transporté dans une clinique spéciale, ils se remettent très rapidement. Dés lors la suite du roman nous entraîne dans une course-poursuite haletante digne des meilleurs thrillers qui nous propose de s’immiscer dans les méandres du pouvoir d’une société américaine gangrenée de l’intérieur devenue une proie facile pour les pires idéologies brandissant comme vecteur d’agitation la thématique du bouc-émissaire dont les Brillants représentent la plus adéquate représentation. Le second volet d’une trilogie écrite par un passionné de science politique et de communication qui sait admirablement jouer des ressorts de l’écriture pour rentabiliser son intrigue afin d’en extirper la substantifique moelle et pour finir accoucher d’un roman palpitant à mi-chemin entre la corrosive critique sociale et le récit de SF qui se prêterait remarquablement à une adaptation cinématographique sous la forme d’une série dont les TV US ont depuis longtemps maîtrisé les secrets de fabrication.
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lundi 14 août 2017

Port d’âmes
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Lionel DAVOUST (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 577, 5/2017 — 688 p., 9.30 €
COUVERTURE : Alain Brion
Précédente publication : Scrinéo, 8/2015 — 544 p., 23 € — Couverture de François Baranger
Après s’être fait une place dans le monde de la SF (Nouvelle-Crobuzon de China Miéville, la thématique des univers-ville s’est également imposée dans celui de la Fantasy. Les lecteurs du genre ont eu ainsi le plaisir de parcourir les ruelles au parfum de magie de la Mother London de Michael Moorcock, de la Lankhmar de Fritz Leiber, la Neverwhere de Neil Gaiman, pour n’en citer que quelques unes parmi beaucoup d’autres. Ils découvriront dont avec un tout intense émerveillement les trésfonds d’Aniagrad où le jeune Rhuys, héros charismatique ayant traversés les tribulations de la déchéance et du revival, devra se frayer un chemin semer d’embûches et de mille e tune perversions. Dans ces précédents livres, le roman la volonté du dragon (Critic,) et le recueil La route de la conquête, Lionel Davoust nous avait présenté l’univers d’Evanégyre, un monde créé de toute pièce dans lequel il nous invitait à entrer semant sur notre route une multitude de détails autant géographiques, qu’historiques ou sociologiques. Situé chronologiquement dans le futur de cet univers le récit se déroule à un moment d’extinction des Ages Sombres, cette période qui a suivi le déclin du Saint Empire d’Asrethia, voyant se perdre dans le bourbier de l’oubli les avancées technologiques aussi bien que sociales qui faisaient sa splendeur. On y suit la trajectoire de Rhuys ap Kaledan, jeune noble déchu, forcé de travailleur pendant 8 ans au galère pour rembourser les dettes contractées par l’un de ses oncles dévoré par le démon du jeu. Désormais libre, Rhuys arrive à Aniagrad afin de redorer le blason de sa famille qui a été acculée à la ruine par des financiers peu scrupuleux passés maître dans l’art de profiter des faiblesses de leurs débiteurs. D’abord guidé par, qui l’initiera notamment aux transferts, ces rituels magiques qui permettent à un acheteur potentiel de partager pour un temps les émotions liées à un moment clé de la vie d’un vendeur, Rhuys, dans sa quête de réhabilitation va justement tomber entre les mailles du filet que les Administrateurs, pontent intouchables du règne de la Finance, tissent sur Aniagrad, monde clos à cheval entre Renaissance et Moyen Age devenue une redoutable cité du mensonge dont les habitants ne sont que des pions au service d’un but qui les dépasse et dont ils ne sont véritablement que les misérables victimes. Rhuys, tout au long des    page de cet ouvrage devra apprendre à évoluer entre les murs de cette cité franche où tout semble permis, sauf ce que les lois des Administrateurs interdisent, et alors malheur à ceux qui ont l’imprudence de les transgresser. Un grand moment de fantasy mis en valeur par une couverture dans un style très « orientaliste » d’Alain Brion.
