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dimanche 5 avril 2020


GARDNER John (Champlin) (Usa) Romancier américain né à Batavia, à New York en 1933. Aîné de quatre enfants , il fréquenta l'école publique tout en travaillant à la ferme de ses parents. C'est là que son frère Gilbert fut tué par le tracteur qu'il conduisait. Gardner en conserva un intense sentiment de culpabilité toute sa vie durant, sentiment qu'il exprima dans son œuvre la plus célèbre, « Grendel », adaptation détournée du « Beowulf » de la tradition britannique. Brillant universitaire, spécialiste de littérature médiévale, polémiste et critique acerbe, John Gardner traversa de nombreuses épreuves dans son existence, dont on cancer du colon, avant de mourir d'un accident de moto en 1982 laissant derrière lui une œuvre fulgurante, inclassable et marquée d'une profonde émotion
 

♦ Grendel (Ro) Mythologie Anglo-Saxonne - DENOËL-Arc-en-Ciel, 2/1974 — 260 p. 13,50 €/To : Grendel, Knopf, 1971/Tr. : René Daillie/Couv. :  Non illustrée/Sommaire : Préface : Max-Pol Fouchet
Réédition : Denoël-Lunes d'Encre, 12/2010 — 192 p., 17 €/Tr. : René Daillie, révisée par Thomas Day & Xavier Mauméjean/Couv. :  Lasth/Postface : Xavier Mauméjean
Sources : Le poème anglo-saxon du Beowulf, traduit par Daniel Renaud (L'Age d'Homme, 1989)
Critiques : cafardcosmique.com (Pat) -  chronicart.com (Pierre Jouan) - phenixweb.net (Georges Bormand) – Présences d'Esprits 68, 9/2009 (Antoine Chalet) – SFMag 74, 11/2011(Emmanuel Collot) - scifi-universe.com (Manu B.-Grendel : Caïn le maudit/Nicholas L.-Grendel : Puisque tout redeviendra cendres)
→ « Grendel c'est le tableau vu du point de vue des diables avec les saints qu'on entrevoit parmi les arbres ». En concluant ainsi sa préface, John Gardner nous livre toute la quintessence de son livre offrant une perspective dévié de la fameuse Légende de Béowulf, le fameux poème épique écrit en vieil anglais dans les environs de l'an 1000 et narrant les aventures d'un valeureux héros venu terrasser Grendel, un monstre qui harcelait le royaume des Danois. Inversant totalement les rôles Gardner invite Grendel, cet hideux habitant des marécages, descendant de Caïn et parfaite incarnation du Mal qui durant 12 ans décime l'armée du roi Hrothgar, à nous raconter sa vie. Et, au fil des pages, tout en plongeant au sein de l'esprit torturé de cet être doué d'une intelligence aiguisée on découvre que la Bête n'est pas où on l'a croyait. Car si Grendel dévore de temps en temps quelques hommes, c'est avant tout pour satisfaire son besoin de se nourrir, contrairement aux hommes qui s'entretuent avec le plus grand des plaisirs. Pitoyable créature hanté par l'ombre de sa mère tapie sur une montagne d'ossements qui ne cesse de lui rappeler son inexorable destinée, Grendel, loin d'incarner la voracité bestiale dont l'a affublé le poème initial, s'intéresse aux hommes qui le remplissent d'incompréhension s'efforce de se rapprocher d'eux, et se voit toujours renvoyé vers son éternelle et destructrice solitude. Cherchant pathétiquement sa place dans l'univers, sa rencontre avec le dragon qui tuera Beowulf, vile créature écailleuse aussi redoutable que perverse, sera pour lui une leçon de philosophie à la fois instructrice et désespérante. Forcé de réinventer le monde à l'aune de ses douloureuses expériences, Grendel s'enlise dans une toile de sentiments contradictoires où l'amour côtoie dangereusement la haine. Flirtant avec les rivages de la folie, il aborde ceux du nihilisme, tout en se demandant, une peu comme la créature du Dr Frankenstein abandonnée dans la nature, pourquoi il est né pour terroriser les gens. Sa guerre menée pendant 12 ans n'est pas réellement tournée vers Hrothgar, le roi du Danemark, mais contre l'Humanité vers qui il se sent irrésistiblement attiré, et qui ne veut absolument pas de lui. Et lorsque arrive l'épisode final du combat contre Beowulf, on est en droit de se demander s'il périt simplement au cours de l'affrontement ou s'il s'est offert à une mort devenue l'unique alternative à son existence tragique livrée à elle-même au sein d'un univers dérivant dans le chaos. A travers le pathos qui accompagne son existence, Grendel se pose comme un alter ego de John Gardner, marqué à jamais dans sa douzième année par la mort de son frère qu'il a accidentellement provoquée en conduisant un tracteur. D'où la fuite en avant de l'écrivain, qui se retrouve dans la trajectoire du monstre travaillé par toutes sortes de sentiments contraires, marqué par le poids de ses fautes, et crachant ses colères à la face d'un monde irrationnel où il cogne invariablement sa grosse carcasse tel un Sisyphe remontant sans cesse son énorme rocher, sans espoir de rédemption ni de lendemain. Plonger dans ce livre sans joie n'est pas un exercice facile, bien que la plume experte de l'auteur soit le meilleur des guides, même quand elle s'amuse à singer les mesures du poème épique. Mais, passer à côté des mésaventures de cette sublime figure de la littérature serait une grossière erreur, car c'est au cœur de ces pages que, mieux que dans tout journal télévisé, on peut prendre conscience de toute la grandeur de la bêtise humaine à travers la plaidoyer à la première personne d'un monstre frustré d'un manque cruel de références perpétuellement à la recherche d'un lui-même dont il ne parvient pas à appréhender les contours, et magnifique exemple d'une déconstruction héroïque sans équivoque où il n'y a surtout rien à attendre du côté de Dieu et des religions et encore moins de celui de la raison, réputée salvatrice quand il faut échapper au chaos, mais qui nous condamne somme toute à la plus sordide des prisons. Un roman qui se conclut par une passionnante postface de Xavier Mauméjean qui s'efforce d'éclairer les parties sombres de l'œuvre en les mettant en lumière à travers le prisme de la vie de l'auteur étroitement liée à la légende de Caïn et Abel.
Articles
♦ Grendel : Caïn le maudit, par Manu B., sur le site scifi-universe.com 
♦ Grendel : Puisque tout redeviendra cendres, par Nicolas L., sur le site scifi-universe.com 
♦ Postface de Xavier Mauméjean, in Grendel, Denoël-Lunes d'Encre, 2011.
♦ Préface de Max-Pol Fouchet, in Grendel, Denoël-Arc-en-ciel, 1974.


