dimanche 26 mars 2017

2084
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Boualem SANSAL (Algérie)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio 6281 — 331 p., 7.70 €
COUVERTURE : Getty Images
Précédente publication : Gallimard-La Blanche, 8/2015 — 288 p., 19.50 €
→ 2084, voici l’année où tout avait commencé. En vérité il s’agissait de l’année de naissance d’Abi, le délégué de Yölah sur Terre.  Un Dieu qui s’était imposé à son peuple par sa victoire sur l’Ennemi, dont personne ne se rappelait qui il était véritablement. Depuis, l’Appareil régnait sur un monde voué à la soumission et à la pensée unique, un monde bannissant toute initiative personnelle et soumis à l’intraitable surveillance et à la toute aussi implacable justice expéditive de la Juste Fraternité. Plongé dans le bonheur imposé d’une Foi sans questionnement, le peuple n’était autorisé à circuler dans le pays, désormais appelé Abistan en l’honneur du nom du prophète, que lors du Jobé, le grand pèlerinage, les nécessités des déplacements administratifs et commerciaux étant réservés aux gens disposant de sauf-conduits qui devaient, à chaque mission, subir toutes sortes de contrôles mobilisant toute une horde de guichetiers. Ainsi se déroulait la vie, ou du moins ce qui y ressemblait le plus dans les soixante provinces de l’Abistan où la communion s’achevait au sein de la Juste Fraternité, sous le regard d’Abi et la surveillance prétendue bienveillante de l’Appareil. Cependant, réfugié dans le Sanatorium, ce refuge où les pèlerins venait trouver chaleur et pitance pour la route, Ati, presque vieillard de 32 à 35 ans, se posait des questions sur sa foi et s’inquiétait surtout de virer à la Mécréance. Taraudé de questions dont ils ne comprenaient pas vraiment le sens il sentait confusément que le croyant fidèle qu’il était se mourait et qu’une autre  naissait en lui car il venait d’apprendre que la religion pouvait se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel. Quittant donc l’asile du sanatorium il retourna chez lui après un périple d’un an. Retrouvant les siens, il tenta de se réinsérer dans un monde qui n’était plus vraiment le sien. Mais, il comprit que ce qu’il rejetait ce n’était pas la religion, mais l’écrasement de l’homme par la religion. Mettant en doute ces certitudes avec son collègue de bureau Koa, il se rapproche des renégats vivant dans le ghetto, les anciennes banlieues dévastées, sans l’appui de la religion et où survivait une ébauche des antiques libertés dont l’homme jouissait avant l’avènement de Yôlah. Cependant, leurs investigations vont les amener à mettre à jour de dangereux secrets concernant le gkabul, le Livre Sacré, et l’abilang, la langue sacrée née avec le Saint Livre et d’épreuves en épreuves Ati finit par apprendre qu’une conspiration peut en cacher une autre. Un livre salué lors de sa parution par le prix du roman de l’Académie Française, véritable fable orwélienne sur fond de dictature islamiste imaginant un Islam au pouvoir dans une Europe devenue le cauchemar éveillé de tous les lanceurs d’alerte en mal de souveraineté nationale et de racines identitaires. Une analyse sans concession s’appuyant sur le postulat que le totalitarisme islamique va l'emporter parce qu'il s'appuie sur une divinité et une jeunesse qui n'a pas peur de la mort, alors que la mondialisation s'appuie sur l'argent, le confort, des choses futiles et périssables, pronée par le créateur de "Abi" (père), le "Big Brother" islamique, délégué de "Yölah" sur terre. 
Autre couverture

La Panse
(Roman) Fantastique
AUTEUR : Léo HENRY (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 569, 2/2017 — 304 p., 8.20 €
COUVERTURE : Aurélien Police
→ Directement paru en poche, comme avant lui La case des continuums (également Folio SF) ce roman est un récit d’engloutissement, ou plutôt de lente ingurgitation, celle du héros Bastien Regnault par une société secrète, La Panse, qui tient ses mystérieux quartiers sous la dalle de La Défense. Musicien au chômage promenant dans les ruelles de l’Est Parisien son spleen et son éternelle solitude émaillée par les assauts de Sandra, son ex femme, qui voudrait lui confier la garde de leur fille Noéline, Bastien Régnault, à la suite d’un nouvel an bien arrosé, découvre un nouveau but à sa vie : retrouver Diane, sa sœur jumelle, dont le portable ne répond plus. Piratant son compte gmail, il finit par apprendre qu’elle a démissionné de la brigade des sapeurs pompiers de Nanterre qu’elle avait intégrée après son séjour dans l’armée. Ses investigations le mettent bientôt sur la trace de la Panse, société secrète millénaire dont les tentacules souterrains se déploient sous le bitume du quartier le plus high-tech de Paris. Invité au CNIT pour un symposium placé sous l’égide de Ptah et d’Enki, entité mythologique jusque là oubliée, il finit par intégrer les rangs de Neo Clean, une entreprise aux activités plutôt floue dirigée par Mariam Zacharie et son père. Le voilà donc fermement invité à participer aux séances de méditation journalières conduites par la fascinante Parvadhi étroitement liée au docteur Scheffner, spécialise des énergies, qui progresse à pas de géant au sein de l’organigramme occulte de La Panse. Désormais engoncé dans la peau d’un banal employé de nettoyage, il va entraîner le lecteur sur les traces de Diane, dorénavant accompagnée d’un homme plus âgé qu’elle se faufilant tel un fantôme à travers les rouages de cet univers en pointillé tortillant ses méandres au-dessous des tours un temps menacée par la folie des avions d’Alcaïda. L’intrigue, menée sans véritable digression, ne laisse pas au lecteur de le temps de reprendre son souffle et de s’appesantir sur les horreurs qui se dévoilent au fil des pages, lui susurrant une désagréable envie de fuir cette atmosphère pesante de complot et de surnaturel, sans pouvoir refermer le livre avant d’en avoir parcouru les ultimes soubresauts. Lovecraftienne, par certains côté, comme le revendique le quatrième de couverture, l’ambiance de ce récit est cependant d’une bien plus criante réalité que les écrits du solitaire de Providence et n’a pas besoin de convoquer un quelconque Cthulhu pour insuffler dans nos veines cette délicieuse sensation de frisson mélangée à une sorte de syndrome de Stockholm ressenti par une victime qui semble trouver du plaisir à contempler les liens qui la ligotent. Véritable tour de passe-passe mental servi par l’écriture fluide et désespérante de Léo Henry, ce roman imprime toute sa noirceur à la manière d’un puzzle frappé par la malédiction de la pièce manquante et s’acharne à mettre en exergue cette impression dérangeante des regards croisés sur les quais du métro ou le long des escalators racines plantés prés des buildings qui répètent comme un angoissant leitmotiv :  « Nous savons tous et nous fermons les yeux, nous avons plongés les recoins de nos âmes dans cette connaissance maudite  et il nous faut pourtant continuer d’avancer au rythme de nos petites existences dévorées par les mâchoires d’une modernité sans cesse en manque de proies expiatoires ».