Autre couverture :
Enoch
(Roman) Fantasy Historique
AUTEUR : Estelle FAYE (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 567, 1/2017 — 240 p., 8.20 €
SERIE : La voix des oracles 2
COUVERTURE : Pierre Droal
Précédente publication : Scrinéo, 5/2015 — 352 p., 16.90 € — Couverture de Aurélien Police
Dans le premier tome de cette trilogie nous avions fait la connaissance de Thya, fille d’un brillant général romain Gnaeus Sertor, mais aussi dotée d’un pouvoir d’Oracle héritait d’un passé révolu qui attirait la convoitise aussi bien des hommes que des Dieux. Fruit d’un véritable et minutieux travail historique l’histoire nous propulsait dans une Gaule plongée sous l’ombre d’un empire romain en déclin dans laquelle les anciens dieux s’évanouissaient peu à peu face à la lente mais inexorable progression du christianisme. Ainsi la fuite de Thya et de son compagnon Enoch, le Maquilleur, lui aussi promis à un destin hors du commun, nous entraînait dans une exploration à la fois géographique, ethnologique, sociologique et mythologique. Estelle Faye cependant possède assez de talent pour inclure dans l’intrigue ces multitudes de détails accentuant son réalisme sans inutilement l’embouteiller, gardant ainsi intacte l’attention du lecteur propulsé de rebondissements en rebondissements au rythme d’une action qui ne perd jamais son indispensable sens du suspense. Dans ce second tome, nous allons découvrir un Aedon, le frère mal intentionné de Thya, dont l’ambition dévorante va le faire tomber dans les filets d’Hécate, la dangereuse Reine des cauchemars. Celle-ci, en effet, a décidé de se rebeller contre la fin programmée des anciennes divinités, et entends bien briser l’élan d’une chrétienté que rien ne semble pouvoir arrêter. Pour cela, elle compte sur Aedon, tout juste débarrassé de la tutelle de son père qu’il avait essayé d’assassiner, et dont la dévorante ambition le pousse à rêver d’un Empire romain sorti de la déchéance qui le gangrène et revenu à sa gloire conquérante d’antan. Un Empire que, bien entendu, il dirigerait. De son côté Thya, accompagnée de son oncle Gnaeus Aylus, le Diseur des Monts, chef de la révolte des barbares contre l’autorité romaine, et d’un Enoch qui a pris peu à conscience de son pouvoir d’éveiller la brume, sans toutefois le contrôler, et qui transporte le fidèle Sylvain nommé Minuscule dans sa besace,   pense un moment trouver refuge chez la tribu germanique des Nodes, qui ont longtemps souffert de la domination de l’Empire Romain. Cependant, ces derniers ne les accueillent pas comme prévu, et ils échappent de peu à la mort. Désormais guidée par ses visions faisant référence aux mystérieux Dieux Voilés, divinités plus vieilles que la civilisation Etrusque  remontant au temps de l’Atlantide et dotées d’incommensurables pouvoirs, Thya s’embarque vers Constantinople pour y retrouver un autre de ses oncles qui succombera bientôt sous les coups des séides d’Aedon.  C’est vers l’empire Sassanide que s’oriente bientôt son destin lancé éperdument dans une quête dont elle ne saisit pas elle-même toutes les implications avec pour objectif les immenses étendues du désert du Vide. Contreforts du Caucace, Route de la Soie, guerriers Parthes en lutte contre les Sarrazins, sa route sera semée d’embûches et l’obligera à se séparer du troublant Enoch à qui elle n’ose pas véritablement déclarer son amour. En parallèle à sa fuite et à la traque conduite par le tandem Aedon/Hécate, nous suivons également le parcours de personnages secondaires qui prennent une tout autre épaisseur, comme le Faune du début du premier tome, une ondine, le petit dieu Culsans et l’illustre Apollon sorti de sa retraite pour se mêler à ce faisceau de machinations où s’entremêlent les destins des dieux et des hommes. Cette alternance de points de vue, loin de nuire au récit, lui donne encore plus de consistance et nous guide lignes après lignes vers un final en apothéose qui, s’appuyant sur la thématique des trames temporelles, ouvrira de nouvelles perspectives à l’univers jusque-là voué à l’extinction des Oracles et des Dieux Anciens. Assurément une belle réussite de la fantasy historique francophone qui trouvera son aboutissement dans Ayla, dernier tome de la série que les éditions Folio vont également mettre à leur catalogue.