RENAUD Daniel (Québec) Daniel Renaud a commencé sa carrière en 1988 à la radio, notamment, pendant cinq ans, comme lecteur et reporter à la défunte station CJMS. Il a aussi travaillé pendant une douzaine d'années comme reporter à la télévision, à TQS et à TVA, où il a notamment occupé le poste de rédacteur en chef de l'émission J.E. durant deux ans. Il est ensuite passé à la presse écrite en 2005, aux nouvelles policières au Journal de Montréal et à ruefrontenac.com.
♦ Le poème anglo-saxon de Béowulf (Essai) Mythologie anglo-saxonne - L’AGE D’HOMME-Le Bruit du Temps, 11/1989 — 110 p., 13 €/Couv. : Reproduction d’une sculpture anonyme
→ Grendel, un terrifiant monstre aquatique semait la mort dans le royaume de Hrothgar, venant chaque nuit dans le malais du roi afin de dévorer l’un de ses gardes. Rien ne semblait pouvoir tuer cet être abominable au corps humain déformé nanti de deux longs bras décharnés et d’une grosse tête d’où émergeaient deux yeux globuleux et proéminents. Or arriva dans le pays Beowul, le jeune neveu du roi des Gètes dont le peuple avait détruit, après la bataille des Champs Catalauniques, ce qu’il restait des royaumes hunniques. Beowulf, qui possédait une épée digne des dieux créée par le célèbre forgeron Wieland. Grâce à cette arme magique, il blessa mortellement le monstre qui alla mourir dans on antre. Mais la mère de Grendel revint au palais pour venger son fils. Beowul dut alors aller l’affronter dans les profondeurs aquatiques où il finit par la vaincre. Aurôlé de gloire, le valeureux guerrier regagna sa Scanie natale où après un long règne, il dut affronter un féroce dragon, qu’il terrassa au prix de sa propre vie. La saga de Beowulf est la première grande œuvre de la littérature anglaise écrite en langue vernaculaire (ou langue primitive) et non en latin. L’histoire, inspiré de la tradition orale anglo-saxonne, survécut par l’intermédiaire d’un fragile manuscrit copié par deux scribes à la fin du dixième siècle. Elle retranscrit une sorte d’épopée germanique en vers contant les exploits du héros Beowulf qui donna son nom au poème sur lesquels viennent se greffer des ajouts chrétiens. Il fut gravement endommagé lors d’un incendie en 1731, mais habilement restauré grâce aux nouvelles technologies. Elle inspira à Tolkien le personnage de Gollum. Cette édition s’inspire de la traduction de Klaeber, New York et Boston, 1955)