dimanche 19 février 2017

Latium II
(Roman) Space Opera
AUTEUR : Romain LUCAZEAU (France)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 11/2016 — 512 p., 22.50 €
COUVERTURE : Manchu
Nous avions quitté Othon et Plautine, les deux Intelligences Artificielles confrontés à la menace des barbares extraterrestres sur fond de gigantesque combat stellaire mettant aux prises les envahisseurs et les hommes-chiens d’Eurybiades créés par Othon qui, peu à peu, apprennent à découvrir la véritable nature de leur Dieu et ses faiblesses. Après une bataille homérique qui a accouché d’une Nouvelle Plautine, IA forcée de se transformer en être de chair pour échapper à la destruction, voilà que l’ensemble des protagonistes retournent vers l’Urbs, le siège du pouvoir impérial. Or cette capitale de la Rome éternelle n’a plus guère de ressemblance avec son illustre aînée. Hellénisée, alexandranisée, elle est désormais le siège de multiples intrigues d’où émergent les figures de l’Imperator Galbian dont le pouvoir lui glisse entre les doigts pour atterrir dans les griffes d’un Triumvirat  formé par Vinius, le créateur de Plautine, qui agit en médiateur, tandis que Latius contrôle la garde prétorienne et que Martian l’affranchi aime frapper dans l’ombre. Dés lors un jeu d’alliance et de compromission va se répandre au sein de cet aéropage, proposant une lecture à plusieurs niveaux où l’on continuera de suivre les pérégrinations des deux héros, Othon et la Nouvelle Plautine qui, en ce qui la concerne, n’hésitera pas à se compromettre avec la résistance plébéiennes toujours en lutte contre les inévitables patriciens. Mais, tout ne se déroule pas comme prévu et ensemble ils devront à nouveau fuir une Urbs bien décidée à les faire disparaître de l’univers du Latium. Les voilà donc repartis dans une formidable épopée stellaire où ils iront de planètes en planètes (Mars, Europe…) rencontrant toutes sortes de personnages, dont le fabuleux Plutarque. Tandis que les hommes-chiens sont tentés par la sédition, ils devront à nouveau affronter des flottes sidérale lancés sur leurs traces et, petit à petit, nous suivrons le cheminement des pensées de Plautine greffée sur la piste de Béréniké et sa logique monstrueuse et parvenant à lever les voiles du mystère entourant l’Hécatombe pas si énigmatique que l’on croyait, mais plutôt perversement provoquée afin de répondre d’un façon radicale à l’aspiration de transcendance computationnelle que l’Humanité avait toujours caressé, sans oser véritablement se donner les moyens d’y parvenir. Entrer plus avant dans le tourbillon de cette intrigue, toujours aussi marquée par l’influence des maîtres en la matière que sont Dan Simmons et Ian M. Banks, ne servirait qu’à atténuer le plaisir du lecteur qui se faufilera pages après page dans les multiples ramifications de ce space opera grand spectacle construit comme une tragédie classique dont l’auteur avait jet é le premier jet en 2010 avant de boucler le manuscrit final au prix de maintes réécritures. Assurément un grand moment de lecture qui marquera le catalogue des parutions SF de ce début d’année 2017.