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lundi 17 juillet 2017

Pornarina
(Roman) Thriller Fantastique
AUTEUR : Raphaël EMERY (France)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 6/2017 — 197 p., 19 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication : Inculte, 1/2010 — 224 p., 28 €
Ce premier roman de Raphaël Emery nous plonge en plein thriller néo-gothique, sur fond de monstrueuse parade à la Freaks ou d’une Famille Adams revisitée à la mode sanglante et bien moins souriante. On y découvre une galerie de personnages dignes des meilleurs films d’épouvante ou de L’île du docteur Moreau  de Wells, sans oublier une thématique d’enquête policière sur fond de tueuse en série. Justement celle que pistent les pornarinologues, sorte de société secrète partagée entre divers courant qui a pour but de traquer Pornarina, la mystérieuse prostituée à tête de cheval qui tue ses victimes, des hommes uniquement, en les émasculant. L’intrigue du roman ce focalise sur l’un d’entre eux, le docteur Franz Blazek, teratologue (spécialiste de la science des monstres) de 84 ans vivant dans un immense et sinistre château médiéval. Fils de sœurs siamoises, il a passé sa vie à rechercher toutes sortes de monstres et se complait indéniablement en leur compagnie. Pourtant, Antonie, la jeune femme devenue sa fille adoptive qu’il a sauvé des ghettos de Kiev, n’est est pas une à priori, bien qu’il ait réussi au prix d’un patient apprentissage à la transformer en une sorte de ninja féministe, redoutable tueuse rompue à toutes sortes d’assassinats. La première partie du roman se déroule dans la demeure forteresse de ce vieillard opiniâtre qui évolue au sein d’une sorte de cabinet de curiosité macabre dont le lecteur est peu à peu invité à partager toutes les déviances de fantasmes inavouables, partages de souffrance, de jouissance, de soumission exaltée et d’automutilation. La seconde nous conduit à Florence où Blazek a envoyé sa tueuse d’élite doté également d’un réel talent pour l’espionnage grâce à ses facultés de contorsionnistes. Son but, en savoir un peu plus sur un certain Fell, pornarinologue qui prétend avoir capturé l’énigmatique castratrice dont une partie de la gente masculine que compte la secte de chasseurs ne rêve que de tuer pour redorer le blason de leur sexe mis à mal par les émasculations répétées. Malheureusement, Antonie n’est pas particulièrement doué pour l’investigation et inaugure avec Fell sa technique personnelle d’expédition ad-patres : la décapitation. La suite du récit, cisaillé par des personnages riche d’étrangeté, comme un Sherlock Holmes émasculé, prolonge l’ambiance malsaine qui plane sur l’ensemble d’un livre qui, sur fond de guerre des sexes et d’apologie des tueurs en série, restitue le Grand-Guignol du siècle dernier tout en peignant un univers rongé par les crimes sexuels  où la vengeance est érigé en dogme de religion libératrice. Dès lors, on trouvera ici l’occasion rêvée d’embarquer dans une sorte de train fantôme aux mille et une perversions où la frontière séparant les véritables monstres des humains normaux aux pratiques déviantes a tendance à se confondre dans la porosité d’une dépravation devenue le leitmotiv de l’existence. Pour son chant du cygne en tant que directeur littéraire de la collection Lunes d’Encre, Gilles Dumay nous démontre une fois de plus sa capacité indéniable à repérer des ouvrages hors normes sur lequel il peut ainsi jeter un nouvel et vivifiant éclairage.

Crux 
(Roman) Techno-thriller
AUTEUR : Ramez NAAM (Usa)
EDITEUR : Pocket SF 7227, 3/2017 — 731 p., 11.40 €
TO : Crux, 2013
TRADUCTION : Jean-Daniel Brèque
COUVERTURE : Clément Chassagnard
Précédente publication : Presses de la Cité, 1/2016 — 7364 p., 24 € — Couverture de Clément Chassagnard
En 2040 , Kade, jeune et brillant scientifique, a créé Nexus 5, une nano-drogue permettant de connecter les cerveaux entre eux. Véritable révolution, grâce à ses vertus empathiques, elle débouche sur la naissance d’une conscience collective, une possibilité improbable de transformer pour les cerveaux les parties en un tout unique et démiurgique. Mais comme Oppenheimer avant lui, pour la bombe atomique, Kade s’est vite aperçu que son invention n’avait pas que des côtés positifs et que, dévoyée, elle devenait un redoutable outil de manipulation de masse. Aussi il a mis Nexus 5 à la disposition de tous, et il est devenu l’homme le plus recherché du monde. Alors que s’ouvre ce second volume de la trilogie Nexus, Kade a rompu l’accord qui le liait à l’ERD, l’agence  gouvernementale américaine tissant sa toile totalitariste sur le monde. Désormais seul des trois créateurs de Nexus encore en liberté, il a également résisté aux approches d’une post-humaine japonaise investie de formidables pouvoirs. Le voilà devenu un fugitif traqué par des chasseurs de primes sans état d’âme. Autour de lui, les post-humains, dorénavant capables de fusionner leurs esprits de façon durable, pouvaient être amené à se répandre sur le monde et à provoquer l’extinction de l’ancienne race humaine. De quoi susciter l’inquiétude des réseaux conservateurs de l’ERD prêchant pour l’immobilisme ambiant et la survie de leurs prérogatives. Un statu quo malmené par le Front de Libération posthumain qui entend bien utiliser le Nexus  en devenant une sorte de Daesh puissance mille qui transforme les individus en bombes à retardement avec, pour but ultime, l’assassinat du président des Etats-Unis. Tandis qu’il s’efforce de réparer le mal qu’il a engendré en débusquant toux ceux qui utilisent le Nexus à des fins malhonnêtes, Kade pourrait penser que Nexus 6, nouvelle version à l’accès strictement réglementée, serait susceptible d’endiguer la propagation malveillante de la nano-drogue. Mais celle-ci recèle déjà en son sein une menace encore plus terrible pour l’humanité. Thriller à l’intrigue endiablée surfant sur des thématiques parfois antinomiques comme la high-technologie, l’écologisme ou la méditation, ce roman dresse un tableau qui fait parfois froid dans le dos de ce que pourrait devenir notre proche futur sous l’impact d’un progrès pas pleinement maîtrisé ou plutôt, cyniquement exploité. Tandis que le premier volet, Nexus, va faire l’objet d’une adaptation cinématographique par la Paramount, le lectorat français pourra se précipiter sur le dernier, Apex (Presses de la Cité, avril 2017),  point d’orgue d’une trilogie qui a propulsé Ramez Naam, ingénieur informaticien né en Egypte ayant entre autres travaillé au développement d’Outlock et d’Internet Explorer, au sein du cercle très fermé des plus célèbres écrivains de SF américains contemporains.
Autre couverture :

lundi 10 juillet 2017

Bif Fan
(Roman) Thriller musical
AUTEUR : Fabrice COLIN (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 580, 6/2017 — 240 p., 7.20 €
COUVERTURE : Gérard Dubois
Précédente publication : Inculte, 1/2010 — 224 p., 28 €
S’ils est un écrivain français de SF et de Fantastique reconnu, Fabrice Colin nous a depuis longtemps habitué à un production qui s’éloigne des sentiers battus, comme pouvaient l’exprimer par exemple l’onirique Or not to be (L’Atalante, 2002) ou le nom moins surprenant Sunk (Moutons Electriques, 2006) écrit en collaboration avec David Calvo. La reprise de ce roman publié en janvier 2010 aux éditions Inculte (avec en prime un cahier dépliant de photographies en fin de volume) s’inscrit dans cette veine des livres à part, difficilement classifiables. Indubitablement, il s’agit de l’ouvrage d’un fan destinés aux autres admirateurs de Radiohead, le célèbre groupe de rock britannique aux mélopées planantes (lénifiantes diront les détracteurs) ancrées dans une noirceur envahissante qui depuis 1991, date de création du groupe sous ce nom (il s’appelait avant On a Friday) ne cesse de déployer ses tentacules mélodiques sur la partition du monde. Décalquant sa propre addiction sur le héros de son roman, Fabrice Colin va nous conter la trajectoire mouvementé de Bill Madlock, jeune adolescent en surpoids traînant une existence solitaire de mal aimé au rythme des sonorités des cinq d’Oxford qui finissent par l’habiter comme un démon entrant dans la peau d’un possédé. Du diabolique, il en faut dans cette trajectoire pour expliquer pourquoi Bill en arrive en 2008 à tirer sur un spectateur d’un concert de Radiohead. Mais la résolution de l’énigme réside essentiellement dans l’approche de ce fan absolu envers son groupe mythique et surtout dans sa certitude qu’il est le seul à avoir découvert le sens cachés que recèlent les chansons du groupe, bien plus apocalyptique qu’on pourrait le croire. Pour étayer son propos Fabrice Colin nous propose trois pistes autant sonores que littéraires. La première s’inscrit de façon épistolaire à travers les lettres qu’un Madlock vieilli écrit depuis l’hôpital/prison où il est interné en attente de jugement s’efforçant de prouver aux médecins qui se penchent sur son cas qu’il est loin d’être fou comme ils le prétendent. La seconde déroule une biographie des premiers pas musicaux de Radiohead (jusqu’à la commercialisation de Kid A en 2000). Un texte chirurgical pondu par un vulgaire tâcheron que découpent aux scalpels les remarques acerbes de Bill rompant la monotonie de ce récit journalistique. La troisième, la plus poignante, revient sur les origines, l’enfance boulimique et dominée par une mère castratrice du pas très tranquille Bill Madlock qui, alors que tout va s’écrouler dans le monde qui l’entoure (cf. le sous-titre chez Inculte, Radiohead, la fin du monde et moi), compte bien assurer la protection de Thomas E. Yorke (le leader du groupe) et de ses  comparses, quoiqu’il lui en coûte. A la fois biographie décapante de l’un des groupes phares britanniques de ces dernières années qui n’aura désormais plus de secrets (même pour les rares qui en avait jamais entendu parler), ce roman met également en exergue les étroites implications qui lient le rock, en tant que composante musicale, au développement anarchique de nos sociétés ainsi qu’à toute une dramaturgie apocalyptique et complotiste, toute en peignant un tableau au vitriol d’une fraction de cette jeunesse britannique qui, si elle ne fait pas toujours la une des tabloïds, reste partie prenante dans les mutations convulsives qui agitent depuis des années l’ex-Empire de Sa Gracieuse Majesté. 