(Roman) Space Opera
AUTEUR : Romain LUCAZEAU (France)
EDITEUR : DENOËL-Lunes d’Encre, 11/2016 — 506 p., 22.50 €
COUVERTURE : Manchu
Pour son premier roman de science-fiction publié (il avait déjà œuvré du côté des nouvelles dans des revues telles que le québécois Brins d’Eternité ou le Présence d’Esprits parrainé par Denoël) le moins que l’on puisse dire est que le livre de Romain Lucazeau n’est pas passé inaperçu. Les critiques ont fleuri sur le net comme nos campagnes au printemps et, à part quelques sons de cloches défavorables, la plupart n’ont pas tari d’éloges sur cet énorme pavé publié en 2 tomes dans la fameuse collection de Gilles Dumay dont on ne louera jamais assez l’intensité du travail rédactionnel et l’aptitude à braquer la lumière des projecteurs sur de nouvelles plumes autant que sur des valeurs sures des domaines de la SF. Si l’inspiration tirée des maîtres tels que Ian M. Banks ou Dan Simmons se révèle indéniable, se serait faire injure à l’auteur que d’affirmer qu’il s’est contenté de copier avec brio leur œuvre. Non, l’écriture de Romain Lucazeau, qui enseigna un temps la philosophie politique à l’université, coule comme un fleuve tranquille sur lequel on se laisse aisément entraîner. Chaque phrase parfaitement ciselée nous oblige à brancher notre esprit sur l’avalanche d’images quelles nous suggèrent, à peine tempérée par des termes sortant du vocabulaire lexical usuel dont l’explication nous est chaque fois fournie en bas de page, l’espace d’un simple coup d’œil qui ne retard pas vraiment la lecture. Mais passons à l’intrigue. De son propre aveu (interview sur le site actusf) l’auteur affirme avoir tout d’abord voulu écrire l’histoire « de princes et de princesses à la mode antique, très beaux, très froids, et calculateurs, se livrant à des intrigues et des combats, dans l’espace, avec des palais à colonnes et des cultes païens ». Une sorte de mélange entre space-opera et Antiquité, tel qu’on l’a découvert de livres comme les Illium et Olympos de Dan Simmons ou l’on retrouve une histoire détournée de la fabuleuse civilisation gréco-romaine, ou dans le Roma AEterna de Robert Silberberg et Le soldat de brumes de Gene Wolfe. Ici ce sont cependant de fascinantes Intelligences Artificielles qui tiennent le haut du pavé. Des automates orphelins de leurs créateurs, l’espèce humaine qui, après avoir commencé à essaimer dans le cosmos, a soudain été anéantie par l’Hécatombe, une mystérieuse épidémie qui l’a rayé de la carte de l’univers. Un moment perdu devant l’absence de leurs créateurs, les IA, ces serviteurs métalliques intelligents, ont fini par peupler l’espace anciennement colonisée par l’homme en créant la civilisation de l’Urbs, sorte de gigantesque satellite artificiel en forme de tambour, régi par les règles de la civilisation greco-romaine qui prédominait à la disparition de leurs maîtres. Régnant désormais sur le Latium, l’espace épanthropique où les humains avaient jadis vécu, les IA sont cependant confrontés dans les Limes, cette sorte de no-man’s-land volontairement créé à la frontière de leur gigantesque territoire, à la menace des barbares, des extraterrestres qui cherchent à envahir les territoires colonisées par les IA. Bloqués par le Carcan, émanation des lois de la robotique d’Asimov qui leur interdit de porter atteinte à un être vivant, ces dernières ont du innover. Ainsi certaines d’entre elles, animés par leur esprit rebelles, se sont incarnées dans les Nefs, d’immenses navires interstellaires entièrement automatisés. Telle a été le cas de Plautine, l’intelligence qui n’a pas perdu espoir de retrouver un jour un humain survivant et qui erre, dans un demi-sommeil, aux limités des Limes, ainsi qu’d’Othon, un guerrier par excellence qui a terraformé la planète Ksi Bootis afin d’y élever une race d’homme-chiens vivant sur le modèle de l’Antiquité grecque, qui l’adorent en tant que Dieu et qui combattront les barbares à sa place. Tout commence, dans ce livre par un mystérieux signal capté par la nef de Plautine. S’accrochant au moindre espoir d’une survie humaine, cette dernière décide de remonter à sa source et, pour cela,  elle demande l’aide son ancien allié, Othon, l’autre rebelle d’Urbs. Et nous voilà embarqués dans plus de 500 pages d’une aventure qui se déploie telle une gigantesque fresque focalisant tour à tour notre attention sur une civilisation de l’Urbs, dont les sénateurs, encore marqués par la perte du Dieu qu’a été l’homme, tergiversent pour prendre les décisions, ou sur des hommes-chiens qui s’extirpent peu à peu de leur domination mystique pour s’interroger sur les faiblesses d’Othon leur créateur, le tout sur fond de gigantesque affrontement sidéral qui conduira à la transformation de l’autre protagoniste du récit, Pauline, la fascinante IA en mal d’humain. Marqué du sceau de la tragédie, et de celle de Corneille en particulier,  plongé dans les méandres d’une philosophie tirée de la Monadologie de Leibtnitz, empruntant les sentiers de Frankenstein ou de l’île du docteur Moreau dans la recréation du vivant sous l’égide d’Othon, ce roman nous immerge dans le chaudron des interrogations métaphysiques posées aux IA, uniques protagonistes de ce récit évoluant dans l’ombre de la religion pythagorienne et néoplatonicienne, centrée sur le soleil, les nombres et les concepts, et formant une image  d’un futur basé sur l’évolution  d’une civilisation romaine dont l’influence ne se serait jamais éteinte. Assurément un grand livre, dont le second dytique devrait tenir les promesses affichées dans ce premier opus.