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vendredi 7 juillet 2017


Le paradoxe de Ferni
(Roman) Postcataclysme
AUTEUR : Jean-Pierre BOUDINE (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 579, 5/2017 — 224 p., 6.60 €
COUVERTURE : Aurélien Police
Précédente publication :
● Aléas, 10/2002 — 176 p., 12 € — Couverture de Jean-Pierre Petit
● Denoël-Lunes D’Encre, 1/2015 — 192 p., 18 € — Couverture de Aurélien Police
Pas de catastrophes naturelles, d’invasions extraterrestres, d’épidémies massives ou de virus incontrôlables sur toile de fond de zombies dans ce roman, qui aboutit pourtant au même résultat : la fin de l’Humanité que nous connaissons. Celle-ci nous est froidement restitué sous la forme d’un cahier à la Anne Franck par un ultime survivant réfugié dans une grotte contreforts alpins afin d’échapper à ses semblables. Le narrateur commence nous décrire son existence digne du meilleur scénario de « survival » entrecoupée de chasse au mulot et de réflexions autour d’un discret feu de camp. Puis, au fil des lignes, il revient sur les diverses étapes qui ont conduit au chaos. Pas d’événements majeurs au sens strict du terme pour débuter le drame, sinon  une vulgaire crise financière de février 2022. Sous la plume du mathématicien épris de philosophie et de tendance extrême-gauche Jean-Pierre Boudin, la suite découle d’elle-même et, Robert Poinsot, le malheureux héros de cette décomposition en marche, nous entraîne dans son sillage au fil d’une lente agonie sociale, urbaine et généralisée. Paralysée par ses inter implications parmi les rouages d’une société technocratiques  hyper informatisée et pêchant par un manque flagrant de dimension sociale, le monde médiatisé à l’extrême que nous connaissons ne résiste pas à la surchauffe de son système économique suranné incapable de s’adapter aux viscicitudes du moment. Et tandis que la pandémie se répand à travers les cinq contient, frappant Europe et Amérique sans discernement, l’homme se retrouve confronté à l’animalité viscérale qui a toujours grouillé en lui et qui l’a poussé aux pires horreurs, même au moment de sa gloire. Lancé dans une fuite en avant qui lui fait quitter un Paris livré aux bandes de prédateurs en tous genre, Robert trouve un temps dans la bonne ville de Beauvais, un havre de pais inespéré. Mais, tandis que le château de carte de la civilisation s’écroule un peu partout autour de lui, il doit prendre les devants et fuir encore plus loin pour éviter de tomber dans les mailles du filet de la déshumanisation en marche. Le voilà désormais sur les bords de la Baltique, devenu membre d’une communauté humaniste qui a acté la fin de l’Humanité puisqu’elle a interdit en soin sein toute naissance. Narrant à la première personne la suite des événements qui le conduise à nouveau sur les routes afin d’éviter à tous prix la funeste compagnie de ses semblables, Robert en termine avec son échouage au sein de l’arc alpin où il ne peut que se résoudre à attendre patiemment la fin en décrivant ses derniers jours sur un petit calepin laissé derrière lui comme une sorte de message dans une bouteille jetée à la mer. Paru une première fois aux éditions Aleas en 2002, le livre, sous l’impulsion de Gilles Dumay a été actualisé pour être republié dans la collection Lunes d’Encre des éditions Denoël en 2015. C’est cette deuxième version que nous proposent aujourd’hui en  poche les éditions Folio. Celle d’un court roman qui répond à sa manière au fameux paradoxe énoncé par le physicien Encrico Fermi en 1950 disant en résumé que, le Soleil étant plus jeune que bon nombre d’étoiles de la galaxie, des civilisations plus avancées que la notre aurait du apparaître depuis bien longtemps, et nous en aurions eu connaissance. Or, il en est rien. D’où la conclusion implicite à laquelle en arrive l’auteur que je peux vous livrer sans déflorer l’intérêt du livre : quelle que soit le point où elle a germé dans l’univers, la vie intelligente est autodestructrices et génère en son sein une technologie qui finit irrémédiablement par la conduire à sa perte. Voilà pourquoi nous sommes désespérément seuls face aux étendues étoilées et pourquoi nous le resterons, puisque, en définitive, nous serons responsables de notre propre disparition. Un livre qui peut se présenter comme tragiquement prophétique par rapport aux problèmes que soulèvent jour après jour notre sombre quotidien que vient éclairer l’édifiante postface de Jean-Marc Lévy Leblond.
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jeudi 6 juillet 2017

La montagne de jade
(Roman) Jeunesse / Dragon Saga
AUTEUR : Tui T. SUTHERLAND (Usa)
EDITEUR : GALLIMARD JEUNESSE-Hors Collection, 2/2017 — 400 p., 16 €
SERIE : Les royaumes de feu 6
TO : Winfs of fire.Moon Risig, Scholastic, 2015
TRADUCTION : Vanessa Rubio-Barreau
COUVERTURE & ILLUSTRATIONS : Joy Ang
Dans le premier cycle de la série des Royaumes de Feu nous avons suivi les aventures de cinq jeunes dragons, Argil, Tsunami, Gloria, Comète et Sunny, appartenant à cinq clans différents furent enlevés à leurs familles et élevés en secret par les Serres de Paix car, selon une mystérieuse prophétie, ils étaient les seuls à pouvoir arrêter la guerre qui ravageait le monde de Pyrrhia. Formant désormais le groupe des Dragonnets du Destin, ils décidèrent cependant de prendre leur propre sort en main et échappèrent à leurs instructeurs. Tout au long des cinq premiers tomes de la série le lecteur a été amené à suivre leurs aventures mouvementées au sein des différents royaumes jusqu’à ce qu’ils découvrent que la prophétie n’était qu’un leurre servant aux belliqueux Ailes de Nuit pour tenter d’établir leur hégémonie sur l’ensemble de Pyrrhia. Ayant finalement réussi à ramener une paix fragile entre les clans, pour apaiser les rancœurs encore vivaces, les Dragonnets du Destin créent l’école de la Montagne de Jade et deviennent des professeurs pour 35  Dragonnets de chaque espèce qui  apprendront à se connaitre et à s’apprécier en dépit de leurs différences. Le premier volet de ce nouveau cycle nous propose de suivre les aventures de Lune Claire, une jeune Aile de Nuit, que sa mère avait caché dans la forêt des Ailes de Pluie alors qu’elle était encore dans son œuf afin de la protéger. A présent c’est à son tour d’intégrer l’Ecole des de la Montagne de Jade et de rejoindre l’un des  5 groupes distinctifs composés d’un dragon de chaque clan. Là, elle ne tarde pas à se lier avec ses camarades de grotte, dont Kinkajou, la jeune Aile de Pluie déjà entrevue dans les tomes précédents de la série. Mais son pouvoir de lire dans les pensées et de prévoir l’avenir la rend très vulnérable. D’autant plus que des visions atroces lui montrent la destruction du tout nouveau lieu d’enseignement accompagnée de la mort des dragons qui y séjournent. Tentant de dissimuler ses pouvoirs aux autres élèves, elle est déstabilisée par une voix qui surgit dans sa tête l’aidant à canaliser les pensées des autres dragons autour d’elle, mais lui demandant aussi de le délivrer. Car il s’agit en fait de la voix de Spectral, un redoutable dragon animus censé avoir disparu depuis deux mille ans, mais qui est en réalité emprisonné dans un talisman et qui compte sur Lune Claire pour le libérer. Alors que, autour d’elle, des élèves se font attaquer, la vaillante petite dragonne se lance dans une périlleuse enquête qui l’entrainera à faire des découvertes de plus en plus bouleversantes sur le monde des dragons de Pyrrha et à se confronter avec  Frimaire, la redoutable Aile de Glace qui s’est alliée à la maléfique reine Scarlet, l’ennemie jurée des Dragons du destin,  afin de venger la mort de son frère Grésil. La suite d’une série qui proposera 5 autres volumes écrits par un auteur jeunesse œuvrant sous divers noms de plume et qui a notamment collaboré, sous le pseudonyme collectif de Erin Hunter, à l’élaboration de la série La guerre des clans. A noter, en début de roman, un guide illustré des Dragons de Pyrrhia accompagné d’une carte qui fournit aux jeunes lecteurs l’occasion de se familiariser avec le fabuleux bestiaire du monde de Pyrrhia.