dimanche 12 février 2017


SS-GB
(Roman) Uchronie
AUTEUR : Len DEIGHTON (Royaume-Uni)
EDITEUR : DENOËL-Sueurs Froides, 1/2017  — 464 p., 21.90 €
TO : SS-GB, 1978
TRADUCTION : Jean Rosenthal
Précédentes publications :
● Alire-Romans (Québec), 10/1997— 472 p., 9.99 € — Couverture de Jean Normand
● Fayard, 1979 — 398 p., 19.50 €
Les cinéphiles avertis qui ont aimé En quatrième vitesse, le film de Robert Aldrich inspiré d’un roman de Mickey Spillane et narrant une enquête du célèbre détective Mike Hammer chargé d’élucider le meurtre d’un homme retrouvé dans sa chambre sans vie avec le corps portant d’étrange brûlures ne seront pas dépaysés en découvrant le personnage du Dr Spode, brillant physicien retrouvé assassiné avec les mêmes marques énigmatiques sur le bras. Douglas Archer, surnommé l’Archer du Yard en raison de son efficacité à résoudre les enquêtes les plus difficiles, est chargé de l’affaire. Bien entendu, le dossier est délicat, car le Dr Spode travaillait pour les nazis sur un projet mystérieux tendant à déboucher sur la maîtrise d’un tout nouveau facteur de destruction : l’arme nucléaire. Car nous sommes dans un monde revisité par les ombres de l’uchronie. Grâce à l’expéditive opération Sea Lion, les allemands sont parvenus à faire ce dont Napoléon avait toujours rêvé : conquérir l’Angleterre, et ce sans vraiment de combats. Désormais la croix gammée flotte sur Londres, tandis que Russes et Américains ne sont pas entrés en guerre. Tandis que Churchill, traduit en cour martiale, a été exécuté de façon sommaire, le roi Georges VI est assigné à résidence dans la Tour de Londres, tandis que le reste de la famille Royale a fui en Nouvelle Zélande. Il y a bien un certain Connolly, qui tente de rebâtir au sein du Commonwealth une Angleterre libre, mais il a besoin pour réussir de la reconnaissance des têtes couronnées de son pays dont le prestige n’a pas été atteint par la défaite. C’est pour cela que le Major MacCauley, éminence grise de la résistance britannique a échafaudé un plan visant à le libérer. Un plan que dérange les investigations d’Archer désormais flanqué du Standartenfürer  SS Oscar Huth, venu exprès de Berlin afin de superviser pour Himmler en personne les moindres faits et gestes du fin limier de Scotland Yard. Une arrivée qui ne fait pas le bonheur du Gruppenführer Fritz Kellerman bien décidé à ne pas partager ses prérogatives sur l’administration du pays occupé. Progressivement, nous assistons aux efforts d’Archer pour mener à leur terme ses investigations, louvoyant entre son obligation de travailler pour les allemands et les impératifs d’une Résistance qui se démène pour entraîner l’Amérique dans la guerre et qui entends bien châtier sans pitié les éventuels collaborateurs. Tout l’art du roman réside d’ailleurs dans la fine description de cette réalité britannique où une population vaincue doit transiger avec la pénurie provoquée par la guerre, les ruines engendrées par les combats et la difficulté de continuer à vaquer aux occupations du quotidien sans se compromettre avec l’omniprésente administration Nazie exerçant son féroce dictat à coup de rafles, d’exécutions et de loi martiale. Une description qui n’est pas sans rappeler l’occupation française et l’inévitable collaboration qu’elle a entrainé. Endeuillé par la mort sous la torture de l’un de ses agents surpris par la Résistance, Archer trouve quelques instants de réconfort dans les bras d’une séduisante journaliste américaine envoyée par la CIA pour superviser cette délicate enquête dont les enjeux risquent de peser sur l’avenir du monde. Bientôt toutefois,  alors que son enquête progresse, il sera confronté au projet fou de la Résistance focalisée sur l’évasion du roi qui, bizarrement, ne serait pas pour déplaire à certains membres de la SS, trop heureux de jeter le discrédit sur leur ennemi juré, la Wehrmacht, chargée d’assurer la garde du monarque. Un roman où se mêle fine extrapolations historiques et investigations dignes des meilleurs polars britanniques, le tout plongé dans une atmosphère aussi lourde et oppressante que le brouillard maître des rives de la Tamise. Une uchronie qui s’inscrit dans le sillage des Fatherland de Robert Harris ou du célèbre Maître du Haut-Château de Philip K. Dick narrant cette fois l’invasion des Etats-Unis par les japonais.