Le cercle de Farthing
(Roman) Unchronie
AUTEUR : Jo WALTON (Royaume-Uni)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 572, 2/2017 — 411 p., 8,80 €
SERIE : Le subtil changement 1
TO : Farthing, 2006
TRADUCTION : Luc Carissimo
COUVERTURE : Sam Van Olffen
Précédente publication : Denoël-Lunes D’Encre, 1/2015 — 352 p., 21.50 € 
Récemment, les éditions Denoël nous avaient permis de redécouvrir le fameux SS-GB de Len Deighton, uchronie où l’on voyait l’Angleterre envahie par le Reich et ployant l’échine sous la dictature des officines à la Croix Gammée. Dans ce roman du même catalogue Denoël, que les éditions Folio reprennent aujourd’hui en poche, l’Angleterre n’a pas perdu la guerre, mais a signé une « paix dans l’honneur » fin 1941, après l’éviction du pouvoir de Winston Churchill (fusillé dans SS-GB). Cependant, la trajectoire dans laquelle s’inscrit désormais l’Empire Britannique, n’a rien de reluisante, car, dans le sillage du traité signé sous les auspices du très pro-germanique Sir James Thirkie, la défiance envers le peuple hébreux est devenue monnaie courant au sein de la  pas très vertueuse Albion. Comme dans le roman de Deighton, ce récit nous propose,  à travers la trajectoire protagonistes bien définis, de découvrir comment l’Angleterre a su, ou non, résister à l’influence envahissante du fascisme ambiant, alors qu’En Amérique, Lindbergh élu président à fait interdire l’entrée du territoire aux juifs. L’intrigue, telle celle d’un roman policier d’Agatha Christie, nous entraîne dans un huis clos oppressant au sein d’un Royaume Uni de l’année 1949 où trouvent refuge les Juifs persécutés en Europe, car les anglais n’ont pas encore promulgué le port de l’étoile jaune, bien que les relents antisémites, anti-communistes et homophobes soient désormais monnaie courante dans le pays depuis que le Cercle de Farthing, groupe de jeunes politiciens aux dents longues, a facilité le rapprochement avec Adolf Hitler et son victorieux Troisième Reich. Le Cercle, justement a choisi de se réunir dans la luxueuse demeure de la famille Eversley, propriétaire  du fameux manoir de Farthing qui a donné son nom à leur congrégation. Bien entendu, Lucy, la fille des châtelains, est de la partie, bien que son mariage avec David Khan, juif de son état, l’ai mise depuis peu au banc de la famille. Bientôt cependant les choses vont se compliquer pour elle avec l’assassinat Sir James Thirkie qui briguait le poste de Premier Ministre avant de se retrouver mort avec une dague planté dans la poitrine au milieu d’une étoile jaune ensanglantée. Comme de juste, les soupçons convergent vers David Kahn, le bouc-émissaire idéal.  Cependant outre, Lucy, qui est convaincue de l’innocence de son époux, l’inspecteur Anthony Carmichael envoyé par Scotland Yard pour mener l’enquête n’est pas loin de partager son avis et n’entends pas se laisser abuser par des preuves bien trop flagrantes pour être plausibles. Dès lors nous allons suivre le fil de l’enquête au rythme de chapitres qui alternent les points de vue à la première personne de Lucy, engluée dans les méandres d’une aristocratie britanniques de plus en plus réactionnaires, malgré les tendances homosexuelles de la plupart des acteurs de ce livre, et celui à la troisième de l’inspecteur Carmichael adepte de la vérité, comme son émule le commissaire principale Archer, surnommé l’Archer du Yard, dans le déjà nommé SS-GB. Peinture sans concession d’’une aristocratie anglaise ultra-conservatrice prête à toutes les bassesses pour conserver ses prérogatives où va bientôt sévir Mark Norman-by, meilleur ami de Sir Thirkie, désigné Premier Ministre et adeptes de la manière fort pour faire régner l’ordre, ce roman joue sur la tension provoquée par l’avancée de l’enquête policière au fur et à mesure des révélations qui alternent au fil des chapitres centrés sur Lucy et l’inspecteur Charmichael. Ménageant ainsi brillamment le suspens,  il vient s’inscrire avec brio dans cette thématique uchronique d’un Angleterre subversive et guère enthousiasmante mise en valeur par des romans tels que La séparation de Christopher Priest (Fleuve Noir) ou Fatherland de Rober Harris (Fayard, puis Pocket).
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La cité du futur
(Roman) Voyages dans le Temps
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 5/2017 — 367 p, 22 €
TO : Last year, Tor Books, 2016
TRADUCTION : Henry-Luc Planchat
COUVERTURE : Aurélien Police
Du mariage entre western et science-fiction on peut garder le navrant souvenir du film Cow-boys et Extraterrestres,  ou bien conserver le souvenir de la lecture de ce passionnant roman. Voilà un livre bâti sur le principe de la cohabitation temporelle ici formalisée par la construction d’une véritable Cité du futur bâtie par les hommes du XXIème siècle en plein Far West de 1876 grâce à la maîtrise de la technologie du Miroir qui permet désormais les déplacement temporels. De cette rencontre plutôt inattendu les deux camps tirent abondamment partie : les visiteurs du futur en jouissant à prix d’or d’un gigantesque parc d’attraction directement branché sur le passé avec pour point d’orgue des excursions hors des limites de la cité ; les locaux, triés sur le volet, en s’octroyant un aperçu d’un futur étourdissant où les femmes ont le droit de vote et peuvent s’exprimer sur tous les sujets, où les mariages homosexuels sont autorisées et où un noir peut devenir président des USA, le tout éventuellement ponctué d’une balade en hélicoptère. Les premiers sont parfois surpris par la rudesse du Gilded Age qui a suivi les dégâts de la guerre de céssecion  en découvrant une société, raciste, sexiste injuste et violente  menacée par toutes sortes de maladie et bien loin des brochures touristiques fournit par Auguste Kemp, le promoteur du XXIème à l’origine de la construction de la Cité. Les seconds, par contre, passé leur premier mouvement de recul face aux mœurs dissolues qu’ils découvrent au fil de leur visite, ne manquent pas d’être impressionnés par les prouesses technologiques dévoilées par ces visiteurs du futur. Des visiteurs qui ont promis de leur en abandonner quelques-unes lorsqu’ils quitteront les lieux après 5 années d’exploitation du site. Mais la coexistence entre les quatre populations qui occupent cet univers clos, les employés locaux, les employés du futur, les visiteurs locaux et les le voyageurs venus du futur, n’est pas aussi rose qu’elle le paraît. C’est ce que va découvrir Jesse Cullum, ancien videur de Los Angelès, devenu l’un des plus anciens employés de Futurity. Affecté à la sécurité de la Tour 2 qui reçoit les touristiques locaux, il sauve la vie du président Ulysse Grant victime d’une tentative d’assassinat. Promu grâce à cet exploit, Jesse doit désormais enquêter sur le trafic d’arme révélé par la découverte de l’arme utilisée par le meurtrier, un Glock, qui n’a rien à voir avec ses ancêtres les colts de l’année 1876. Epaulé dans ses investigations par Elisabeth DePaul, une ex-militaire issue du futur, Jesse va peu à peu mettre à jour l’impact négatif de cette construction de l’avenir sur le présent des locaux, ainsi que les dégâts occasionnés par les activistes opposés au projet qui, pour le combattre, n’hésitent pas à provoquer des mutations sociales inappropriées au sein d’une population autochtone pas encore prête à les emmagasiner. Tout au fil de l’ouvrage le lecteur aura la désagréable impression, à travers la condesendances affichés par les visiteurs du futur envers le monde du Far West, de se revoir en tant que visiteur de zoo à notre propre époque ou dans la peau d’un quelconque touriste embrigadé dans un tour operator qui n’hésite pas à les confronter, avec l’indispensable recul et le luxe de sécurité adéquat, à la misère accumulée de certains pays du tiers-monde. En évitant l’écueil des paradoxes temporels, car la technologie du Miroir, application dévoyée de la mécanique quantique, ouvre sur un univers parallèle qui n’est pas situé sur la même trame temporelle que ce Far West de 1876, l’auteur nous offre une rencontre entre deux monde, finement décrits dans la première partie du livre en prenant soin de laisser à chaque époque le langage de son temps, ce qui conforte la crédibilité du récit. Pointant habilement le doigt sur les imperfections  des civilisations en présence, l’intrigue se prolonge dans la seconde partie du roman  en approfondissant l’enquête policière de Jesse et de DePaul, développant sans trop de longueur les relations entre les divers personnages dans un univers où les apprentis sorciers venus du futur semblent ne pas se soucier des dommages collatéraux que créent leur simple présence. De quoi nous ramener de façon détourné à des contingences de notre propre réalité où certains membres éclairés de nos sociétés pratiquent le même cynisme envers des individus classés hâtivement dans le cadre mal défini des « défavorisés ». Un élément qui, ajouté au style fluide et captivant de l’auteur, ne peut qu’inciter à la lecture de ce nouveau livre de cet auteur naturalisé canadien déjà bien connu du lectorat français à travers des romans tels que Spin, Mystérieum ou Les chronolithes, pour ne citer qu’eux, tous parus, comme la plupart des titres de cet écrivain chez l’éditeur Denoël et dans la collection Lunes d’Encre jusque là dirigée par le perspicace Gilles Dumay.