Autres couvertures :

Thya
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Estelle FAYE (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 564, 12/2016 — 368 p., 8,20 €
SERIE : La voie des Oracles 1
COUVERTURE : Pierre Droal
Précédente publication : Scrinéo, 10/2014 sous le titre La voie des oracles — 352 p., 16.90 € — Couverture de Aurélien Police
Les autres titres de la série : 2.Enoch – 3.Aylus
Dans la Gaule du V° siècle après Jésus-Christ, bien qu’il soit devenu chrétien, l’Empire romain continue néanmoins d’abriter au sein des territoires régis par la pax Romania des créatures issues de l’ancienne magie, tel le Faune qui assiste sans le vouloir à la tentative d’assassinat perpétrée sur le général romain Gnaeus Sertor, le célèbre héros vainqueur de Othon le Vandale. Tentative, puisque ce dernier n’est que grièvement blessé, au grand désappointement de son fils, l’ambitieux et sans scrupule Aedon, qui complote pour prendre sa place. Afin de le sauver sa fille, la jeune Thya, décide de s’enfuir de sa villa d’Aquitania afin de gagner la cité-forteresse de Brog, bâtie non loin du lieu où Gnaeus vainquit naguère les barbares,  et d’utiliser les pouvoirs que son père lui a imposé de toujours cacher. Car Thya est la dernière Oracle capable de prédire l’avenir et représente un atout important dans la manche des Anciens Dieux qui n’ont pas tous disparus, comme le rusé Sylvanius. Traquée par des mercenaires à la solde de son frère, Thya va bientôt lier son destin à celui d’Enoch, deuxième personnage central de ce roman, un Maquilleur professionnel, fils d’une prêtresse barbare dont il a hérité une partie des pouvoirs de dissimulation lui permettant de gagner sa vie en indiquant aux jeunes femmes les meilleurs moyens de mettre en valeur leur beauté. Etant parvenu à rejoindre Paulus Metius, un ancien centurion ayant jadis servi sous les ordres de son père, elle échappe grâce à lui aux maraudeurs qui tentent de la tuer. Cependant, elle finit par tomber dans les griffes du père abbé Théodose en guerre contre tout ce qui se rapproche des païens, des magiciens, des augures et de tous le suppôts des faux dieux qui n’attendent qu’une occasion pour briser l’élan d‘un christianisme montant en puissance dan la Gaule et l’Empire Romain tout entier. Ce dernier la conduit à Andemantunnum, la plus grande cité de Gaule, afin de lui offrir un procès en sorcellerie des plus expéditifs. Une ville où Aedon s’est trouvé un nouvel allié en la personne de Flavius Namitius, le fils bedonnant et oisif du proconsul Flavius Salone. Cependant, les deux prisonniers réussissent à s’échapper et son amenés à Gnaeus Aylus, le Diseur des Monts, chef de la révolte des barbares contre l’autorité romaine et frère de Gnaeus Sertor qui lui doit sa propre gloire. Tourmenté par les visions qu’elles ne parvient pas à contrôler, irrésistiblement attirée par la personnalité trouble d’Enoch, confrontée aux révélations sur la passé trouble de son propre père, la jeune Oracle doit continuer à se soustraire aux recherches de son frère, tout en ne connaissant pas encore le rôle primordial qu’elle doit jouer dans une partition compliqué où les Frontières entre l’En-Dessous et la surface sont devenues poreuses depuis que la nouvelle religion a affaibli les gardiens des Enfers, et que certains Anciens voudraient utiliser ses pouvoirs pour leur propre compte. Le premier tome d’une trilogie qui nous plonge à merveille dans l’ambiance de cette Gaule gallo-romaine grignotée par les avancées du christianisme ou survie une mythologie antérieures arborant encore de beaux reste, le tout décrit avec un soin méticuleux apporté au moindre détail, géographie, flore, faune, décors, urbains, tenus des personnages, avec leurs us et leurs coutumes. Une époque où Estelle Faye arrive à marier à merveille l’aspect historique très bien documenté avec des apparitions fantastiques plongeant leurs racines dans le merveilleux, un peu comme l’avait fait Henri Loevenbruck dans son cycle de la Gallica dans un livre dont l’intrigue se déroule au fil des pages tels les anneaux d’un serpent dont le lecteur est invité à suivre les palpitantes reptations.
Autre couverture :

dimanche 5 février 2017


Endymion
(Roman) SF / Série culte
AUTEUR : Dan SIMMONS (Usa)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy 7215, 8/2016 — 736 p., 11.40 €
SERIE : Hypérion 3
TO : Endymion, 1996
TRADUCTION : Guy Abadia
COUVERTURE : Jean Bastide
Précédentes publications :
● Robert Laffon/Ailleurs et Demain, 5/1996 — 576 p., 149 Frs — Couverture non illustrée
● Robert Laffon/Ailleurs et Demain, 12/1998 — 576 p., 149 Frs — Couverture de Jürgen Ziewe
● France Loisirs, 5/1999 — 578 p., 129 Frs — Couverture de Jürgen Ziewe
Endymion 1, Pocket/Science-Fiction-Fantasy 5681, 9/2000 — 352 p. 8.50 € — Couverture de Siudmak (Réédition 10/2007 — Couverture différente)
Endymion 2, Pocket/Science-Fiction-Fantasy 5751, 9/2000 — 352 p. 8.50 € — Couverture de Siudmak
● in Le cycle d’Hypérion 2, Robert Laffont-Ailleurs et Demain-La Bibliothèque, 10/2003 — 1290 p., 26 €— Couverture de Jürgen Ziewe Réédition
Nous voici propulsés 3 siècles après les événements qui se sont déroulés dans Hypérion. A la suite de l’écroulement de l’Hégémonie, l’Eglise Catholique, la Pax,  est devenue la puissance dominante de la galaxie. Le Vatican, qui dispose désormais des symbiotes cruciformes capables de ressusciter les morts, envoie ses Gardes Suisses, des commandos délites rompus à tous les combats, traquer les expros à travers l’espace. Mais ceux-ci ne représentent pas la plus grande menace pour l’Eglise. Enée, fille de Brawne Lamia et de John Keats le cybride, l’intelligence artificielle rebelle, s’avère représenter un dangereux messie susceptible de redonner l’espoir à tous ceux qui souffrent sous l’intransigeant coupe épiscopale et sa non moins funeste Inquisition. Alors qu’elle a disparu dans les profondeurs de l’un des Tombeaux, les labyrinthes temporels de la planète,  à la mort de sa mère, le pape Jules XIV ordonne au père De Soya de retourner sur Hypérion et de la capturer. Cependant Martin Silénius, l’ancien poète des Cantos d’Hypérion, dont Enée est la nièce, sauve Raul Endymion de la mort. Il l’envoie sur Endymion en compagnie de l’androïde Bettik afin de protéger la jeune fille des forces papales. En dépit de la disproportion des forces en présence, l’appuie du Gritche, le monstre qui protège les labyrinthes temporels, ils parviennent à s’échapper en traversant une porte distrans qui permet de passer instantanément d’une planète à l’autre. Toutefois le père De Soya ne s’avoue pas vaincu. S’engageant dans une traque impitoyable favorisée par les morts-résurrections successives que lui procure le cruciforme, il poursuit le trio Enée, Raul, Bettik tout le long du fleuve Thétys, dont chaque tronçon s’identifie à de nouvelle épreuve propulsant les fugitifs de planètes en planètes à travers des décors sans cesse renouvelées et des aventures marquées par le sceau du péril. Bientôt, en plus du père De Soya, ils devront composer avec Ménès, une adjointe qu’il a récupérée sur Terre et dont la redoutable efficacité révèle à son allié qu’elle n’est pas simplement humaine. Un découverte qui poussera De Soya à exprimer ses doutes sur la collusion entre les IA du technocentre et la papauté contre certaines IA rebelles, tandis que le mystère demeure sur les auteurs de la disparition de l’ancienne Terre propulsée dans le nuage de Magellan.. Une sorte de road movie fluvial digne des pérégrinations d’un héros de Mark Twain ou de celles du cycle du Fleuve  de Philip Jose Farmer, qui, tout en déroulant les poncifs d’un remarquable récit d’aventure, propose des réflexions philosophiques sur les fondements de l’Humanité et ceux des Intelligences Artificielles, tout en continuant de truffer ses pages, comme dans Hypérion, de multiples références littéraires. Un roman profitant de la narration à la première personne de Raul Endymion pour accentuer l’ancrage du lecteur au fil de l’intrigue, qui développe certaines problématiques esquissées dans Endymion, comme l’environnement mythologique du cycle, tout en posant de nouvelles et passionnantes questions qui devraient trouver leurs solutions dans les prochains volumes de cette fabuleuse saga de high-fantasy.
Autres couvertures :




L’éducation de Stony Mayhall
(Roman) Fantastique / Zombies
AUTEUR : Daryl GREGORY (Usa)
EDITEUR : POCKET-Science-Fiction/Fantasy 7107, 9/2016 — 507p., 8,20 €
TO : Raising Stony Mayhall, 2011
TRADUCTION : Laurent Philibert-Caillat
COUVERTURE : Nobografik
Précédente publication : Bélial, 8/2014 — 448 p., 23 € — Couverture de Aurélien Police
Dans toute histoire de zombie il y a un fait précurseur, un moment où tout allait bien dans le meilleur des mondes avant que le petit grain de poussière fasse basculer la réalité dans l’horreur. Les romanciers, aussi bien que les cinéastes l’’ont bien compris, pour preuve la série Fear The Walkind Deads, qui revient sur les premiers jours de l’épidémie ayant donné naissance au phénomène télévisuelle des épisodes de Walking Deads adaptés d’une BD éponyme. Tout l’art de Daryl Gregory consiste à éluder ce postulant de fait déclencheur. Pour les protagonistes de L’éducation de Stony Mayhal, les évènements ayant entraînés l’apparition, puis l’élimination des zombies dévoreurs de chairs demeurent volontairement dans le flou, aussi bien les raisons de la propagation de l’épidémie que son éradication. L’auteur préfère focaliser notre attention sur une petite maison isolé où l’infirmière Wanda Mayhall a récupéré un bébé trouvé mort auprès de sa mère sur la route enneigé qui conduit à se demeure isolée de tous. Un bébé qu’elle a ressuscité et qui se nomme désormais Stony (Pierre) en raison de son teint cireux. Acceptant cette arrivé comme un cadeau de jésus Christ Wanda élève Stony avec ses trois filles, Chealsea, Junie et Alice, toutes quatre liées par le secret. Car personne ne doit approcher de Stony, garçon apparemment normal, si ce n’est qu’il n’a pas besoin de se nourri et que rien en peut le blesser. De quoi inciter Kwang, le jeune garçon de la famille asiatique ayant aménagé prés de la maison de Wanda, et qui va grandir avec lui, à l’appeler l’Inexorable et à s’amuser à essayer de le tuer, avec son accord, comme s’il s’agissait d’un jeu, mais, bien entendu,  sans jamais y réussir. Persuadé d’être étroitement liés aux morts-vivants qui menacèrent l’équilibre de la civilisation US, et que la traque contre ses semblables n’étaient pas terminées, en attendant de pouvoir répondre à toutes les question qui l’obsède, Stony décide de s’inscrire à la l’Université où est partie étudier Alice et de permettre à cette dernière de l’étudier sous toutes ses coutures afin de comprendre pourquoi lui seul a grandi, pourquoi il n’est pas assoiffé de sang comme tous ses congénères, en résumé qu’est-ce qui fait sa surprenante singularité. Mais le cocon qu’il s’est soigneusement tissé au fil des années va se disloquer à la suite d’un stupide accident de voiture. Désormais les Fossoyeurs sont sur ses traces. Heureusement, grâce à Alice, il a pu être récupéré par les membres de l’AMV, une organisation clandestine qui, à l’aide de quelques souffleux (entendez les êtres normaux) s’efforce de mettre à l’abri la poigné de morts-vivants épargné par les forces spéciales chargés d’éradiquer l’épidémie ayant transformé pendant un certain temps, des gens à peine mort en dévoreur de leurs semblables. Toutefois, cette organisation est tiraillé par divers courants tous tournant autour de la morsure. Les Abstinents étaient ceux qui la bannissaient en tant que pêché. Les Perpétualistes , au contraire, estimaient que seule cette pratique permettrait de maintenir la population de Morts-Vivants à flot. Enfin, les Gros Mordeurs estimaient qu’il était temps d’arrêter de se planquer et rêvaient d’une attaque coordonnée sur tous les continents avec, pour but ultime, la prise de pouvoir des MV sur le reste de l’Humanité. Et c’était justement ces derniers qui avaient le vent en poupe…Et Stony va devoir se dépêtrer au sein de toutes ses ambigüités nous entraînant à sa suite dans une aventure pleine de rebondissements et de surprises. Dire que l’on aurait pu croire la thématique des MV éculées. Daryl Gregory, comme avant lui S.G. Browne avec Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère…et, retrouvé l’amour (Folio SF, critique dans ce blog), nous montre qu’il en est rien en inversant la théorie Romero inventé depuis la célèbre Nuit des morts vivants en noir et blanc. Ici, la proie ce n’est pas l’humain, mais le MV. Et cela change beaucoup de chose, croyez-moi… En tous cas cela nous donne un récit palpitant de bout en bout 
Autre couverture : 



La marche du prophète
(Roman) Héroic Fantasy
AUTEUR : Gabriel KATZ (France)
EDITEUR : POCKET-Fantasy 7204, 8/2016 — 436 p., 8,50 €
SERIE : Aeternia 1
COUVERTURE : Jamel Ben Mahammed
Précédente publication : Scrinéo, 1/2015 — 384 p., 20 € — Couverture de Aurélien Police
Après des années de luttes dans les arènes de Morgoth Leth Marek pensait pouvoir enfin jouir d’un repos mérité et échapper à la vie tumultueuse que lui conférait son rang de gladiateur auréolé de triomphes et de gloire. Son but désormais, conduire ses fils à Kyrenia, le temple du savoir, afin qu’ils apprennent tout ce qui lui faisait défaut et qu’ils puisse échapper à l’existence placée sous le sceau de la violence qui avait été la sienne Cependant, en chemin, il a la mauvaise idée de venir en aide à Nessirya, belle prêtresse du culte d’Ochin, et ainsi de déclencher la colère des Rédempteurs, bande de brigands qui traquent sans pitié les membres du culte d’Ochin, jeune religion dont l’aspiration à aider les déshérité s’oppose au dogme de la  Grande Déesse, dont le clergé règne depuis toujours sur les Terres Communes. Ceux-ci assassinent ses fils, et plongent Leth Marek dans un océan de douleur et de haine. Conjointement nous suivons  à Kerynia, l’ascension de Varian, jeune novice qui après avoir été victime d’une tentative d’assassinat finit par recevoir son bâton de prête de la Grande Déesse. Un Culte Grande Déesse quelque peu ébranlé depuis qu’un mystérieux prophète se revendiquant de l’ancien culte d’Ochin se soit mis à la tête d’une colonne de fidèles grossissant de jours en jours dont le dieu, venu des lointaines terres du sud combattait ouvertement l’un des principes fondateurs de la Grande Déesse qui voulait que le destin des hommes soit tracés dés leur naissance. Pendant ce temps le gladiateur, afin de retrouver les meurtriers de ses enfants, rallie le groupe des adorateurs d’Ochin conduit par Nessirya, dont il devient le chef des garde avec désormais l’efficace Demeon sous ses ordres. Avec ce dernier il parvient à Kyrenia ou il apprend que tous les biens qu’il a amassés grâce à ses victoires ont été saisis par le prévôt de la cité car il a été accusé d’un meurtre, celui de l’aubergiste qui avait renseigné les Rédempteurs et ainsi précipité la mort de ses enfants. Une cité ou Syden, jeune courtisane est en grand danger car elle a involontairement assisté au meurtre du grand prêtre Tanès du Haut Temple de Kyrenia. Bientôt les trajectoires de ces divers personnages vont s’entrecroiser dans un récit basé sur le fanatisme religieux et les manipulations politiques. Pas vraiment manichéen, le roman se situe chronologiquement un peu après les précédents cycles des Puits de mémoire  et de La maîtresse de guerre. Il permet à l’auteur d’explorer un peu plus le monde de Kyrenia en découvrant des nouveaux pans de sa vaste géographie. Faisant habilement progresser son intrigue sans laisser le temps au lecteur de reprendre son souffle, Gabriel Katz s’affirme une nouvelle fois avec ce livre comme l’une des plumes les plus prometteuses de l’héroic fantasy francophone.
Autre couverture : 
La quête du prince boiteux
(Roman) Aventures Fantasy
AUTEUR : Paul CARTA (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 562, 4/2016 — 512 p., 8.80 €
SERIE : Chroniques d’au-delà du seuil 2
COUVERTURE : Camille Alquier
Précédentes publications : L’Archipel-Fantasy, 1/2015 — 374 p., 19.95 €
→ Dans le domaine de la Fantasy (car il écrit également de la SF, L’artefact sicilien, Sur l’échiquier des étoiles, après-demain les chiens, etc…) j’ai connu Paul carta à travers Le Petit Dieu ouvrage publié aux éditions mélis en 2004, qui racontait l’éveil d’une divinité dans un temple enseveli au sein d’une cité maudite. Je le retrouve ici avec le premier volet d’une ambitieuse trilogie paru en grand format aux éditions Archipel que réédite aujourd’hui les éditions Folio. Ce récit nous plonge au sein d’un monde divisé en quatre Dominions, dont le continent Mitellia, qui révère les dieux de l’Alphée, et les trois autres territoires inféodés au culte du Dieu secret et à son représentant sur terre, le Pourvoyeur. Khimaï, jeune prince d’Ethernia, était justement destiné à occuper cette fonction suprême jusqu’à ce que sont père, l’ancien Pourvoyeur, soit assassiné, et qu’il soit chassé par une diabolique machination de la fabuleuse cité de Cœur-du-Monde. Handicapé par une blessure qui l’a rendu boîteux depuis sa jeunesse, il s’enfuit dans les montagnes sous un déguisement de charbonnier. Laissant derrière lui un peuple abusé, ne voyant pas que dernière le masque rituel du Pourvoyeur, se cache un usurpateur. Alors qu’il a trouvé refuge dans un auberge pour s’abriter du froid rigoureux des cimes enneigées des dents du Dragon, Khimaï reconnaît dans une rixe Borhön, son ancien maître d’arme. Désormais manchot, ce dernier a été congédié lors de la disparition du jeune prince, mais, fidèle entre les fidèles, il n’hésite pas une seconde à liguer son sort au sien. Cependant, pour l’aider à reconquérir son trône, il doit l’’aider à retrouver Lathân, la jeune érudite élevée au Temple et destinée à servir le Dieu Secret, son amie d’enfance, qui seul pourra prouver sa véritable identité. Mais pour cela il leur faudra se rendre sur des terres hostiles au Dieu Secret, de l’autre côté du Seuil, dans les terres de Kalenia placé sous la domination de la Déesse du Froid et braver de multiples dangers, les uns plus imprévisibles que les autres. Auprès de Borhön Khimaï retrouve tout son apprentissage de jeune combattant qui lui permet d’anticiper les actions de ses ennemis et d’échapper aux clans hostiles lancés sur ses traces. Au fur et à mesure que l’intrigue se développe, rythmé par la progression des deux compagnons parmi les étendues négeuses on en apprend un plus sur ce monde et sur la vie mouvementée du jeune prince grâce à la narration alternée, toujours appréhendée de son unique point de vue, mais avec de nombreux retour sur son passé qui, à petite dose, nous éclaire sur sa personnalité et sur l’univers qui l’entoure, et notamment le système religieux très particulier que représente le culte du Dieu Secret gardant encore tous ses mystères dans le premier volet de cette trilogie faisant preuve d’une originalité certaine à porter au crédit d’une Fantasy francophone décidément fort en verve par les temps qui courent.
Autre couverture :

mardi 3 janvier 2017

L’archipel du soleil
(Roman) Atlantide
AUTEUR : Bernard SIMONAY (France)
EDITEUR : GALLIMARD-Folio SF 539, 1/2016 — 320 p., 7.40 €
SERIE : Les enfants de l’Atlantide 2
COUVERTURE : Alain Brion
Précédentes publications :
● Rocher-Mondes Virtuels, 2/1995 — 468 p., 139 Frs — Couverture de Jean-François Pénichoux
● In Les enfants de l’Atlantide, Rocher, 9/2005 — 470 p., 22.50 € — Couverture de Mark Harrison
● Points-Fantasy 1483, 5/2006 — 512 p., 7.50 € — Couverture de Guillaume Sorel
Les autres titres de la série :
1.Le prince déchu
3.Le crépuscule des géants
4.La Terre des morts
→ Après avoir été invité dans Le prince déchu, premier tome du cycle des Enfants des l’Atlantide à suivre quête identitaire de Jehn, membre d’une tribu du néolithique parti à la recherche des démons qui ont enlevé sa femme, et confronté à la révélation des immenses pouvoirs qu’il détient inconsciemment, Bernard Simonay continuent d’explorer le lointain passé de la Terre. Un passé au parfum d’imaginaire puisque, dans ce second tome, Jehn devra revenir sur sa vie antérieure, nous plongeant par là même en plein cœur d’un mythe atlante revisité par la plume de ce précurseur de l’héroic fantasy francophone. Nous voici donc auprès de Astyan et Anéa, un jeune couple d’origine divine, mais élévés dans une tribu primitive qui finissent par rencontrer leurs pères qui leur indiquent qu’ils sont les Titans, l’un des dix couples choisis pour diriger les cités Atlantes. C’est dans ce nouveau rôle que, près de six mille ans plus tard, ils seront amenés à lutter contre les adeptes du nouveau dieu Ophius qui a choisi la voie de sa science dégénérée pour venir à bout des Titans. Propulsé dans cet Age d’or fantasmé qui, selon certains, aurait précédé l’Age de Fer des préhistoriens, nous allons suivre à travers les figures emblématiques de Jehn/Astyan, l’amoureux fou d’Anéa, la reine de Poséidonia, la fabuleuse épopée de ce continent perdu aux confins des mémoires jusqu’à sa fin cataclysmique. La poursuite d’une saga atlantidéenne faisant pénétrer le lecteur au cœur même de ce paradis perdu gangrené, comme plus tard la plupart des civilisations humaines, par les démons de la perversion, les intrigues, complots et autres trahisons. Un cycle qui s’est poursuivi avec Le crépuscule des géants et La Terre des morts continuant de narrer les aventures fascinantes d’Astyan le dernier Titan.
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